100 000 canards par un doux soir d’orage

Capture-canard100 000 canards par un doux soir d’orage

Thomas Carreras

Sarbacane 2015 – 300 pages

 

 

 

 

 

Quand Ginger, 18 ans, débarque à Merrywaters – le bled le plus paumé d’Angleterre- pour assister à un festival de musique, elle est loin de se douter que les canards seront aussi nombreux dans le coin. Ni qu’ils commenceront à l’espionner…

La suite ? Ah non c’est tout, on ne vous dit rien !

Bon, moi je vais en dire quelques trucs quand même, parce que j’ai très envie de vous donner envie….

Anatidaephobie (n.f) peur panique à l’idée d’être observé par des canards.

Le pitch est simple : un trou perdu au Royaume Uni, Merrywaters, organise un festival de musique où Stevie Wonder, les Rolling Stone, les Village People et tant d’autres seront là. Impossible de rater ça pour Ginger Hunter, jeune baroudeuse venue de Paradise City, Nevada. Deux semaines avant le Nightfest, elle réussit à se dégoter un job au seul pub du coin. Et dans ce coin (coin, elle est facile celle là alors j’hésite pas !), Ginger se rend vite compte que cette campagne est une campagne où le canard est roi. Des canards, il y en a partout. Et surtout, Ginger commence à se sentir un peu espionnée par tous ces anatidés. Et si les canards n’étaient pas aussi inoffensifs que cela ? Et oui, si vous connaissiez pas le mot anatidaephobie, vous allez  vite comprendre voire même le ressentir, car cette définition n’était pas là pour faire croire que je connais des mots, parce que non je ne connaissais pas !, elle figure bien sur la quatrième de couverture. L’anatidaephobie est une maladie inventée par Gary Larson, auteur de bandes dessinées, il va falloir que je me penche sur son oeuvre, tiens….Un de plus !

Et c’est là qu’on part dans un délire de fou ! Mélangez un peu des Oiseaux d’Alfred  Hitchcock, un peu du Livre sans nom du Grand Anonyme et on se prend un cocktail explosif en pleine poire ! Ca part dans tous les sens, c’est complètement cramé et donc tellement jouissif !

Vous en connaissez beaucoup des romans où Mike Jagger et Stevie Wonder, tranquillement défoncés se demandent si c’est un bad trip ou alors si les canards peuvent vraiment bouffer de l’humain. Moi, j’en avais pas encore lu, heureusement, Thomas Carreras est passé par là.

Je n’avais pas lu 50 cents, premier roman sorti chez Exprim ( Encore me direz vous, mais, il n’y a pas de hasard, les nouveaux bons auteurs français sont souvent chez eux…) et je vais y remedier rapidement ! Ma PAL ne descendra jamais et ça, en fait ça me rend bien heureuse !

Oui, l’auteur est jeune, et on sent bon nombre de bonnes références cinématographiques, je vous laisse les retrouver 😉 et aussi de littérature dite de genre (même si j’aime pas ce terme mais on ne va pas entrer dans un débat là maintenant, alors me lancez pas sur le sujet !). Et OUI, c’est terriblement bien écrit, bien construit, on se laisse entrainer dans cette histoire de dingue en se marrant ( si vous lisez dans les transports, attendez vous à rire bêtement parfois…), en frissonant d’horreur aussi, de temps en temps.

Donc en lisant ce roman, j’ai pensé que je devais avoir pas mal de références en commun avec Thomas Carreras, et beaucoup de bonnes choses, ciné, littérature. Bon, avoir les mêmes références ne veut pas dire coup de coeur bien évidemment, il en faut plus. Une bonne histoire, un style, et ce petit plus qui te donne envie d’écrire un billet sur le blog. Avec 100 000 canards par un doux soir d’orage, on a tout ça.

C’est fou (c’est l’adjectif récurrent vous l’avez bien compris je suppose !), c’est drôle, décapant, complètement jouissif !

Comme je ne vis pas au milieu des canards, mais en région parisienne où on est plutôt entourés par les pigeons, après la lecture de ce roman, je ne les ai plus regardés de la même façon…Eux aussi auraient toutes les raisons de nous attaquer sauvagement, donc, je pense qu’on devrait les surveiller sérieusement. D’ailleurs c’est ce que je fais depuis. Et parfois, ils ont vraiment l’oeil belliqueux. Vraiment, hein. J’exagère à peine.

Je dois vous prévenir, préparez vous à avoir envie d’écouter Paradise City, Guns N’ Roses et Black Betty, Ram Jam. Impossible de me les sortir de la tête ! Et ne me dites pas que vous ne connaissez pas, ou pire que vous aimez pas, je serai trop déçue, hein !

 

Bref, on en redemande. Le talent n’attend décidément pas le nombre des années….

Et je tiens à vous rassurer sur mon objectivité : non, personne chez Sarbacane ne m’a soudoyée, ils ont juste des auteurs de talent, j’y suis pour rien, moi. Et clairement,  des livres comme ça j’en veux encore et toujours !

Pour qui ?

Pour ceux qui veulent se marrer en lisant un bon livre.

Pour ceux qui aiment les romans cinématographiques. Messieurs les cinéastes à quand une adaptation ? Ca le mérite !

Les Géants

 

 geantsLes Géants

Benoît Minville

Sarbacane 2014- 288 pages.

Ça se passe sur la côte Basque. 
Les Géants, ce sont eux :
Deux familles, un clan qui se serre les coudes depuis toujours. Les parents, ouvriers et pêcheurs, gardent la tête haute. Leurs fils ont le surf pour vocation. Peu ou pas d’horizon.
Et soudain, la vague arrive :
César, le grand-père, revient. Il a passé 20 ans en prison ; tout ce temps, on a fait croire qu’il était mort… et il a des comptes à régler.
De lours secrets à déterrer.

 

J’avais beaucoup aimé son premier roman paru également chez Sarbacane dans la collection X’prim. Si vous avez oublié Je suis sa fille, relisez le billet ou mieux le roman ! Donc Benoît Minville revient ici avec un nouveau roman, avec une bande son tout aussi rock’n’roll. Et même si dans cette bande son on trouve Papa Roach, je n’ai pas refermé aussitôt le livre…( private joke to V. !)
Je vous le dis tout de suite pour Les Géants, les mots « coup de coeur » ne reflètent pas vraiment la réalité. Ce roman ce fut une claque. Je pèse mes mots : une méga claque.

Nous sommes au Pays Basque, à l’approche de l’été, ce moment où les touristes déferlent pensant qu’ils sont chez eux. Les Géants, ce sont eux, eux qui vivent là toute l’année. Deux familles, un clan, ouvriers, pêcheurs, deux couples, quatre enfants, amis dans le bonheur autant que dans l’adversité, pas dans les mauvaises passes seulement : ce ne sont pas des amitiés de façade, ce sont des amitiés d’une vie. Des amis comme on en rencontre peu. Mais il n’y a pas que la galère et la crise, il y a aussi le surf, les filles, la vie sur la côte, la mer celle qui peut tant te donner, et tout te reprendre en un clin d’oeil.   Au milieu de tout cela : des secrets, des petits et un grand. Le grand, c’est un de ceux qui, une fois pété à la gueule, le retour en arrière est impossible.

Le secret, c’est César Sabiani, le grand père marseillais qu’on croyait mort il y a bien longtemps. Le retour de ses vingt ans de prison renvoie au patriarche Auguste la honte, sa honte d’être le fils de son père. Ce retour est synonyme de danger, plus encore que pouvait le redouter, Auguste, le père de Marius et Alma.

Marius, lui aussi, a un secret, son rêve : partir découvrir le monde sur son bateau. Mais c’est difficile d’annoncer à ceux qu’on aime le plus au monde sa volonté de les quitter. Son meilleur ami, Esteban, a lui aussi un secret, un secret d’amour.

Voilà l’intrigue est là. Une histoire presque banale. Ce sont sans doute les histoires les plus simples qui font les plus grands personnages. Et les Géants font partie de ceux là, tous sont attachants, tellement attachants d’ailleurs que je ne voulais pas les laisser partir, je voulais les garder encore avec moi le plus longtemps possible. Alors, je l’ai savouré ce roman, doucement, lentement, pour que les Géants grandissent encore un peu plus en moi. Tant pis pour ma PAL énorme, j’avais besoin de ce temps. Besoin de digérer ces émotions, cette intensité. Ce n’est pas un roman qui se dévore, non, il se déguste par petites touches tant il est fort. Benoît Minville a tellement de talent qu’une scène de petit déjeuner familial vous fait monter les larmes aux yeux, dans les silences, les gestes. On ressent tout, fort, si fort. C’est épidermique, vous allez avoir les poils, tout au long de la lecture, je préfère vous prévenir ! Donc, effectivement, la trame est bien , vraiment bien d’ailleurs, mais ce sont des personnages extraordinaires qui la font vivre si fortement.

Je vous assure : une fois rencontrés, Marius, Alma, Estéban, Bartolo, Auguste, Enora, Henriko et Samia, vous ne pourrez pas les oublier, et en plus, vous voudrez vous en souvenir. Vraiment.

Alors non, je survends pas ce livre : je l’ai vraiment trouvé exceptionnel. Je ne pense pas pouvoir retranscrire l’émoi, le bonheur, tout ce que m’a procuré ce roman.

Je crois que je n’ai pas besoin d’en dire plus, à part, s’il vous plaît : Ne passez pas à côté de ce BIJOU.

C’est pour ce genre de roman de cette trempe que je me lève le matin car c’est un bonheur de le conseiller car je suis certaine qu’il frappera en plein coeur. Ouais, mon boulot, c’est ça : donner du bonheur à mes clients avec des pépites comme celles là. Cool, non ?

Pour qui ?

Les habitués de la collection chez Sarbacane s’y retrouveront bien sûr. Ceux qui ont aimé son premier roman vont adorer celui là.

En fait, ce roman est fait pour TOUS

 

Ça sent le sapin.

Cet article sera le moins bavard de l’histoire des articles, mais tout est dit : Voici les polars qui m’ont le plus remuée, émue, surprise, voire bouleversée cette année, ceux que j’ai aimés, vraiment. Les 14 indispensables à faire livrer sous le sapin.

Dans l’ordre alphabétique – car il sont difficilement classables entre eux, et puis je n’aime pas les classements, – avec couverture et incipit.

Grossir le ciel – Franck Bouysse –grossir-le-ciel

La Manufacture de livres  2014

« C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. »

 

 

 

 

chiens enragésChiens enragés – Marc Charuel – Albin Michel – 2014

« Quelque part dans la plaine de Surobi, en Afghanistan, le pick-up Toyota se gara et la porte arrière s’ouvrit. »

 

 

 

 

 

Radioactif – Vincent Crouzet – Belfond 2014radioactif

« Tailleur gris, jambes moins sages, escarpins pressés mais pas trop, chignon pas encore délié, yeux noirs sur visage tanné sous un soleil d’Afrique, encore plus brune, Rachel Rachminov suit la ligne jaune qui conduit inexorablement au premier poste de contrôle. »

 

 

 

 

 

neuf cerclesLes neuf cercles -RJ Ellory – Sonatine – 2014

« Quand la pluie arriva, elle rencontra le visage de la jeune fille. »

 

 

 

 

 

Le paradoxe du cerf volant – Philippe Georget –paradoxe cerf volant

Jigal 2011 et Jigal poche   2014

« Tout va bien, fils, ne te fais pas de mouron. »

 

 

 

 

 

balancé-dans-les-cordes 2Balancé dans les cordes – Jérémie Guez – La Tengo 2012 et J’ai lu 2013

« Bouge, allez bouge, putain. »

 

 

 

 

 

Black cocaïne – Laurent Guillaume – Denoël 2013black cocaine

« Elle est là, carcasse inerte gisant sur le pont hydraulique de ce garage clandestin de la banlieue lyonnaise ; un monstre de métal et de plastique aux flancs lourds et au moteur trafiqué. »

 

 

 

 

Le jour des morts – Nicolas Lebel – Marabout 2014jour des morts

« La pluie continuait de tomber, un peu plus fort que la veille au soir, mais le temps restait raisonnable pour la saison : c’est ce qu’avait dit la télé. »

 

 

 

 

 

visages écrases 2jpgLes visages écrasés – Marin Ledun – Seuil 2011 et Points 2012

« Vincent Fournier lève sur moi un visage cadavérique. »

 

 

 

faux soyeuseLa Faux soyeuse – Eric Maravélias

Gallimard – 2014

« Mes réveils se ressemblent tous, désormais. »

 

 

 

 

 

Les rêves de guerre – François Médéline –rêves de guerre

La Manufacture de livres – 2014

« C’était depuis Mathausen. »

 

 

 

 

territoires norekTerritoires – Olivier Norek – Michel Lafon  2014

« Au centre du viseur, un visage apparaît. »

 

 

 

Trois mille chevaux vapeur – Antonin Varenne –3000 chevaux vapeur

Albin Michel 2014

« – Rooney ! Putain de fainéant d’Irlandais !  »

 

 

 

 

seuls les vautoursSeuls les vautours – Nicolas Zeimet – Editions du Toucan 2014

« Shawna Twitchell, 5 ans, fut portée disparue le mardi 18 juin 1985 à 20h54. »

 

Bonnes fêtes en lectures !

Valérie

PS : Merci à Vincent Garcia pour son aide précieuse et décisive.

John Green

Un millier d’années sans poster un article, (à peine exagéré ! ) comme si je n’avais lu aucun roman digne de ce nom ! Faux, c’est juste la flemme, le pouvoir de toujours tout remettre à demain, à l’infini… Et là je reviens avec/pour la sortie de Nos étoiles contraires au cinéma, avec à peine du retard, mais il est encore à l’affiche 🙂 Facile vous allez me dire. Et vous aurez un peu raison, mais pas tout à fait. Car oui je vais parler de ce roman extraordinaire mais pas seulement.

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Peut être qu’avant cet été vous ne connaissiez pas John Green, mais il n’est pas novice dans la littérature Jeunesse. Nos étoiles contraires n’est pas son premier roman. Avant il y a eu Qui es tu Alaska ? Le formidable, le génial Qui es tu Alaska ? devrais je dire.
Dans ce premier roman, Miles, gentil looser, décide de partir dans un pensionnat. en « quête d’un Grand Peut-Etre« , comme l’aurait dit Rabelais sur son lit de mort. Oui, car Miles, son truc, ce sont les citations avant de mourir. Et ici,  dans ce nouveau lycée, il va découvrir toutes les premières fois de l’adolescence. En grande partie grâce à Alaska. cette jolie fille atypique va lui montrer une autre facette de la vie. Tout ado a envie d’avoir une Alaska dans sa vie, vraiment. Et si comme moi vous ne l’avez pas eue, alors lisez ce livre pour la rencontrer !! Elle n’a pas que des qualités, non, mais elle ouvre des voies. Elle est transgression et réconfort à la fois. Sans elle « comment sortir de ce labyrinthe ? » Quand vous l’aurez lu, vous comprendrez peut être cette phrase de Simon Bolivar… Et bonne nouvelle, les droits auraient été achetés pour une adaptation cinématographique. Oui, comme beaucoup, je sais, mais gageons que grâce au succès actuel de Nos étoiles contraires, ça verra le jour !

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Après Qui es tu Alaska ?, La face cachée de Margo est sorti en France. Margo aurait pu être la soeur d’Alaska. Même folie, même envie de transgression, même mal de vivre aussi. Quentin après une nuit folle passée auprès de Margo dans un élan de vengeance se surprend à espérer. Finalement, il se pourrait que le garçon gauche ait une chance avec la si populaire Margo ? Mais Margo disparait. Elle a semé des indices. Quentin saura t il la retrouver ? Quentin aurait aussi pu être le frère de Miles. Les mêmes thèmes, des personnages qui se ressemblent, on pourrait croire que c’est le même livre, mais non. Car beaucoup d’ados se ressemblent, ils peuvent vivre la même chose, et pourtant le ressenti n’est jamais le même. Une relation d’amitié forte, un final que j’ai adoré, des personnages hauts en couleur qu’on aurait aimé connaitre  ! Une adaptation devrait aussi voir le jour, avec le mannequin Cara Delevingne pour interpréter Margo. Elle me parait parfaite pour ce rôle ! Wait & see…

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John Green a également cosigné le roman Will & Will avec David Levithan. David Levithan n’a pas beaucoup publié en France. J’avais lu un autre livre de lui, également écrit à quatre mains, Une nuit à New York. Petit trip newyorkais sympathique, mais avec Will & Will, on passe à un autre niveau. Chaque chapitre concerne Will Grayson, mais alternativement, ce n’est pas le même Will. Et comble de hasard, ces deux Will Grayson vont se rencontrer. Je ne sais pas comment ils ont travaillé réellement, mais j’ai ressenti l’écriture de chacun au fil de ces chapitres. On retrouve le style de John Green dans le premier Will Grayson : il ne veut pas se faire remarquer, il évite toute relation avec filles ou garçons, mais son amitié est sans faille. L’autre Will Grayson est dépressif, son seul réconfort : son petit ami virtuel. Mais dans le virtuel, rien ne se passe jamais comme on voudrait. Je dois dire que les premiers chapitres concernant ce Will ont été difficiles, le style étant pour le moins original. Et puis, rapidement, à mesure que l’on apprend à le connaitre, on comprend exactement pourquoi ce style. Ce style est ce Will Grayson et donc Bravo à David Levithan pour ce Will !
Magnifique roman sur la différence mais aussi sur la volonté de se fondre dans la masse. Vrai problématique adolescent et traité, j’ose le mot, avec brio !

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En 2013 sort Nos etoiles contraires. Je n’avais pas encore lu les autres romans que je viens de citer, ils étaient bien gentiment en attente dans ma bibliothèque. J’avais lu Le théorème de Katherine, le deuxième roman de John Green, mais le quatrième paru en France. Je ne préfère pas m’apesantir là dessus, je ne veux dire que du bien dans ce billet ! Donc, je n’attendais rien de ce  nouveau livre, mais j’avais très envie de le lire. Et je l’ai dévoré ! bien qu’ à la fin, j’ai été vraiment triste d’en avoir fini avec Hazel et Gus. C’est pour ça que quand j’ai appris pour l’adaptation, j’étais ravie, avec une légère apréhension…
Ce roman était tellement fort. Des émotions si fortes, si intenses. Et pour un roman dont l’un des personnages principaux est le Cancer, ce roman est loin d’être alarmiste, ou pleurnichard. Attention, je ne vais pas dire que je n’ai pas versé une petite larme, hein, pas de mensonge avec moi ! Mais ce roman est optimiste ! Oui, vous lisez bien OPTIMISTE !
Si vous vous dites, c’est bon, j’ai vu le film ! Alors, là, je vous crie, oui, il faut au moins ça : NON ! Ne ratez pas le roman !! Si vous ne le lisez pas, vous ne saurez pas tout de Gus. En le lisant,  vous verrez encore plus finement l’humour de Gus, et aussi ses fêlures avec Caroline, personnage absent du roman mais qui a une vraie importance pour comprendre l’amour qu’il porte à Hazel. Vous ne saurez pas pourquoi la balançoire a disparu dans la cour d’Hazel à la fin du film si vous n’ouvrez pas ce livre !

Ce film est beau, c’est une magnifique histoire d’amour. Mais le livre est tellement plus que ça : le Cancer est présent sur les écrans, mais il est palpable dans le roman. Il y a les trucs affreux sur la maladie mais aussi les bons côtés qu’on essaie de trouver dans la maladie. Il y a l’hôpital, les infirmières… Et même si je le répète il y a l’optimisme. Et je ne vous ai parlé que de ce qu’on rate dans le film. Pas la peine de parler de Gus, Hazel, des parents merveilleux, de Peter Van Houten, ils sont parfaits à l’écran.

Voilà. Vous l’aurez compris, j’aime John Green. Il sait retranscrire exactement les émotions, les sentiments, les contradictions de chaque adolescent.
J’ai trouvé cette citation sur le net, je ne sais pas d’où elle vient exactement mais je vous la restitue :
« J’adore l’intensité que les adolescents mettent, non seulement dans leur premier amour, mais aussi dans leurs premiers chagrins, la première fois qu’ils affrontent la question de la souffrance et du sens de la vie. Les adolescents ont le sentiment que la façon dont on va répondre à ces questions va importer. Les adultes aussi, mais ils ne font plus l’expérience quotidienne de cette importance » C’est fou, John Green met toujours les mots justes sur chaque émotion. Même quand il parle de ses romans, il retranscrit exactement ce que je pense.
Cette émotion, cette intensité dans les sentiments adolescents sont vrais. Vous aurez envie de rencontrer Alaska, vivre une virée comme Quentin, avoir le même copain que Will Grayson (le génial Tiny Cooper), vivre une histoire aussi forte que celle de Gus et Hazel.
A chaque roman fini, on se dit une seule chose : ENCORE !

 

L’avis d’Yvain

Lorsque Nos étoiles contraires est sorti en livre, dans un relatif anonymat, mon collègue B. l’avait lu, me l’avait chaudement recommandé… et je suis allègrement passé à côté.

Deux choses m’y ont fait venir avec plus d’un an de décalage. Premièrement, les ados de ma librairie. Je fais toujours attention quand mes clients me recommandent un livre. Je ne tilte pas forcément quand un premier le mentionne, je le note au fond de mon crane à la deuxième occurrence, je me promets de le lire au troisième, et suivant le livre et les clients, je le lis entre le quatrième et le dixième retour positif… Ca m’a permis de découvrir de jolies perles: Tout ce que j’aimais, de Siri Husvedt, Corps et ame, de Franck Conroy, ou plus récemment les polars de Jussi Adler-Olsen. Là, ça m’a tilté quand j’ai vu de façon de plus en plus régulière des ados (filles ET garçons qui plus est) traîner un(e) de leur ami(e)s dans le rayon jeunesse, leur coller le John Green dans les mains, en variant les commentaires sur le credo « Tu te tais, tu l’achètes, tu le lis et on en reparle après ». J’ai commencé à être vraiment intrigué, vu le manque d’enthousiasme de cette frange de ma clientèle pour la lecture dans la ville où j’officie.

Deuxièmement, Le monde de Charlie, de Stephen Chbosky. Un autre roman jeunesse fort joliment adapté en film, dont la vision m’a poussé à lire le livre (prêté par ma libraire jeunesse préférée, alias Sonia ma cobloggueuse.). Petit moment de grâce que ce joli roman grave et apaisé à la fois, où un outcast introverti découvre les joies de l’amitié au sein d’une bande de gentils freaks au grand coeur. Simple, parfois sombre, souvent émouvant et sans pathos aucun, une gentille petite claque qui fait du bien. Plaisir des livres « jeunesse » dont on a le plaisir de constater qu’ils vous font grandir malgré un âge pseudo-avancé. Ne sachant pas trop quoi lire à ce moment là, je me suis dit que le roman des jeunes cancereux si intriguant pouvait être une bonne idée. Grand bien m’en pris…

Difficile de conseiller ce livre à des parents tant le mot « cancer » occulte tout le reste d’un argumentaire à leurs oreilles effarées! Oui, c’est l’histoire de deux ados malades (dont un en rémission, certes) et oui, le cancer est un personnage à part entière. Mais non, ce n’est pas le cœur du livre. Le cœur du livre, c’est la justesse avec laquelle John Green retranscrit l’éclosion d’un premier amour entre deux gamins trop vite grandi, dont le mordant et le sens de l’humour n’a d’égal que l’envie démesurée d’être et de vivre. Pas de pathos dans ces pages ci, mais des répliques cultes à foison, et des scènes, des attentions entre Hazel et Gus qui vous font fondre tout plein comme une glace sous le soleil.

Le film est… mignon, peut-être trop. Il ne retranscrit pas assez l’humour des deux personnages et quelques magnifiques moments sont escamotés pour le public adolescent (dont une scène de lit particulièrement jolie et drôle dans le livre qui reprend juste les codes visuels de n’importe quel scène de ce type dans le film). Le livre reste bien au dessus, et est à conseiller à n’importe quel ado ou adulte qui ait un peu de coeur.

 

POUR QUI ?

Si vous aimez la littérature Jeunesse, ne ratez aucun de ces livres.

Si vous ne lisez pas de Jeunesse, faites une exception, vous ne serez pas déçu !

Si vous avez aimé Dieu me déteste de Hollis Seamon (dont je vous parlerai bientôt !), vous aimerez Nos Etoiles Contraires et aurez envie de vous jeter, à raison, sur les autres !

Bonnes lectures à tous !

Sonia

 

Dernier jour sur Terre/ Son of a gun

 

Article deux-en-un aujourd’hui, sur deux textes de la rentrée littéraire qui partagent une thématique commune, bien que traités sur des tons extrêmement différents. Chacun part d’un fait-divers sanglant, et en arrive à la même interrogation : Pourquoi les Américains du Nord sont-ils si foutrement attachés à leurs flingues, tout en ayant conscience du nombre de drames qui pourraient être supprimés sans eux ?

 

Dernier jour sur Terre

David Vann – traduit de l’américain par Laura Derajinsky

Gallmeister Totem – 252 pages

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« Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendais le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, une Magnum 300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. Je la portais dans le couloir, à travers la cuisine et le garde-manger jusque dans le garage, où j’allumais la lumière pour l’observer, une carabine à ours avec une lunette de visée, achetée en Alaska pour chasser les grizzlys. Le monde s’était vidé, mais l’arme conservait une présence, une puissance indéniables. »

 

Tout part d’un fait divers horrible mais somme toute banale, aux Etats-Unis comme ailleurs. En février 2008, Steve Kazmierczak tue cinq personnes et en blesse dix-huit dans l’université où il étudie. David Vann, l’auteur de Sukkwan Island, s’intéresse à son histoire à cause du suicide final de Steve, thématique qui parcourt toute son œuvre (et sa vie…). Enquêtant donc sur un suicide tragique à la manière d’un Truman Capote, il va à la rencontre des proches du jeune meurtrier, et se retrouve plongé dans l’étude d’une personnalité qui, d’un côté, le dépasse complètement, mais avec qui il ne peut s’empêcher de se trouver des points communs : l’obsession des armes parmi lesquelles tous deux ont grandi, et la violence intérieure. L’auteur compare ainsi son enfance avec celle de son sujet, tentant de comprendre ce qui a pu pousser l’un vers la mort et l’autre vers l’écriture, bouée de sauvetage d’une adolescence pas forcément bien partie.

 

David Vann nous invite avec ce « Dernier jour sur terre » à une réflexion sur les origines du mal tapi en chacun de nous. Entre « De sang froid » et « Bowling for columbine », il tente de faire sens dans la destinée d’un monstre américain, nourri aux armes et à la culture pop. Le ton est clinique, proche du documentaire, mais l’auteur n’hésite pas à donner son avis sur son sujet et son parcours. Souvent, on le sent largué par la vie de Steve, ou par la réaction de ceux qui l’ont connu. On voit le « work in progress » de l’auteur évoluer, parfois à son plus grand étonnement.

 

Le doublé portrait de Steve/confession personnelle de l’auteur est en cela très réussie. David Vann s’implique beaucoup trop dans son enquête, et ne peut s’empêcher de tirer des parallèles entre le jeune meurtrier et lui-même. La chasse, les armes, la mort toujours trop présente : les points communs dans l’enfance sont nombreux et poussent l’auteur à se confier, comme s’il interrogeait sa propre violence à l’aune de celle de Steve. C’est peut-être dans ce texte que David Vann se dévoile le plus, et nous donne le plus de clés de compréhension pour son œuvre, parfois abrupte.

 

 

Son of a gun

Justin St Germain – Traduit de l’américain par Santiago Artozqui

Presses de la cité – 319 pages

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« J’ai pensé qu’il fallait écrire quelque chose à propos de cette journée-là, pour que mon futur moi n’oublie jamais comment c’était d’avoir vingt ans, d’être orphelin de mère et peut-être en danger de mort, d’être abruti par le choc et de détester sa propre incapacité à ressentir quoi que ce soit. Cependant, je ne savais pas quoi dire. J’avais peur de ne pas rendre justice à ce que j’éprouvais, de choisir les mauvais mots. A l’époque, j’étais en première année de lettres -initiation à la littérature américaine- et je venais de rédiger une dissertation sur La Bête dans la jungle, de Henry James. Alors, j’ai fait ce que tout étudiant en lettres aurait fait : j’ai cité quelqu’un d’autre.

« Ma mère est morte. La Bête a surgi. » »

 

En septembre 2001, Debbie, la mère de l’auteur, est assassinée par son cinquième mari dans leur mobil-home. Dix ans plus tard, Justin St Germain revient sur ce tournant de sa vie, et nous brosse tout à la fois le portrait de cette femme malheureuse mais aimante, des divers pères de substitution qui ont parsemé son enfance, de tout ce que l’enquête à mise à jour. C’est également les souvenirs de jeunesse à Tombstone, Arizona, ville du mythique « règlement de comptes à Ok Corral », et des questions que le fait-divers intime implique sur une plus large portée : que penser de la facilité à porter des armes et à tuer son prochain dans un endroit qui a bâti sa légende sur une fusillade ? Comment haïr le meurtrier de sa mère quand on dort avec une carabine sous son lit ? Et comment se construire quand l’enfance s’est terminée aussi abruptement ?

 

Mai 2014, présentation de la rentrée littéraire Belfond/Presses de la cité. Un grand gaillard qui parle doucement et qui a l’air un peu surpris de cette foule de libraires venus l’écouter alors que son livre est à trois mois de paraître : voilà Justin St Germain, auteur de Son of a gun. Après dix minutes de questions-réponses avec l’éditrice, applaudissements nourris devant la sincérité et la gentillesse des réponses. Environ les trois-quarts de l’assistance avaient décidé de lire son livre, et l’ont commencé dans la foulée.

 

Pour un premier texte, Son of a gun est un coup de maître. D’autant plus si l’on considère les risques du sujet : témoignage personnel, anatomie d’un fait-divers, portrait de la mère victime, réflexion sur les armes… Bref, un mélange casse-gueule de sujets à manier avec la plus grande délicatesse pour que le cocktail ne vous pète pas en pleine tronche !

 

Pari réussi haut la main néanmoins par ce très jeune auteur. Le portrait de Debbie est juste et vibrant, l’enquête policière est sans artifices ni pathos. L’histoire de Tombstone est intéressante, et semble cristalliser en un seul lieu tous les conflits intérieurs du pays. Quant aux ressentis de l’auteur, et à son chemin personnel pour tenter de sortir sa vie d’un fait-divers brutal, il est d’une grande justesse de ton, où affleure parfois une mélancolie rageuse qui cherche désespérément à faire sens.

 

Le mariage des genres a ainsi l’air d’être une évidence, et son auteur a tout d’une future grande plume, à l’instar d’un Kevin Powers, dont j’avais déjà évoqué le magnifique « Yellow Birds » dans ces pages, là encore roman à l’écriture cathartique d’un souffle rare.

 

L’avis de Valérie

Pourquoi un homme en vient-il à assassiner sa femme puis à se suicider ? Enfant, Justin Saint Germain a trouvé sa mère, morte, dans la caravane où ils vivaient, tuée par son 5e mari. Il est devenu le fils de la femme assassinée et cette filiation, en plus de la douleur, l’a hanté longtemps. Il le raconte dans ce livre, qui est bien plus que cela. C’est un livre très fort, un témoignage authentique, brut et sans fioritures, sur cette Amérique des armes mais aussi de la pauvreté, sur ces vies de misère parsemées de drames familiaux, de violences conjugales ou simplement de fâcheuses rencontres.

Le récit de sa visite à un Salon des armes fait froid dans le dos : vente de tout l’arsenal d’armes imaginable, CD de chants nazis, drapeaux de croix gammées et portraits de quelques représentants de cette Amérique républicaine et conservatrice qui est loin de faire rêver.

C’est aussi le poignant récit d’une rédemption, d’un retour à la vie possible, sans cette morte, pour ne plus être le fils de la femme assassinée et ainsi  retrouver sa mère.

Un livre saisissant.

 

Pour qui ?

Pour les amateurs de fait-divers, mais qui, loin de « Détective magazine », cherchent à comprendre et réfléchir plus qu’à se baigner dans la bidoche.

Pour ceux qui sont toujours fascinés par les contradictions américaines, et pour qui la dualité amour/haine des armes en est une des plus flagrantes expressions.

 

Bonnes lecture à toutes et tous,

 

Yvain

Hérétiques

Hérétiques

Leonardo Padura – Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas

Métailié – 606 pages

 

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« Quelques minutes après avoir reçu l’ordre de rester dans l’atelier, Elias Ambrosius eut le privilège de pouvoir observer comment le Maître, après une minutieuse contemplation, prenait un pinceau fin et, sans presque cesser de regarder dans un des miroirs, commençait à travailler à ce que seraient les yeux. « Si tu es capable de te peindre et de mettre dans tes yeux l’expression que tu désires, tu es un peintre, dit-il enfin, sans cesser de manier son pinceau, sans quitter le tableau du regard. Le reste, c’est du théâtre… des taches de couleur l’une à côté de l’autre… Mais la peinture, c’est beaucoup plus, mon garçon… Ou du moins, elle doit l’être… La plus révélatrice de toutes les histoires humaines, c’est celle que décrit le visage d’un homme… » »

 

Cuba, La Havane, en 2007. Mario Conde est un ancien flic reconverti dans la vente de livres d’occasion. Sur les conseils d’une connaissance commune, il reçoit un jour la visite d’Elias Kaminsky, qui souhaite l’engager à prix d’or pour l’aider à enquêter sur son histoire familiale.

1939, Joseph et Daniel Kaminsky (le grand oncle et le père d’Elias) attendent sur le quai l’arrivée du Saint-Louis, bateau où plus de 700 juifs ont embarqué d’Europe pour fuir le nazisme. A son bord, trois membres de la famille Kaminsky, qui emmènent avec eux ce qu’ils pensent être leur sésame d’entrée pour leur arrivée à Cuba : un original de Rembrandt. Hélas, le bateau sera renvoyé sans que personne ne puisse en descendre.

Daniel a vécu sa vie à Cuba, s’y est marié, a eu Elias. Ce n’est qu’en 2007 que ce dernier découvre qu’une vente aux enchères londonienne met en vente le Rembrandt familial, et que l’anonyme vendeur serait de La Havane. Il faut donc en conclure que le tableau était bien descendu du Saint-Louis, contrairement à la famille Kaminsky.

Mario, qui ne voulait pas du tout entendre ce récit, va alors se retrouver piégé par la curiosité, et aider Elias à revenir sur les lieux du passé de son père.

 

Le roman se développe en trois parties bien distinctes. La première et principale intrigue, je viens de vous la résumer, l’histoire d’une famille juive de la Havane, et la quête du chemin parcouru par le tableau.

 

Le centre du roman se passe en 1648, à Amsterdam, et raconte la genèse de ce tableau, à travers l’histoire d’un jeune homme entré comme élève dans l’atelier du plus grand peintre de son époque, Rembrandt. Cette partie, extrêmement détaillée et minutieuse dans sa reconstruction historique interroge autant une époque riche en bouleversements historiques et sociaux que l’acte créatif. Le narrateur de cette période est un jeune juif, Elias Ambrosius, dont la seule volonté est de devenir peintre, mais sa religion, qui interdit toute reproduction humaine, condamne son art. On y voit un Rembrandt, usé et bourru, dont la réputation d’entêté lui coute de plus en plus de commandes, qui continue pourtant de peindre fiévreusement. La naissance du tableau qui parcourt « Hérétiques »  sera le point d’orgue du roman, où l’on découvrira en quoi cet objet de conflit au XX° siècle avait déjà une lourde histoire dès sa création.

Pour finir, la dernière partie retrouve Mario Conde un an après sa rencontre avec Elias kaminsky. Une enquête au sein des tribus urbaines de la Havane permettra indirectement de lever les derniers mystères nés en 1939…

 

« Hérétiques » fait partie de ces romans dans lesquels on est happé dès les premières pages. L’écriture est ample, à la fois majestueuse et simple d’accès. On sait dès le début qu’on est parti pour une épopée qui brassera les époques et les lieux, avec ce petit contentement intérieur du lecteur qui sait qu’il en pour 600 pages de bonheur.

De nombreux thèmes parcourent ce livre (l’art, l’appartenance à un groupe qu’il soit social, religieux ou professionnel) mais la récurrence principale du roman sont bien les Hérétiques du titre. Mot à prendre dans son sens premier, tel que Padura le définit en préambule, à savoir ceux qui pensent différemment et empruntent des chemins de traverse. Un jeune homme à la havane dans le tumulte de l’après-guerre, un peintre en 1648, des jeunes gothiques en 2007, et même Mario Conde, qui est passé de la police à la vente de livres d’occasion… Tous sont la preuve qu’on peut tenter de vivre en empruntant des chemins non balisés, parfois en y laissant des plumes, mais en y renforçant son intégrité et son appartenance au monde.

 

Il y a un an, nous chroniquions « Confiteor », petit bijou fou, baroque, mais néanmoins complexe dans son écriture et sa structure. Confiteor et Hérétiques ont de nombreux thèmes en commun, et si vous n’osiez pas attaquer Confiteor de peur de l’indigestion, je vous recommande de découvrir Leonardo Padura, plus facile à lire, plus linéaire dans sa construction, mais tout aussi talentueux que Jaume Cabre.

 

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment les grands romans qui brassent époques et lieux de façon intelligente.

Pour les amateurs de peinture, que la deuxième partie du roman devraient passionner au plus haut point.

Pour ceux qui aiment les outcasts, tant on en a une belle brochette dans ces 600 pages là.

 

Bonne(s) lecture(s) à toutes et tous,

 

Yvain

Voyageur malgré lui

Voyageur malgré lui – Minh Tran Huy – Flammarion – 231 pages
voyageur-malgre-lui« Ouvrier gazier français, Albert dadas (1860-1907) est né à Bordeaux, mais a passé la majeure partie de sa vie loin de chez lui. (…) Souffrant de dromomanie ou « folie du fugueur », il entrait dans des états de transe semi-somnambulique qui lui faisaient tout quitter pour voyager avec frénésie, généralement à pied. Il se retrouvait régulièrement dépouillé de tout et emprisonné dans des cités lointaines, sans jamais pouvoir expliquer comment il était arrivé là. Il a été le premier cas officiel de « tourisme pathologique », maladie qui a fleuri en épidémie dans toute la France à la fin du XIX° siècle, puis qui s’est propagée en Italie et en Allemagne, avant de s’éteindre après une vingtaine d’années. »

C’est lors de vacances à New-York que Line entend parler pour la première fois d’Albert Dadas. Se passionnant d’emblée pour ce personnage hors-norme, elle se plonge dans un mémoire du médecin d’Albert, datant de 1887, Les Aliénés Voyageurs. Au cours de sa lecture, lui reviennent alors des figures intimes ou inconnues qui ont également été des « voyageurs malgré eux » : Thinh, l’oncle bizarre, que l’exil a enfermé dans un silence mélancolique ; Samia Yusuf Omar, jeune athlète olympique somalienne qui mourut dans le naufrage d’un bateau clandestin en direction de l’Italie ; et la figure omniprésente du père de Line, dont le silence s’effritera très doucement et qui lui racontera le Vietnam d’avant l’exil.

L’avis d’Yvain

De Minh Tran Huy, j’avais lu La double vie d’Anna Song, qui m’avait beaucoup touché. Forcément, quand on cumule roman sur la musique et (magnifique) histoire d’amour, la midinette musicophile en moi se réveille et se pâme à tout bout de champ (chant…). J’étais donc tout pressé et anxieux de lire le nouveau roman de l’auteur.
Roman, effectivement, puisque cadre narratif il y a, bien que ténu (le voyage du personnage principal aux Etats-Unis). Mais même s’il n’y avait pas eu cette fine trame, je sais que j’aurais dévoré le livre sans même m’en rendre compte. Bien sûr, le dit cadre permet d’aborder le thème important de la relation au père et l’histoire de celui-ci, dont pour le coup, je n’aurais pas voulu me passer, mais je me serai tout aussi bien contenté des pensées d’un personnage principal sans contexte aucun, tant l’important n’est pas là.

Déjà, il y a Albert Dadas, et on comprend que l’auteur (et le personnage principal) se soit passionnée pour ce type hors-norme, dont la folie (terme à prendre avec des pincettes) est fascinante. Qu’est-ce qui peut pousser un homme jugé bon fils, bon ami, bon collègue, à rentrer ainsi en transe à la moindre mention d’un ailleurs lointain, pour se réveiller quelques jours ou semaines plus tard, dans le dit lieu et sans souvenir aucun du chemin parcouru ? Nous explorons avec le médecin d’Albert cette pathologie unique, celle d’un voyageur involontaire qui cherche à faire sens de ses impensables aventures.
Les allers-retours entre la France d’Albert et le Vietnam de la famille de Line sont alors presque des évidences, tout comme les destins de ces gens jetés sur les routes contre leur gré. Un oncle, un père, une coureuse olympique, autant de visages et de vies différentes pour un même combat impossible, avec lequel il faut savoir composer si on a su –ou pu- survivre.
L’exil est un thème sur-abordé dans les romans, mais le livre de Minh Tran Huy m’a donné une impression de nouveauté dans le traitement comme dans le propos. Albert Dadas nous convie à une idée de l’exil auquel nous ne sommes pas habitués, tant le caractère de sa pathologie mélange l’inattendu et l’invraisemblable. De là, les raisons de l’exil, au Vietnam comme au Rwanda, semblent moins instantanément acquis, et on les réfléchit différemment.
Minh Tran Huy parvient au petit miracle d’aborder des sujets parfois graves ou touchants sans jamais distiller la moindre touche de pathos. D’une pudeur exemplaire, l’écriture limpide de ce livre est d’une justesse confondante quels que soient les sujets abordés ou les portraits esquissés. On sourit parfois, on s’interroge souvent, on a le cœur serré régulièrement, mais on remercie toujours l’auteur de nous offrir ces pages, quoi qu’elles recèlent. Bref, un énorme coup de cœur que je ne peux que conseiller à tout le monde.

NB : Je recommande à quiconque ne la connaitrait pas d’aller sur le champ écouter « Aller sans retour » de Juliette, chanson sur l’exil auquel « Voyageur malgré lui » m’a fait souvent penser. Peut-être à cause de la mélancolie sans pathos qui se dégage des deux œuvre
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L’avis de Valérie

Retrouver Min Tran Huy est un vrai bonheur : J’avais beaucoup aimé La double vie d’Anna Song, roman original et sensible sur l’amour et (de) la musique.

Ici elle s’intéresse à un sujet très différent, car il s’agit de redonner vie à la mémoire de son père, qui l’a perdu en fin de vie, évoquer ses souvenirs du Vietnam qu’il a quitté pour venir faire ses études à Paris et qu’il n’a jamais retrouvé et ses souvenirs de lui : mémoires en abîme et récit à deux voix.

Magnifique hommage aussi à son père et à l’amour qu’elle lui porte, à tout ce qu’il lui a apporté.

Roman du déracinement et de l’éternel quête de l’ailleurs, elle met en parallèle et en lumière ses « fous voyageurs », qui ne peuvent s’empêcher de partir, encore et toujours, dans un besoin irrépressible, avec ses déracinés qui ont quitté leur pays et ne se sentent plus chez eux nulle part.

D’une plume sobre et limpide, Min Tran Huy nous emmène dans ce très beau roman sur les pas de ces éternels voyageurs malgré eux, en quête perpétuelle de leur identité.

L’avis de Sonia

Comme mes deux comparses, j’avais adoré La double vie d’Anna Song, alors bien évidemment, j’ai été ravie de retrouver Minh Tran Huy. J’ai commencé Voyageur malgré lui avec une pointe d’appréhension, la peur d’être déçue après avoir été aussi enthousiaste pour le précédent. Elle a disparu rapidement. J’ai voyagé avec Line immédiatement, je me suis sentie aussi intéressée qu’elle par Albert Dadas. Comment ne pas l’être ? Ce besoin de partir, au point de quitter tout ce qui a un sens, est le moteur de sa vie, mais aussi la cause de son malheur. Ensuite, comme Line, je me suis revue voir la course de Samia, faire l’éloge de son courage et comme tant d’autres l’oublier aussitôt les Jeux terminés. Ce fut bizarre d’ailleurs de m’en souvenir, car ceux qui me connaissent savent à quel point regarder les JO ne fait pas partie de mes hobbies.

Puis, Line nous raconte sa famille, le choix de partir, de ne pas revenir, choix jamais motivé par l’envie mais par la nécessité. Avec simplicité, sans jamais au grand jamais manquer d’intensité, on vit le déracinement, la difficulté de s’intégrer, le désir de rentrer, et pour finir ne plus savoir où rentrer pour se sentir chez soi.

Le parallèle du voyage de Line, par envie, avec celles d’Albert, Samia, de ses oncles, son père, renforce encore la notion de nécessité dans ces voyages ci pour vivre, mieux vivre, survivre. Line nous offre une magnifique déclaration d’amour à son père, à ses silences, comblés par l’histoire qu’il lui raconte finalement au moment même où les mots lui manquent.

Ce roman trouvera forcément un écho en vous, alors ne le ratez pas. Attention, vous aurez envie d’aller au Vietnam après ça !

Pour qui ?
Pour tous ceux qui aiment le voyage, volontaire ou non.
Pour les amoureux du Vietnam.
Pour ceux qui aiment qu’un texte les fasse vibrer et les pousse à réfléchir.

Yvain, Valérie et Sonia.

Imagine le reste

imagine le resteImagine le reste – Hervé Commère – Fleuve Éditions – En librairie le 12 juin 2014

 » La route était belle et il plissait les yeux. Une vie peut-elle être plus dans le vrai qu’une autre, plus près d’une vérité ? Il n’en savait rien. Nous sommes en route et nous attendons quelque chose, un peu d’amour ou un sourire, et l’illusion suffit parfois. L’unique chose à faire était de continuer, de chercher, d’avancer, de ressentir et de vivre, on ne saura jamais à côté de quoi on passe, il se disait tout ça et les virages s’enchaînaient parfois sans qu’il s’en rende vraiment compte, le sourire de Carole Sauvage l’accompagnait le lon de la falaise, le soleil lui faisait de l’œil. Il suffit parfois d’un regard pour faire ou défaire une vie, il s’est dit ça et un hôtel s’est dressé face à lui dans un virage, il a baillé en l’apercevant et a soudain rêvé d’un lit, il s’est garé. »

Les frontières entre polar, roman noir et roman sont parfois très minces. Déjà dans le précédent, Le Deuxième homme, on était plus proche d’un roman noir ou d’un roman. Et c’est encore le cas ici avec son dernier. On n’est plus dans le polar, aucune enquête, ni  policier en vue.

Il y a Karl et Fred, deux loulous de banlieue, petits caïds sans grande envergure, amis de toujours, qui impressionnent par leurs muscles et leurs tatouages, amoureux d’une même femme qui a un jour pris le large. Il y a ce sac de billets qu’ils volent un jour à celui pour qui ils convoient des substances pas très légales.

Et puis il y a Nino, chanteur de karaoké devenu star nationale, qui disparaît un jour après un disque au succès immédiat et une tournée à guichets fermés.

Enfin il y a une multitude de personnages autour de ces trois-là, des musiciens, une acrobate, un producteur, une serveuse.

Impossible de vous en dire plus sans révéler les nœuds qui se croisent et se défont entre tous ceux-là. Imaginez le reste ou lisez-le. Laissez-vous porter par cette histoire, c’est si bon. J’aime l’univers d’Hervé commère, il est fait de demi-teintes et de doutes. J’aime ses personnages cabossés par la vie et j’aime l’empathie qu’il met à les suivre.

Que connait-on de la vie des gens que l’on croise, si ce n’est quelques faits, ce qu’ils nous montrent ou ce que l’on croit connaitre d’eux. Quelles blessures, quelles fêlures, quelles victoires sur la vie, quelles joies gagnées ou conquises se cachent derrière chacun, que l’on croisent et croient connaître ou comprendre ? Les vies se croisent et parfois les trajectoires s’alignent, suivent un même chemin et la compréhension s’installe.

La vie est faite de choix, plus ou moins subis, plus ou moins décidés mais ce sont les nôtres.

J’ai aimé me balader au fil de ces vies que nous conte Hervé Commère, comme un long voyage au bout de soi-même, en compagnie de beaucoup d’autres. C’est ça un bon roman, non ?

Voir l’évolution d’un auteur est passionnant, découvrir les chemins qu’il emprunte, le suivre au fil des livres. J’ai découvert Hervé Commère en 2009 avec J’attraperai ta mort, sorti aux éditions Bernard Pascuito, et en Pocket en 2012 puis avec Des ronds dans l’eau (Fleuve noir 2011 et Pocket 2014) et enfin avec Le deuxième homme qui m’avait bien scotchée et dont j’avais dit tout le bien que j’en pensais, ici.

Alors maintenant il me reste à attendre le prochain et à me demander où il m’emmènera.

A bientôt Hervé et merci.

Belles lectures à tous !

Valérie

 

Les rêves de guerre

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Les Rêves de guerre – François Médéline – La Manufacture de Livres – 20.90€ -En librairie depuis le 5 mai 2014

 » Des pauvres, il en tombe tous les jours à la carrière, au revier, dans les baraques, les wagons, dans les tunnels, sur la route, à l’appel. Des numéros, des riches aussi, les riches tombaient vite, tous pauvres. Des centaines : chaque jour, tous les jours, depuis le premier et jusqu’au dernier, jusqu’aux volutes qui s’échappaient de la cheminée pour le firmament de nos peines. Un riche pèse lourd, un pauvre pèse lourd, un Juif pèse lourd, un pédé pèse lourd, les Russes étaient grands, les Russes pesaient lourds.  » Page 15

 » Elle n’était pas là, elle n’était pas en bas, elle ne boit pas l’eau claire, elle n’est pas pieds nus, elle n’a pas de longue robe rose.

Les boules de gui flottaient, suçaient la vie, tachaient le ciel, enveloppées d’écume, elles dansaient avec le vent vers nulle part, la clameur, mes pas, les forces autour, le frottement de la croûte terrestre, l’écho qui obstruait mes tympans, clapotait, le flux sanguin dans ma poitrine, et puis l’eau, elle s’approche, elle rince la grève.

Il fallait y aller, marcher. » – Page 303

Michel Molina, inspecteur principal au SRPJ de Lyon, retourne dans la petite ville où il a grandi, au bord du lac Léman, suite au meurtre d’un homme qu’il a connu et dont le frère a déjà été assassiné vingt ans auparavant. Officiellement en vacances, il va enquêter sur ce meurtre et remonter les traces de son histoire personnelle, histoire qui le conduira à remonter plus loin encore, au camps de Mauthausen.

Émue, retournée, chavirée, écœurée aussi jusqu’à la nausée à la lecture de certaines pages. Rarement un livre ne m’aura produit autant de sensations réellement physiques.

Mettre des mots sur les sensations produites par d’autres mots, je trouve ça si difficile, et cela l’est d’autant lorsque que j’ai aimé ses mots. Souvent je ne parle pas des livres qui m’ont le plus marquée car je n’y arrive pas. Mais ce n’est pas juste, pour ceux qui ont mis, comme François Médéline dans ce livre, leur âme à nu pour dire l’indicible, l’impensable, le pire de l’homme et la difficulté de vivre avec son histoire.

J’ai lu ce livre presque en apnée, la respiration suspendue à chaque mot, attendant et redoutant tout à la fois le prochain.

Une plume acérée, tranchante, parfois poétique et souvent meurtrière donne à ce roman une musique très puissante.

Que vous dire d’autre pour que que vous couriez l’acheter chez votre libraire préféré ?

L’intrigue vous tiendra jusqu’au bout, jusqu’au dernier mot et ensuite, peut-être, comme moi, vous aurez envie de le relire, encore, pour entendre à nouveau cette symphonie.

Vous allez prendre une claque magistrale et vous allez aimer ça.

En 2013, il y a eu Jaume Cabré et son Confiteor. Pour l’instant en 2014, il y a François Médéline et ses Rêves de guerre. Il ont de nombreux points communs ses deux livres. Et leurs auteurs en ont au moins un, le talent.

Merci à François Médéline, pour ce livre. Merci à Pierre Fourniaud, éditeur courageux et intransigeant, pour ce livre et merci à Sébastien Wespieser, formidable libraire, pour m’avoir transmis son indéfectible engouement pour cet auteur et donc pour ce livre aussi.

Son premier livre  La Politique du tumulte, paru à la Manufacture de livres en 2012, sort cette semaine en poche.

politique du tumulte pointsSi vous êtes parisien, venez rencontrer François Médéline vendredi 9 mai à partir de 19h30 à la librairie le Thé des écrivains, 16 rue des minimes, 75003 Paris, là.

Belles lectures à tous.

Valérie

Les éditions Super 8 : L’obsession et Carter contre le Diable

 

Un des projets éditoriaux les plus enthousiasmants de 2014 vient de voir le jour, et c’est assez pour que je sorte de mon mutisme de ces derniers mois pour vous en toucher un article.

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Sonatine vient de donner naissance, avec l’aide de Fabrice Colin en directeur de collection, aux éditions Super 8, dont la ligne éditoriale et le crédo ne peut que faire frétiller d’aise les amateurs de mélanges des genres : « Nous prônons la confusion des genres, les fables déjantées, les aventures ludiques et la participation active du lecteur. Tout le monde a compris depuis Lost et Alan Moore, depuis Kick-Ass et Inception, que l’on pouvait bien être geek et class – que c’était la meilleure façon de plonger dans le tourbillon pop qui s’annonce. » (Fabrice Colin dixit, citation piquée sur le site d’Elbakin.net)

Voici donc les deux premiers titres de Super8, tout juste sortis des caisses des libraires :

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L’obsession

James Renner – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas

Super 8 éditions – 574 pages

« L’Homme de Primrose Lane » : voilà le nom sous lequel on le connaissait, ici, même si certains l’appelaient « l’ermite », « le reclus » ou « le cinglé » quand ils jacassaient à son propos aux fêtes de quartier. Pour l’agent Tom Sackett, cependant, il avait toujours été « l’homme aux mille moufles ».

Il y avait une raison à ce surnom : l’ermite portait toujours des moufles en laine, même en plein mois de juillet. Peu de gens avaient dû remarquer qu’il en mettait une paire différente chaque fois qu’il sortait de sa maison délabrée »

« L’homme aux mille moufles » vient d’être assassiné de la façon la moins propre possible, et la petite ville de l’Ohio où il vivait reclus est sous le choc. Encore plus lorsque la police trouve, en fouillant sa maison, un ensemble de notes prises par le défunt où sont scrupuleusement recopiés les moindres faits et gestes d’une jeune fille du quartier. On se rend bien compte que personne ne connaissait ce vieux monsieur, suffisamment louche pour obséder sur des jeunettes et mériter d’être éparpillé façon puzzle.

Une seule personne ne suit pas vraiment l’affaire : David Ness, écrivain à succès dont la femme est morte quelques temps plus tôt et qui est depuis inconsolable.  Son éditeur le force à sortir de son coma émotionnel et lui propose de s’intéresser à ce fait-divers, matière potentielle à un prochain livre. D’abord réticent, David va finir par se plonger dans l’affaire de Primrose Lane, quitte à devenir à moitié dingue face aux découvertes que l’histoire recèle.

En voilà un résumé qui survole à peine le sac de nœud qu’est ce roman, mais je ne peux vraiment rien dire de plus, tant en dévoiler trop serait vous gâcher le plaisir.

On commence « L’obsession » comme on commence un très bon thriller. Multiplicité des intrigues et des personnages, fausses pistes, réel intérêt et grosse envie de casser le(s) mystère(s) semés par l’auteur en cours de route.

Et puis, à plus de la moitié du livre, on lit la première phrase d’un nouveau chapitre, on la relit, on la re-relit, et on en arrive à la conclusion qu’on l’a bien comprise, que le roman va dans une direction qu’on n’avait pas du tout envisagé et qui promet une seconde partie complètement dingue. Mais même là, la construction parfaitement huilée du roman ne se grippe pas, s’en retrouve même consolidée, et les innombrables pièces du puzzle dont on finissait par se demander si elles n’étaient pas dans la mauvaise boîte se mettent en place jusqu’au final grandiose. On referme le bouquin en se disant que l’auteur est un grand siphonné dont on attend le prochain bouquin avec impatience.

En relisant la quatrième de couverture après coup, on se rend compte que l’éditeur mentionnait les ombres tutélaires de Stephen King et de Philip K. Dick, comparaisons auxquelles on avait moyen fait attention tant elles pullulent sans rime ni raison sur toutes les quatrièmes de France, de Navarre et du monde, et on se dit que l’éditeur ne s’est pas fichu de nous (détail rajouté à cet article afin que les gens qui seraient foncièrement allergiques aux deux auteurs suscités n’aillent pas tenter le coup pour finir par regretter leur temps et leur argent…).

En bref, un roman vraiment dingue qui se dévore de bout en bout, et qui explore l’obsession sous toutes ses formes et conséquences de belle manière. Une première sortie qui annonce parfaitement la couleur éditoriale de Super 8, et qui pousse d’ores et déjà à attendre de pied ferme les prochaines sorties !

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Carter contre le diable

Glen David Gold – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier de Broca

Super 8 éditions – 814 pages

« Carter ne naquit pas illusionniste. Certes, il aimait se prétendre le septième fils d’une lignée de magiciens, voire l’arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de sorciers celtes. Parfois, il disait avoir suivi des années d’apprentissage auprès de mages orientaux. Mais ces déclarations destinées à la presse omettaient un détail : dès le début, la magie ne fut pas pour Charles Carter une simple distraction, mais un moyen de survie. »

San Francisco, 1923 : Carter le Grand donne son nouveau spectacle de magie, et pour les besoins du dernier numéro, propose au Président des Etats-Unis, Warren G. Harding de l’accompagner sur scène. Le spectacle est un succès, mais quand le Président est retrouvé mort deux heures plus tard, Carter sent bien qu’il va être l’ennemi public numéro 1 dans tout le pays. Il décide donc de disparaître quelques temps, le temps de mener son enquête, et ce malgré le zèle obtus de Griffin, agent des services secrets, qui a bien décidé de faire tomber l’illusionniste, d’anciens ennemis qui refont surface, d’un nouvel amour qui s’ébauche et de finances personnelles en chute libre qui imposent un prochain spectacle mémorable à concevoir. Gros programme, donc, mais quand on se bat avec le Diable tous les soirs sur scène, on ne se démonte pas si facilement.

Etats-Unis, années 20, monde des illusionnistes : il n’en fallait pas beaucoup plus pour que je me jette sur ce livre séance tenante. Lecture finie, qu’en dire ? Et bien que je n’ai pas été déçu par ce bon gros pavé somme toute assez classique (surtout si on le compare à L’obsession…) mais qui se lit tout seul.

L’enquête en elle-même est bien fichue, et réserve son lot de très bons moments, mais elle n’est pourtant pas ce qui fait les plus grands plaisirs de « Carter ».  Après un rapide prologue sur la mort de Harding et les débuts de l’enquête, on abandonne le présent pour une longue première partie sur la jeunesse de Carter, à mon sens une la plus réussie du livre. La découverte de l’illusion, les tournées cradingues de 4ème zone où il apprend son métier et la façon de « gérer » un auditoire, élaboration des premières illusions de grandes envergures…

Dans la deuxième partie, c’est le personnage de Griffin, agent secret borné qui ressort, et qu’on ne peut s’empêcher d’apprécier (alors qu’il essaie quand même de faire tomber notre héros…) ainsi que la relation entre Carter et la très mystérieuse Phoebe, jeune femme aveugle au passé trouble.

L’auteur est très fort pour faire revivre une époque et le milieu des magiciens (tous les numéros décrits ont vraiment existé et donnent envie d’être dans le public). De même, il a le chic pour faire exister des personnages, même très secondaires, et pour rajouter des scènes dont l’utilité n’est pas flagrante à l’histoire mais qui donne l’épaisseur suffisante à tel personnage ou tel trait de l’intrigue (exemple la scène de conclusion, quasi gratuite et pourtant très juste et très touchante.).

Voilà, plus que quelques semaines à attendre avant le prochain Super 8. Excellents choix pour ces deux premiers titres de la collection, qui annonce la ligne éditorial tout en prouvant que la proposition sera vaste et de qualité.

Merci à Fabrice Colin et Sonatine pour ces deux belles découvertes, point de départ d’une aventure éditoriale à laquelle je souhaite longue et heureuse vie !

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment le mélange des genres.

Pour les enthousiastes de Sonatine, qui ont appris à faire confiance à leurs choix de textes un peu barrés mais souvent très jouissifs.

Pour ceux qui aiment les constructions de romans machiavéliques qui ne laissent rien au hasard et les mises en abyme (L’obsession).

Pour les fans des années 20, de la magie, et des grands romans américains dans lesquels on plonge tête baissée dès la troisième page (Carter).

Bonnes lectures à toutes et tous,

Yvain