Du Rouge au Noir, Polars & Vins – Lunel – mars 2016

Delphine,

Je retourne dans notre Caverne pour te dire.
Te dire les livres, comme toujours mais surtout toi, la passeuse, la libraire, l’organisatrice, la fédératrice.
Te dire l’admiration que j’ai de ton travail, te dire combien tes efforts et ces milliers d’heures de travail ont éclaté au grand jour et donné tant de chaleur et de bonheur, de partage et de rencontres.
Te dire ton hallucinante organisation, ton travail encore, mais aussi ta passion et ton sens du don et du partage qui t’a fait se côtoyer auteurs et vignerons, amis et inconnus, lecteurs et auteurs.
Dire à tous que la librairie qui bouge et qui compte c’est aussi à Lunel, la Librairie AB, la tienne.
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vitrine librairie AB du rouge au noir
Dire au monde comment tu as su fédérer et faire venir tout ce monde, combien ton travail est précieux pour le livre et la vie culturelle de ta région.
Dire le plaisir de retrouver Grégory à l’aller au wagon-bar du TGV et d’anticiper ensemble les heures à venir, celui d’y partager au retour avec Gilles et Éric nos déjà souvenirs de ces 48h.
Le premier sourire de ton Julien à la gare, sa gentillesse et son incroyable disponibilité, notre super chauffeur à la disponibilité infinie, qui te dit, toujours avec le sourire, après le 47e voyage de la journée que non, vraiment ça ne le dérange pas. Te dit aussi que vous avez loué une voiture, juste pour cela. Un des milliers de petits détails que vous avez imaginé pour que nous soyons heureux.
Puis te dire notre arrivée sur la si jolie place Fruiterie devant ta si jolie librairie, la musique et les sourires, ceux des amis que l’on retrouve, ceux qui ne le sont pas encore, mais avec qui la connivence sera évidente au fil de ces 48h et le bonheur de te retrouver, radieuse.
Te dire le bonheur de faire la libraire pour toi, de vendre tes livres et de conseiller les centaines de gens, tous différents qui regardaient les yeux plein d’étoiles les belles tables que tu leur avais préparées. Te dire le formidable assortiment de polars que tu avais fait, le plaisir de découvrir comme des gosses samedi matin avec David, oh t’as vu il y a celui-ci, et celui-là, et encore, et encore, le plaisir de les conseiller, le plaisir de les vendre. Te dire le plaisir que nous avons eu à partager cela, nos fous rires, nos sourires de connivence et nos petits triomphes, nos échanges sur les livres, et repartir avec le conseil de l’autre dans sa valise.
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Rencontrer Sabine, Brigitte et Zohra et travailler avec elles, avec bonheur, et avec tous les autres, ces bénévoles si heureux d’être là juste pour toi, si attentifs à donner leur meilleur car tu leur as communiqué ta passion.
Rencontrer l’infatigable et adorable Dodo, ta maman, qui a une fille à son image.
Rencontrer Brigitte et Philippe, nos adorables hôtes qui nous ont ouvert leur maison et si gentiment accueillis.
Savoir qu’on va les revoir.
Rencontrer les auteurs et les vignerons.
Parler, découvrir, rire.
Te dire les repas et les verres partagés.
Te dire ces rencontres auxquelles je n’ai pas assisté mais que je savais passionnantes au vu des lecteurs qui se pressaient ensuite pour parler aux auteurs et acheter leurs livres, des retours que j’en ai eu. Bravo aux deux intervenants, Encore du Noir Yann et Jérôme Dejean.
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Te dire cette déco magnifique, rouge et noire, jusque dans les moindres détails. Je n’ai jamais vu ça, nulle part dans aucun salon.
Te dire la musique.
Se rappeler longtemps.
Revenir l’an prochain pour la seconde édition de Du Rouge au Noir. Revenir aussi souvent que je le pourrai.

Te dire mon admiration et mon amitié.
Te dire combien je suis heureuse de tout cela. Heureuse d’avancer avec toi, de travailler avec toi. Heureuse de la suite.
Te dire Bravo et merci.
Te dire à très vite.
T’embrasser très fort.
Valérie

Ma place de lecteur

Ma place de lecteur

(Petite divagation pleine de questions, sans réponses aucune, et d’un intérêt grandement limité.

 

Coïncidence (ou pas…) de mes lectures aléatoires, trois des romans que je viens de lire m’ont poussé à me poser moultes questions ces dernières semaines, que je tache de mettre en cohérence en les exposant par écrit, quitte à ne parvenir qu’a compliquer le sac de nœuds qui me sert d’encéphale.

Précision importante et non des moindres, ça va spoiler à tous les étages sur les 3 livres ci-dessus évoqués, à savoir :

Reflex, de Maud Mayeras, Anne Carrière, Pocket

Travail Soigné, de Pierre Lemaître, Ed. du Masque, Livre de Poche

La musique du silence, Patrick Rothfuss, Bragelonne

Bref, si vous avez lu ces livres, ou qu’ils ne vous intéressent pas, n’hésitez pas à continuer ces lignes. Si l’un des trois (ou deux, ou trois) est dans vos listes de futures lectures potentielles, passez votre chemin, vous m’en tiendriez rigueur…

 

Je lis de dix à quinze livres par mois, parfois plus. Les incessants allers-retours en train entre mon travail et mon domicile aident beaucoup. Mais je lis une fois rentré pour peu que mon livre me plaise, je lis pour m’aider à m’endormir, je lis pour m’aider à me réveiller (avec de copieuses doses de café…). Je lis beaucoup, parce que j’aime ça. Forcément, à force de passer du temps sur une activité, on la questionne un peu, beaucoup. Si on prête attention aux interrogations nulles qui passent par la tête, d’autres questions nulles naissent de plus belles… Pourquoi tel livre et pas tel autre ? Pourquoi ce roman de gare me plaît-il et ce chef-d’œuvre intemporel me fait-il chier ? Pourquoi ai-je des phases épopées de l’humanité, puis fantasy, puis littérature serbe only ? Pourquoi m’investir dans tel personnage, dans telle intrigue ? Quels sont les points communs entre mes cinq livres préférés, qui ont l’air si différents de prime abord ? Quel est mon apport personnel aux mots d’un autre ? Pourquoi telle phrase écrite il y a six siècles trouve un tel écho dans mon pitit cœur de trentenaire bobo rouenno-parisien ? Foultitude de délires sans queue ni tête dont je rougirais peut-être si je ne savais que beaucoup d’autres se les posent, sur ce sujet ou sur d’autres, tant il est vrai que l’humanité n’est qu’un beau ramassis de monomaniaques…

Parfois, je lis pour me forcer à réfléchir. Parfois, je lis pour me décérébrer. Et parfois, je lis juste pour une bonne histoire, qui me pousse à réfléchir comme un beau diable sans que je l’aie vu venir.

 

Exemple avec cette coquine de Maud Mayeras, qui m’a coupé les pattes à la fin de son livre « Reflex », poussé à relire deux fois en un quart d’heure le dernier chapitre, et m’a fait me sentir sale avec l’envie pressante de prendre une douche. Bouh la vilaine…

90784591_oIris est photographe de scènes de crimes. Elle est bègue, se décrit dans les premières lignes comme « toujours disponible », et semble avoir la vie sociale d’une chaussette dépareillée. Dès les premières pages, bim, je n’étais plus qu’amour et empathie pour cette pauvre fille. Le premier chapitre la voit obligée de retourner dans le bled où elle a grandi pour aller shooter le meurtre d’un enfant, scène qui n’est pas sans rappeler la scène du meurtre de son propre fils, dix ans plus tôt. Bim deuxième, et pourtant je savais à quoi m’attendre, c’était écrit sur la quatrième de couv’. Il semblerait donc que le meurtrier soit toujours en liberté, ce qui est d’autant plus fâcheux que le dit meurtrier est censé croupir en prison depuis dix ans itou. Bim troisième. Iris s’attarde un peu dans le coin, revient dans sa maison d’enfance ; apprend que sa mère (alias, le croquemitaine, bim quatrième) est dans l’asile du coin pour pétage définitif du fusible supérieur. Elle lui rend visite, retrouve une amie d’enfance, ainsi que  l’énorme voisine pleine d’attention qui a bercé son enfance et les quelques gros cons inhérents aux petits patelins aussi. Iris bégaye presque à chaque phrase. Les souvenirs sur son fils chéris remontent comme un fleuve (bim cinq, six, sept et … douxième) ainsi que le quotidien insupportable avec cette mère horrible, castratrice, brutale, blessante, flippante même ravalée au rang de légume dans l’asile où elle se bave dessus (bim treize à deux-cent…).

Je passe les nombreux chapitres flashabck s’écoulant sur plus de cinquante ans qui apporteront la clé de l’intrigue policière. Je passe sur l’identité du meurtrier d’enfants, sur le drame d’Iris résolu, pour en arriver aux dernières pages, où Iris, après la mort de sa mère dans son asile, lit son journal intime et comprend ce qui s’est passé. Me renvoyant en pleine gueule au passage ma part de crédulité quand je lis un « bon roman ».

Je l’adore cette Iris. Ca fait 400 pages que je suis derrière elle, que je cherche à finir ces phrases à sa place sans bégayer, que je veux moucher les gros cons et filer des torgnoles à la croquemitaine pour la faire sourire deux secondes. Parce qu’elle est triste mais qu’elle me plaît. C’est l’héroïne du livre que je lis et c’en est une qui me plaît. Voilà.  Et quand je dévore le journal de sa salope de mère, je ne suis pas du tout prêt à lire ce que j’y lis. Qu’Iris était une mère abusive et violente, que le bébé souffrait. Qu’il fallait l’éloigner de sa mère. J’attends avec impatience que ma copine Iris lui cloue le bec, et Iris, en deux lignes, confirme les dire de sa mère. En quelques lignes, la timidité d’Iris devient de la frigidité, sa disponibilité devient de la sociopathie. La mère croquemitaine devient une grand-mère apeurée, et la mère en deuil une salope sans nom. Elle devient le Croquemitaine.

Vraiment, j’étais pas prêt. Du tout.

J’ai fini mon livre dans le Rouen-paris matinal qui m’emmène au taff, j’ai fixé dix bonnes minutes le paysage en me disant que j’avais du loupé un truc, et dans un magnifique exemple de déni total de compréhension, je me suis relu le dernier chapitre, pour conclure que je me sentais moyen bien. Et que par extension Maud Mayeras était une magicienne.

On le sait, depuis Agatha Christie, qu’il faut se méfier du narrateur. J’en ai lu des paquets de polars, putain, je le sais, nom d’un con. Et si je sais aussi que j’en lis pour me faire surprendre, que je déteste les polars dont je devine la fin trop tôt, comme si j’avais été floué. Mais je sais aussi que je déteste avoir donné quatre cent pages de soutien à une salope sans nom. Parce que tout à coup, j’ai peur de mon jugement sur les gens. Je peux lire des descriptions de boucherie dans des polars sans ciller, mais là, je me suis senti crade.

M’est venu alors la question qui tue. Pourquoi s’attacher à un personnage fictif, même si ce n’est que quelques centaines de pages durant ? Est-ce parce qu’elle est pauvre fille, et bègue, et mère d’un mort que j’ai décidé que j’aimais bien Iris ? L’attachement à un personnage est un peu un passage obligé, on ne se fade pas les désarrois de la mère Bovary si on n’a pas un minimum de lien avec elle, ça serait par trop chiant sinon. Oh, on peut tout à fait lire sans état d’âme, en ne faisant qu’analyser une narration et un style, comme ces gens qui ne voit dans un film qu’une étape dans l’évolution de la représentation par l’image, et restent imperméable à toute sensation ou émotion. C’est un brin dommage tout de même, la surintellectualisation. Moi j’apprécie de pouvoir kiffer tout autant The Tree of life qu’Avengers. Mais là n’est pas la question. La plupart des gens, quel que soient leur degré d’éducation ou leur raison de lire, éprouvent le besoin d’avoir du lien. Alors quoi ? Le besoin du héros ? Même si notre époque est plus versée sur les anti-héros que sur les Achille et Ulysse ? Pourquoi me suis-je senti trahi par Maud Mayeras, qui s’est contentée de faire ce que tout auteur de polar cherche à faire ? D’ailleurs, me suis-je senti trahi par l’auteur ? Ou par le lecteur ? Yvain le lecteur n’est pas le Yvain quand il a le nez hors de son livre. Sinon, je ne lirai pas de sf, car je ne crois pas en l’irrationnel ; je ne lirai rien qui touche à la religion vu que je suis athée. Etc… Le lecteur accepte de devenir crédule, et ce faisant, d’être trahi. Alors pourquoi ce coup-ci, la pilule n’est-elle pas passée ? (Façon de parler, hein, car vraiment, hors considérations métaphysiques chiantes, c’est vraiment un putain de livre qui troue le cul grave !!!!)

 

 

Je saute quelques livres lus entre temps pour parler du roman de Pierre Lemaître, Travail Soigné. (Patrick Rothfuss fut lu avant mais pour ce que j’ai à dire, la transition est plusse mieux, alors m’embêtez pas…).

couv-lemaitre-soigne-9c689Meet Camille Verhoeven, brillant inspecteur à la criminelle de 1m45 et héros d’une trilogie portant son nom. Dans Travail Soigné, il enquête sur une série de meurtres diablement monstrueux et bondieusement bien planifiés, et ça va lui prendre un petit bout de temps avant de comprendre que le tueur est un copycat qui reproduit les scènes de crimes de ces polars préférés. Le Dahlia Noir, American Psycho et autres romans que je n’ai pas lu, les scènes sont reproduites au détail près, pour que chaque phrase du livre trouve son équivalent dans la réalité. Bon, vous me direz, c’est bien un bouquin pour libraire monomaniaque et je vous répondrai, voui, c’est vrai, mais c’est pas le sujet… Camille a déjà du mal à se démerder avec son enquête bien pourrie et son psychopathe trop intelligent, mais en plus, il est emmerdé en continu par la juge qui surveille ses avancées, et par un journaliste limite harceleur qui pond papier sur papier à son propos, pas toujours sympa sur la personnalité de Camille quand on sait quel brave type c’est, et qui  en prime semble en savoir autant que lui sur l’enquête. Ca plaît moyen au père Camille… Heureusement, il a une chouette équipe, à la fois complètement improbable et totalement cohérente, un peu comme dans les romans de Fred Vargas. Il y a Armand le vieux pingre maladif, Maleval le bourrin séducteur et surtout Louis le fils de bonne famille (aaaaaah, Louis ! Tout un poème !).

Bon, bref, ils finissent par le pincer leur psychopathe, et je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent, (comme dirait cette brave Madame de Stael), il s’agit de ce couillon de journaliste, ancien auteur de roman de gare publié mais non lu, et qui prend sa revanche en créant une œuvre dont on parlera longtemps. Le petit problème, c’est que notre copain Camille ne comprend la vérité qu’au moment où Mr Psycho vient de kidnapper sa femme enceinte pour réaliser sa dernière œuvre, qui n’est autre que la réplique d’une scène de son propre roman de gare, où un méchant tue une femme enceinte et la césariennise de force avant de crucifier son petit à une grande croix en bois. Pas très glop.

Camille fonce au domicile du journaleux, où l’attend un manuscrit dont il lit les premières lignes. Ces premières lignes sont les premières lignes du roman qu’on est en train de lire…

Là, on en est à la page 360, on  tourne la page, et on tombe sur « Deuxième partie » écrit en gros. On en avait totalement oublié qu’il y avait effectivement une première partie annoncée avant la première page, qui attendait donc sa petite sœur. Sauf que le roman fait 405 pages, et que le tout fait un peu déséquilibré.

On passe à la page suivante, et nouvelle surprise, le style n’a pas l’air le même. Et on comprend vite que tout ce qu’on a lu jusque-là est effectivement l’œuvre du meurtrier, qui écrit « son grand œuvre » en direct de l’enquête, en espérant bien être publié un jour ou l’autre. Sauf que tout journaliste qu’il a prétendu être, beaucoup de choses lui échappait, et on se rend compte des différences entre sa version fantasmée, et la réalité. N’ayant pu découvrir les noms de certains des flics, il les a tout bonnement imaginé, en leur prêtant des personnalités qui ne sont pas les leur. La rencontre entre Camille et son épouse ? Aucun rapport avec la réalité. Les embrouilles avec la juge ? Pffffffuit ! Tout ce que nous avons lu n’était que l’œuvre d’un esprit malade.

Quarante pages plus tard, le roman est fini. Camille a trouvé la planque du meurtrier, trop tard malheureusement. Sa femme et son futur fils sont morts. Camille qui a l’air bien moins cool que lors des 350 dernières pages, mais bon, au vu des circonstances, ça peut se comprendre… Le roman se termine par un épilogue, un an plus tard, et consiste en une lettre que le meurtrier envoie de sa prison à Camille. Voici un court extrait, quelques lignes avant la fin :

« Ceux qui vous connaissent de près savent quel homme vous êtes. Bien éloigné du Verhoeven que j’ai décrit. J’avais besoin, pour satisfaire aux lois du genre, de dresser de vous un portrait un peu… hagiographique, un peu lénifiant. Lecteurs obligent. Mais dans votre for intérieur, vous savez que vous êtes bien moins conforme à ce portrait qu’à celui que j’ai dressé autrefois de vous pour le Matin. »

Et ben re-bim putain d’Adèle !!! Voilà donc que je refinis un bouquin pour me rendre compte que je ne connais absolument pas le personnage principal ! Ben oui, parce qu’avec cette idée de structure certes drôlement bien foutue, ben qui c’est ce Camille ? J’en sais rien du tout. Mais alors que dalle. Idem pour son équipe. Je connais ce qu’en a fantasmé un meurtrier avide de gloire. Point final. Ca fait quatre cent pages (encore) que je brasse du vent. Je connais bien mieux le meurtrier que tout le reste des personnages. Il n’y a même que lui, en fait. Les quarante dernières pages sont trop rapides et factuelles. Je ne sais pas qui est le héros du bouquin.

Et c’est génial !

Mais putain que ça m’emmerde !!!

Vilain Pierre Lemaître ! Vilain !

C’est marrant –et frustrant- d’en arriver à se poser les mêmes questions en si peu de temps. Bon, alors, c’est vrai que là, c’était chaud à prévoir… Tout laissait à penser que je pouvais faire confiance à Camille. Détail, mais révélateur : j’ai cet après-midi même envoyé un message à ma douce moitié pour vérifier que j’avais les deux autres tomes de la trilogie dans ma bibliothèque, décidé que je l’étais 150 pages avant la fin d’enchainer direct dessus pour rester avec tous ces personnages très sympas et ces intrigues policières bien ficelées… Et ben croyez bien que je suis d’autant plus pressé de lire la suite que je vais peut-être enfin découvrir de quel bois ils sont faits. Je ne connais pas ces types. Je sais que je me répète, mais après 400 pages, je vous jure que c’est rageant…

 

 

Et puis, on arrive au cas Rothfuss…

Je vous jure que lire n’est pas de tout repos en ce moment…

(Oui, enfin bon, je réalise bien à me relire que mes questionnements sont un peu futiles, mais bon…)

 

musique-silence-pcPatrick Rothfuss a été une révélation quand je l’ai découvert. De la fantasy comme j’en avais toujours rêvée : écriture excellente, personnages géniaux, rebondissements constants, changements d’ambiances fréquents sans cesse meilleures que les précédentes, morceaux de bravoure à la pelle… Sa saga « Chroniques du tueur de roi » est un must du genre. Et voilà-t-y pas, alors que le monde fébrile attend le dernier tome, que Sieur Patrick nous publie un micro texte de 150 pages, dans l’univers de sa saga mais qui n’est pas une suite. La déception ne dure pas longtemps, car la quatrième de couverture nous apprend que nous allons en découvrir plus sur Auri, un des plus énigmatiques personnages secondaires des « Chroniques ».

Pour resituer brièvement : Kvothe, le héros passe une bonne partie de la saga dans une université de la magie (mode Harry Potter en plus crédible). Sur les toits, il y rencontre Auri, un curieux mélange de jeune fille entre mystique éthérée et clocharde céleste qui vit dans le « Sous-Monde », les étages souterrains désertés de l’université, un monde à part, avec ses règles propres. La relation entre les deux est douce, étrange, et chacun apporte modestement ce qu’il peut à l’autre. Leurs rencontres ont lieu sur les toits, de façon erratique. « La musique du silence », donc, va s’intéresser à Auri, cette jeune fille si mystérieuse.

Dès l’avant-propos, l’auteur n’a pas l’air sûr de son coup. Il conseille au lecteur de ne pas lire son texte, et surtout s’il n’a jamais rien lu de lui. La postface enfoncera le clou, où l’auteur explique la conception du texte, et sa peur de déplaire avec une histoire « qui ne fait pas ce qu’une histoire devrait faire ». Effectivement, le texte est étrange. Pas de dialogues. Pas d’action. 160 pages de poésie dont le moment de gloire est la fabrication d’un savon… sur 8 pages… Rien de bien glamour dans la présentation.

Donc.

Auri, dès les premières lignes, pressent que « Il » (Kvothe) lui rendra visite dans sept jours. Elle veut lui faire un cadeau et décide donc d’arpenter le Sous-monde afin de trouver THE cadeau digne de Lui. Suivent 160 pages d’arpentage du Sous-Monde en quête du cadeau qui tue. Auri a ses rituels constants, et de nombreuses obsessions. Le Sous-Monde a ses règles (ou bien est-ce Auri ?) qui ne nous seront jamais réellement expliquées mais que l’on comprend au fur et à mesure. Les objets sont les seuls êtres vivants dans ce monde, mais chacun a une âme. Et chacun a sa juste place, qui permet l’harmonie de chaque pièce. Qu’un objet ne soit pas à sa juste place et c’est toute l’harmonie du monde qui s’en trouve biaisée. Auri passe tant de temps à changer des objets de place que de créature éthérée, elle passe assez rapidement au rôle de fille bourrée de tocs qui range tout compulsivement. Avec un toc de pureté qui l’oblige à se laver le visage et les mains quinze fois par jour qui plus est…

Et là, au bout d’une quarantaine de pages d’une merveilleuse étrangeté où l’on a bien compris qu’il ne se passerait rien jusqu’à la conclusion du texte, elle découvre un engrenage (de quoi ? bonne question !) extrêmement lourd, pas du tout à sa place dans la conduite pleine d’eau où elle l’a trouvé, et qui a l’air de ricaner d’un air goguenard tout le temps qu’elle se demande où le ranger. Elle continue donc sa recherche du cadeau pour Kvothe avec l’engrenage dans les bras, en attendant de trouver l’emplacement qui le conviendra.

J’ai lu « la musique du silence » d’un coup. Je n’ai donc pas eu le temps ou le loisir de faire une pause pour cause de travail ou autre en me disant « Mais c’est quoi ce texte bordel ? ». Je l’ai lu en immersion totale. C’était peut-être la bonne option, même si je n’en savais rien.

Parce qu’est arrivé le moment, au bout d’une centaine de pages, où Auri pense trouver le bon emplacement. L’endroit parfait. Et quand elle se rend compte que ce n’est pas le cas, et que l’engrenage se paye sa tronche d’y avoir cru, j’ai eu un mouvement d’humeur, de rage et d’impuissance mêlés : c’était quand même un super endroit !

C’est le moment où j’ai reposé mon livre en me demandant si je venais vraiment d’avoir eu cette réaction un poil extrême au vu de l’intérêt limité de la question. En vrai, je m’en carre un peu, de l’endroit correct pour cet engrenage. Je ne reste pas trop sur cette interrogation, parce que j’en peux plus de ne pas savoir et je retourne à ma lecture (la réponse est bien dans le livre, heureusement, sinon j’aurais été fichu d’en faire une jaunisse…).

Une fois finie, la question qui n’attendait qu’un moment de tranquillité m’est foncée droit dessus.

« Sans déc ? qu’elle a dit, la question. T’as vraiment été taquet à ce point là pour une histoire d’engrenage et de cadeau ? Tu t’es vraiment fadé 160 pages d’un truc sans intrigue et sans but dans un endroit dépeuplé vu par le prisme d’une fille dont tu ne peux même pas garantir la santé mentale ? Nan mais mec, a continué la question, t’es vraiment à ce point-là désespéré de fiction et de grandes quêtes héroïques que t’es prêt à t’accrocher aux fils conducteurs les plus ténus pour mettre ta vie en apnée ? »

Ben, faut croire, ai-je répondu d’un air moyen convaincu à la question, qui me prenait un poil au dépourvu. J’ai bien tenu les 300 pages du bouquin d’Eric Chevillard sur le type qui n’aime pas le chou-fleur et qui suit une fourmi. J’ai dévoré les 800 pages de velum, de Duncan, en ne comprenant que rarement de quoi il retournait. J’ai eu le cul coincé pendant les 300 pages de Julius Winsome parce qu’on avait tué un chien et j’ai été en apnée pendant tout le Big Brother de Lionel Shriver pour savoir si oui ou non Fletcher allait réussir à perdre du poids…

Oui, peut-être bien que je suis prêt à m’impliquer dans n’importe quelle histoire de merde comme si ma vie en dépendait pour peu que ce soit bien écrit…

C’est quand même bizarre, non ?

Je suis quand même moyen normal, au fond….

 

Parfois, je lis pour réfléchir.

Parfois, je lis pour me décérébrer.

Parfois, je lis pour me décérébrer et je réfléchis sans l’avoir vu venir.

 

La vie de lecteur est parfois pleine de surprise, parce qu’à force de s’immerger dans la vie des autres, on finit par s’interroger sur soi-même.

 

Oui, je sais, ce n’est pas neuf, mais moi, je suis lent d’esprit et j’apprends lentement.

 

J’espère juste continuer d’apprendre très longtemps.

 

Bonnes lectures,

 

Yvain

Un début d’année 2015

 

Bonjour à toutes et tous,

Comme régulièrement, je fais face à un dilemme cornélien au moment d’écrire ce poste. A force d’espacer mes articles et d’accuser des failles spatio-temporelles au final peu crédibles, vient le moment de décider quel livre chroniquer… Et vu la liste de billets en retard, autant dire que le choix n’est pas facile…

Je choisis donc la solution de facilité, et vous propose un petit tour d’horizon de mes lectures les plus marquantes de ce début d’année, en espérant que chacun y trouve au moins une piste de lecture qui lui plaise.

 

Romans

 

Fan-Wen-Une-terre-de-lait-et-de-mielUne terre de lait et de miel

Fan Wen – Traduit du chinois par Stephane Lévêque

Ph. Picquier Poche – 953 pages

 

Sur presque mille pages, Fan Wen nous raconte l’histoire d’une vallée tibétaine sur tout le 20° siècle. De l’apparition des premiers missionnaires français à l’arrivée des communistes dans les années 50, de la révolution culturelle aux incessantes guerres de religion, la montagne sacrée du Khawa Karpo assistera à toutes les exactions humaines et à tous les actes de compassion faits dans son ombre.

Alliant un souci de l’exactitude historique à un réalisme magique cher à Garcia Marquez, Fan Wen ne se refuse rien ; on ne s’étonnera donc pas, par exemple, qu’une armée se végétalise et prenne littéralement racine au sein d’un chapitre tout ce qu’il y a de plus réaliste, ou qu’une prophétie vieille de 60 ans mette fin à une guerre entre clans rivaux. Et ça marche ! On est happé dans cet endroit où tout peut arriver, et on suit génération après génération les mêmes erreurs se reproduire, tandis que le pays se modernise et se demande que faire de sa mystique de moins en moins probante.

L’excellente idée de l’auteur est d’avoir privilégié une structure en poupée russe pour bâtir son roman. Chaque chapitre fait environ une centaine de pages et représente une décennie. Mais plutôt que de suivre un ordre chronologique, Fan Wen a décidé d’imbriquer les époques. On commence donc par la première décennie, avant d’enchaîner directement sur la dernière. Puis les années 20, les années 80, les années 30, les années 70 etc etc… Dès la fin du deuxième chapitre, nous avons donc les tenants et les aboutissants du siècle : d’où le pays est parti, et où il arrivera, et toute notre lecture de la suite en est fortement modifiée. L’autre résultat de ce parti pris est que nous terminons sur les années 50, et l’arrivée des chinois au Tibet, pierre angulaire du siècle qui n’est pas sans rappeler le premier chapitre où les missionnaires français débarquent au Tibet pour évangéliser le pays…

Un roman long donc, ample et biscornu, mais prodigieusement lumineux, magique et passionnant… Une belle claque littéraire, à découvrir !

 

003385837Le Géant Enfoui

Kazuo Ishiguro – Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch

Ed. des 2 Terres – 411 pages

 

Pour son nouveau livre, Ishiguro surprend à chaque page. Ce roman poétique à l’extrême servi par une écriture constamment en état de grâce, mêle le merveilleux et la quête initiatique avec une élégance rare.

Axl et Beatrice sont un très vieux couple qui vit ensemble dans un petit village. Chez eux comme semble-t-il partout, une brume d’oubli leur fait oublier constamment les choses, et se souvenir du moindre détail est ardu. Ils n’en partent pas moins retrouver le village de leur fils afin de finir leurs jours auprès de lui, sans toutefois être bien sûrs d’où se trouve le dit-village, et sans se douter que leur voyage va être une véritable épopée.

Roman d’amour magnifique et atemporel (le récit se déroule à une époque bien précise mais on mettra un certain temps avant d’en avoir confirmation), roman d’aventures très lent qui pose beaucoup de questions sans toutefois y répondre, c’est une petite perle à l’image de sa photo de couverture : sobre et magnifique.

 

 

imageMa mémoire assassine

Kim Young-Ha – Traduit du coréen par Lim Yeong-Hee et Mélanie Basnel

Ed. Ph. Picquier – 153 pages

 

Un vieux tueur en série depuis longtemps à la retraite se voit contraint de relancer ses instincts de chasseur quand il craint qu’un de ses congénères ne souhaite s’en prendre à sa fille adoptive. Problème de taille : il a 72 ans et son Alzheimer est déjà bien avancé…

Un très court roman qu’on commence en rigolant beaucoup et qu’on finit avec l’échine glacée d’horreur. Car si les écrits de ce vieillard indigne, forcé de tenir un journal afin de ne pas perdre trop vite la mémoire, sont au début la source de formules pince sans rire qui souligne une vision très particulière de ses contemporains, on sent le malaise nous gagner au fur et à mesure. Tout comme le personnage qui se rend compte qu’il perd la mémoire, on se doute très vite qu’il nous manque des détails, de nombreux, et de plus en plus gros. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous gâcher la fin, aussi surprenante que dérangeante…

 

Polars

 

ob_d74cbb_gran-2015La ville des morts

Sara Gran – Traduit de l’anglais par Claire Breton

Ed. du Masque – 326 pages

 

Aaaaaaaaah ! Claire DeWitt, un de mes nouveaux personnages préférés ! Claire gagne à être connue, croyez-moi ! Auto-proclamée avec dérision « la plus grande détective du monde », elle a décidé de devenir privée après la découverte dans sa jeunesse d’un livre « Détection », de Jacques Silette, où l’auteur développe une philosophie du métier à la limite de la recherche mystique. C’est après 300 lectures de celui-ci, et son apprentissage avec Constance Darling, elle-même disciple de Silette, que Claire a peaufiné ses techniques d’enquête. Au menu : choix par tirage de dés, attention portée aux signes quels qu’ils soient, psychotropes, tirage du Yi-King (livre des oracles chinois), et ne jamais renâcler à vider une bouteille avec des clochards ou tester de nouvelles drogues avec les caïds du coin…

Cette première enquête se déroule dans la Nouvelle-Orléans post-Katrina (la ville y est un personnage à part entière, merveilleusement complexe) et Sara Gran a d’ores et déjà annoncée que chaque enquête aurait pour lieu une ville différente. Il me tarde de retrouver ma copine Claire dans ses prochaines enquêtes !

A découvrir, autant pour les amateurs de polars (malgré ce qu’on pourrait croire vu le résumé, l’enquête se tient parfaitement) que pour les amateurs d’ambiances et de personnages décalés.

Ps : A tout seigneur tout honneur, je remercie 100 fois Armande pour m’avoir incité à lire ce livre !

 

Reponses-ExeLes réponses

Elizabeth Little – Traduit de l’anglais par Julie Sibony

Sonatine – 490 pages

 

Janie Jenkins, c’est un peu Paris Hilton en moins nunuche. On a quand même de sacrées envies de la claquer à tout bout de champ, cette petite milliardaire hautaine et sûre d’elle, mais force est de reconnaître qu’elle a plus d’humour et d’intelligence qu’on en prêterait à miss Paris. Enfin, ça c’est au début du roman, parce que plus celui-ci avance, plus on apprend à connaître les failles de la demoiselle, et plus on l’apprécie vraiment.

Au début du roman, un vice de procédure lui permet de sortir de prison où elle croupit depuis dix ans pour le meurtre de sa mère. Se raccrochant aux dernières paroles de celle-ci avant son meurtre, Janie va mener son enquête car si elle est bien une petite pimbèche, et si elle détestait clairement sa génitrice, elle n’en est pas pour autant une matricide, et les dix dernières années de sa vie lui sont un peu restées en travers de la gorge. C’est le début d’un voyage qui va la mener dans une petite ville du Middle West, où elle espère avoir le temps de démêler le passé de sa mère avant que les médias ne la retrouve et ne s’acharne sur elle une fois de plus. D’autant que Trace, un blogger dont elle est l’obsession depuis plus de dix ans, active les recherches en proposant une récompense de 50000 dollars à qui saura fournir des indications sur ses déplacements…

Un thriller drôle et riche en rebondissements, avec une héroïne attachante et toute une galerie de personnages secondaires intéressants. Elizabeth Little s’annonce comme une auteur à suivre.

 

SF

 

jay-martel-prime-timePrime Time

Jay Martel – Traduit de l’anglais par Paul Simon Bouffartigue

Super8 Editions – 473 pages

Vous voyez The Truman Show ? Eh bien voilà à quoi sert la Terre pour le reste des univers connus : le bouquet de chaîne de divertissements ultime où les protagonistes, depuis des centaines d’années, rivalisent d’idées saugrenues, de violence, de sexualité bizarre et de comportements foireux… Nous faisons se poiler l’univers depuis des siècles, tant nous sommes ridicules et sous-évolués. Sauf que force est d’admettre que les audiences baissent, et les producteurs ont décidé pour la dernière saison de terminer en apothéose par la destruction pure et simple de la planète ! La tuile, quoi…

Heureusement, Perry Bunt, scénariste raté officiant dans une petite université, a découvert le pot aux roses, et va faire tout ce qui est en son pouvoir pour redonner vie à notre programme moribond pour relancer les audiences et espérer ainsi sauver Channel Blue. S’il n’y avait que les aliens, ça serait chose facile, mais le problème, c’est qu’il va falloir convaincre les humains, et là, clairement, c’est pas gagné du tout…

Livre de sf certes, mais surtout énorme poilade absurde avec deux idées géniales à la page, Prime Time est de ces livres qui vous font littéralement éclater de rire en continu. Du genre à vous faire passer pour un con dans le métro et à vous mettre d’excellente humeur tout le long de sa lecture. Ce qui n’est pas peu…

Alors, on ne fait pas toujours dans le léger niveau humour (le personnage principal se fait démonter la tronche un nombre incalculable de fois, dans des circonstances toujours absurdes), mais le nombre d’idées qui font mouche est ahurissant (et en parlant de mouches, vous ne les regarderez plus jamais de la même façon après ce livre…).

Un livre à lire pour passer un bon moment de franche rigolade, qu’on aime ou non la science fiction…

 

 

Bonnes lectures à tous,

 

Yvain

Plaisirs d’été

rattrapage0A tous ceux qui se disaient « Valérie elle n’existe pas vraiment » ou bien « quelle fainéante cette Valérie, elle n’a écrit que deux articles et encore le second elle ne l’a même pas écrit toute seule » et j’en passe et de plus ou moins sympathiques, à tous, je dis j’existe ! J’ai peu écrit jusqu’à présent, et sans me chercher d’excuse, il est vrai que cet exercice bloguesque prend l’air de rien pas mal de temps…je ne lis d’ailleurs plus les autres blogs  avec le même regard et un voile d’indulgence nimbe ma lecture…

 

Je m’excuse donc pour mon absence quelque peu prolongée, voire chronique depuis la naissance de ce blog, et vous promets d’essayer vraiment de faire mieux…

 

Yvain, si tu me lis, j’y tiens à notre blog et j’aime ce que tu en as déjà fait au cours de sa courte existence.

 

Bon, enfin je ne suis pas là pour m’étaler davantage sur mes états d’âme et mon sentiment de culpabilité grandissant….

 

C’est l’été, donc, et l’été on lit, n’est-ce pas ? Il parait que certains ne s’y adonnent qu’à cette période, ma question est : comment font ils pour (sur)vivre les onze autres mois ???

 

Bon, enfin ceci est un grand débat que je n’approfondirai pas ici, puisque cet article était destiné au départ à vous faire part de mes lectures plaisirs de vacances.

En voici déjà quatre à dévorer de tout urgence si ce n’est pas déjà fait…

 

Le palais de verre

Simon Mawer – Le Cherche Midi – mars 2012

Traduit de l’anglais par Céline Leroy

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 Je triche un peu car celui-ci, je ne l’ai pas lu cet été, mais à sa sortie au mois de mars, mais si vous ne l’avez pas lu, c’est l’occasion rêvée que cet été parfois capricieux.

 

Ce livre est une grande fresque dont le théâtre est ce palais de verre, réel personnage de ce roman, et qui se déroule des années 20 jusqu’aux années 80.

 

Liesel et Viktor Landauer, jeune couple tchécoslovaque, rencontreront l’architecte de leur maison à Venise : Rainer Von Abt est un adepte de Loos, de Mondrian et Le Corbusier. Il réalisera leur rêve, construire une demeure futuriste. Ce Palais de verre abritera leur histoire mais sera aussi le témoin de l’histoire de ce pays : occupation nazie, puis occupation soviétique, c’est tout un pan de l’histoire de ce pays que Simon Mawer nous donne à découvrir.

 

Je voulais absolument parler de ce livre car il n’a pas eu tous les articles ni rencontré le public qu’il mérite. C’est un livre très original, d’une réelle qualité littéraire et dont l’histoire nous entraîne très loin. Il se dégage de ce livre une atmosphère à nulle autre pareille : les personnages semblent en apesanteur dans leur monde, loin des remous historiques et de la vie qui les entoure. C’est extrêmement bien rendu dans le livre, pour laisser la place à celui qui est vraiment l’élément central, à défaut d’être un personnage, ce palais de verre, cette maison.

 

Je profite de l’occasion pour saluer le formidable travail  qu’accomplit la traductrice de ce roman : Céline Leroy. Fidèle aux auteurs qu’elle traduit mais dans une langue belle, elle nous permet de découvrir de la plus belle manière les auteurs anglo-saxons. J’ai eu l’occasion de la lire cette année dans un très très grand coup de cœur : Sale temps pour les braves de Don Carpenter (Cambourakis) et d’apprécier la qualité de sa traduction. C’est pour moi une preuve supplémentaire de la qualité d’un livre qu’il soit traduit par elle. Un grand bravo à cette traductrice de talent et à tous les autres qui oeuvrent dans l’ombre et que l’on évoque trop peu.

 

L’art du jeu

Chad Harbach – Jean Claude Lattès – juin 2012

Traduit de l’anglais (Ếtats-Unis) par Dominique Defert

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Je n’aime pas le sport, enfin disons plus positivement que je n’y vois pas beaucoup d’intérêt.

Je ne comprenais rien au baseball avant de commencer ce livre (et j’ai déjà essayé plusieurs fois auparavant de comprendre), je n’y comprends toujours rien après avoir terminé ce livre, et cependant…j’ai adoré ce livre, dont l’action se situe presque exclusivement au sein d’une équipe de baseball.

 

Un jeune homme va devenir le joueur vedette de l’équipe de baseball de Westish college, petite université du Wisconsin, soutenu par son mentor, un joueur plus âgé de l’équipe. D’autres personnages auront un rôle important dans le roman, mais je ne veux vraiment pas trop en dire pour ne pas empiéter sur le plaisir de les découvrir, je m’arrêterai donc là.

 

Peinture de mœurs, histoires d’amour et d’amitié, compétition et ambition, il est question de tout cela et bien plus encore. La vie et l’atmosphère de ce College sont si bien évoquées qu’on a l’impression de le connaître. Les rapports entre les personnages sont justes. Les personnages sont entiers et extrêmement humains.

 

Ce premier roman m’a fait penser au Maître des illusions de Dona Tartt mais aussi aux premiers romans de John Irving. Une très belle réussite et un plaisir de lecture de bout en bout.

 

Les règles du jeu

Amor Towles – A1lbin Michel – mars 2012

Traduit de l’anglais (Ếtats-Unis) par Nathalie Cunnington

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Encore les années folles mais ici, nous sommes à la fin des années 30 à New York et nous suivons les tribulations de Katey Kontent, qui rêve d’une place au soleil, parmi les WASP locaux. Je ne vous dirai pas si elle y parvient.

 

Sachez seulement que vous prendrez beaucoup de plaisir à la suivre. L’évocation de cette époque est parfaite, renforcée par les portraits en noir et blanc d’époque de Walker Evans qui ouvrent les quatre parties.

http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/1971.646.18

 

Jazz, bars enfumés, voitures décapotables, tout le decorum est là, mais aussi les pool de dactylos surveillées de très près, les frémissements de l’émancipation des femmes : car cette jeune femme incarne toutes celles qui ont bataillé pour se faire accepter, au travail ou ailleurs et pour vivre leur vie comme elles l’entendaient.

 

Ce premier roman est aussi une belle réussite. Il a déjà quelques mois, mais je n’avais pas eu le temps de le lire : il attendait patiemment l’été que son tour vienne. Je ne regrette vraiment pas cette lecture. J’ai dévoré cette histoire et j’ai adoré son héroïne.

 

Mr Monster

Dan Wells – Sonatine – juin 2012

Traduit de l’anglais (Ếtats-Unis) par Ếlodie Leplat

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Si vous avez-lu « Je ne suis pas un serial killer », du même Dan Wells, vous retrouverez John Wayne Cleaver, jeune sociopathe qui partage sa peau avec Mr Monster, personnage dangereux et toujours sur le qui-vive pour lui faire commettre les pires méfaits. Seule sa mère est au courant des pulsions dévastatrices qui le traversent. Comme dans le premier, il va lutter pour ne pas se laisser submerger, d’autant que des cadavres commencent à joncher la ville et que certains habitants mériteraient volontiers que l’on s’occupe d’eux.

 

Le héros a grandi, mûri et a pris le temps d’analyser et de connaître ses ravageuses pulsions : c’est extrêmement bien rendu dans le roman et ce personnage de serial killer en puissance est très sympathique. Ce thriller ne ressemble vraiment à aucun autre, et vous passerez un vrai bon moment à redouter que Mr Monster ne s’éveille…

 

Vivement le troisième et dernier volet de cette trilogie consacré à John Wayne Cleaver…

D’autres livres m’ont plu, mais je vous en parlerai plus tard, des nouveautés de la rentrée et aussi de quelques auteurs…bref plein d’articles à venir 😉 !

 

Pour qui ?

 Les trois premiers raviront tous les amateurs de grands romans, que l’on dévore avec bonheur.

Le dernier plaira aux amateurs de polars aux  personnages atypiques.

 

Belles lectures et bel été à tous.

Valérie