Une rencontre au Divan : Victor del Arbol

vagues de l'océan« Javier regarda son père avec tristesse. On ne pouvait maintenir la marmite fermée en s’asseyant éternellement sur le couvercle. Le silence et les mensonges n’étaient supportables que jusqu’à un certain point. Javier n’était pas un surplus dans la vie des autres, et il ne voulait pas subir la même chose que ses parents, il n’avait pas l’intention de payer les servitudes de ce silence jusqu’à la fin de ses jours, attendant que quelqu’un vienne toucher les fruits de ce service. »

J’ai adoré ce livre. Il mêle grande et petite histoire avec brio, à travers des personnages qui ont une trempe indéniable, et prennent vie au fil des pages.

Rencontrer l’auteur fut un beau moment de partage, c’est un homme passionné et généreux. De ses personnages, il dit les écouter et n’écrire que lorsqu’il les croit.

Gonzalo Gil, le personnage principal de ce troisième livre traduit en France, avocat qui ne réussit pas trop, est écrasé par deux figures paternelles et le poids de son histoire familiale: D’une part son père, héros communiste qui a connu la déportation dans un goulag en Urss en allant servir la révolution stalinienne, puis a été agent de l’URSS en Espagne, qui est mort dans des circonstances troubles et dont le passé connait de nombreuses zones d’ombre et de secrets et de l’autre, son beau-père, avocat prospère et corrompu, dont le cabinet est situé dans le même immeuble et dont le cœur et les intérêts penchent du côté des franquistes.
Au début du roman, Gonzalo apprend le suicide de sa sœur, qu’il ne voyait plus depuis quelques années, accusée d’avoir tué le mafieux russe qui avait assassiné son fils.
Voilà, c’est juste le point de départ car pour comprendre ce suicide, il va découvrir l’histoire de sa sœur et de ses parents, tous ces blancs laissés dans l’histoire de la famille  et à travers eux, il nous raconte l’histoire de l’Espagne et de l’Europe de 1933 à 2002.

Victor Del Arbol dédicace son livre ainsi : A mon père et à nos murs de silence.

Nous avons beaucoup parlé de ces silences.

Les silences qui s’installent entre les générations, le fils se construisant en opposition au père.

Les silences face à l’Histoire aussi : né en 1968, Victor dit faire partie de la génération du silence, celles des enfants des franquistes, des anarchistes et des communistes, qui se taisent sous peine de rouvrir les conflits anciens. Cette fracture est encore très présente dans la société espagnole d’aujourd’hui et renaît régulièrement. Ce n’est pas un hasard si la littérature contemporaine hispanique s’empare régulièrement de ce thème, d’Antonio Muñoz Molina à Jaume Cabré, – auteur pour lequel nous avons la même admiration – : Ils font partie de la génération post-Franco.

Culpabilité, poids de l’hérédité familiale, et collective, tous ces thèmes traversent ce roman noir, cette fresque du XXe siècle, et l’intrigue de départ – qui a tué le mafieux russe et pourquoi sa sœur s’est-elle suicidée – se révèle finalement accessoire, mais rassurez-vous, nous finirons par le savoir.

Entremêlant avec une grande maîtrise au fil des chapitres les récits du père et du fils, l’auteur tisse sa toile pour notre plus grand plaisir et éclaire le monde de sa plume.

Un très bon livre, important, universel et intelligent.

Merci Victor de ta venue au Divan, c’était une très belle rencontre. A la prochaine.

Valérie

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