Vingt-cinq ans de solitude

nouvautes0(Mémoires du Grand Nord)

John Haines – Traduit de l’américain par Camille Fort

Editions Gallmeister – 234 pages

 

nature writing, Ne rien faire, n’être rien : ce serait une belle vie. Rester immobile comme pierre au soleil. A courir après la vie, à se mettre en chasse, on n’en finit pas : on abat les arbres, on coupe le bois pour se tenir chaud, on fait fondre la neige et la glace pour avoir de l’eau. On s’en va traquer la viande, on la porte sur des miles jusqu’à la maison avec le traîneau et les chiens, on apprend comment vit un animal dans la neige pour lui ôter la fourrure du dos. On mange, on se lave, on trouve le temps de dormir. On se réveille dans la froide pénombre de l’aube, affamé et pensif.

 

 

John Haines a, depuis 1947, passé près de vingt-cinq ans à Richardson, un coin isolé de l’Alaska où il a sa cabane. Faisant de fréquents retours à la civilisation, c’est dans ces moments là qu’il a écrit les courts textes sur son expérience qui composent ce recueil. Les animaux, les rencontres, la chasse, l’apprentissage d’une vie solitaire où la glace impose son calendrier, les anecdotes autour d’un verre avec les rares voisins, les moments pénibles et les moments de grâce d’une vie sous le signe de « la neige, le feu et les étoiles » (titre original du livre). 

 

Gallmeister est sans doute le meilleur éditeur en ce qui concerne le nature writing (pour les non-initiés : littérature (romans ou récits vécus) des grands espaces, où la nature a une place prépondérante, voire omniprésente). Un exemple supplémentaire en est ce récit de John Haines, qui par petits tableaux et petites touches, nous fait découvrir son quotidien dans le Grand Nord.

 

C’est d’abord la puissance d’évocation qui marque la lecture. On ressent le froid, la glace, la neige aussi bien que les courts et bruyants étés où tout semble reprendre vie. De la plus petite fourmi à une rencontre mouvementée avec un ours, c’est une faune occupée à survivre qui entrecroise constamment la route de John Haines, qui prend toujours le temps de tout observer afin de comprendre son environnement et les habitants qui le partagent avec lui.

 

Certaines scènes sont très touchantes (le récit d’un voisin sur deux hommes bourrus et mutiques qui vont partager le temps d’une nuit le confort spartiate d’une cabane), mystérieuses (une disparition après une dispute sur la propriété d’un sentier) ou drôles (un groupe d’hommes exaspéré par un ours en amont d’eux, qu’ils ne peuvent dépasser de crainte de le rendre agressif et qui prend un malin plaisir à prendre tout son temps à renifler le moindre arbre trois jours durant…). Mais qu’elles que soient leur tonalité, elles décrivent un monde où tout se joue au ralenti bien qu’on s’affaire sans cesse, où les hommes parlent peu et où,  toujours, la nature donne le ton.

 

On voit aussi l’auteur apprivoiser sa nouvelle vie, essayer, faire des erreurs, retenir les leçons d’une existence où on peut facilement perdre une main, une chien, ou la vie.  Un couteau est un bien précieux ; dans un endroit où les possessions matérielles sont peu nombreuses, aucune n’est dispensable, et la moindre perte peut-être dommageable : John Haines l’apprendra à ses dépens. On découvre ses premiers pas dans l’art de la chasse, jusqu’à ce qu’elle devienne routine ; ou comment dans certains lieux, rien ne se perd et tout a son utilité.

 

Tout en poésie et touches impressionnistes, John Haines nous offre un beau portrait d’une des régions terrestres les plus foisonnantes pour notre imaginaire. Un beau voyage, à la fois sobre et tout en détails, chaleureux malgré le froid et où aventure et quotidien sont sans cesse mêlés.  

 

Pour qui ?

 

Pour les fascinés du Grand Nord

Pour les amoureux de la nature

Pour les lecteurs de London ou de Curwood

Pour ceux qui, après avoir râlé pendant des semaines que l’été n’arrivait pas, trouvent maintenant qu’il fait trop chaud  (Oui, on est français, que diable…)

 

Bonnes lectures sous le soleil à tous,

Yvain

 

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