Max

Sarah Cohen-Scalinouvautes0

Gallimard Jeunesse – 472 pages

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19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais nâitre dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. la race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je hairai au lieu d’aimer. Heil Hitler !

Max, pas encore né, est un fervent admirateur du Führer. Il a été conçu pour ça, et ne veut vivre que pour lui, son Père, et sa mère la Patrie. Car Max fait partie de l’élite. Il n’a pas été fait au hasard, ni par amour Non, Max est le fruit d’un programme, le « Lebensborn ».

Pour être franche, avant de lire ce roman de Sarah Cohen-Scali, je n’avais jamais entendu parler du Lebensborn. Je vais donc supposer que vous êtes aussi ignorants que moi, (histoire de ne pas me sentir trop nulle), et sans me la jouer Wiki, je vais vous résumer très brièvement, ce qu’est ce programme : Il a été initié par Himmler, dans les années 30. Le but était la création et le développement de la race aryenne. Des jeunes filles, avec toutes les qualités requises s’accouplaient avec des soldats SS dans le but de créer la nouvelle génération aryenne, parfaite, pour ensuite les donner à adopter. On estime à environ huit mille le nombre d’enfants nés dans les foyers du Lebensborn, en Allemagne. Il y en a eu également en Norvège, en France et en Belgique.  Ce programme n’était, encore dans les années70,  évoqué qu’en étant une simple rumeur. Mais la réalité est là, ces maternités ont existé, et Max, purement fictif, lui, en est le produit.

Max va donc être le premier à naitre, il le veut, il est têtu, et doit avoir toutes les qualités innées à sa race. Qu’importe la manière d’arriver à ses fins, il est né nazi, et sa vie sera dédiée au Führer, et  à son idéologie. De sa naissance, en 1936, le même jour que Adolf Hitler !, jusqu’à la fin de la guerre, Max nous raconte sa vie, ses pensées, ses envies, ses peurs, enfin les peurs que s’autorisent un enfant nazi qui ne doit jamais avoir peur…

On assiste au travers les yeux de Max à la préparation de la seconde guerre mondiale, puis à la guerre même. Les yeux d’un enfant, oui, mais pas un enfant comme les autres. Un nazi. Il a été endoctriné, son idéologie s’est enracinée dans chacun de ses pores. Ses rencontres, ses missions, vont le faire réfléchir, plier quelquefois, mais il n’oublie pas ce qu’il est. Max ne s’appelle pas vraiment Max d’ailleurs, il se nomme Konrad. Max c’est le nom que lui donne sa mère, la vraie, et c’est le nom que je préfère garder pour lui, histoire de le rendre plus humain, car, Konrad, lui est impitoyable.

C’est violent. Dans les mots, dans les actes. A la fois complètement fascinant, et vraiment dérangeant. On tourne les pages, on a envie de le sauver ce Max, mais pas que, on a aussi envie qu’il se taise, à tout jamais. Il s’exprime comme un adulte, avec un langage clair, structuré, et tout d’un coup, d’une question, d’un étonnement, on se souvient qu’il n’est qu’un enfant. Un enfant né sans amour, seul. Après le foyer, il va partir en mission, il contribuera ainsi à l’enlèvement puis la germanisation d’enfants polonais. Ensuite, il est envoyé dans le foyer de Kalish, où les enfants kidnappés reçoivent une éducation particulière pour devenir de parfaits petits aryens. C’est là qu’il rencontre Lukas, ce garçon qu’il va aimer, détester comme un frère. Entre devoir et sentiment, Max va se trouver confronter à plusieurs dilemmes…

Pour être honnête, j’ai hésité à faire de ce roman un billet. Ici, on ne parle que de coups de cœur, et je n’arrivais pas à me dire que c’en était un. Oui, avec cette lecture, des coups au cœur, j’en ai eu, oui c’est extrêmement bien écrit, oui, on sent qu’il a été très bien documenté, oui, on ne peut plus s’arrêter de lire, bref, ouic’est une lecture plus que prenante. Pourtant, je n’arrivais pas à me dire « c’est un coup de cœur ». Je ne peux pas dire que j’ai adoré ce livre, car c’est faux, j’ai souffert en le lisant, littéralement. Il s’inspire de faits réels. Max n’est pas réel, mais l’idéologie l’est. Il est dur, très dur. Alors voilà, ce n’est pas un livre que j’ai adoré, mais oui, vraiment, je le pense de tout mon cœur c’est une lecture forte et nécessaire. On ne peut pas passer à côté d’un roman comme celui là. Il prend aux tripes, c’est difficile de s’en détacher. Il fait mal, fait réfléchir, fait avancer. Chaque étape de la vie de Max est une facette de la réalité de cette guerre, et elle nous saute au visage avec violence, sans aucun moyen de la cacher ou de la taire.

Il est vrai que des romans traitant de la même période, il y en a foison, mais celui-ci a une force que j’ai rarement connue.

Je tiens à souligner l’importance d’une collection comme Scripto, chez Gallimard jeunesse,. Je ne peux pas imaginer ce roman chez un autre éditeur. Bien sûr, il y a des textes drôles et légers, chez Scripto, mais il y a aussi et surtout des textes qui donnent à réfléchir à nos ados, et Max est un de ceux là. Alors Merci !

Pour qui ?

Pour les ados de 15 ans et plus qui ont le cœur bien accroché.

Pour ceux qui ont lu et aimé « Ce qu’il n’ont pas pu nous prendre » de Ruta Sepetys (chez Scripto !). Et ceux qui ne l’ont pas lu, lisez le !

Pour toutes les personnes qui n’ont jamais entendu parler du Lebensborn, et qui pensaient en savoir suffisamment sur la seconde guerre.

Bonne lecture à tous et à toutes

Sonia.

 

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