Sulak

sulak

 

Philippe Jaenada – Julliardnouvautes0

490 pages – 22 euros – 22 août 2013

 

 

« Ces derniers temps, j’écris beaucoup.

Ce n’est rien d’autobiographique.

Rien qu’à cette idée, je frissonne.

Quelqu’un s’en chargera bien après ma mort. »

Bruno Sulak, 22 janvier 1985

 

Celui qui s’en est chargé, c’est Philippe Jaenada, qui las de raconter les rebondissements de sa vie trépidante dans des romans au demeurant fort réjouissants (que vous pouvez retrouver ici), a choisi de raconter la vie de Bruno Sulak, qui naquit le 6 novembre 1955 et mourut écrasé sur le béton, 29 ans plus tard. 

Dans l’intervalle, il a braqué des supermarchés et des bijouteries, avec son ami, Novica Zivkovica, alias Steve. Il a aimé plusieurs femmes, mais surtout une, Thalie. Il a été emprisonné plusieurs fois et s’est évadé a chaque fois, ou presque.

Sa signature : la non-violence, le souci de ne blesser personne. A commencer par sa famille à qui il tente d’épargner toute sa vie les retombées de ses actions, qu’il souffrira de ne pas pouvoir voir aussi souvent qu’il le souhaiterait. Il s’efforcera aussi lors de ses braquages de ne pas blesser, moralement ou physiquement, le personnel des supermarchés puis des bijouteries. Sulak est un vrai gentleman, amateur de jolies femmes qu’il comble de présents. Sulak est aussi féru de mots et laissera de nombreux écrits que sa famille a gardé et auxquels Philippe Jaenada a eu accès pour écrire ce livre.

C’est avec beaucoup de tendresse et l’humour qui le caractérisent qu’il nous livre le portrait de cet homme. Il a pu rencontrer différentes personnes qui l’ont très bien connu, l’une de ses sœurs ou l’amour de sa vie -Thalie-, et sa biographie, (car c’est bien de cela qu’il s’agit), a un réel accent de sincérité, c’est parfois à se demander s’il ne l’a pas connu, finalement. Et on ne peut que l’aimer, Sulak, après avoir lu ce livre.

Il est loyal en amitié, prêt à tout pour aider un ami. Il va ainsi tenter deux fois de faire évader un ami Jean-Louis S. Il est prêt à donner sa vie pour les gens qu’il aime, et savoir qu’un ami a perdu la sienne pour le sauver a bien failli le tuer. «L’ami, le frère, tué, abattu par des flics qui savent que nous avons choisi de ne pas tirer, de ne pas tuer. Que nous avons toujours évité la violence, que l’arrêter était possible…Sauf, sauf si l’on voulait par la même occasion m’annihiler. C’est réussi, je n’existe plus. Ma vie n’est plus qu’un cri.»

Son seul point faible en fait est d’avoir volé. Mais est-ce que cela mérite de passer sa vie derrière les barreaux ? Quand on touche à l’argent, bien sacré de notre monde merveilleux, on le paye cher. Sinon comment expliquer qu’il ait été condamné presque dix fois plus lourdement pour un cambriolage réussi où il a pu partir avec de l’argent ? Quand je vois que les parents malades qui ont fait vivre leur fille deux ans dans un coffre de voiture sont pour le moment en liberté, comme je l’ai entendu tout à l’heure à la radio, je me demande si on n’a pas quelque part en route perdu le sens des valeurs. Est-il l’ennemi public numéro 1, celui qui vole des commerces de toute façon indemnisés par leur assurances – lesquelles compagnies d’assurance lui rachetaient à un prix abordable les bijoux volés – et qui n’a jamais blessé personne ?

Bon je m’arrêterai là, mais parfois, cela met vraiment la rate au court-bouillon de se rendre compte que la seule valeur que cette société est prête à défendre et protéger, c’est l’argent, cela fait même vraiment mal au ventre.

Philippe Jaenada, merci d’avoir fait vibrer l’Arsène Lupin qui sommeille en moi, m’avoir raconté l’histoire de Bruno Sulak, cet homme sincère et loyal, avoir si bien écrit ses doutes et ses choix, d’avoir réveillé le vent de révolte qui ne demande qu’à souffler et dépoussiéré les idéaux qui ne devraient jamais la prendre, la poussière.

Alors je n’ai qu’un conseil à vous donner, lisez ce livre, vous allez sûrement le dévorer aussi, et comme à moi,  cela vous fera sûrement le plus grand bien.

bruno sulak

Belle lecture à tous.

Valérie