Les Géants

 

 geantsLes Géants

Benoît Minville

Sarbacane 2014- 288 pages.

Ça se passe sur la côte Basque. 
Les Géants, ce sont eux :
Deux familles, un clan qui se serre les coudes depuis toujours. Les parents, ouvriers et pêcheurs, gardent la tête haute. Leurs fils ont le surf pour vocation. Peu ou pas d’horizon.
Et soudain, la vague arrive :
César, le grand-père, revient. Il a passé 20 ans en prison ; tout ce temps, on a fait croire qu’il était mort… et il a des comptes à régler.
De lours secrets à déterrer.

 

J’avais beaucoup aimé son premier roman paru également chez Sarbacane dans la collection X’prim. Si vous avez oublié Je suis sa fille, relisez le billet ou mieux le roman ! Donc Benoît Minville revient ici avec un nouveau roman, avec une bande son tout aussi rock’n’roll. Et même si dans cette bande son on trouve Papa Roach, je n’ai pas refermé aussitôt le livre…( private joke to V. !)
Je vous le dis tout de suite pour Les Géants, les mots « coup de coeur » ne reflètent pas vraiment la réalité. Ce roman ce fut une claque. Je pèse mes mots : une méga claque.

Nous sommes au Pays Basque, à l’approche de l’été, ce moment où les touristes déferlent pensant qu’ils sont chez eux. Les Géants, ce sont eux, eux qui vivent là toute l’année. Deux familles, un clan, ouvriers, pêcheurs, deux couples, quatre enfants, amis dans le bonheur autant que dans l’adversité, pas dans les mauvaises passes seulement : ce ne sont pas des amitiés de façade, ce sont des amitiés d’une vie. Des amis comme on en rencontre peu. Mais il n’y a pas que la galère et la crise, il y a aussi le surf, les filles, la vie sur la côte, la mer celle qui peut tant te donner, et tout te reprendre en un clin d’oeil.   Au milieu de tout cela : des secrets, des petits et un grand. Le grand, c’est un de ceux qui, une fois pété à la gueule, le retour en arrière est impossible.

Le secret, c’est César Sabiani, le grand père marseillais qu’on croyait mort il y a bien longtemps. Le retour de ses vingt ans de prison renvoie au patriarche Auguste la honte, sa honte d’être le fils de son père. Ce retour est synonyme de danger, plus encore que pouvait le redouter, Auguste, le père de Marius et Alma.

Marius, lui aussi, a un secret, son rêve : partir découvrir le monde sur son bateau. Mais c’est difficile d’annoncer à ceux qu’on aime le plus au monde sa volonté de les quitter. Son meilleur ami, Esteban, a lui aussi un secret, un secret d’amour.

Voilà l’intrigue est là. Une histoire presque banale. Ce sont sans doute les histoires les plus simples qui font les plus grands personnages. Et les Géants font partie de ceux là, tous sont attachants, tellement attachants d’ailleurs que je ne voulais pas les laisser partir, je voulais les garder encore avec moi le plus longtemps possible. Alors, je l’ai savouré ce roman, doucement, lentement, pour que les Géants grandissent encore un peu plus en moi. Tant pis pour ma PAL énorme, j’avais besoin de ce temps. Besoin de digérer ces émotions, cette intensité. Ce n’est pas un roman qui se dévore, non, il se déguste par petites touches tant il est fort. Benoît Minville a tellement de talent qu’une scène de petit déjeuner familial vous fait monter les larmes aux yeux, dans les silences, les gestes. On ressent tout, fort, si fort. C’est épidermique, vous allez avoir les poils, tout au long de la lecture, je préfère vous prévenir ! Donc, effectivement, la trame est bien , vraiment bien d’ailleurs, mais ce sont des personnages extraordinaires qui la font vivre si fortement.

Je vous assure : une fois rencontrés, Marius, Alma, Estéban, Bartolo, Auguste, Enora, Henriko et Samia, vous ne pourrez pas les oublier, et en plus, vous voudrez vous en souvenir. Vraiment.

Alors non, je survends pas ce livre : je l’ai vraiment trouvé exceptionnel. Je ne pense pas pouvoir retranscrire l’émoi, le bonheur, tout ce que m’a procuré ce roman.

Je crois que je n’ai pas besoin d’en dire plus, à part, s’il vous plaît : Ne passez pas à côté de ce BIJOU.

C’est pour ce genre de roman de cette trempe que je me lève le matin car c’est un bonheur de le conseiller car je suis certaine qu’il frappera en plein coeur. Ouais, mon boulot, c’est ça : donner du bonheur à mes clients avec des pépites comme celles là. Cool, non ?

Pour qui ?

Les habitués de la collection chez Sarbacane s’y retrouveront bien sûr. Ceux qui ont aimé son premier roman vont adorer celui là.

En fait, ce roman est fait pour TOUS

 

Les éditions Super 8 : L’obsession et Carter contre le Diable

 

Un des projets éditoriaux les plus enthousiasmants de 2014 vient de voir le jour, et c’est assez pour que je sorte de mon mutisme de ces derniers mois pour vous en toucher un article.

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Sonatine vient de donner naissance, avec l’aide de Fabrice Colin en directeur de collection, aux éditions Super 8, dont la ligne éditoriale et le crédo ne peut que faire frétiller d’aise les amateurs de mélanges des genres : « Nous prônons la confusion des genres, les fables déjantées, les aventures ludiques et la participation active du lecteur. Tout le monde a compris depuis Lost et Alan Moore, depuis Kick-Ass et Inception, que l’on pouvait bien être geek et class – que c’était la meilleure façon de plonger dans le tourbillon pop qui s’annonce. » (Fabrice Colin dixit, citation piquée sur le site d’Elbakin.net)

Voici donc les deux premiers titres de Super8, tout juste sortis des caisses des libraires :

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L’obsession

James Renner – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas

Super 8 éditions – 574 pages

« L’Homme de Primrose Lane » : voilà le nom sous lequel on le connaissait, ici, même si certains l’appelaient « l’ermite », « le reclus » ou « le cinglé » quand ils jacassaient à son propos aux fêtes de quartier. Pour l’agent Tom Sackett, cependant, il avait toujours été « l’homme aux mille moufles ».

Il y avait une raison à ce surnom : l’ermite portait toujours des moufles en laine, même en plein mois de juillet. Peu de gens avaient dû remarquer qu’il en mettait une paire différente chaque fois qu’il sortait de sa maison délabrée »

« L’homme aux mille moufles » vient d’être assassiné de la façon la moins propre possible, et la petite ville de l’Ohio où il vivait reclus est sous le choc. Encore plus lorsque la police trouve, en fouillant sa maison, un ensemble de notes prises par le défunt où sont scrupuleusement recopiés les moindres faits et gestes d’une jeune fille du quartier. On se rend bien compte que personne ne connaissait ce vieux monsieur, suffisamment louche pour obséder sur des jeunettes et mériter d’être éparpillé façon puzzle.

Une seule personne ne suit pas vraiment l’affaire : David Ness, écrivain à succès dont la femme est morte quelques temps plus tôt et qui est depuis inconsolable.  Son éditeur le force à sortir de son coma émotionnel et lui propose de s’intéresser à ce fait-divers, matière potentielle à un prochain livre. D’abord réticent, David va finir par se plonger dans l’affaire de Primrose Lane, quitte à devenir à moitié dingue face aux découvertes que l’histoire recèle.

En voilà un résumé qui survole à peine le sac de nœud qu’est ce roman, mais je ne peux vraiment rien dire de plus, tant en dévoiler trop serait vous gâcher le plaisir.

On commence « L’obsession » comme on commence un très bon thriller. Multiplicité des intrigues et des personnages, fausses pistes, réel intérêt et grosse envie de casser le(s) mystère(s) semés par l’auteur en cours de route.

Et puis, à plus de la moitié du livre, on lit la première phrase d’un nouveau chapitre, on la relit, on la re-relit, et on en arrive à la conclusion qu’on l’a bien comprise, que le roman va dans une direction qu’on n’avait pas du tout envisagé et qui promet une seconde partie complètement dingue. Mais même là, la construction parfaitement huilée du roman ne se grippe pas, s’en retrouve même consolidée, et les innombrables pièces du puzzle dont on finissait par se demander si elles n’étaient pas dans la mauvaise boîte se mettent en place jusqu’au final grandiose. On referme le bouquin en se disant que l’auteur est un grand siphonné dont on attend le prochain bouquin avec impatience.

En relisant la quatrième de couverture après coup, on se rend compte que l’éditeur mentionnait les ombres tutélaires de Stephen King et de Philip K. Dick, comparaisons auxquelles on avait moyen fait attention tant elles pullulent sans rime ni raison sur toutes les quatrièmes de France, de Navarre et du monde, et on se dit que l’éditeur ne s’est pas fichu de nous (détail rajouté à cet article afin que les gens qui seraient foncièrement allergiques aux deux auteurs suscités n’aillent pas tenter le coup pour finir par regretter leur temps et leur argent…).

En bref, un roman vraiment dingue qui se dévore de bout en bout, et qui explore l’obsession sous toutes ses formes et conséquences de belle manière. Une première sortie qui annonce parfaitement la couleur éditoriale de Super 8, et qui pousse d’ores et déjà à attendre de pied ferme les prochaines sorties !

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Carter contre le diable

Glen David Gold – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier de Broca

Super 8 éditions – 814 pages

« Carter ne naquit pas illusionniste. Certes, il aimait se prétendre le septième fils d’une lignée de magiciens, voire l’arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de sorciers celtes. Parfois, il disait avoir suivi des années d’apprentissage auprès de mages orientaux. Mais ces déclarations destinées à la presse omettaient un détail : dès le début, la magie ne fut pas pour Charles Carter une simple distraction, mais un moyen de survie. »

San Francisco, 1923 : Carter le Grand donne son nouveau spectacle de magie, et pour les besoins du dernier numéro, propose au Président des Etats-Unis, Warren G. Harding de l’accompagner sur scène. Le spectacle est un succès, mais quand le Président est retrouvé mort deux heures plus tard, Carter sent bien qu’il va être l’ennemi public numéro 1 dans tout le pays. Il décide donc de disparaître quelques temps, le temps de mener son enquête, et ce malgré le zèle obtus de Griffin, agent des services secrets, qui a bien décidé de faire tomber l’illusionniste, d’anciens ennemis qui refont surface, d’un nouvel amour qui s’ébauche et de finances personnelles en chute libre qui imposent un prochain spectacle mémorable à concevoir. Gros programme, donc, mais quand on se bat avec le Diable tous les soirs sur scène, on ne se démonte pas si facilement.

Etats-Unis, années 20, monde des illusionnistes : il n’en fallait pas beaucoup plus pour que je me jette sur ce livre séance tenante. Lecture finie, qu’en dire ? Et bien que je n’ai pas été déçu par ce bon gros pavé somme toute assez classique (surtout si on le compare à L’obsession…) mais qui se lit tout seul.

L’enquête en elle-même est bien fichue, et réserve son lot de très bons moments, mais elle n’est pourtant pas ce qui fait les plus grands plaisirs de « Carter ».  Après un rapide prologue sur la mort de Harding et les débuts de l’enquête, on abandonne le présent pour une longue première partie sur la jeunesse de Carter, à mon sens une la plus réussie du livre. La découverte de l’illusion, les tournées cradingues de 4ème zone où il apprend son métier et la façon de « gérer » un auditoire, élaboration des premières illusions de grandes envergures…

Dans la deuxième partie, c’est le personnage de Griffin, agent secret borné qui ressort, et qu’on ne peut s’empêcher d’apprécier (alors qu’il essaie quand même de faire tomber notre héros…) ainsi que la relation entre Carter et la très mystérieuse Phoebe, jeune femme aveugle au passé trouble.

L’auteur est très fort pour faire revivre une époque et le milieu des magiciens (tous les numéros décrits ont vraiment existé et donnent envie d’être dans le public). De même, il a le chic pour faire exister des personnages, même très secondaires, et pour rajouter des scènes dont l’utilité n’est pas flagrante à l’histoire mais qui donne l’épaisseur suffisante à tel personnage ou tel trait de l’intrigue (exemple la scène de conclusion, quasi gratuite et pourtant très juste et très touchante.).

Voilà, plus que quelques semaines à attendre avant le prochain Super 8. Excellents choix pour ces deux premiers titres de la collection, qui annonce la ligne éditorial tout en prouvant que la proposition sera vaste et de qualité.

Merci à Fabrice Colin et Sonatine pour ces deux belles découvertes, point de départ d’une aventure éditoriale à laquelle je souhaite longue et heureuse vie !

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment le mélange des genres.

Pour les enthousiastes de Sonatine, qui ont appris à faire confiance à leurs choix de textes un peu barrés mais souvent très jouissifs.

Pour ceux qui aiment les constructions de romans machiavéliques qui ne laissent rien au hasard et les mises en abyme (L’obsession).

Pour les fans des années 20, de la magie, et des grands romans américains dans lesquels on plonge tête baissée dès la troisième page (Carter).

Bonnes lectures à toutes et tous,

Yvain

Chiens enragés

chiens enragésnouvautes0Chiens enragés – Marc Charuel – Albin Michel – 556 pages – 22 euros – En librairie depuis le 26 février 2014

Si vous souhaitez rencontrer Marc Charuel, il sera sur le stand Albin Michel  du Salon du livre de Paris dimanche 23 mars après midi.

« Tu vas leur expliquer que tu travailles à l’alphabétisation des enfants d’immigrés. Karim t’en a déjà parlé. Tu commenceras bientôt. Il te donnera tout à l’heure toutes les informations nécessaires. C’est dans une cité que tu connais. Tu n’auras qu’à y emmener ta femme et tes gosses un de ces quatre. Ils verront que tu gagnes honnêtement ta vie. Montre-leur ça et laisse-les tranquilles. Une fois que ta mission avec les frères du Pakistan aura été remplie, tu pourras les reprendre en main. Nous avons le temps. Le plus important, c’est de recevoir nos envoyés avec le message de l’émir. C’est la seule chose qui doit guider tes pas. On a la pression, en Afghanistan. Nos moudjahidin tuent beaucoup de croisés, mais eux, ils meurent par centaines. Lorsque nous aurons accompli ses dernières volontés, nous serons enfin sur la voie de la libération. Nous pourrons alors penser à l’instauration du califat. Des temps meilleurs viendront, mon frère. Grâce à toi. Ce que tu vas faire, c’est peu au regard de ce que nous obtiendrons. Nous interdirons les piscines, l’union libre, l’homosexualité, le jeu, la musique, le tabac, le maquillage, l’alcool, les films et les photos… Nous interdirons tout. Tout ! » (p.185)

Certains livres marquent durablement et certains auteurs persistent à me produire cet effet-là : rester longtemps en moi à travers des mots, des images, des sensations, des impressions. Lire n’est pas anodin, c’est aussi de ces mots et ces histoires que nous sommes faits. J’ai découvert Marc Charuel en 2011 avec son premier roman chez Albin Michel ; il avait écrit d’autres livres chez d’autres éditeurs auparavant dont certains sont épuisés, en lien avec son métier, photographe de guerre et journaliste. Il s’est beaucoup frotté au pire du pire de l’invention humaine, la guerre, et à travers ses livres, c’est encore le pire du pire qu’il nous donne à voir dans ses romans qui font partie des meilleurs thrillers que j’ai lus.

Le jour où tu dois mourir,  qui vient (enfin!) de sortir  en poche chez Pocket, nous immergeait dans la fabrication et le trafic des snuff movies en Asie et de ses consommateurs en Europe, à partir du meurtre d’une jeune fille à Arcachon. La claque, vraiment. Le genre de livre qui ne vous laisse pas indifférent, ce n’est pas un de plus, c’est un autre, différent, dérangeant et impossible à lâcher.

Au second, sorti en 2012, il a choisi l’armée française et la chape de plomb qui s’abat sur elle de l’intérieur lorsque survient une perturbation dans le fonctionnement de ses rouages, même si ces perturbations sont en l’occurrence des meurtres commis en son sein. Seconde réussite.

C’est la marque de fabrique de Marc Charuel, frapper fort sur des sujets sensibles, et nous embarquer coûte que coûte, contraint par sa plume à le suivre, et cela fonctionne à nouveau avec ce troisième roman, ces Chiens enragés, qui en l’occurrence vont probablement déranger.

Car ces chiens enragés ne sont autres que des soldats d’Allah, ces hommes au cerveau lessivé par les imams et prêts à tout et entre autre à tuer pour la grandeur du prophète. Et ces hommes, ils vivent dans le roman à Nanterre, en banlieue parisienne. L’histoire alterne fort habilement, entre 2001 et 2011, et nous raconte à travers l’histoire d’un homme, Sébastien Verdier, celles des milieux islamistes terroristes en France et en Afghanistan mais aussi celles du travail des services secrets français et américains pour infiltrer et démanteler ces réseaux.

Et le résultat est là, passionnant mais qui fait frémir. Rien ne nous est épargné des atermoiements et bassesses des uns et des autres, car on a beau chercher, il est difficile de trouver quelqu’un à sauver dans cette histoire. Les hommes sont veules et lâches, cupides, égoïstes et violents. Le seul qui force notre empathie est Sébastien Verdier, embarqué dans cette galère par appât du gain certes, mais dans le but de gâter ses enfants. Alors…

Un livre à lire absolument et, des heures de lecture compulsive plus tard, un malaise palpable et une certaine frayeur. Je vous l’ai dit, c’est la marque de cet auteur, nous  faire frémir des pires réalités qui nous entourent, nous faire gamberger.

Pourquoi ? J’ai eu envie de connaître un peu mieux cet auteur et ses motivations et lui ai posé ces questions.

CHARUEL-3-200x200Marc Charuel pouvez-vous vous présenter en quelques  phrases ?

M.C : Indépendant et assez solitaire depuis mon plus jeune âge. Davantage tourné vers les arts que vers les sciences. Amoureux des livres dès cinq ou six ans. Et une nette tendance à me raconter des histoires. Donc pour me calmer, j’ai pris, l’année de mon baccalauréat, la décision d’aller me frotter à celles des autres. Ce fut d’abord l’Irlande du Nord, puis très vite le Sud-Viêtnam et ensuite, pendant des années, toutes les guérillas qui sévissaient de l’Asie du Sud-Est au Pacifique. Et plus tard, les guerres de Croatie et de Bosnie après que je fus rentré en Europe. Enfin, il y aura eu également l’Afghanistan et l’Afrique. Si j’y retourne encore parfois, alors que j’ai soixante ans depuis ce matin, c’est pour garder la forme. Mais d’une façon générale, cette maladie de la guerre qui me collait à la peau depuis ma jeunesse m’a quitté il y a fort longtemps. Heureusement! J’ai réintégré le monde normal pour vivre une passion qui me dévore chaque jour: l’amour de mes enfants. Ça peut paraître être une banalité affligeante, mais c’est comme ça. J’assume.

Il est écrit sur la couverture de vos trois livres parus chez Albin Michel: roman. Pourtant, ce sont davantage des polars, des romans noirs que des romans. Est-ce un choix induit par vos goûts personnels en matière de lecture ou une nécessité au regard de ce que vous voulez raconter?

M.C : C’est surtout le choix de l’éditeur. À l’exception de sa collection “suspense”, il ne précise pas s’il s’agit de romans noirs, de polars ou de thrillers. Mais on ne trompe personne dans la mesure où la quatre de couverture est toujours très explicite. Quand on achète mes livres en se donnant la peine d’en lire le résumé, on sait qu’on ne va pas lire un roman à l’eau de rose…

Je sens à travers vos romans le regard du photographe, du journaliste, du témoin. En quoi pensez-vous que votre travail influe sur vos romans ?

M.C : Ma vie de photographe marque mes romans parce qu’elle m’a marqué moi-même. Au fer rouge… Ce n’est jamais anodin d’aller voir les gens mourir. Encore moins lorsqu’on réalise que beaucoup ont certainement perdu la vie à cause de vous. À cause de votre entêtement à vous trouver là où il ne fallait pas être…

Vos romans sont parfaitement construits et réellement impossibles à lâcher. Quelle est votre méthode de travail? Vous construisez chaque étape, chaque rebondissement? Vous planifiez tout avant de commencer à écrire ou vous vous lancez avec certains éléments et vous vous laissez le loisir d’inventer au fil de l’écriture? Connaissez-vous la fin avant de commencer à écrire?

M.C : Je réfléchis d’abord grossièrement au genre d’histoire que j’ai envie d’écrire: un fait divers, une manipulation politique… Ensuite, je cherche quels seront les personnages de cette histoire, puis j’en établis les fiches. Très précises. Après seulement, je bâtis le plan de roman. De manière très rigoureuse, comme un scenario cinématographique. Chapitre par chapitre. Scène par scène. Ça me prend parfois trois ou quatre mois.  Puis je me mets à écrire. Si je connais très exactement la fin de mon histoire avant même d’en avoir rédigé le début, je m’autorise quelques changements, bien sûr. Rien n’est jamais gravé dans le marbre.

Ce dernier roman, Chiens enragés, plonge au cœur des mouvements terroristes, en Afghanistan et aussi en France. Pensez-vous que cette mine de jeunes gens fanatisés par les imams puis entraînés en Afghanistan est une spécificité française ou une situation qu’on retrouve aussi dans d’autres pays européens ? Pensez-vous que cette menace d’attentats soit toujours réelle ?

M.C : Cela va sans dire. J’ajouterais même: plus qu’hier et moins que demain! Les groupes terroristes se multiplient en Europe et donc en France. Nos services de police travaillent très bien, mais ce n’est pas sûr qu’ils aient encore longtemps les moyens de faire face à cette mouvance qui se renforce chaque jour. Et déteste notre société un peu plus aussi chaque jour… Il ne faut pas l’oublier.

C’est un roman qui traite également des services secrets français et américains qui ne semblent coopérer que pour mieux tirer la couverture à eux. Est-ce romancé?

M.C : Il y a malheureusement du vrai là-dedans, bien sûr. Les services du monde libre ont appris à collaborer ensemble, mais vous avez affaire à des hommes, donc rien n’est jamais parfait.

Le seul à s’en tirer avec honneur dans ce livre est le journaliste. Les journalistes sont-ils toujours aussi honnêtes et avides de vérité…?

M.C : La bonne blague! Non évidemment. Malheureusement, j’ajouterais que beaucoup confondent militantisme et journalisme. Mais que peut-on y faire? Là aussi on a affaire à des hommes. Et puis une vérité d’un côté de la planète n’en est plus une de l’autre côté!

Avez-vous été confronté dans le cadre de votre travail de journaliste à cette raison d’état qui vous aurait empêché de publier? L’information est-elle muselée en France?

M.C : Oui. Il y a une vingtaine d’année, dans le cadre d’une enquête que j’ai menée sur Giat et un contrat de vente de nos chars de combat Leclerc. Ça a été très compliqué pour ne pas dire autre chose. J’en glisse d’ailleurs deux mots dans mon dernier livre.

J’ai lu que, jeune homme, vous vouliez être dessinateur de bandes dessinées. Cela ne vous a plus jamais tenté? Êtes-vous encore un lecteur de bandes dessinées?

M.C : Mon côté artiste… J’ai rapidement laissé tomber parce que je voulais vivre moi-même l’aventure. Pas la faire vivre à des personnages. Et cela fait des années que je n’ai plus ouvert une BD.

Quels sont vos trois auteurs préférés ?

M.C : Comment répondre à cette question? J’ai envie de vous dire: Jonathan Coe, Jean Giono et Jean Hougron (auteur de La nuit indochinoise qui lui vaudra le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1953) mais ce sera vrai et faux à la fois. Il y a tellement d’autres auteurs qui ont écrit parfois un seul livre qui m’a vraiment passionné, que cela me gêne de ne pas les citer tous.

Et vos auteurs de polar préférés ?

Edward Bunker, James Ellroy, Philip Kerr, Patrick Graham, Ian Rankin, Maud Tabachnik, Jean-Christophe Grangé, Mo Hayder, Dennis Lehane, Jim Nisbet, Jim Harrison, Russel Banks, Donald Ray Pollock, Michael Crichton, Stewart O’Nan, Donald Westlake, John Grisham et le très grand Gérard de Villiers.

Que lisez-vous en ce moment ?

M.C : Je lis en ce moment Les hommes de Diên Biên Phù de Roger Bruge,  Diên Biên Phù vu d’en face, paroles de bô dôi, et Dépêches du Vietnam de John Steinbeck. Vous voyez, c’est très asiatique! Mais je vais ouvrir prochainement Prières pour la pluie de Dennis Lehane.

Mille mercis pour ses réponses et joyeux anniversaire Marc.

Je vous souhaite d’écrire encore d’aussi bons livres et qu’ils rencontrent de nombreux lecteurs.

Belles lectures à tous,

Valérie

PS : Veuillez excuser le bug de mise en page qui interdit à ma tranquillité d’esprit d’avoir les mêmes espaces entre chaque paragraphe…impossible à corriger….je capitule et puis l’essentiel est ailleurs, n’est-ce pas, dans le contenu par exemple…

Un ciel rouge, le matin

un ciel rouge, le matinnouvautes0« D’abord, il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d’un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur vêture d’obscurité, il s’étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s’arrête, il entend les oiseaux s’éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant. »

C’est l’ouverture de ce roman, le premier paragraphe, la naissance du jour et celle d’un grand écrivain, dont voici le premier roman.

J’aurais pu vous choisir tant de passages que j’aurais recopié le livre, j’ai truffé le livre de post-it tant la langue de Paul Lynch est belle. Ce livre fera indéniablement partie de mes préférés de 2014, car un livre de cette ampleur, de cette épaisseur et de cette beauté ne se rencontre pas tous les jours. Tant mieux, on en serait lassé, peut-être. La rareté permet d’apprécier à sa juste valeur ce Ciel rouge, le matin. Francis Geffard, éditeur génial de ce livre, dit de lui qu’il a « du coffre et de l’âme ». Indéniablement.

Mais je m’envole et ne vous dis point de quoi il retourne.

Nous sommes en 1832, dans la campagne d’Inishowen,  sur la péninsule la plus au nord de l’Irlande, dans le comté du Donegal, d’où est natif Paul Lynch. Coll Coyle, jeune métayer au service d’un puissant propriétaire anglais, apprend qu’il va être expulsé avec sa femme enceinte et sa petite fille. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d’aller parler à l’héritier du domaine, mais la confrontation vire au drame et Coll n’a pas d’autre choix que de fuir, seul. Cette raison, nous ne la connaîtrons que beaucoup plus tard dans le livre, mais Coll, lui, ne la saura jamais. Il embarque à Londonderry sur un bateau avec d’autres émigrants pour l’Amérique.

Embauché dès la descente du bateau, Coll va s’user à creuser la voie du futur chemin de fer, près de Philadelphie, avec la volonté tenace sans cesse vrillée au corps de retourner en Irlande retrouver sa famille.

Comme souvent chez les irlandais, la réalité sociale est peinte sans fioritures, dans sa cruelle vérité. Qu’il parle des métayers d’Irlande ou de ses hommes transformés en bêtes de somme en Amérique pour creuser la voie du chemin de fer, Paul Lynch sait trouver les mots pour dépeindre la difficulté de leur travail et la misère qui l’accompagne.

Ce livre a la beauté d’un long poème, on en déguste chaque mot, heureux de découvrir le suivant, émerveillé de le trouver encore si savoureux. Pas un mot de trop et je voudrais saluer ici le travail de la traductrice Marina Boraso, qui a su traduire toute la beauté, la chaleur mais aussi l’âpreté de la langue de l’auteur. Elle contribue à faire de ce livre un bijou.

C’est un somptueux roman à la beauté sombre, digne des meilleurs livres de l’ouest américain. La nature et les espaces y ont une grandeur, une densité et une proximité palpables : on sent la terre qui crisse sous les chaussures, les reliefs se dessinent et les couleurs prennent vie. Les hommes y ont une profondeur et une humanité rares et justes. L’amour, l’amitié sont traduits avec une infinie pudeur et une forme de grâce. La seule touche féminine apparaît à travers la voix de Sarah, qui émaille le récit de Coll pour dire combien elle attend le retour de son homme. Il y a quelque chose d’envoûtant à lire ce roman. Les premiers mots nous captent et on se laisse porter sur les phrases.

Tout est parfaitement calibré et maîtrisé dans ce livre à l’alchimie parfaite.

Souvenez-vous du nom de ce nouveau venu : Paul Lynch. J’ai hâte de lire son second roman qu’il a déjà écrit et que Francis Geffard publiera en 2015. Son livre a reçu un très bel accueil en Irlande, en Grande Bretagne et aux États-Unis et il a décidé de se consacrer uniquement à l’écriture, pour notre plus grand bonheur à venir.

J’ai eu la chance de rencontrer cet auteur aussi lumineux que son livre est sombre.  Il a l’humour, la jovialité et ce mélange de poésie et de réalisme qui caractérisent les irlandais, et l’envie de raconter des dizaines d’histoires. Pour ce livre-ci, il s’est inspiré d’un fait divers : il y a 5 ans, 57 corps d’ouvriers du rail, originaires du même village irlandais du Donegal ont été retrouvés dans une tranchée, près de Philadelphie. Certains étaient morts du choléra, d’autres avaient été assassinés. De là est né l’histoire de Coll.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette rencontre. Merci à Paul Lynch pour ce livre.

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J’espère avoir réussi à vous transmettre l’enthousiasme de cette belle découverte. Courez l’acheter dans votre librairie préférée !

Belles lectures à tous,

Valérie

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso- Albin Michel

En librairie depuis le 26 février 2014

286 pages – 20 €

S’abandonner à rencontrer Sylvain Tesson

tesson valouDimanche 12 janvier, j’ai eu le grand bonheur d’accueillir et de converser avec l’homme des forêts de Sibérie, à la librairie le Divan, à l’occasion de la sortie de son dernier livre.

sabandonneràvivreLa foule des grands jours et des lecteurs conquis : c’était beau de voir dans les yeux des lecteurs, captifs de ses paroles, tout le respect qu’ils lui portent. Dire que Sylvain Tesson est aimé est encore loin de la réalité. Il a d’ailleurs cru Noël revenu en recevant, très ému, les cadeaux de ses lecteurs.

Géographe de formation, il a écrit ou co-écrit avec ses compagnons de route, 22 livres : des récits de ses voyages (L’axe du loup, La chevauchée des steppes, La marche dans le ciel…), des essais (Dans les forêts de Sibérie, Petit traité sur l’immensité du monde), et des nouvelles (Une vie à coucher dehors et depuis quelques jours S’abandonner à vivre).

Un titre magnifique, S’abandonner à vivre, et une philosophie de vie, pour celui qui nous explique qu’il est plus facile de frétiller comme la carpe mais cependant nécessaire de remonter le courant tel le saumon et nécessaire de croire au hasard : laisser la vie venir à soi, en pleine volonté, vigilant sur ce qui nous arrive et prêt à saisir les opportunités qu’elle nous offre.

Sylvain Tesson n’aime pas être emprisonné dans une case ou par une étiquette. A la question de savoir s’il se considère comme un écrivain-voyageur, il se rebiffe et fustige les français qui ne peuvent s’empêcher de cataloguer chacun. C’est donc un homme, un écrivain qui voyage, sans cesse sur le départ et fourmillant de mille projets, mais qui ne considère son voyage terminé que lorsqu’il l’a couché sur le papier.

Mais pourquoi partir ainsi et toujours ? Pour de multiples raisons, la beauté du voyage et des paysages, des rencontres, mais aussi et surtout pour fuir le quotidien.

Autant ces récits de voyage font la part belle à la nature, aux saisons, aux paysages, autant ses nouvelles sont centrés sur les hommes. De Paris en Sibérie, via l’Afghanistan ou le Texas -bien que ce ne soit pas le chemin le plus court…-, il raconte avec beaucoup d’affection ces femmes et ces hommes qui tentent maladroitement de vivre ou juste de survivre, comme dans la très belle nouvelle L’exil, qui raconte celui d’un jeune qui quitte le Niger et sa famille pour se retrouver à Paris.

N’espérez pas un jour lire un roman de Sylvain Tesson, il aime ce format de la nouvelle, comme autant de séquences, de chapitres d’une vie. De plus il est sans cesse en mouvement, la brièveté de la nouvelle lui convient donc. Enfin, il n’a aucune imagination dit-il, alors… Mais revenons à ses nouvelles… il n’est pas toujours tendre avec nos travers d’occidentaux. Ainsi dans la nouvelle La Promenade s’en prend-il avec humour aux joggers, dont il nous dit faire partie.

« Le monde changeait, mais Paris recevait toujours la lumière comme une bénédiction et les Parisiens tenaient bon dans cette certitude : rien ne vaut une heure de marche sur les quais de leur fleuve. Des joggers accumulaient le crédit de quelques kilomètres dans l’objectif de se taper, le soir, des andouillettes spongieuses en toute bonne conscience.Certains avaient le rictus christique, la foulée désarticulée. Le jogging était la névrose d’une société qui n’avançait plus. »

L’une de mes préférées s’appelle L’ennui et raconte celui, ferme et tenace de Tatiana dans sa barre d’HLM sibérien :

« Tatiana s’allongea sur le canapé, composa le numéro d’Igor mais ne l’appela pas. Elle fixa le plafond. Une tache marron s’épanouissait sur la tenture, trace d’une fuite du ballon d’eau chaude des voisins, vingt ans auparavant. Enfant, elle fixait les motifs des auréoles et y voyait des têtes d’hippocampes surgissant d’anémones. Aujourd’hui, la tache restait une tache. Une odeur de chou montait de l’appartement du dessous, imprégnait tout. C’était l’odeur de l’ennui russe. »

Je vous conseille aussi très très très vivement ce livre-là, paru en 2011, également disponible en Folio.

dans forets siberieSylvain Tesson y raconte sa retraite en ermite, pendant six mois, dans une cabane au bord du lac Baïkal en Sibérie. Il y est parti avec des vivres et soixante sept livres, car dit-il en introduction, j’avais de la lecture en retard….(j’en ai rêvé tant de fois…)…mais ce n’est évidemment pas la seule raison. Il raconte jour après jour, les gestes de survie – couper du bois, pêcher, se nourrir mais aussi entretenir la cabane -, les promenades pour découvrir les environs, et lorsque Sylvain Tesson se promène, c’est souvent plusieurs dizaines de kilomètres parcourus dans la neige, sur ou au bord du lac, ou dans les montagnes, car il est aussi alpiniste…, ses contemplations du paysage dans la nature ou derrière sa fenêtre, ses lectures, les visites de ou à ses quelques amis sibériens et puis ses réflexions, ce que lui inspire jour après jour, cette solitude, ce temps qui s’écoule et qui n’appartient qu’à lui.

« Dans la cabane, le temps se calme. il se couche à vos pieds en vieux chien gentil, et soudain on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »

Je pourrais vous raconter encore qu’il aime la musique classique romantique, qu’il joue de la flûte à bec et de la cornemuse, qu’il aime Bruce Chatwin et Nicolas Bouvier, qu’il parle un russe de charretier et s’amuse à recenser dans cette langue les mots français. Un exemple : « un chantrapas  » est en russe un raté et provient des maîtres de chorale de l’ancienne Russie qui choisissait les chanteurs : « chantra »… « chantrapa ». Je pourrais vous raconter aussi que son dernier voyage s’est fait sur un bateau appelé « L’Imaginaire », pour suivre la petite transat de Galicie aux Antilles. Qu’il y a découvert la mer et qu’il y a pris goût. Qu’il projette aussi d’aller escalader des falaises de grès en Éthiopie….

Mais le mieux, c’est de venir la prochaine fois, car rien ne vaut une rencontre en librairie avec un écrivain de talent et un homme de bien.

Un immense merci à vous, Sylvain Tesson, pour cette généreuse et passionnante rencontre. et à tous les lecteurs qui sont venus y assister, car avec vous tout est possible.

Très belles lectures à tous !

Valérie

« L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années vous échappent.

Elles coulent dans la plaie du temps blessé.

Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil, et soudain on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »
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