Que nos vies aient l’air d’un film parfait

nouvautes0Carole Fives

Le Passage –119 pages

 

roman,rentrée littéraire

 

Quelle arnaque. T’as huit ans et t’as droit à tes œufs en chocolat. T’as huit ans et bientôt tu vas entendre la nouvelle qui va te coincer les mots dans la gorge pour longtemps.

 

 

C’est l’histoire d’une famille française des années 80 : la mère, le père, la fille et le fils. C’est l’histoire du divorce des parents, l’histoire de la séparation de la fratrie en même temps que celle des parents. L’histoire d’un petit frère et de sa grande sœur. Grande soeur qui un jour a la sensation de le trahir et dont la culpabilité se met à peser lourdement, et pour longtemps.

C’est le début des années Mitterrand, lorsque les divorces commençaient à devenir de plus en plus nombreux. C’est une période de tâtonnements, de prémices, de tentatives.

C’est une histoire somme toute banale, que des milliers d’enfants ont vécu. La plume de Carole Fives rend ce livre magnifique et bouleversant, un formidable cri d’amour d’une sœur à son frère, d’une sœur qui lorsqu’elle est adulte, souffre encore de leur séparation physique lors de ce divorce. Je ne m’y attendais pas et je me suis retrouvée en train de pleurer, et j’ai poursuivi la lecture de ce livre en apnée, sans cesse sur la crête de la vague qui allait ou non me submerger. La dernière fois que j’ai ressenti cela c’était il y a un an à la lecture du livre de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit. La sincérité des sentiments, l’écriture belle et simple, sans fioriture, tout concourt à maintenir le lecteur au coeur du chaos.

Cette jeune auteur fait preuve pour ce premier roman d’une sensibilité et d’une justesse de ton parfaites : elle dissèque les multiples petits détails de la vie qui font qu’avoir des parents qui divorcent, c’est définitivement la fin d’une certaine légèreté. Elle donne la parole de fort touchante façon à toute la famille, mais particulièrement à cette soeur qui domine ce récit de la force de ses sentiments.

Carole a déjà écrit un recueil de nouvelles, Quand nous serons heureux (Le Passage- 2010), un roman pour la jeunesse, Zarra (L’école des loisirs- 2010) et plusieurs projets collectifs. Un album pour la jeunesse sort le même jour que ce roman, Dans les jupes de Maman (Sarbacane éditions).

Je vous l’avais promis, voici mon cadeau : J’ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à Carole Fives. 


Carole photo light pour Valérie.JpegTu as commencé à créer par le biais des Arts plastiques, la peinture ou par l’écriture ?

C.F. : Le dessin, la peinture et l’écriture ont toujours été présents, depuis l’enfance, avec l’écriture d’un journal, puis la filière de philo à la fac, et enfin les Beaux arts. Selon le sujet, la période, je privilégie l’un ou l’autre de ces mediums.

Comment se sont imbriquées ces deux activités dans ta vie ? S’imbriquent-elles harmonieusement ?

C.F: Oui, pour le moment, je suis plus impliquée dans la littérature, mais je suis persuadée que la peinture rend plus heureux que l’écriture.

Te rappelles tu comment t’est venue l’envie d’écrire de la fiction ?

C.F. :Oui, je me souviens dans un de mes premiers textes, avoir à un moment décidé de tuer le narrateur. Alors que je m’inspirais d’une histoire très concrète, très peu fictionnelle. Ensuite j’ai souvent entendu dire que c’était assez courant chez les primo-romanciers : se débarrasser de son personnage principal… S’autoriser la fiction, de la manière la plus expéditive qui soit.

Comment est née l’idée de ce roman ?

C.F. : Les thématiques de l’enfance, enfin, de ce qui reste d’enfance dans l’adulte m’ont toujours intéressée. Je tournais autour de ces sujets depuis le premier recueil de nouvelles, sans savoir comment les aborder. Le divorce, les années 80, c’est venu après, un des sujets forts aussi de ce roman, c’est la culpabilité. Crime et châtiments de l’enfance… 

Il y a infiniment de détails (comme le studio à peine meublé du père), de sensations, qui ancrent ton texte dans une vraie réalité, lui donnent un  poids émotionnel énorme. Peux-tu nous en parler ?

C.F. : La littérature est dans les détails bien sûr, plutôt que dans les concepts. Et la description d’un logement précaire (un lieu de transhumance, comme dit la narratrice) d’une table faite de planches et de tréteaux, d’étagères de récupération, en disent assez sur la déstabilisation provoquée par un divorce…

Tout se situe dans les années 80, il y a le contexte : chansons, émissions de radio et de télévision : est-ce que c’est important pour le roman ?

C.F. : Oui, la description de ce divorce-là n’aurait pas été la même en 1970 ou en 199O. Début 80, on est 5 ans après la loi sur le consentement mutuel de 1975, c’est la première grosse vague de divorces en France, on n’a pas encore le recul qu’on a aujourd’hui sur l’impact de ces séparations sur la famille, les enfants. Les années 80 et leur musique sont plus qu’une toile de fond pour ce roman, ils lui donnent son rythme, sa couleur.

A quelques jours d’intervalles sortent ce roman et un album pour la jeunesse, comme en 2010, avec ton recueil de nouvelles et ton roman jeunesse. Hasard, Coïncidence ? Comment l’expliques-tu ?

C.F. : En fait ils sortent tous les deux le même jour, le 23 août. C’est évidemment un hasard mais qui fait sens : Dans les jupes de maman traitent de la difficulté pour un petit enfant à se détacher de sa mère. Je parle là d’un très jeune enfant, 3-4ans, mais cette difficulté à se détacher de son histoire familiale peut durer bien plus longtemps… 

Est-ce différent d’écrire pour la jeunesse et pour les adultes ?

C.F. : Oui, les projets ne sont pas les mêmes, ni le ton employé, plus libre, plus humoristique pour la jeunesse. Mais fondamentalement, la posture est identique, je n’écris pas « pour » la jeunesse, ni « pour » les adultes, mais des voix s’imposent, qui ont alternativement 3 ans, 20 ans, 50 ans…

As-tu d’autres projets ?

C.F. : Oui, j’ai des projets de roman, de nouvelles aussi. Mon prochain roman devrait se passer au Portugal.

Y a t-il des romans de cette rentrée que tu attends particulièrement ?

C.F. : Il y a des auteurs sur lesquels je me précipiterai, et dans cette rentrée ce sera Linda Lê, Echenoz et Gwenaëlle Aubry.

Quels sont tes auteurs préférés ?

C.F. : Dans le désordre : Laurent Mauvignier, Valérie Mréjen, Sybille Grimbert, Nathalie Sarraute, Edouard Levé, Angot, Pérec, Barthes…

Mille mercis Carole !

C.F. : Avec plaisir!

Et maintenant, une petite visite au site de Carole  http://carolefives.free.fr/

 

Pour qui ?

Pour ceux que la sincérité des sentiments touchent.

Pour ceux qui acceptent de se faire chavirer pendant le voyage.

Quand ?

Chez votre libraire préféré le 23 août 2012.

Belles lectures à tous !

Valérie

 

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