Un début d’année 2015

 

Bonjour à toutes et tous,

Comme régulièrement, je fais face à un dilemme cornélien au moment d’écrire ce poste. A force d’espacer mes articles et d’accuser des failles spatio-temporelles au final peu crédibles, vient le moment de décider quel livre chroniquer… Et vu la liste de billets en retard, autant dire que le choix n’est pas facile…

Je choisis donc la solution de facilité, et vous propose un petit tour d’horizon de mes lectures les plus marquantes de ce début d’année, en espérant que chacun y trouve au moins une piste de lecture qui lui plaise.

 

Romans

 

Fan-Wen-Une-terre-de-lait-et-de-mielUne terre de lait et de miel

Fan Wen – Traduit du chinois par Stephane Lévêque

Ph. Picquier Poche – 953 pages

 

Sur presque mille pages, Fan Wen nous raconte l’histoire d’une vallée tibétaine sur tout le 20° siècle. De l’apparition des premiers missionnaires français à l’arrivée des communistes dans les années 50, de la révolution culturelle aux incessantes guerres de religion, la montagne sacrée du Khawa Karpo assistera à toutes les exactions humaines et à tous les actes de compassion faits dans son ombre.

Alliant un souci de l’exactitude historique à un réalisme magique cher à Garcia Marquez, Fan Wen ne se refuse rien ; on ne s’étonnera donc pas, par exemple, qu’une armée se végétalise et prenne littéralement racine au sein d’un chapitre tout ce qu’il y a de plus réaliste, ou qu’une prophétie vieille de 60 ans mette fin à une guerre entre clans rivaux. Et ça marche ! On est happé dans cet endroit où tout peut arriver, et on suit génération après génération les mêmes erreurs se reproduire, tandis que le pays se modernise et se demande que faire de sa mystique de moins en moins probante.

L’excellente idée de l’auteur est d’avoir privilégié une structure en poupée russe pour bâtir son roman. Chaque chapitre fait environ une centaine de pages et représente une décennie. Mais plutôt que de suivre un ordre chronologique, Fan Wen a décidé d’imbriquer les époques. On commence donc par la première décennie, avant d’enchaîner directement sur la dernière. Puis les années 20, les années 80, les années 30, les années 70 etc etc… Dès la fin du deuxième chapitre, nous avons donc les tenants et les aboutissants du siècle : d’où le pays est parti, et où il arrivera, et toute notre lecture de la suite en est fortement modifiée. L’autre résultat de ce parti pris est que nous terminons sur les années 50, et l’arrivée des chinois au Tibet, pierre angulaire du siècle qui n’est pas sans rappeler le premier chapitre où les missionnaires français débarquent au Tibet pour évangéliser le pays…

Un roman long donc, ample et biscornu, mais prodigieusement lumineux, magique et passionnant… Une belle claque littéraire, à découvrir !

 

003385837Le Géant Enfoui

Kazuo Ishiguro – Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch

Ed. des 2 Terres – 411 pages

 

Pour son nouveau livre, Ishiguro surprend à chaque page. Ce roman poétique à l’extrême servi par une écriture constamment en état de grâce, mêle le merveilleux et la quête initiatique avec une élégance rare.

Axl et Beatrice sont un très vieux couple qui vit ensemble dans un petit village. Chez eux comme semble-t-il partout, une brume d’oubli leur fait oublier constamment les choses, et se souvenir du moindre détail est ardu. Ils n’en partent pas moins retrouver le village de leur fils afin de finir leurs jours auprès de lui, sans toutefois être bien sûrs d’où se trouve le dit-village, et sans se douter que leur voyage va être une véritable épopée.

Roman d’amour magnifique et atemporel (le récit se déroule à une époque bien précise mais on mettra un certain temps avant d’en avoir confirmation), roman d’aventures très lent qui pose beaucoup de questions sans toutefois y répondre, c’est une petite perle à l’image de sa photo de couverture : sobre et magnifique.

 

 

imageMa mémoire assassine

Kim Young-Ha – Traduit du coréen par Lim Yeong-Hee et Mélanie Basnel

Ed. Ph. Picquier – 153 pages

 

Un vieux tueur en série depuis longtemps à la retraite se voit contraint de relancer ses instincts de chasseur quand il craint qu’un de ses congénères ne souhaite s’en prendre à sa fille adoptive. Problème de taille : il a 72 ans et son Alzheimer est déjà bien avancé…

Un très court roman qu’on commence en rigolant beaucoup et qu’on finit avec l’échine glacée d’horreur. Car si les écrits de ce vieillard indigne, forcé de tenir un journal afin de ne pas perdre trop vite la mémoire, sont au début la source de formules pince sans rire qui souligne une vision très particulière de ses contemporains, on sent le malaise nous gagner au fur et à mesure. Tout comme le personnage qui se rend compte qu’il perd la mémoire, on se doute très vite qu’il nous manque des détails, de nombreux, et de plus en plus gros. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la fin, aussi surprenante que dérangeante…

 

Polars

 

ob_d74cbb_gran-2015La ville des morts

Sara Gran – Traduit de l’anglais par Claire Breton

Ed. du Masque – 326 pages

 

Aaaaaaaaah ! Claire DeWitt, un de mes nouveaux personnages préférés ! Claire gagne à être connue, croyez-moi ! Auto-proclamée avec dérision « la plus grande détective du monde », elle a décidé de devenir privée après la découverte dans sa jeunesse d’un livre « Détection », de Jacques Silette, où l’auteur développe une philosophie du métier à la limite de la recherche mystique. C’est après 300 lectures de celui-ci, et son apprentissage avec Constance Darling, elle-même disciple de Silette, que Claire a peaufiné ses techniques d’enquête. Au menu : choix par tirage de dés, attention portée aux signes quels qu’ils soient, psychotropes, tirage du Yi-King (livre des oracles chinois), et ne jamais renâcler à vider une bouteille avec des clochards ou tester de nouvelles drogues avec les caïds du coin…

Cette première enquête se déroule dans la Nouvelle-Orléans post-Katrina (la ville y est un personnage à part entière, merveilleusement complexe) et Sara Gran a d’ores et déjà annoncée que chaque enquête aurait pour lieu une ville différente. Il me tarde de retrouver ma copine Claire dans ses prochaines enquêtes !

A découvrir, autant pour les amateurs de polars (malgré ce qu’on pourrait croire vu le résumé, l’enquête se tient parfaitement) que pour les amateurs d’ambiances et de personnages décalés.

Ps : A tout seigneur tout honneur, je remercie 100 fois Armande pour m’avoir incité à lire ce livre !

 

Reponses-ExeLes réponses

Elizabeth Little – Traduit de l’anglais par Julie Sibony

Sonatine – 490 pages

 

Janie Jenkins, c’est un peu Paris Hilton en moins nunuche. On a quand même de sacrées envies de la claquer à tout bout de champ, cette petite milliardaire hautaine et sûre d’elle, mais force est de reconnaître qu’elle a plus d’humour et d’intelligence qu’on en prêterait à miss Paris. Enfin, ça c’est au début du roman, parce que plus celui-ci avance, plus on apprend à connaître les failles de la demoiselle, et plus on l’apprécie vraiment.

Au début du roman, un vice de procédure lui permet de sortir de prison où elle croupit depuis dix ans pour le meurtre de sa mère. Se raccrochant aux dernières paroles de celle-ci avant son meurtre, Janie va mener son enquête car si elle est bien une petite pimbèche, et si elle détestait clairement sa génitrice, elle n’en est pas pour autant une matricide, et les dix dernières années de sa vie lui sont un peu restées en travers de la gorge. C’est le début d’un voyage qui va la mener dans une petite ville du Middle West, où elle espère avoir le temps de démêler le passé de sa mère avant que les médias ne la retrouve et ne s’acharne sur elle une fois de plus. D’autant que Trace, un blogger dont elle est l’obsession depuis plus de dix ans, active les recherches en proposant une récompense de 50000 dollars à qui saura fournir des indications sur ses déplacements…

Un thriller drôle et riche en rebondissements, avec une héroïne attachante et toute une galerie de personnages secondaires intéressants. Elizabeth Little s’annonce comme une auteur à suivre.

 

SF

 

jay-martel-prime-timePrime Time

Jay Martel – Traduit de l’anglais par Paul Simon Bouffartigue

Super8 Editions – 473 pages

Vous voyez The Truman Show ? Eh bien voilà à quoi sert la Terre pour le reste des univers connus : le bouquet de chaîne de divertissements ultime où les protagonistes, depuis des centaines d’années, rivalisent d’idées saugrenues, de violence, de sexualité bizarre et de comportements foireux… Nous faisons se poiler l’univers depuis des siècles, tant nous sommes ridicules et sous-évolués. Sauf que force est d’admettre que les audiences baissent, et les producteurs ont décidé pour la dernière saison de terminer en apothéose par la destruction pure et simple de la planète ! La tuile, quoi…

Heureusement, Perry Bunt, scénariste raté officiant dans une petite université, a découvert le pot aux roses, et va faire tout ce qui est en son pouvoir pour redonner vie à notre programme moribond pour relancer les audiences et espérer ainsi sauver Channel Blue. S’il n’y avait que les aliens, ça serait chose facile, mais le problème, c’est qu’il va falloir convaincre les humains, et là, clairement, c’est pas gagné du tout…

Livre de sf certes, mais surtout énorme poilade absurde avec deux idées géniales à la page, Prime Time est de ces livres qui vous font littéralement éclater de rire en continu. Du genre à vous faire passer pour un con dans le métro et à vous mettre d’excellente humeur tout le long de sa lecture. Ce qui n’est pas peu…

Alors, on ne fait pas toujours dans le léger niveau humour (le personnage principal se fait démonter la tronche un nombre incalculable de fois, dans des circonstances toujours absurdes), mais le nombre d’idées qui font mouche est ahurissant (et en parlant de mouches, vous ne les regarderez plus jamais de la même façon après ce livre…).

Un livre à lire pour passer un bon moment de franche rigolade, qu’on aime ou non la science fiction…

 

 

Bonnes lectures à tous,

 

Yvain

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