Rencontre avec Paul Cleave – Nécrologie

rencontre0

 

DSC01744.JPG

Le rendez-vous avait été fixé à 9h30 au café le Zimmer, place du Chatelet à Paris. Bien entendu, la mise au point des questions de la part des deux apprentis-interviewers que nous sommes n’a jamais eu lieu, merci à un retard de train qui nous fit arriver au café en même temps que Paul Cleave et Fabienne Reichenbach, l’attachée de presse de Sonatine. C’est donc moyennement rassurés que nous nous sommes installés, nous demandant surtout si le fait d’être questionnés par deux débutants ne serait pas un peu laborieux pour l’auteur, et s’il serait assez « bon client » pour qu’un silence gêné n’envahisse pas le Zimmer avec notre table comme œil du cyclone.

Craintes vite envolées au moment des premières questions. L’interview se transforma rapidement  en discussion à bâtons rompus, et la personnalité de Paul fit pour beaucoup dans la fluidité de l’échange : ouvert, chaleureux, très drôle, il s’est prêté au jeu des questions avec beaucoup de gentillesse et de disponibilité. Il évoque pour nous ses lectures, sa façon d’écrire, ses projets, et ses théories toutes personnelles sur la place du frisbee dans le salut de l’Humanité.

 

Quels genres de livres lisez-vous ?

Le plus souvent, je lis des romans d’horreur. Et des romans policiers. Beaucoup de Stephen King, John Connoly, Michael Connely. J’aime les livres qui font peur, de même quand je regarde un film.

 

Aimeriez-vous écrire un roman d’horreur ?

Oui, j’aimerais beaucoup écrire un excellent roman d’horreur. J’y pense beaucoup depuis quatre ou cinq ans. Au départ, c’était ce que je voulais être : un auteur de romans d’horreur. Mais je ne sais pas si les gens apprécieraient. Ils sont habitués à ce que j’écrive des romans policiers, je ne sais pas si ils suivraient ou non. Mais vu que j’ai sans cesse cette idée en tête, il est possible que je me lance dans les prochaines années. Il m’est déjà arrivé d’en entamer, d’en écrire vingt pages puis de me rendre compte que ça ne me plaisait pas. Mais je pense que ce sera amusant.

 

Si vous vouliez être auteur de romans d’horreur, pourquoi avoir commencé votre carrière sur des romans policiers ?

Parce que je n’étais pas très bon ! Il y a presque vingt ans, quand j’étais adolescent, j’ai essayé d’écrire de l’horreur et ce n’est allé nulle part. Quand on écrit du polar, avec un parti-pris de réalisme, en faisant  des recherches, en se renseignant sur les motivations des tueurs en série, on peut au final obtenir un résultat plus effrayant encore qu’un roman d’horreur. Si on va au cinéma voir un film de vampire, on n’est pas inquiet quand on rentre chez soi après, alors qu’avec un film sur un tueur en série, on est plus tenté de verrouiller la porte à clef ! L’effrayant vient du réel. Quand j’ai compris ça, je me suis mis à écrire des romans policiers.

 

A quel point faites vous des recherches ?

J’en fais moins aujourd’hui. Quand j’ai commencé dans ce registre, j’ai beaucoup lu sur le FBI et les tueurs en série. En me documentant, je me suis rendu compte à quel point ces gens étaient horribles. Il est parfois très difficile de simplement lire ce que les victimes ont vécu. Le but pour faire un bon roman, c’est de réussir à ramener ces différentes sensations dans la fiction.

 

Il y a une scène dans Nécrologie, où Tate, le personnage principal, décrit une jeune femme morte, à la morgue. La scène est troublante de réalisme.

Effectivement, mais je n’ai jamais été dans une morgue. Les films et les séries télé d’aujourd’hui, comme les Experts, sont de plus en plus basés sur des recherches poussées, et donnent une bonne base de connaissance. Il y a également ce que l’on sait sans avoir à faire de recherches : dans le cas d’un cadavre, sa froideur, sa rigidité. Il y a sans doute des choses qui ne sont pas « réalistes » dans mes descriptions, mais que les lecteurs ne décèleront pas, à moins de travailler dans une morgue…

Dans mon dernier livre, une large partie de l’intrigue se déroule dans une prison, et je n’ai pourtant jamais été dans une prison. Le réalisme doit servir l’histoire mais on ne doit pas en être prisonnier. D’ailleurs, en parlant de prison, j’ai appris récemment que mes livres sont très populaires dans la prison de Christchurch. C’était un peu flippant, ça ne m’a pas fait déborder de joie !

 

Vous avez toujours voulu être auteur ?

Oui, toujours, depuis que je suis tout petit.

 

Vous ne vouliez pas être policier ?

Bon, d’accord, je voulais être astronaute quand j’étais petit. Et je voulais être Batman, aussi. D’ailleurs, je veux être Batman aujourd’hui encore! (rires) Non, vraiment, c’est une idée qui m’a toujours suivi. Quand j’ai été adolescent, on m’a demandé « Si tu pouvais faire ce que tu veux de ta vie, qu’aimerais tu vraiment faire ? » J’ai répondu « Ecrivain », et on m’a dit « Bah alors, pourquoi tu ne fonces pas ? ». « C’est vrai, ça, pourquoi je le fais pas ? » Et voilà !

 

Est-ce que ça a marché rapidement ?

Oh non, les premiers romans que j’ai terminés n’ont même jamais été présentés à des éditeurs ! Ils étaient plutôt nuls. J’ai fait ça quelques années, à écrire un ou deux livres par an, à trouver mon style et ma façon de faire. Puis ça a été des envois de romans et de nouvelles aux éditeurs, à me faire refuser de partout. Tout a commencé à changer quand j’ai essayé les thrillers. Je me suis amélioré, je me suis senti plus confiant dans mon travail.

 

Vous êtes traduits dans seize pays aujourd‘hui, en Europe, aux Etats-Unis…

Oui, ainsi qu’à Taiwan et au Brésil. Mais pas en Angleterre, en revanche. Alors que les livres fonctionnent très bien partout, on continue de me refuser partout là-bas avec le genre d’arguments qu’on donne à l’auteur d’un premier roman : « Nous ne sommes pas sûrs que c’est ce que le public recherche. Vous ne rentrez pas dans le marché actuel ». Grosso modo, ils disent aimer l’écriture, mais il faudrait que je leur écrive un livre spécial, différent de ce que j’écris d’ordinaire. C’est quelque chose auquel je me refuse : passer plus d’un an à écrire pour des éditeurs particuliers, qui pourraient me refuser au final. Je préfère écrire pour les pays qui me soutiennent moi et mes histoires depuis le début, tel que la France et l’Allemagne, qui sont sans doute les deux pays où je marche le mieux.

 

Et la Nouvelle-Zélande !

Du tout, personne ne me lit là-bas ! Devinez le nombre d’exemplaires vendus de mon dernier roman en Nouvelle-Zélande ? (Après quelques tentatives infructueuses) 768 !

 

A quoi est-ce dû, selon vous ? Est-ce la même chose pour d’autres auteurs néo-zélandais ?

Je pense que la Nouvelle-Zélande a connu trop de mauvais auteurs, trop de mauvais bouquins, et trop de mauvais films ! Dans le passé, oui, nous avons eu des grands auteurs, mais moins maintenant. Les gens se lassent, et n’essaient même plus de nous lire ! Ils lisent les auteurs anglais ou américains. Le prix des livres est cher, les gens ne vont pas mettre 25 dollars dans votre livre, s’il y a des auteurs tels que Lee Child ou Stephen King dont ils connaissent et apprécient les romans. De plus, la plupart des librairies ont un rayon « auteurs néo-zélandais » séparés, souvent pas très accessible. Ca n’aide pas. Je ne pense même pas à la Nouvelle-Zélande quand j’entame un bouquin, je sais que là-bas, on les trouve trop sombres.

 

 

Vous vivez à Christchurch, où tous vos livres se déroulent. Il y a beaucoup de descriptions de la ville dans Nécrologie où vous en parlez de façon peu flatteuse, comme d’une ville brisée qui ne pourra plus être réparée ou du genre d’endroit dont on a envie de s’enfuir. Quelle est votre relation à votre ville, et comment les habitants de Christchurch réagissent-ils à vos romans ?

Bon, déjà, y’a pas grand monde là-bas qui lit mes livres, donc je n’ai pas beaucoup de retours négatifs. Christchurch n’est pas du tout en réalité telle que je la décris dans les livres, mais c’est bien plus amusant de placer un thriller dans une ville très sombre et brisée. Plus d’atmosphère, plus de tension… Et puis j’aime bien la rendre plus sombre, ça lui donne un côté exotique. J’y vis car c’est une belle ville, on y a de l’espace et les gens sont agréables. En voiture, on est à dix minutes de tout. Je vis près de la mer, en allant de l’autre côté, je peux aller skier dans les montagnes ou faire une ballade en forêt ! Il y a beaucoup à faire, et tous mes amis sont là. Maintenant, je voyage beaucoup et depuis deux ans, je n’y suis plus que six mois par an.

 

Comment écrivez-vous ? Toujours dans les mêmes conditions ?

Tout dépend de ce qui se passe à ce moment là, dans ma vie. En temps normal, quand je suis bien lancé dans un livre et que j’avance comme je le veux, je suis à mon bureau dès neuf ou dix heures le matin et je bosse en continu jusqu’à neuf ou dix heures le soir. Onze ou douze heures par jour, tous les jours, et on peut écrire le premier jet d’un livre en quelques semaines. Je peux avoir des périodes où j’ai envie de voir mes amis et de sortir, mais quand je suis en période de boulot, je m’y mets à fond. Un peu trop parfois, mes repas se résument le plus souvent à des paquets de chips et des cannettes de soda que je prends en travaillant. J’aime ce processus où les journées défilent sans que je m’en rende compte, et où je réalise soudain que le soleil est déjà couché ! A d’autres moments, en revanche, si tout n’avance pas bien, ou si je lis un article qui m’éreinte un peu trop, il peut m’arriver de ne pas travailler pendant des jours. Les mois où je suis en voyage, c’est un peu plus compliqué. Je n’ai pas de bureau, je dois bosser sur mon ordinateur dans des cafés, je n’aime pas trop ça. Je le fais de moins en moins, car il n’y a pas de vrai plaisir.

 

Les périodes de voyage vous permettent de réfléchir à des idées pour de prochains livres, ou bien partez vous toujours vierge au moment d’en entamer un nouveau ?

Non, un livre à la fois. Là, je rentre en Nouvelle-Zélande la semaine prochaine, je vais pouvoir me poser et réfléchir au prochain roman. C’est assez grisant de m’assoir à mon bureau et de me demander de quoi il va parler, de n’en savoir encore rien et de laisser les idées venir. Sauf quand j’écris « Chapitre 1 » et que je vais jouer à la X-Box quelques heures parce que rien ne me vient !

 

Vous voyagez beaucoup, et vous rencontrez beaucoup de lecteurs issus de pays différents. Notez vous des façons différentes de lire ou dans les commentaires qu’on vous fait d’un pays sur l’autre ?

Oui. Par exemple, en France, on cherche souvent une certaine profondeur ou une poésie dans mes écrits, ce qui est super. En Allemagne, en revanche, quel que soit la personne avec qui je discute, le livre préféré est toujours le premier (Un employé modèle, ndb). On me dit sans cesse « Oui, votre nouveau livre est plutôt bien, mais c’est le premier que je préfère. » Ce qui est agréable d’un côté et frustrant de l’autre. En France, c’est plutôt l’inverse. Le nouveau est toujours le plus réussi.

 

La réaction allemande est peut-être due au personnage de Joe, dans un Employé modèle. C’est un personnage qui marque les gens, pour lequel on a des sentiments contrastés. Il est moins introspectif que les personnages de Un père Idéal et  Nécrologie, plus violent mais moins sombre.

Tout à fait, on me « reproche » souvent le côté sombre des romans suivants, mais je les aime ainsi. Par exemple, je me suis forcé à rendre Un employé modèle drôle, car si ça n’avait pas été le cas, ça aurait été vraiment glauque ! Je viens juste de rendre mon nouveau manuscrit à mon éditeur, il y a quelques semaines, et il s’agit d’une suite à Un employé modèle. Il fallait que je fasse revenir Joe si je voulais que les lecteurs ne me lynchent pas ! Pour la noirceur des livres, il y a une sorte de transition de roman en roman. Il ne faut pas oublier que les lecteurs français sont passés de mon premier livre au quatrième, et que cette transition semble moins évidente du coup. Mais oui, j’aime ce qui est sombre. Le nouveau sur Joe est bien plus sombre que le premier !

 

En même temps, c’est parfois l’aspect à priori drôle de certaines scènes dans Un employé modèle qui créait le plus fort sentiment de malaise, comme les scènes avec la mère du personnage.

Quand on fait des recherches sur les tueurs en série, on se rend compte que la plupart ont eu des mères étouffantes, castratrices ou abusives. Quand on commence le roman, on n’aime pas Joe. Mais dès qu’on rencontre sa mère, on le trouve plus sympathique. On compatit presque pour lui. Le rôle de la mère était fait pour rendre le personnage de Joe plus sympathique pour le lecteur. Elle et son poisson !

 

Le personnage principal de Nécrologie est l’inspecteur Tate. J’ai lu que plusieurs des romans qui suivaient celui-ci reprenaient ce personnage. Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à le réutiliser lui plutôt qu’un autre, à en faire un personnage récurrent ?

J’ai toujours voulu un personnage récurrent. Après Nécrologie, j’ai écrit Un père idéal. Pour le suivant, j’avais une idée en tête depuis une dizaine d’années.  J’avais déjà écrit un premier jet à l’époque mais ça n’allait pas du tout. Il m’a paru évident alors de le reprendre avec Tate comme personnage principal. Ca a changé peu ou prou toute l’action du manuscrit original pour n’en garder que les thèmes. Mais ça marchait plutôt bien. Son personnage évolue, il n’est plus aussi sombre, alors que d’autres personnages qui gravitent autour de lui évoluent dans l’autre sens.

 

Outre l’ambiance assez sombre que vous avez déjà évoquée, il y a d’autres similitudes entre Un père idéal et Nécrologie. Bien que les histoires et la façon de les traiter soient différentes, les thèmes du lien familial et de la vengeance occupent une large partie des livres.

Oui, la vengeance a toujours été un de mes ingrédients principaux préférés. Même dans les films, les personnages de vengeurs me plaisent beaucoup. C’est encore le sujet de mon dernier roman publié. C’est une thématique qui plaît beaucoup. Je me dis parfois qu’il faut que je fasse attention à ne pas trop l’utiliser, afin que les livres ne se ressemblent pas tous ! Mais c’est vrai qu’il y a une dimension biblique, «Œil pour œil », qui pousse à faire les mauvaises choses pour les bonnes raisons. La question du choix est intéressante.

 

On croise Joe dans Nécrologie, pendant une courte scène au poste de police où il est employé. Simple clin d’œil, ou projet littéraire plus large ?

Quand j’ai écrit Un employé modèle se dessinait déjà ce Christchurch parallèle.  Il me semblait intéressant que tous mes romans à venir se situent dans la même ville. Les personnages se croisent. Depuis, effectivement, je fais faire des apparitions à Joe dans tous les livres, même dans Un père idéal. D’une part, ayant toujours gardé en tête l’idée d’une suite à Un employé modèle, cela permet de rappeler au lecteur que le Boucher est toujours en vie. D’autre part, les six premiers livres se passant tous dans la même année, cela permet de garder une sorte de chronologie. Certains livres ont aussi une même tonalité car ils se déroulent pendant une même saison. J’aime beaucoup le côté private joke quand on lit un roman en retrouvant des personnages ou des situations d’un précédent livre de l’auteur. Il y a un personnage dans Un employé modèle, qu’on ne voit que quelques lignes, et qui réapparaît dans différents livres également. C’est amusant quand on me dit s’en être rendu compte ! A part Joe et Tate, les deux autres personnages importants qui reviennent systématiquement sont Christchurch et Schroder (le supérieur de Tate, ndb). Ce dernier est parti de quelques lignes, à un chapitre entier dans le livre suivant, pour prendre de plus en plus de place au fur et à mesure. Dans le dernier, il est quasiment un personnage principal.

 

Connaissez-vous déjà la fin d’un livre quand vous le commencez ?

Non, la plupart du temps, je la découvre au moment de l’écrire. Parfois, ce n’est même pas pendant le premier jet mais pendant la réécriture, en reprenant tout depuis le début, que je  comprends vraiment  les motivations du tueur.

 

Quelle est la part du premier jet et celle de la réécriture ?

Je fais le premier jet très rapidement pour poser les bases de l’histoire. Les descriptions de personnages, de la ville, les ambiances ne viennent qu’à la réécriture.

 

Pour finir,  nous vous laissons carte blanche pour la dernière question. La Caverne vous appartient pour les prochaines lignes : coup de cœur, coup de gueule, message aux lecteurs… Faites-vous plaisir !

Ok ! Si ça ne vous dérange pas, je voudrais partager ma théorie sur la vie. Je crois vraiment que les gens munis de frisbees pourraient guérir le monde. Quand il y a un frisbee quelque part, les gens créent des liens naturellement. Il y a quatre ans, j’étais en Egypte sur une plage, et j’avais mon frisbee sur moi –j’ai lancé mon frisbee dans 22 pays pour l’instant…-, un tchèque et un polonais que je ne connaissais pas et qui ne se connaissaient pas non plus sont venus le lancer avec moi pendant vingt minutes, et nous étions très copains juste après. C’est ce qui manque dans les sommets politiques où on trouve des présidents et des premiers ministres de tous les états. Si plutôt que de s’assoir à des tables, on leur donnait un frisbee, les conversations deviendraient nettement plus simples. Le frisbee sauvera le monde !

 

 

 

*****

 

Nécrologie

Paul Cleave – Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Fabrice Pointeau

Editions Sonatine – 415 pages

Necrologie-de-Paul-Cleave-Sonatine-__reference.jpg« Hé, mec, vous voulez peut-être jeter un coup d’œil à ça », me lance l’un des hommes. Mais je suis trop occupé à regarder autre chose. « Hé ? Vous m’entendez ? » La voix est désormais plus proche. « On a quelque chose à vous montrer. »

Je lève les yeux en direction de l’opérateur qui marche vers moi. Le gardien commence également à s’approcher. Les deux hommes regardent dans l’eau sans dire un mot. La bulle noire n’est en fait pas une bulle, mais le dos d’une veste. Elle flotte dans l’eau, et un objet gros comme un ballon de foot y est relié. Un ballon de foot avec des cheveux. Et avant que je puisse répondre, une autre forme remonte à la surface dans un tourbillon de bulles, puis encore un autre, à mesure que le lac relâche son emprise sur le passé.
L’inspecteur Tate doit déterrer un corps pour une vérification d’ADN. Mais un glissement de terrain dans le cimetière fait ressortir trois cadavres du lac. Ce sera le début d’une enquête qui va de plus en plus obséder Tate, au grand dam de sa hiérarchie. Du gardien du cimetière, personnage plus que louche, au curé du coin qui ne l’est pas moins, les cadavres du lac vont révéler peu à peu une histoire de vengeance qui trouve ses racines dans un lointain passé…

 

Le premier chapitre donne tout de suite le ton : le cimetière, la pluie torrentielle, les pieds dans la boue, les odeurs, les cadavres qui remontent à la surface, le malaise persistant qui ne lâchera pas le lecteur avant la conclusion du livre, bref, l’impression qu’on sera trempé et sale même pendant une potentielle description de lever de soleil sur fond de ciel bleu. L’ambiance omniprésente -et qui n’est pas sans rappeler le film Seven- fait pour beaucoup dans la réussite du roman.

 

On retrouve avec plaisir le Christchurch de Paul Cleave, ou du moins son double maléfique (voir l’interview). A l’instar du Maine de Stephen King, dont il est un grand fan, Paul Cleave triture l’âme de sa ville natale jusqu’à la changer en lieu de perdition oppressant où nul espoir ne semble permis. « Tout ici a l’air vieux et laid pour l’essentiel. » (p.107). Ce personnage récurrent dans l’œuvre de l’auteur continue de se forger une personnalité et de donner cette couleur particulière aux romans.

 

Les thématiques de l’auteur sont de nouveau explorées, mais sous un jour différents : l’omniprésence du passé, le poids familial, la vengeance. On retrouve dans un sens tout ce qui faisait le fond d’Un père idéal, mais avec une trame qui prend ces sujets à rebrousse-poil pour nous en faire explorer de nouvelles facettes, et poser de nouvelles questions, évitant ainsi l’impression de redite.

 

Enfin, il y a le personnage principal, Théodore Tate, appelé à devenir un personnage récurrent des prochains romans de Paul Cleave (trois ont déjà été écrits). Ce personnage extrêmement attachant, qui a beaucoup d’accointances avec le Harry Hole de Jo Nesbo, est un vrai personnage de flic comme on les aime : brisé, luttant avec ses démons, casse-couille toujours à faire chier sa hiérarchie, parfois irréfléchi, toujours à foncer tête baissée dans les pires situations, obsessionnel sur ses enquêtes en cours jusqu’aux limites de la folie… Il nous tarde de retrouver ce personnage, dont l’auteur nous promet une nette évolution aux cours des prochains romans.

 

Quant à l’enquête en elle-même… Ben, on ne dévoilera rien, parce que ça serait pêché de trop vous en dire, si ce n’est qu’elle est très bien menée et que sa conclusion est tout ce qu’il y a de plus réussie ! Bref, vous savez ce qu’il vous reste à faire !!!

 

Pour qui ?

Pour les amateurs de polars aux ambiances sombres qui collent à la peau.

Pour les fans de Paul Cleave, qui retrouveront dans Nécrologie ce qui a pu leur plaire dans ses deux premiers romans traduits.

Pour ceux qui aiment les personnages à la Harry Hole, flics pétris de contradictions et constamment limites mais pour qui on ne peut qu’éprouver de la sympathie.

 

 

La Caverne des Idées tient à remercier plus que chaleureusement l’équipe de Sonatine pour nous avoir permis de passer ce moment privilégié avec l’auteur ! (Oui, parce que faire la queue à une signature pour se faire dédicacer un livre, c’est déjà chouette, mais avoir l’opportunité de prendre son temps autour d’un café pour discuter, c’est autrement plus sympathique !). Merci mille fois !

 

 

tour-du-monde-1.jpg

Cette lecture rentre dans le cadre du

Challenge Le Tour du Monde en 8 ans

Pays : Nouvelle-Zélande

 

Bonnes lectures à toutes et tous,

 

Valérie et Yvain

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *