Read around the clock (1)

themeJ’aime le rock. J’aime cette musique ouvertement bête et geignarde,  qui  fait rimer amour avec toujours et peine de cœur avec malheur ; j’aime ces chanteurs égocentrés qui pensent que leurs petits bobos ont valeur universelle ; j’aime leurs poses de rebelles sans cause ; leurs chansons à deux accords et à la rythmique puérile ; leurs questionnements existentiels risibles et leur incapacité à se rendre compte que si, si, le ridicule peut tuer…

J’aime le rock parce que tous ses aspects ridicules me parlent au plus haut degré. Catharsis moderne, cette musique me permet d’être absurdement à fleur de peau sans avoir à me prendre au sérieux. Ces idiots là le font pour moi…

Comme le personnage principal du roman –et du film- High Fidelity, de Nick Hornby, j’ai passé des centaines d’heures à faire des cassettes de mes chansons préférées (je fais la même chose en playlist aujourd’hui, mais c’est moins drôle), des tops 5 des « meilleures chansons d’ouverture d’un album » ou autre «intros qui tuent ». Si je suis si bon aux blind-tests musicaux, c’est parce que j’ai perdu des heures, des jours et des mois à disséquer le moindre morceau de trois minutes jusqu’à le connaître par cœur, paroles comprises. J’ai élaboré une « théorie de la note » avec une amie, qui consiste à ranger tout trémolo de voix, note haut perchée ou un tant soit peu chair-de-poulisante dans des catégories aux noms stupides tels que « note blasouille », « note crève-cœur », « note schyzo » ou ma petite préférée, la  « note chantée depuis le pont principal du bateau-fantôme qui passe au loin là bas ».  J’essaie de départager depuis des années les meilleures chansons de Eels ou Radiohead, sans y parvenir aucunement, mais toujours persuadé que c’est une question vitale qui mérite toute mon attention. Non, non, le ridicule ne me tuera pas… Enfin, j’espère.

 

Et bien sûr, comme je ramène aux livres tout ce que je fais, je lis quantités d’ouvrages sur l’histoire de cette musique débile.

 

Voici donc une petite présentation de quelques livres sur le sujet, à bouquiner avec une pile de disques à portée d’oreilles, naturellement…

 

 

Histoire du rock

François Jouffa et Jacques Barsamian  

Editions Tallandier – 931 pages

 

5126jRAeUvL__SL500_AA300_.jpgL’originalité de cette énième histoire du rock tient à sa structure. Les deux auteurs ont en effet scindé des centaines de biographies en quatre « générations ».

 La « génération Presley » revient des origines du blues aux pionniers du rock’n’roll, retraçant les origines du genre, qu’elles soient noires, blanches ou mêlées. On y découvre les premiers grands labels tels que les légendaires « Sun Records » (Elvis, Johnny Cash, Roy Orbison), l’émergence précoce des Teenage idols (contre-attaque des maisons de disques pour capitaliser un phénomène qui leur échappe, et qui sont un peu les ancêtres des boys-bands) et la traversée du genre vers l’Europe et l’Angleterre, avec les premiers rockers anglais, tels que Cliff Richard.

La « génération Dylan » aborde divers sous-genres qui naissent conjointement vers des publics et des attentes différentes : rock à la cool des musiciens surfeurs, folk-rock protestataire de ceux qui pensent que les temps, ils a-changent, émergence de la pop… Phil Spector invente le mur du son et enchaîne les tubes comme d’autres les nouilles sur des colliers ; la Motown brouille les frontières entre les couleurs de peau en faisant chanter à des noirs de la musique « noire » calibrée pour les blancs. Dans une Amérique où les mentalités bougent trop lentement, la musique, si elle ne change pas le monde, fout quand même un sacré boxon.

La « Génération Woodstock » enfonce le clou.  Le blues fait en retour en force, notamment en Angleterre, les mouvements alternatifs font leur apparition, les hippies sont partout, les festivals pop explosent de Monterey à l’Ile de Wight (Dans la série des questions fondamentales qui me turlupinent depuis des années, je ne sais toujours pas si j’aurais préféré être à Monterey, Wight ou Woodstock…)

Pour finir, on aborde la « Génération Beatles », avec les Fab Four et leurs nombreux émules, les Pierres qui Roulent et les mods, avant de finir sur la rock music préfigurant les années 80 de Jimi à LedZep en passant par Deep Purple et Pink Floyd…

Ce livre, qui est une vraie mine d’information et fait passer des heures sur internet à écouter des dizaines de groupes formidables qu’on ne connaissait pas, est réellement passionnant. Qu’on le lise par petites touches, quand un besoin d’infos se fait ressentir sur tel ou tel groupe, ou qu’on se l’engouffre en trois jours comme si c’était un roman, il réussit à compiler réelle « Histoire » et catalogue raisonné. Indispensable !

 

 

Rétromania

Simon Reynolds

Editions Le mot et le reste – 480 pages

41AV4WaEI4L__SL500_AA300_.jpgLe mot et le reste est, avec Allia, une de mes références en matière de livres traitant de la musique. L’un comme l’autre ont réussi à me passionner même sur des sujets qui ne m’intéressaient guère, et je fais toujours très attention à leur catalogue et leurs nouveautés. Ce livre ci est un bon exemple de la qualité éditoriale de cette maison.

Quid du rock, et même de la musique tout court, en ce début de millénaire ? Qu’avons-nous à proposer et donc à nous mettre sous la dent ? Pas grand-chose, ou si peu, en tout cas, rien de bien folichon… En décortiquant la rétromania, cette folie de notre époque de piller nostalgiquement et compulsivement un patrimoine parfois trop récent pour avoir fait ses preuves, l’auteur nous met en face du problème majeur de la culture à notre époque. Les groupes légendaires se reforment après des tournées hommage aux enregistrements de leurs disques phares (Cf Metallica et son « Black album tour il y a à peine un mois), les albums de reprises pullulent, on sample les anciens à tout va pour créer des sons qu’on pense nouveau…

Plus que ces phénomènes ponctuels mais très symptomatiques, c’est à un décryptage de nos capacités d’écoute et de découverte que l’auteur nous convie. Qu’entraîne la généralisation de Youtube, des ipods et de l’internet en général dans nos façons d’apprécier comme de consommer de la musique ? Comment en arrivons-nous à une époque où nous ressentons de la nostalgie, pour des générations qui sont pourtant sur proches de nous (cf les revivals années 80 qui donnent à penser que cette époque « bénie » (yuk !) est bien lointaine, alors que son mauvais goût transparait encore partout autour de nous).

L’auteur, qui plus est, avoue de bon gré et très souvent dans son livre tomber dans la plupart des pièges qu’il évoque. Du coup, on ne sent jamais dans son discours un côté puriste ou « vieux con », et sa démonstration n’en est que plus éloquente. Un bouquin réellement très intéressant, et qui soulève beaucoup de questions sur notre époque, et sur celle à venir…

 

ecrits sur la musique(Nota Bene : Un constat assez semblable est fait par Laurent Aknin dans son excellent essai « Mythes et idéologie du cinéma américain » (ed. Vendémiaire) pour le domaine du 7° art. Articulant sa démonstration sur quatre sous-genres (le néo-péplum, les films de super héros, le fantastique et le film catastrophe), il démontre à la fois l’impact du 11 septembre dans la façon de raconter des histoires, mais aussi l’évolution du regard que les Etats-Unis portent sur eux même. Néanmoins, ce qui prédomine, c’est la difficulté de créer de nouvelles histoires, d’où les prequels, les suites, les reboots, les remakes plan par plan et autres film-hommage. Il est amusant que ces deux livres soient sortis au moment où The Artist, film hommage aux films muets américains,  créait un délire planétaire. Est-il vraiment étonnant que les Etats-Unis l’aient à ce point consacré ?)

 

 

Le sacre du rock

Steven Jezo-Vannier

Editions  Le mot et le reste – 357 pages

 

sacre rock.jpgTant que nous sommes dans le Mot et le Reste, enchaînons sur une de leur plus récentes parutions, et non des moindres. Une autre histoire du rock, oui, encore. Mais sous le prisme à la fois original et évident de la religion. Le rock est la musique du diable, tout bon intégriste vous le dira. Mais d’où vient cette légende tenace ?

C’est donc aux rapports tendus mais constants entre musique et religion que nous convie Steven Jezo-Vannier. Du blues où les musiciens s’inventent une légende en racontant leur pacte avec le diable en échange d’un phrasé de guitare hors du commun à un Elvis Presley qui, non content de pervertir la jeunesse de son vivant, va devenir la première divinité du show business après sa mort ; de ce petit malin de John Lennon qui aura du mal à faire comprendre que sa phrase sur les Beatles plus célèbre que le Christ équivaut à une réalité quant à la baisse de popularité de l’église catholique à l’embrasement de la culture hippie pour les spiritualités orientales, de la mystique complexe de Led Zeppelin à Satan brandi comme un étendard par des groupes de hard, d’une Madonna combinant stupre et religion pour faire le buzz au succès récent des groupes de néo métal chrétien hurlant leur plaisir d’être à Dieu en vous esquintant les oreilles, tout un programme… Citant constamment les textes de chanson (avec traduction pour les non anglophones, on se rassure), ce bouquin très juste dans sa vision des choses est un vrai plaisir de lecture.

 

 

Waiting for the sun

Barney Hoskyns

Editions Allia – 506 pages

 

waiting for sun.jpgDémarche originale que celle de Barney Hoskyns. Plutôt que de se consacrer sur un genre ou un groupe, il nous invite à découvrir la musique née, des années 40 aux années 90, à Los Angeles. Qu’est-ce que la scène musicale propre à un lieu ? Comment évolue-t-elle ? Le choix de la ville n’est pas anodin, car la Cité des Anges a cristallisé pendant 50 ans le ton du pays entier –et au-delà d’ailleurs.  Du West Cool Jazz de Charlie Parker et Chet Baker aux plages pleines de Good Vibrations des Beach Boys, des années fleurs dans les cheveux des Mamas and Papas aux expériences poético-mystiques des Doors, de la scène punk à la naissance du gangsta-rap, on se rend compte que le choix de la ville n’est pas anodin. Car si LA semble être une ville hors du temps, bercé de trop de soleil et de bronzage, mélange d’utopie et de bizness, de rêves de cinéma et de faits divers sordides, elle  est, comme sa musique, le reflet de son pays et de ses évolutions. Truffé d’anecdotes, ce livre célèbre cinquante ans de démesure et de coups de génie, et on y croise aussi bien Nat King Cole que Charles Manson.

Un autre exemple de la qualité des éditions Allia, dont toute la collection Musique regorge de pépites (qui m’a même poussé à me taper plusieurs centaines de pages sur le reggae alors que je déteste cette musique…). Pour ceux qui aiment la soul et les artistes du label Stax, le livre de Peter Guralnick, Sweet Soul Music, est un must-read absolu !

 

 

Le prochain article sur le sujet (qui devait être en une seule partie avant que je ne m’emballe à pérorer tout seul dans mon coin et que la raison ne me fasse  prendre mon lectorat en pitié) sera centré sur quelques biographies. On verra comment Guralnick a écrit la meilleure bio musicale du monde qu’on soit ou non fan d’Elvis ; on prendra deux bouquins sur les Beatles pour les lire à la suite et avoir ainsi la bio ultime et parfaite sur les FabFour ; on s’interessera à ce taré génial de Phil Spector, qui poussait les artistes qu’il produisait à se rallier à ses avis musicaux en sortant un flingue et on se demandera comment on peut réussir une biographie d’un type comme Tom Waits, dont la vie est un conte et ses mensonges des morceaux de vérité.

Ben dites, si ça donne pas envie, ça…

 

Bonnes lectures à tous,

 

Rock on !

 

Yvain

 

 

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