Gary tout seul

gary tout seul

nouvautes0Gary tout seul – Sophie Simon – JC Lattès –

350 pages – 18 € – En librairie depuis le 9 avril 2014

« Je traversais l’une de ses journées.

Je n’en étais qu’à la toute première étape, celle où vous avez envie de vous jeter dans l’Hudson.

Je me trouvais lâche et j’étais las de me trouver lâche.

Las de mon impuissance, de ma faiblesse face à un type comme Brad et déprimé en songeant à mon avenir de sous-fifre […]

Quand j’ai rallumé mon portable, dans la voiture, j’avais trois longs messages de Vern.

Dans le premier, il m’engueulait. Dans le deuxième, qui me fit beaucoup rire, il s’excusait de m’avoir engueulé, et dans le dernier, il me donnait rendez-vous dans un café, d’ici une demi-heure.

Je lui étais presque reconnaissant de m’avoir distrait un instant.

J’ai regardé ma montre.

J’ai mis le moteur en marche…

J’allais déjà mieux. J’avais même le sourire aux lèvres.

Mais il me vient toujours cette gaieté étrange quand je me sens au fond du trou. Une sorte d’ivresse des profondeurs. De celle qui donne toutes les audaces, même les plus traîtresses. »

Voici un roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir.

C’est le second roman de Sophie Simon, après American Clichés en 2011 (chez JC Lattès aussi), que j’ai très envie de lire, maintenant.

sophie simon

Elle nous raconte l’histoire de Gary, jeune homme passablement paumé. Il est pourtant doté d’une femme qu’il aime et qui l’aime mais avec laquelle il ne partage aucune complicité et d’un boulot, comptable dans une boîte de traders, qu’il déteste car il n’y est pas valorisé. Un homme pas vraiment malheureux mais pas vraiment heureux non plus, qui cache sous des dehors de bien vêtu, une blessure qui remonte à loin, et qui lui fait traîner comme des chaînes, un manque complet de confiance en lui et un besoin de reconnaissance démesuré.

Il est incapable d’aimer, incapable de se réjouir de quoi que ce soit, incapable de donner autre chose que du faux et du superficiel, pas bien le Gary et tout seul, oui.

Le décor, c’est New York où il vit. Cleveland d’où il vient et la Colombie britannique (tout à fait à l’ouest du Canada, dans les Rocheuses)où il tentera de se (re)trouver.

Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le bonheur de tourner les pages et de découvrir petit à petit les affres de Gary avec la vie.

Un regard réaliste mais optimiste, une jolie plume, des personnages bien campés, une histoire qui tient la route et un univers très personnel.

J’ai aimé cette lecture qui m’a fait du bien et redonné le goût et l’envie de tourner les pages, momentanément envolés.

Je vous la recommande aussi et retenez ce nom, Sophie Simon.

Merci Alexandra pour le conseil, tu avais raison, c’était super, je me suis régalée.

Belles lectures à tous !

Valérie

Chiens enragés

chiens enragésnouvautes0Chiens enragés – Marc Charuel – Albin Michel – 556 pages – 22 euros – En librairie depuis le 26 février 2014

Si vous souhaitez rencontrer Marc Charuel, il sera sur le stand Albin Michel  du Salon du livre de Paris dimanche 23 mars après midi.

« Tu vas leur expliquer que tu travailles à l’alphabétisation des enfants d’immigrés. Karim t’en a déjà parlé. Tu commenceras bientôt. Il te donnera tout à l’heure toutes les informations nécessaires. C’est dans une cité que tu connais. Tu n’auras qu’à y emmener ta femme et tes gosses un de ces quatre. Ils verront que tu gagnes honnêtement ta vie. Montre-leur ça et laisse-les tranquilles. Une fois que ta mission avec les frères du Pakistan aura été remplie, tu pourras les reprendre en main. Nous avons le temps. Le plus important, c’est de recevoir nos envoyés avec le message de l’émir. C’est la seule chose qui doit guider tes pas. On a la pression, en Afghanistan. Nos moudjahidin tuent beaucoup de croisés, mais eux, ils meurent par centaines. Lorsque nous aurons accompli ses dernières volontés, nous serons enfin sur la voie de la libération. Nous pourrons alors penser à l’instauration du califat. Des temps meilleurs viendront, mon frère. Grâce à toi. Ce que tu vas faire, c’est peu au regard de ce que nous obtiendrons. Nous interdirons les piscines, l’union libre, l’homosexualité, le jeu, la musique, le tabac, le maquillage, l’alcool, les films et les photos… Nous interdirons tout. Tout ! » (p.185)

Certains livres marquent durablement et certains auteurs persistent à me produire cet effet-là : rester longtemps en moi à travers des mots, des images, des sensations, des impressions. Lire n’est pas anodin, c’est aussi de ces mots et ces histoires que nous sommes faits. J’ai découvert Marc Charuel en 2011 avec son premier roman chez Albin Michel ; il avait écrit d’autres livres chez d’autres éditeurs auparavant dont certains sont épuisés, en lien avec son métier, photographe de guerre et journaliste. Il s’est beaucoup frotté au pire du pire de l’invention humaine, la guerre, et à travers ses livres, c’est encore le pire du pire qu’il nous donne à voir dans ses romans qui font partie des meilleurs thrillers que j’ai lus.

Le jour où tu dois mourir,  qui vient (enfin!) de sortir  en poche chez Pocket, nous immergeait dans la fabrication et le trafic des snuff movies en Asie et de ses consommateurs en Europe, à partir du meurtre d’une jeune fille à Arcachon. La claque, vraiment. Le genre de livre qui ne vous laisse pas indifférent, ce n’est pas un de plus, c’est un autre, différent, dérangeant et impossible à lâcher.

Au second, sorti en 2012, il a choisi l’armée française et la chape de plomb qui s’abat sur elle de l’intérieur lorsque survient une perturbation dans le fonctionnement de ses rouages, même si ces perturbations sont en l’occurrence des meurtres commis en son sein. Seconde réussite.

C’est la marque de fabrique de Marc Charuel, frapper fort sur des sujets sensibles, et nous embarquer coûte que coûte, contraint par sa plume à le suivre, et cela fonctionne à nouveau avec ce troisième roman, ces Chiens enragés, qui en l’occurrence vont probablement déranger.

Car ces chiens enragés ne sont autres que des soldats d’Allah, ces hommes au cerveau lessivé par les imams et prêts à tout et entre autre à tuer pour la grandeur du prophète. Et ces hommes, ils vivent dans le roman à Nanterre, en banlieue parisienne. L’histoire alterne fort habilement, entre 2001 et 2011, et nous raconte à travers l’histoire d’un homme, Sébastien Verdier, celles des milieux islamistes terroristes en France et en Afghanistan mais aussi celles du travail des services secrets français et américains pour infiltrer et démanteler ces réseaux.

Et le résultat est là, passionnant mais qui fait frémir. Rien ne nous est épargné des atermoiements et bassesses des uns et des autres, car on a beau chercher, il est difficile de trouver quelqu’un à sauver dans cette histoire. Les hommes sont veules et lâches, cupides, égoïstes et violents. Le seul qui force notre empathie est Sébastien Verdier, embarqué dans cette galère par appât du gain certes, mais dans le but de gâter ses enfants. Alors…

Un livre à lire absolument et, des heures de lecture compulsive plus tard, un malaise palpable et une certaine frayeur. Je vous l’ai dit, c’est la marque de cet auteur, nous  faire frémir des pires réalités qui nous entourent, nous faire gamberger.

Pourquoi ? J’ai eu envie de connaître un peu mieux cet auteur et ses motivations et lui ai posé ces questions.

CHARUEL-3-200x200Marc Charuel pouvez-vous vous présenter en quelques  phrases ?

M.C : Indépendant et assez solitaire depuis mon plus jeune âge. Davantage tourné vers les arts que vers les sciences. Amoureux des livres dès cinq ou six ans. Et une nette tendance à me raconter des histoires. Donc pour me calmer, j’ai pris, l’année de mon baccalauréat, la décision d’aller me frotter à celles des autres. Ce fut d’abord l’Irlande du Nord, puis très vite le Sud-Viêtnam et ensuite, pendant des années, toutes les guérillas qui sévissaient de l’Asie du Sud-Est au Pacifique. Et plus tard, les guerres de Croatie et de Bosnie après que je fus rentré en Europe. Enfin, il y aura eu également l’Afghanistan et l’Afrique. Si j’y retourne encore parfois, alors que j’ai soixante ans depuis ce matin, c’est pour garder la forme. Mais d’une façon générale, cette maladie de la guerre qui me collait à la peau depuis ma jeunesse m’a quitté il y a fort longtemps. Heureusement! J’ai réintégré le monde normal pour vivre une passion qui me dévore chaque jour: l’amour de mes enfants. Ça peut paraître être une banalité affligeante, mais c’est comme ça. J’assume.

Il est écrit sur la couverture de vos trois livres parus chez Albin Michel: roman. Pourtant, ce sont davantage des polars, des romans noirs que des romans. Est-ce un choix induit par vos goûts personnels en matière de lecture ou une nécessité au regard de ce que vous voulez raconter?

M.C : C’est surtout le choix de l’éditeur. À l’exception de sa collection “suspense”, il ne précise pas s’il s’agit de romans noirs, de polars ou de thrillers. Mais on ne trompe personne dans la mesure où la quatre de couverture est toujours très explicite. Quand on achète mes livres en se donnant la peine d’en lire le résumé, on sait qu’on ne va pas lire un roman à l’eau de rose…

Je sens à travers vos romans le regard du photographe, du journaliste, du témoin. En quoi pensez-vous que votre travail influe sur vos romans ?

M.C : Ma vie de photographe marque mes romans parce qu’elle m’a marqué moi-même. Au fer rouge… Ce n’est jamais anodin d’aller voir les gens mourir. Encore moins lorsqu’on réalise que beaucoup ont certainement perdu la vie à cause de vous. À cause de votre entêtement à vous trouver là où il ne fallait pas être…

Vos romans sont parfaitement construits et réellement impossibles à lâcher. Quelle est votre méthode de travail? Vous construisez chaque étape, chaque rebondissement? Vous planifiez tout avant de commencer à écrire ou vous vous lancez avec certains éléments et vous vous laissez le loisir d’inventer au fil de l’écriture? Connaissez-vous la fin avant de commencer à écrire?

M.C : Je réfléchis d’abord grossièrement au genre d’histoire que j’ai envie d’écrire: un fait divers, une manipulation politique… Ensuite, je cherche quels seront les personnages de cette histoire, puis j’en établis les fiches. Très précises. Après seulement, je bâtis le plan de roman. De manière très rigoureuse, comme un scenario cinématographique. Chapitre par chapitre. Scène par scène. Ça me prend parfois trois ou quatre mois.  Puis je me mets à écrire. Si je connais très exactement la fin de mon histoire avant même d’en avoir rédigé le début, je m’autorise quelques changements, bien sûr. Rien n’est jamais gravé dans le marbre.

Ce dernier roman, Chiens enragés, plonge au cœur des mouvements terroristes, en Afghanistan et aussi en France. Pensez-vous que cette mine de jeunes gens fanatisés par les imams puis entraînés en Afghanistan est une spécificité française ou une situation qu’on retrouve aussi dans d’autres pays européens ? Pensez-vous que cette menace d’attentats soit toujours réelle ?

M.C : Cela va sans dire. J’ajouterais même: plus qu’hier et moins que demain! Les groupes terroristes se multiplient en Europe et donc en France. Nos services de police travaillent très bien, mais ce n’est pas sûr qu’ils aient encore longtemps les moyens de faire face à cette mouvance qui se renforce chaque jour. Et déteste notre société un peu plus aussi chaque jour… Il ne faut pas l’oublier.

C’est un roman qui traite également des services secrets français et américains qui ne semblent coopérer que pour mieux tirer la couverture à eux. Est-ce romancé?

M.C : Il y a malheureusement du vrai là-dedans, bien sûr. Les services du monde libre ont appris à collaborer ensemble, mais vous avez affaire à des hommes, donc rien n’est jamais parfait.

Le seul à s’en tirer avec honneur dans ce livre est le journaliste. Les journalistes sont-ils toujours aussi honnêtes et avides de vérité…?

M.C : La bonne blague! Non évidemment. Malheureusement, j’ajouterais que beaucoup confondent militantisme et journalisme. Mais que peut-on y faire? Là aussi on a affaire à des hommes. Et puis une vérité d’un côté de la planète n’en est plus une de l’autre côté!

Avez-vous été confronté dans le cadre de votre travail de journaliste à cette raison d’état qui vous aurait empêché de publier? L’information est-elle muselée en France?

M.C : Oui. Il y a une vingtaine d’année, dans le cadre d’une enquête que j’ai menée sur Giat et un contrat de vente de nos chars de combat Leclerc. Ça a été très compliqué pour ne pas dire autre chose. J’en glisse d’ailleurs deux mots dans mon dernier livre.

J’ai lu que, jeune homme, vous vouliez être dessinateur de bandes dessinées. Cela ne vous a plus jamais tenté? Êtes-vous encore un lecteur de bandes dessinées?

M.C : Mon côté artiste… J’ai rapidement laissé tomber parce que je voulais vivre moi-même l’aventure. Pas la faire vivre à des personnages. Et cela fait des années que je n’ai plus ouvert une BD.

Quels sont vos trois auteurs préférés ?

M.C : Comment répondre à cette question? J’ai envie de vous dire: Jonathan Coe, Jean Giono et Jean Hougron (auteur de La nuit indochinoise qui lui vaudra le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1953) mais ce sera vrai et faux à la fois. Il y a tellement d’autres auteurs qui ont écrit parfois un seul livre qui m’a vraiment passionné, que cela me gêne de ne pas les citer tous.

Et vos auteurs de polar préférés ?

Edward Bunker, James Ellroy, Philip Kerr, Patrick Graham, Ian Rankin, Maud Tabachnik, Jean-Christophe Grangé, Mo Hayder, Dennis Lehane, Jim Nisbet, Jim Harrison, Russel Banks, Donald Ray Pollock, Michael Crichton, Stewart O’Nan, Donald Westlake, John Grisham et le très grand Gérard de Villiers.

Que lisez-vous en ce moment ?

M.C : Je lis en ce moment Les hommes de Diên Biên Phù de Roger Bruge,  Diên Biên Phù vu d’en face, paroles de bô dôi, et Dépêches du Vietnam de John Steinbeck. Vous voyez, c’est très asiatique! Mais je vais ouvrir prochainement Prières pour la pluie de Dennis Lehane.

Mille mercis pour ses réponses et joyeux anniversaire Marc.

Je vous souhaite d’écrire encore d’aussi bons livres et qu’ils rencontrent de nombreux lecteurs.

Belles lectures à tous,

Valérie

PS : Veuillez excuser le bug de mise en page qui interdit à ma tranquillité d’esprit d’avoir les mêmes espaces entre chaque paragraphe…impossible à corriger….je capitule et puis l’essentiel est ailleurs, n’est-ce pas, dans le contenu par exemple…

Un ciel rouge, le matin

un ciel rouge, le matinnouvautes0« D’abord, il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d’un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur vêture d’obscurité, il s’étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s’arrête, il entend les oiseaux s’éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant. »

C’est l’ouverture de ce roman, le premier paragraphe, la naissance du jour et celle d’un grand écrivain, dont voici le premier roman.

J’aurais pu vous choisir tant de passages que j’aurais recopié le livre, j’ai truffé le livre de post-it tant la langue de Paul Lynch est belle. Ce livre fera indéniablement partie de mes préférés de 2014, car un livre de cette ampleur, de cette épaisseur et de cette beauté ne se rencontre pas tous les jours. Tant mieux, on en serait lassé, peut-être. La rareté permet d’apprécier à sa juste valeur ce Ciel rouge, le matin. Francis Geffard, éditeur génial de ce livre, dit de lui qu’il a « du coffre et de l’âme ». Indéniablement.

Mais je m’envole et ne vous dis point de quoi il retourne.

Nous sommes en 1832, dans la campagne d’Inishowen,  sur la péninsule la plus au nord de l’Irlande, dans le comté du Donegal, d’où est natif Paul Lynch. Coll Coyle, jeune métayer au service d’un puissant propriétaire anglais, apprend qu’il va être expulsé avec sa femme enceinte et sa petite fille. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d’aller parler à l’héritier du domaine, mais la confrontation vire au drame et Coll n’a pas d’autre choix que de fuir, seul. Cette raison, nous ne la connaîtrons que beaucoup plus tard dans le livre, mais Coll, lui, ne la saura jamais. Il embarque à Londonderry sur un bateau avec d’autres émigrants pour l’Amérique.

Embauché dès la descente du bateau, Coll va s’user à creuser la voie du futur chemin de fer, près de Philadelphie, avec la volonté tenace sans cesse vrillée au corps de retourner en Irlande retrouver sa famille.

Comme souvent chez les irlandais, la réalité sociale est peinte sans fioritures, dans sa cruelle vérité. Qu’il parle des métayers d’Irlande ou de ses hommes transformés en bêtes de somme en Amérique pour creuser la voie du chemin de fer, Paul Lynch sait trouver les mots pour dépeindre la difficulté de leur travail et la misère qui l’accompagne.

Ce livre a la beauté d’un long poème, on en déguste chaque mot, heureux de découvrir le suivant, émerveillé de le trouver encore si savoureux. Pas un mot de trop et je voudrais saluer ici le travail de la traductrice Marina Boraso, qui a su traduire toute la beauté, la chaleur mais aussi l’âpreté de la langue de l’auteur. Elle contribue à faire de ce livre un bijou.

C’est un somptueux roman à la beauté sombre, digne des meilleurs livres de l’ouest américain. La nature et les espaces y ont une grandeur, une densité et une proximité palpables : on sent la terre qui crisse sous les chaussures, les reliefs se dessinent et les couleurs prennent vie. Les hommes y ont une profondeur et une humanité rares et justes. L’amour, l’amitié sont traduits avec une infinie pudeur et une forme de grâce. La seule touche féminine apparaît à travers la voix de Sarah, qui émaille le récit de Coll pour dire combien elle attend le retour de son homme. Il y a quelque chose d’envoûtant à lire ce roman. Les premiers mots nous captent et on se laisse porter sur les phrases.

Tout est parfaitement calibré et maîtrisé dans ce livre à l’alchimie parfaite.

Souvenez-vous du nom de ce nouveau venu : Paul Lynch. J’ai hâte de lire son second roman qu’il a déjà écrit et que Francis Geffard publiera en 2015. Son livre a reçu un très bel accueil en Irlande, en Grande Bretagne et aux États-Unis et il a décidé de se consacrer uniquement à l’écriture, pour notre plus grand bonheur à venir.

J’ai eu la chance de rencontrer cet auteur aussi lumineux que son livre est sombre.  Il a l’humour, la jovialité et ce mélange de poésie et de réalisme qui caractérisent les irlandais, et l’envie de raconter des dizaines d’histoires. Pour ce livre-ci, il s’est inspiré d’un fait divers : il y a 5 ans, 57 corps d’ouvriers du rail, originaires du même village irlandais du Donegal ont été retrouvés dans une tranchée, près de Philadelphie. Certains étaient morts du choléra, d’autres avaient été assassinés. De là est né l’histoire de Coll.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette rencontre. Merci à Paul Lynch pour ce livre.

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J’espère avoir réussi à vous transmettre l’enthousiasme de cette belle découverte. Courez l’acheter dans votre librairie préférée !

Belles lectures à tous,

Valérie

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso- Albin Michel

En librairie depuis le 26 février 2014

286 pages – 20 €

Tes mots sur mes lèvres

tesmotssurmeslèvresJe m’appelle Nastya.
Voilà 452 jours que je ne parle plus. À personne. Depuis que quelqu’un m’a volé ma vie et ma seule passion.
Dans mon nouveau lycée, personne ne sait qui je suis et tout le monde me fuit.
Sauf Josh Bennett.
Il est toujours seul, comme moi.
Un jour, il me parle.
Et ma vie change.
Encore une fois.

 

 

Un nouveau lycée. Une jeune fille. Un jeune homme. Une rencontre. Une grande partie des Romans ados commencent un peu comme ça, alors, au premier abord, on peut se dire un roman de plus. Mais non. Un roman comme ça on aimerait en lire souvent ! Il est empreint d’une telle justesse des sentiments que ça en devient palpable, physiquement palpable.

Nastya ne parle pas, au fur et à mesure du roman, avec quelques flashbacks, on va comprendre pourquoi. Elle arrive donc dans ce nouveau lycée avec la volonté, non pas de passer inaperçue, mais de faire suffisament peur pour que personne n’ait envie de lui parler. Et avec ses talons, sa tenue qui passerait comme normale sur un trottoir tard le soir et un maquillage outrancier, elle attise regards, mais pas de tentatives amicales. Parfait selon elle.

Josh, dans le même lycée, aime être seul. Il aime se réfugier dans la salle de menuiserie. Travailler le bois, être seul,c’est le lot de ce garçon qui a comme un « champs de force » autour de lui. Personne ne s’aventure sur son banc. Pourtant, quand il parle, on l’écoute, on le respecte. Mais les autres c’est pas son truc.

L’alternance des paragraphes dédiés à chacun des deux personnages donne une force supplémentaire à leurs pensées, leurs visions de la vie, leurs douleurs. Chacun d’eux porte une souffrance en eux. Pas un petit chagrin d’amour, non, Nastya a subi un grave traumatisme qui l’a laissé comme morte, et Josh a perdu  quasi tous les membres de sa famille en l’espace de quelques années.
Et c’est cette rencontre que nous raconte Katja MILLAY, avec émotion, mais sans sentimentalisme, avec profondeur mais sans misérabilisme, avec une certaine tristesse mais sans apitoiement.
En aucun cas, il faut s’attendre à une véritable action. On découvre les personnages pas à pas. Au gré de leur pensée, de leurs souvenirs. On les découvre quasiment en même temps qu’ils se découvrent entre eux et eux mêmes. Et on apprend à les aimer, petit à petit, avec leurs défauts. Tout est dans la délicatesse, sans aucune niaiserie. Un tour de force pour ce roman qu’on repose triste de devoir laisser ces personnages. Et pas seulement ces deux là. Il y a Drew, le meilleur ami de Josh, le bad boy qui tombe toute les filles. Lui aussi m’a touché, d’une manière complètement différente. D’ailleurs, j’aurais aimé en savoir plus sur Clay, Sarah, la famille de Nastya, voilà le seul reproche que je peux faire à ce roman. Une petite centaine de pages ne m’aurait pas semblé superflue.

Je ne préfère pas en dire trop car on en apprend petit à petit sur ces personnages et trop en dévoiler gacherait une partie du plaisir…

Bien sûr, on peut dire que c’est un énième roman sur le mal être adolescent. Mais, celui ci, comme tous ceux dont je fais un billet d’ailleurs, a ce quelque chose en plus. Ce petit plus qui touche en plein coeur. Et mon coeur à moi a fait un sacré saut à la fin de ce roman tellement je l’ai aimé.

La collection Territoires nous offre un excellent roman et ancre un peu plus sa place dans le rayon « Young Adult » (oui je parle anglais aussi…), ou Jeunes adultes, pour les francophiles !

Pour qui ?

Vous avez aimé « Le ciel est partout », « Coeurs brisés, têtes coupées », ce roman est pour vous !

Pour ceux qui aiment les beaux romans jeunesse qui prennent aux tripes…

Sonia

S’abandonner à rencontrer Sylvain Tesson

tesson valouDimanche 12 janvier, j’ai eu le grand bonheur d’accueillir et de converser avec l’homme des forêts de Sibérie, à la librairie le Divan, à l’occasion de la sortie de son dernier livre.

sabandonneràvivreLa foule des grands jours et des lecteurs conquis : c’était beau de voir dans les yeux des lecteurs, captifs de ses paroles, tout le respect qu’ils lui portent. Dire que Sylvain Tesson est aimé est encore loin de la réalité. Il a d’ailleurs cru Noël revenu en recevant, très ému, les cadeaux de ses lecteurs.

Géographe de formation, il a écrit ou co-écrit avec ses compagnons de route, 22 livres : des récits de ses voyages (L’axe du loup, La chevauchée des steppes, La marche dans le ciel…), des essais (Dans les forêts de Sibérie, Petit traité sur l’immensité du monde), et des nouvelles (Une vie à coucher dehors et depuis quelques jours S’abandonner à vivre).

Un titre magnifique, S’abandonner à vivre, et une philosophie de vie, pour celui qui nous explique qu’il est plus facile de frétiller comme la carpe mais cependant nécessaire de remonter le courant tel le saumon et nécessaire de croire au hasard : laisser la vie venir à soi, en pleine volonté, vigilant sur ce qui nous arrive et prêt à saisir les opportunités qu’elle nous offre.

Sylvain Tesson n’aime pas être emprisonné dans une case ou par une étiquette. A la question de savoir s’il se considère comme un écrivain-voyageur, il se rebiffe et fustige les français qui ne peuvent s’empêcher de cataloguer chacun. C’est donc un homme, un écrivain qui voyage, sans cesse sur le départ et fourmillant de mille projets, mais qui ne considère son voyage terminé que lorsqu’il l’a couché sur le papier.

Mais pourquoi partir ainsi et toujours ? Pour de multiples raisons, la beauté du voyage et des paysages, des rencontres, mais aussi et surtout pour fuir le quotidien.

Autant ces récits de voyage font la part belle à la nature, aux saisons, aux paysages, autant ses nouvelles sont centrés sur les hommes. De Paris en Sibérie, via l’Afghanistan ou le Texas -bien que ce ne soit pas le chemin le plus court…-, il raconte avec beaucoup d’affection ces femmes et ces hommes qui tentent maladroitement de vivre ou juste de survivre, comme dans la très belle nouvelle L’exil, qui raconte celui d’un jeune qui quitte le Niger et sa famille pour se retrouver à Paris.

N’espérez pas un jour lire un roman de Sylvain Tesson, il aime ce format de la nouvelle, comme autant de séquences, de chapitres d’une vie. De plus il est sans cesse en mouvement, la brièveté de la nouvelle lui convient donc. Enfin, il n’a aucune imagination dit-il, alors… Mais revenons à ses nouvelles… il n’est pas toujours tendre avec nos travers d’occidentaux. Ainsi dans la nouvelle La Promenade s’en prend-il avec humour aux joggers, dont il nous dit faire partie.

« Le monde changeait, mais Paris recevait toujours la lumière comme une bénédiction et les Parisiens tenaient bon dans cette certitude : rien ne vaut une heure de marche sur les quais de leur fleuve. Des joggers accumulaient le crédit de quelques kilomètres dans l’objectif de se taper, le soir, des andouillettes spongieuses en toute bonne conscience.Certains avaient le rictus christique, la foulée désarticulée. Le jogging était la névrose d’une société qui n’avançait plus. »

L’une de mes préférées s’appelle L’ennui et raconte celui, ferme et tenace de Tatiana dans sa barre d’HLM sibérien :

« Tatiana s’allongea sur le canapé, composa le numéro d’Igor mais ne l’appela pas. Elle fixa le plafond. Une tache marron s’épanouissait sur la tenture, trace d’une fuite du ballon d’eau chaude des voisins, vingt ans auparavant. Enfant, elle fixait les motifs des auréoles et y voyait des têtes d’hippocampes surgissant d’anémones. Aujourd’hui, la tache restait une tache. Une odeur de chou montait de l’appartement du dessous, imprégnait tout. C’était l’odeur de l’ennui russe. »

Je vous conseille aussi très très très vivement ce livre-là, paru en 2011, également disponible en Folio.

dans forets siberieSylvain Tesson y raconte sa retraite en ermite, pendant six mois, dans une cabane au bord du lac Baïkal en Sibérie. Il y est parti avec des vivres et soixante sept livres, car dit-il en introduction, j’avais de la lecture en retard….(j’en ai rêvé tant de fois…)…mais ce n’est évidemment pas la seule raison. Il raconte jour après jour, les gestes de survie – couper du bois, pêcher, se nourrir mais aussi entretenir la cabane -, les promenades pour découvrir les environs, et lorsque Sylvain Tesson se promène, c’est souvent plusieurs dizaines de kilomètres parcourus dans la neige, sur ou au bord du lac, ou dans les montagnes, car il est aussi alpiniste…, ses contemplations du paysage dans la nature ou derrière sa fenêtre, ses lectures, les visites de ou à ses quelques amis sibériens et puis ses réflexions, ce que lui inspire jour après jour, cette solitude, ce temps qui s’écoule et qui n’appartient qu’à lui.

« Dans la cabane, le temps se calme. il se couche à vos pieds en vieux chien gentil, et soudain on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »

Je pourrais vous raconter encore qu’il aime la musique classique romantique, qu’il joue de la flûte à bec et de la cornemuse, qu’il aime Bruce Chatwin et Nicolas Bouvier, qu’il parle un russe de charretier et s’amuse à recenser dans cette langue les mots français. Un exemple : « un chantrapas  » est en russe un raté et provient des maîtres de chorale de l’ancienne Russie qui choisissait les chanteurs : « chantra »… « chantrapa ». Je pourrais vous raconter aussi que son dernier voyage s’est fait sur un bateau appelé « L’Imaginaire », pour suivre la petite transat de Galicie aux Antilles. Qu’il y a découvert la mer et qu’il y a pris goût. Qu’il projette aussi d’aller escalader des falaises de grès en Éthiopie….

Mais le mieux, c’est de venir la prochaine fois, car rien ne vaut une rencontre en librairie avec un écrivain de talent et un homme de bien.

Un immense merci à vous, Sylvain Tesson, pour cette généreuse et passionnante rencontre. et à tous les lecteurs qui sont venus y assister, car avec vous tout est possible.

Très belles lectures à tous !

Valérie

« L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années vous échappent.

Elles coulent dans la plaie du temps blessé.

Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil, et soudain on ne sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. »
En savoir plus sur http://www.paperblog.fr/5923065/dans-les-forets-de-siberie-de-sylvain-tesson/#w0wsLWjYrR3DKufx.99

Délit de Fuite

 

Christophe Léon ,La Joie de Lire – 166 pages.

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Sur le chemin de leur maison de campagne, un père avec son fils traverse un village à très vive allure et percute une femme qui sortait de sa voiture. Le père fait le mauvais choix de s enfuir et s installe dans le déni. Le fils ne peut en rester là ; il va choisir lui, de se rapprocher du fils de la victime (qui n est pas morte) sans lui révéler cependant qu il connaît le coupable… un thriller à sa manière.

Une semaine sur deux, depuis le divorce de ses parents,le samedi matin, Sébastien part avec son père, direction, la campagne. Ce trajet devient une habitude, un rituel.

Loïc,à un an de la majorité, vit à la campagne. Il rêve de partir, quitter ce métier d’agriculteur, cette vie et cette mère un brin envahissante.
Ces deux garçons, à priori, n’auraient jamais dû se rencontrer. Ils vivent dans deux monde différents, le citadin et le campagnard, et puis quatre années les séparent, autant dire une éternité pour des adolescents. Et pourtant, un vendredi soir, tout va basculer et un accident va les rapprocher.

Sébastien et son père dérogent à leur habitude, et partent le vendredi pour un rendez vous avec un plombier. Impossible d’arriver en retard, sous peine de ne pas avoir d’eau chaude du week end. Au vu de l’importance du rendez vous, le père de Sébastien va donc faire fi de toutes les règles de sécurité et adieu la limitation de vitesse, surtout si près du but…

Loïc et sa mère se préparent pour un diner chez des amis de celle ci. Loïc aimerait y échapper, il essaye de la convaincre en vain, même avec la petite phrase assassine que tout ado se doit de prononcer au moins une fois « Vivement que j’aie 18 ans ». Alors, voilà, on y est. La voiture garée, il ne reste plus qu’à descendre…

Et le CHOC. Le choc d’une femme sur le capot d’une voiture. Puis la fuite, la fuite du chauffard,père du garçon, devant les yeux effarés de Sébastien. Loïc, lui, n’arrive pas à y croire, impuissant, en état de choc, il voit sa mère partir d’urgence à l’hôpital.

Christophe Léon nous offre ici un roman poignant, extrêmement bien écrit qui se lit d’une traite. Comment un garçon peut continuer à respecter son père quand celui ci déroge aux lois ? Comment un jeune homme peut continuer à vivre normalement avec une mère dans le coma ? Sans même parler de l’histoire, intense, la construction même du roman m’a plue, et a sublimé le sujet. Les chapitres s’alternent, l’un du point de vue de Sébastien, l’autre de Loïc, l’un avec un sujet à la première personne, l’autre avec l’utilisation de la deuxième personne. et pour autant, on se sent proche des deux personnages. Ces deux garçons, victimes de l’abandon d’un de leurs parents, perdus, vont pourtant se trouver.

C’est un roman sur l’amitié, sur la loyauté et surtout sur la responsabilité. La responsabilité du père dans l’accident, la responsabilité que ressent Sébastien, de ne pas avoir parlé, d’avoir fait comme son père voulait alors qu’il trouvait ça mal, la responsabilité de Loïc qui s’occupe seul de sa mère, tous les jours à son chevet, pour lui parler, pour enfin l’aider à se réveiller. Des thèmes souvent abordés en Littérature Ado, me direz vous. Et vous aurez bien raison, mais ici, c’est tout en finesse, avec intelligence. Je ne connaissais pas cet auteur, et à dire vrai, j’avais complètement raté la sortie de ce roman en 2011. Les couvertures de la Collection Encrage chez La Joie de Lire ne m’ont jamais donné envie, et c’est comme ça qu’on peut passer à côté de pépites comme celle ci. Comme vous avez dû le remarquer, Eric Cantona est sur la couverture. Pas pour le fun, car ce petit bijou a été adapté à la télévision, et vous pourrez le voir dès le 8 Janvier, aujourd’hui. Le roman est ressorti en septembre 2013, mais la diffusion du téléfilm ayant été plusieurs fois repoussée, ce billet a attendu

J’espère que ce téléfilm sera réellement centré sur la relation des deux garçons et pas sur le personnage du père interprété par Cantona… Wait & see.

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Le meilleur de nos lectures 2013

Le plus beau livre de l’année, celui qui nous a tous les trois laissés baba d’admiration c’est lui…et nous vous en avons parlé ici

confiteorLes préférés de Valérie

Il y en a 20 autres… et je ne vais pas les classer, car j’ai horreur des classements et puis, ils sont si différents qu’ils sont inclassables alors laissons l’alphabet les placer. Ils auraient tous mérité un article car il sont magnifiques, pour des raisons bien à eux. 2013 a été une année riche de beaux livres et d’enrichissantes rencontres avec leurs auteurs.

Le quatrième mur de Sorj Chalandon (Grasset) – ici et ici

Le rire du grand blessé de Cécile Coulon (Viviane Hamy) 

Dans le silence du vent de Louise Erdrich (Albin Michel) – ici

Chrysis de Jim Fergus (Le Cherche Midi)

Kinderzimmer de Valentine Goby (Actes Sud)

Le peintre d’éventail de Hubert Haddad (Zulma)

Sulak de Philippe Jaenada (Julliard) – ici

Noces de neige de Gaëlle Josse (Autrement)

22/11/63 de Stephen King (Albin Michel) – ici

Et soudain tout change de Gilles Legardinier (Fleuve noir)

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre (Albin Michel) – ici

Nina Simone de Gilles Leroy (Mercure de France)

Écoute la pluie de Michel Lesbre (Sabine Wespieser)

Transatlantic de Colum McCann (Belfond) – ici

Québec Bill Bonhomme de Howard Frank Mosher (Cambourakis)

L’hypothèse des saisons de Nathalie Nohant (Le Passage)

Le dilemme du prisonnier de Richard Powers ( le Cherche Midi)

Monde sans oiseaux de Karin Serres (Stock)

Ru de Kim Thuy (Liana Levi) – ici

L’invention de nos vies de Karine Tuil (Grasset) – ici

Arden de Frédéric Verger (Gallimard)

 

Les préférés d’Yvain

Comme l’année dernière déjà, j’ai réussi à départager les 3 premiers, les suivants seront par ordre alphabétique, parce qu’il faut pas pousser!

Donc, palme incontestée pour Confiteor, de Jaume Cabré.

En numéro 2, arrivent ex-æquo 2 homonymes, mais c’est pur hasard:

Yellow Birds, de Kevin Powers, Stock

Le temps ou nous chantions, Richard Powers, Cherche Midi – 10/18

Puis, par ordre alphabétique, donc….

Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge,  Actes Sud

Bruce Holbert, Animaux Solitaires, Gallmeister

Hugh Howey, Silo, Actes Sud

Jean-Philippe Jaworski, Même pas mort, Les Moutons Électriques

Stephen King, 22/11/63, Albin Michel

Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, Albin Michel

David Malouf, une rançon, Albin Michel

Fernando Marias, L’enfant des colonels, Cenomane – Babel

Patrick Ness, More than this, Walker Books

Albert Sanchez-Pinol, Victus, Actes Sud

Big Brother, Lionel Shriver, Harper Collins

Trevanian, Shibumi, Gallmeister

 

Les préférés de Sonia.

La palme et le seul roman adulte dans ma liste : « Confiteor » Impossible pour les autres de trouver grâce à mes yeux après cette pépite !

Les prochains arrivent juste après. Je n’avais pas encore commencé l’aventure du blog.
« A copier 100 fois », Antoine Dole, Sarbacane.
« Le monde de Charlie », Stephen Chbosky, Sarbacane.
« Un endroit pour vivre », Jean Philippe Blondel, Actes Sud Junior.

Puis, « Max », Sarah Cohen-Scali, Gallimard.
« Le coeur des louves », Stéphane Servant, Rouergue.
« Nos étoiles contraires », John Green, Nathan.
« Sweet Sixteen » Anne- Lise Heurtier, Casterman.
« Frangine », Marion Brunet, Sarbacane.
« Je suis sa fille » Benoit Minville, Sarbacane.
« Une saison avec Jane-Esther », Shaïne Cassim, Ecole des Loisirs.
« Big Easy », Ruta Sepetys, Gallimard.
« La 5ème vague », Rick Yancey, Robert Laffont.

Dans l’ordre, à peu près, autant qu’on puisse mettre dans l’ordre de préférence des livres aussi forts. Tous auraient dû avoir un article, et pour le bilan de l’année prochaine, je promets que tous mes coups de cœur auront droit à un bel article bien à eux ! Sauf pour « la 5ème vague », je n’ai pas parlé des séries en cours car c’est sûr les dystopies de « L’Épreuve », « Les fragmentés » auront leur billet quand elles seront terminées !

Nous vous souhaitons à tous une magnifique année riche de belles lectures.

Valérie, Sonia et Yvain

Mes polars 2013

Avant le bilan général de l’ensemble de la troupe de la Caverne, j’aimerais faire une place dans la lumière aux polars, thrillers et autres romans noirs que j’ai aimés cette année et dont je n’ai pas parlé. Ce n’est pas un classement mais juste ce que j’ai lu de meilleur au cours de ces douze mois, dans l’ordre de leur lecture au fil des mois.

un long moment de silence back up2  Black Coffee

 

 

 

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Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un excellent polar d’Emmanuel Grand qui sortira le 9 janvier 2014 chez Liana Levi, un magnifique premier roman que j’ai éprouvé un vrai bonheur à lire : un polar parfaitement maîtrisé, mélange iodé, vif et détonnant, de mafia ukrainienne et de légendes bretonnes, d’histoire d’amour et de pêcheurs dans la tourmente : un régal, vraiment, que je pourrais comparer au plaisir que j’ai éprouvé à lire la trilogie écossaise de Peter May. Avis aux amateurs !

termibnal belzSur ce, je vous souhaite de belles fêtes, de belles lectures et à très vite en 2014 pour le bilan collectif !

Valérie


Goncourt des lycéens 2013

J’aime ce livre et je suis heureuse qu’il ait obtenu ce Goncourt des lycéens.

quatrieme murSi vous voulez lire ou relire tout le bien que je pensais de ce livre c’est ici.

Si vous voulez lire la réaction de Sorj Chalandon c’est là.

J’espère vous avoir donné envie de le lire. Cet auteur est un grand auteur et j’espère pouvoir le recevoir bientôt au Divan. A suivre….

Belles lectures !

Valérie

Sulak

sulak

 

Philippe Jaenada – Julliardnouvautes0

490 pages – 22 euros – 22 août 2013

 

 

« Ces derniers temps, j’écris beaucoup.

Ce n’est rien d’autobiographique.

Rien qu’à cette idée, je frissonne.

Quelqu’un s’en chargera bien après ma mort. »

Bruno Sulak, 22 janvier 1985

 

Celui qui s’en est chargé, c’est Philippe Jaenada, qui las de raconter les rebondissements de sa vie trépidante dans des romans au demeurant fort réjouissants (que vous pouvez retrouver ici), a choisi de raconter la vie de Bruno Sulak, qui naquit le 6 novembre 1955 et mourut écrasé sur le béton, 29 ans plus tard. 

Dans l’intervalle, il a braqué des supermarchés et des bijouteries, avec son ami, Novica Zivkovica, alias Steve. Il a aimé plusieurs femmes, mais surtout une, Thalie. Il a été emprisonné plusieurs fois et s’est évadé a chaque fois, ou presque.

Sa signature : la non-violence, le souci de ne blesser personne. A commencer par sa famille à qui il tente d’épargner toute sa vie les retombées de ses actions, qu’il souffrira de ne pas pouvoir voir aussi souvent qu’il le souhaiterait. Il s’efforcera aussi lors de ses braquages de ne pas blesser, moralement ou physiquement, le personnel des supermarchés puis des bijouteries. Sulak est un vrai gentleman, amateur de jolies femmes qu’il comble de présents. Sulak est aussi féru de mots et laissera de nombreux écrits que sa famille a gardé et auxquels Philippe Jaenada a eu accès pour écrire ce livre.

C’est avec beaucoup de tendresse et l’humour qui le caractérisent qu’il nous livre le portrait de cet homme. Il a pu rencontrer différentes personnes qui l’ont très bien connu, l’une de ses sœurs ou l’amour de sa vie -Thalie-, et sa biographie, (car c’est bien de cela qu’il s’agit), a un réel accent de sincérité, c’est parfois à se demander s’il ne l’a pas connu, finalement. Et on ne peut que l’aimer, Sulak, après avoir lu ce livre.

Il est loyal en amitié, prêt à tout pour aider un ami. Il va ainsi tenter deux fois de faire évader un ami Jean-Louis S. Il est prêt à donner sa vie pour les gens qu’il aime, et savoir qu’un ami a perdu la sienne pour le sauver a bien failli le tuer. «L’ami, le frère, tué, abattu par des flics qui savent que nous avons choisi de ne pas tirer, de ne pas tuer. Que nous avons toujours évité la violence, que l’arrêter était possible…Sauf, sauf si l’on voulait par la même occasion m’annihiler. C’est réussi, je n’existe plus. Ma vie n’est plus qu’un cri.»

Son seul point faible en fait est d’avoir volé. Mais est-ce que cela mérite de passer sa vie derrière les barreaux ? Quand on touche à l’argent, bien sacré de notre monde merveilleux, on le paye cher. Sinon comment expliquer qu’il ait été condamné presque dix fois plus lourdement pour un cambriolage réussi où il a pu partir avec de l’argent ? Quand je vois que les parents malades qui ont fait vivre leur fille deux ans dans un coffre de voiture sont pour le moment en liberté, comme je l’ai entendu tout à l’heure à la radio, je me demande si on n’a pas quelque part en route perdu le sens des valeurs. Est-il l’ennemi public numéro 1, celui qui vole des commerces de toute façon indemnisés par leur assurances – lesquelles compagnies d’assurance lui rachetaient à un prix abordable les bijoux volés – et qui n’a jamais blessé personne ?

Bon je m’arrêterai là, mais parfois, cela met vraiment la rate au court-bouillon de se rendre compte que la seule valeur que cette société est prête à défendre et protéger, c’est l’argent, cela fait même vraiment mal au ventre.

Philippe Jaenada, merci d’avoir fait vibrer l’Arsène Lupin qui sommeille en moi, m’avoir raconté l’histoire de Bruno Sulak, cet homme sincère et loyal, avoir si bien écrit ses doutes et ses choix, d’avoir réveillé le vent de révolte qui ne demande qu’à souffler et dépoussiéré les idéaux qui ne devraient jamais la prendre, la poussière.

Alors je n’ai qu’un conseil à vous donner, lisez ce livre, vous allez sûrement le dévorer aussi, et comme à moi,  cela vous fera sûrement le plus grand bien.

bruno sulak

Belle lecture à tous.

Valérie