Les rêves de guerre

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Les Rêves de guerre – François Médéline – La Manufacture de Livres – 20.90€ -En librairie depuis le 5 mai 2014

 » Des pauvres, il en tombe tous les jours à la carrière, au revier, dans les baraques, les wagons, dans les tunnels, sur la route, à l’appel. Des numéros, des riches aussi, les riches tombaient vite, tous pauvres. Des centaines : chaque jour, tous les jours, depuis le premier et jusqu’au dernier, jusqu’aux volutes qui s’échappaient de la cheminée pour le firmament de nos peines. Un riche pèse lourd, un pauvre pèse lourd, un Juif pèse lourd, un pédé pèse lourd, les Russes étaient grands, les Russes pesaient lourds.  » Page 15

 » Elle n’était pas là, elle n’était pas en bas, elle ne boit pas l’eau claire, elle n’est pas pieds nus, elle n’a pas de longue robe rose.

Les boules de gui flottaient, suçaient la vie, tachaient le ciel, enveloppées d’écume, elles dansaient avec le vent vers nulle part, la clameur, mes pas, les forces autour, le frottement de la croûte terrestre, l’écho qui obstruait mes tympans, clapotait, le flux sanguin dans ma poitrine, et puis l’eau, elle s’approche, elle rince la grève.

Il fallait y aller, marcher. » – Page 303

Michel Molina, inspecteur principal au SRPJ de Lyon, retourne dans la petite ville où il a grandi, au bord du lac Léman, suite au meurtre d’un homme qu’il a connu et dont le frère a déjà été assassiné vingt ans auparavant. Officiellement en vacances, il va enquêter sur ce meurtre et remonter les traces de son histoire personnelle, histoire qui le conduira à remonter plus loin encore, au camps de Mauthausen.

Émue, retournée, chavirée, écœurée aussi jusqu’à la nausée à la lecture de certaines pages. Rarement un livre ne m’aura produit autant de sensations réellement physiques.

Mettre des mots sur les sensations produites par d’autres mots, je trouve ça si difficile, et cela l’est d’autant lorsque que j’ai aimé ses mots. Souvent je ne parle pas des livres qui m’ont le plus marquée car je n’y arrive pas. Mais ce n’est pas juste, pour ceux qui ont mis, comme François Médéline dans ce livre, leur âme à nu pour dire l’indicible, l’impensable, le pire de l’homme et la difficulté de vivre avec son histoire.

J’ai lu ce livre presque en apnée, la respiration suspendue à chaque mot, attendant et redoutant tout à la fois le prochain.

Une plume acérée, tranchante, parfois poétique et souvent meurtrière donne à ce roman une musique très puissante.

Que vous dire d’autre pour que que vous couriez l’acheter chez votre libraire préféré ?

L’intrigue vous tiendra jusqu’au bout, jusqu’au dernier mot et ensuite, peut-être, comme moi, vous aurez envie de le relire, encore, pour entendre à nouveau cette symphonie.

Vous allez prendre une claque magistrale et vous allez aimer ça.

En 2013, il y a eu Jaume Cabré et son Confiteor. Pour l’instant en 2014, il y a François Médéline et ses Rêves de guerre. Il ont de nombreux points communs ses deux livres. Et leurs auteurs en ont au moins un, le talent.

Merci à François Médéline, pour ce livre. Merci à Pierre Fourniaud, éditeur courageux et intransigeant, pour ce livre et merci à Sébastien Wespieser, formidable libraire, pour m’avoir transmis son indéfectible engouement pour cet auteur et donc pour ce livre aussi.

Son premier livre  La Politique du tumulte, paru à la Manufacture de livres en 2012, sort cette semaine en poche.

politique du tumulte pointsSi vous êtes parisien, venez rencontrer François Médéline vendredi 9 mai à partir de 19h30 à la librairie le Thé des écrivains, 16 rue des minimes, 75003 Paris, là.

Belles lectures à tous.

Valérie