Ma place de lecteur

Ma place de lecteur

(Petite divagation pleine de questions, sans réponses aucune, et d’un intérêt grandement limité.

 

Coïncidence (ou pas…) de mes lectures aléatoires, trois des romans que je viens de lire m’ont poussé à me poser moultes questions ces dernières semaines, que je tache de mettre en cohérence en les exposant par écrit, quitte à ne parvenir qu’a compliquer le sac de nœuds qui me sert d’encéphale.

Précision importante et non des moindres, ça va spoiler à tous les étages sur les 3 livres ci-dessus évoqués, à savoir :

Reflex, de Maud Mayeras, Anne Carrière, Pocket

Travail Soigné, de Pierre Lemaître, Ed. du Masque, Livre de Poche

La musique du silence, Patrick Rothfuss, Bragelonne

Bref, si vous avez lu ces livres, ou qu’ils ne vous intéressent pas, n’hésitez pas à continuer ces lignes. Si l’un des trois (ou deux, ou trois) est dans vos listes de futures lectures potentielles, passez votre chemin, vous m’en tiendriez rigueur…

 

Je lis de dix à quinze livres par mois, parfois plus. Les incessants allers-retours en train entre mon travail et mon domicile aident beaucoup. Mais je lis une fois rentré pour peu que mon livre me plaise, je lis pour m’aider à m’endormir, je lis pour m’aider à me réveiller (avec de copieuses doses de café…). Je lis beaucoup, parce que j’aime ça. Forcément, à force de passer du temps sur une activité, on la questionne un peu, beaucoup. Si on prête attention aux interrogations nulles qui passent par la tête, d’autres questions nulles naissent de plus belles… Pourquoi tel livre et pas tel autre ? Pourquoi ce roman de gare me plaît-il et ce chef-d’œuvre intemporel me fait-il chier ? Pourquoi ai-je des phases épopées de l’humanité, puis fantasy, puis littérature serbe only ? Pourquoi m’investir dans tel personnage, dans telle intrigue ? Quels sont les points communs entre mes cinq livres préférés, qui ont l’air si différents de prime abord ? Quel est mon apport personnel aux mots d’un autre ? Pourquoi telle phrase écrite il y a six siècles trouve un tel écho dans mon pitit cœur de trentenaire bobo rouenno-parisien ? Foultitude de délires sans queue ni tête dont je rougirais peut-être si je ne savais que beaucoup d’autres se les posent, sur ce sujet ou sur d’autres, tant il est vrai que l’humanité n’est qu’un beau ramassis de monomaniaques…

Parfois, je lis pour me forcer à réfléchir. Parfois, je lis pour me décérébrer. Et parfois, je lis juste pour une bonne histoire, qui me pousse à réfléchir comme un beau diable sans que je l’aie vu venir.

 

Exemple avec cette coquine de Maud Mayeras, qui m’a coupé les pattes à la fin de son livre « Reflex », poussé à relire deux fois en un quart d’heure le dernier chapitre, et m’a fait me sentir sale avec l’envie pressante de prendre une douche. Bouh la vilaine…

90784591_oIris est photographe de scènes de crimes. Elle est bègue, se décrit dans les premières lignes comme « toujours disponible », et semble avoir la vie sociale d’une chaussette dépareillée. Dès les premières pages, bim, je n’étais plus qu’amour et empathie pour cette pauvre fille. Le premier chapitre la voit obligée de retourner dans le bled où elle a grandi pour aller shooter le meurtre d’un enfant, scène qui n’est pas sans rappeler la scène du meurtre de son propre fils, dix ans plus tôt. Bim deuxième, et pourtant je savais à quoi m’attendre, c’était écrit sur la quatrième de couv’. Il semblerait donc que le meurtrier soit toujours en liberté, ce qui est d’autant plus fâcheux que le dit meurtrier est censé croupir en prison depuis dix ans itou. Bim troisième. Iris s’attarde un peu dans le coin, revient dans sa maison d’enfance ; apprend que sa mère (alias, le croquemitaine, bim quatrième) est dans l’asile du coin pour pétage définitif du fusible supérieur. Elle lui rend visite, retrouve une amie d’enfance, ainsi que  l’énorme voisine pleine d’attention qui a bercé son enfance et les quelques gros cons inhérents aux petits patelins aussi. Iris bégaye presque à chaque phrase. Les souvenirs sur son fils chéris remontent comme un fleuve (bim cinq, six, sept et … douxième) ainsi que le quotidien insupportable avec cette mère horrible, castratrice, brutale, blessante, flippante même ravalée au rang de légume dans l’asile où elle se bave dessus (bim treize à deux-cent…).

Je passe les nombreux chapitres flashabck s’écoulant sur plus de cinquante ans qui apporteront la clé de l’intrigue policière. Je passe sur l’identité du meurtrier d’enfants, sur le drame d’Iris résolu, pour en arriver aux dernières pages, où Iris, après la mort de sa mère dans son asile, lit son journal intime et comprend ce qui s’est passé. Me renvoyant en pleine gueule au passage ma part de crédulité quand je lis un « bon roman ».

Je l’adore cette Iris. Ca fait 400 pages que je suis derrière elle, que je cherche à finir ces phrases à sa place sans bégayer, que je veux moucher les gros cons et filer des torgnoles à la croquemitaine pour la faire sourire deux secondes. Parce qu’elle est triste mais qu’elle me plaît. C’est l’héroïne du livre que je lis et c’en est une qui me plaît. Voilà.  Et quand je dévore le journal de sa salope de mère, je ne suis pas du tout prêt à lire ce que j’y lis. Qu’Iris était une mère abusive et violente, que le bébé souffrait. Qu’il fallait l’éloigner de sa mère. J’attends avec impatience que ma copine Iris lui cloue le bec, et Iris, en deux lignes, confirme les dire de sa mère. En quelques lignes, la timidité d’Iris devient de la frigidité, sa disponibilité devient de la sociopathie. La mère croquemitaine devient une grand-mère apeurée, et la mère en deuil une salope sans nom. Elle devient le Croquemitaine.

Vraiment, j’étais pas prêt. Du tout.

J’ai fini mon livre dans le Rouen-paris matinal qui m’emmène au taff, j’ai fixé dix bonnes minutes le paysage en me disant que j’avais du loupé un truc, et dans un magnifique exemple de déni total de compréhension, je me suis relu le dernier chapitre, pour conclure que je me sentais moyen bien. Et que par extension Maud Mayeras était une magicienne.

On le sait, depuis Agatha Christie, qu’il faut se méfier du narrateur. J’en ai lu des paquets de polars, putain, je le sais, nom d’un con. Et si je sais aussi que j’en lis pour me faire surprendre, que je déteste les polars dont je devine la fin trop tôt, comme si j’avais été floué. Mais je sais aussi que je déteste avoir donné quatre cent pages de soutien à une salope sans nom. Parce que tout à coup, j’ai peur de mon jugement sur les gens. Je peux lire des descriptions de boucherie dans des polars sans ciller, mais là, je me suis senti crade.

M’est venu alors la question qui tue. Pourquoi s’attacher à un personnage fictif, même si ce n’est que quelques centaines de pages durant ? Est-ce parce qu’elle est pauvre fille, et bègue, et mère d’un mort que j’ai décidé que j’aimais bien Iris ? L’attachement à un personnage est un peu un passage obligé, on ne se fade pas les désarrois de la mère Bovary si on n’a pas un minimum de lien avec elle, ça serait par trop chiant sinon. Oh, on peut tout à fait lire sans état d’âme, en ne faisant qu’analyser une narration et un style, comme ces gens qui ne voit dans un film qu’une étape dans l’évolution de la représentation par l’image, et restent imperméable à toute sensation ou émotion. C’est un brin dommage tout de même, la surintellectualisation. Moi j’apprécie de pouvoir kiffer tout autant The Tree of life qu’Avengers. Mais là n’est pas la question. La plupart des gens, quel que soient leur degré d’éducation ou leur raison de lire, éprouvent le besoin d’avoir du lien. Alors quoi ? Le besoin du héros ? Même si notre époque est plus versée sur les anti-héros que sur les Achille et Ulysse ? Pourquoi me suis-je senti trahi par Maud Mayeras, qui s’est contentée de faire ce que tout auteur de polar cherche à faire ? D’ailleurs, me suis-je senti trahi par l’auteur ? Ou par le lecteur ? Yvain le lecteur n’est pas le Yvain quand il a le nez hors de son livre. Sinon, je ne lirai pas de sf, car je ne crois pas en l’irrationnel ; je ne lirai rien qui touche à la religion vu que je suis athée. Etc… Le lecteur accepte de devenir crédule, et ce faisant, d’être trahi. Alors pourquoi ce coup-ci, la pilule n’est-elle pas passée ? (Façon de parler, hein, car vraiment, hors considérations métaphysiques chiantes, c’est vraiment un putain de livre qui troue le cul grave !!!!)

 

 

Je saute quelques livres lus entre temps pour parler du roman de Pierre Lemaître, Travail Soigné. (Patrick Rothfuss fut lu avant mais pour ce que j’ai à dire, la transition est plusse mieux, alors m’embêtez pas…).

couv-lemaitre-soigne-9c689Meet Camille Verhoeven, brillant inspecteur à la criminelle de 1m45 et héros d’une trilogie portant son nom. Dans Travail Soigné, il enquête sur une série de meurtres diablement monstrueux et bondieusement bien planifiés, et ça va lui prendre un petit bout de temps avant de comprendre que le tueur est un copycat qui reproduit les scènes de crimes de ces polars préférés. Le Dahlia Noir, American Psycho et autres romans que je n’ai pas lu, les scènes sont reproduites au détail près, pour que chaque phrase du livre trouve son équivalent dans la réalité. Bon, vous me direz, c’est bien un bouquin pour libraire monomaniaque et je vous répondrai, voui, c’est vrai, mais c’est pas le sujet… Camille a déjà du mal à se démerder avec son enquête bien pourrie et son psychopathe trop intelligent, mais en plus, il est emmerdé en continu par la juge qui surveille ses avancées, et par un journaliste limite harceleur qui pond papier sur papier à son propos, pas toujours sympa sur la personnalité de Camille quand on sait quel brave type c’est, et qui  en prime semble en savoir autant que lui sur l’enquête. Ca plaît moyen au père Camille… Heureusement, il a une chouette équipe, à la fois complètement improbable et totalement cohérente, un peu comme dans les romans de Fred Vargas. Il y a Armand le vieux pingre maladif, Maleval le bourrin séducteur et surtout Louis le fils de bonne famille (aaaaaah, Louis ! Tout un poème !).

Bon, bref, ils finissent par le pincer leur psychopathe, et je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent, (comme dirait cette brave Madame de Stael), il s’agit de ce couillon de journaliste, ancien auteur de roman de gare publié mais non lu, et qui prend sa revanche en créant une œuvre dont on parlera longtemps. Le petit problème, c’est que notre copain Camille ne comprend la vérité qu’au moment où Mr Psycho vient de kidnapper sa femme enceinte pour réaliser sa dernière œuvre, qui n’est autre que la réplique d’une scène de son propre roman de gare, où un méchant tue une femme enceinte et la césariennise de force avant de crucifier son petit à une grande croix en bois. Pas très glop.

Camille fonce au domicile du journaleux, où l’attend un manuscrit dont il lit les premières lignes. Ces premières lignes sont les premières lignes du roman qu’on est en train de lire…

Là, on en est à la page 360, on  tourne la page, et on tombe sur « Deuxième partie » écrit en gros. On en avait totalement oublié qu’il y avait effectivement une première partie annoncée avant la première page, qui attendait donc sa petite sœur. Sauf que le roman fait 405 pages, et que le tout fait un peu déséquilibré.

On passe à la page suivante, et nouvelle surprise, le style n’a pas l’air le même. Et on comprend vite que tout ce qu’on a lu jusque-là est effectivement l’œuvre du meurtrier, qui écrit « son grand œuvre » en direct de l’enquête, en espérant bien être publié un jour ou l’autre. Sauf que tout journaliste qu’il a prétendu être, beaucoup de choses lui échappait, et on se rend compte des différences entre sa version fantasmée, et la réalité. N’ayant pu découvrir les noms de certains des flics, il les a tout bonnement imaginé, en leur prêtant des personnalités qui ne sont pas les leur. La rencontre entre Camille et son épouse ? Aucun rapport avec la réalité. Les embrouilles avec la juge ? Pffffffuit ! Tout ce que nous avons lu n’était que l’œuvre d’un esprit malade.

Quarante pages plus tard, le roman est fini. Camille a trouvé la planque du meurtrier, trop tard malheureusement. Sa femme et son futur fils sont morts. Camille qui a l’air bien moins cool que lors des 350 dernières pages, mais bon, au vu des circonstances, ça peut se comprendre… Le roman se termine par un épilogue, un an plus tard, et consiste en une lettre que le meurtrier envoie de sa prison à Camille. Voici un court extrait, quelques lignes avant la fin :

« Ceux qui vous connaissent de près savent quel homme vous êtes. Bien éloigné du Verhoeven que j’ai décrit. J’avais besoin, pour satisfaire aux lois du genre, de dresser de vous un portrait un peu… hagiographique, un peu lénifiant. Lecteurs obligent. Mais dans votre for intérieur, vous savez que vous êtes bien moins conforme à ce portrait qu’à celui que j’ai dressé autrefois de vous pour le Matin. »

Et ben re-bim putain d’Adèle !!! Voilà donc que je refinis un bouquin pour me rendre compte que je ne connais absolument pas le personnage principal ! Ben oui, parce qu’avec cette idée de structure certes drôlement bien foutue, ben qui c’est ce Camille ? J’en sais rien du tout. Mais alors que dalle. Idem pour son équipe. Je connais ce qu’en a fantasmé un meurtrier avide de gloire. Point final. Ca fait quatre cent pages (encore) que je brasse du vent. Je connais bien mieux le meurtrier que tout le reste des personnages. Il n’y a même que lui, en fait. Les quarante dernières pages sont trop rapides et factuelles. Je ne sais pas qui est le héros du bouquin.

Et c’est génial !

Mais putain que ça m’emmerde !!!

Vilain Pierre Lemaître ! Vilain !

C’est marrant –et frustrant- d’en arriver à se poser les mêmes questions en si peu de temps. Bon, alors, c’est vrai que là, c’était chaud à prévoir… Tout laissait à penser que je pouvais faire confiance à Camille. Détail, mais révélateur : j’ai cet après-midi même envoyé un message à ma douce moitié pour vérifier que j’avais les deux autres tomes de la trilogie dans ma bibliothèque, décidé que je l’étais 150 pages avant la fin d’enchainer direct dessus pour rester avec tous ces personnages très sympas et ces intrigues policières bien ficelées… Et ben croyez bien que je suis d’autant plus pressé de lire la suite que je vais peut-être enfin découvrir de quel bois ils sont faits. Je ne connais pas ces types. Je sais que je me répète, mais après 400 pages, je vous jure que c’est rageant…

 

 

Et puis, on arrive au cas Rothfuss…

Je vous jure que lire n’est pas de tout repos en ce moment…

(Oui, enfin bon, je réalise bien à me relire que mes questionnements sont un peu futiles, mais bon…)

 

musique-silence-pcPatrick Rothfuss a été une révélation quand je l’ai découvert. De la fantasy comme j’en avais toujours rêvée : écriture excellente, personnages géniaux, rebondissements constants, changements d’ambiances fréquents sans cesse meilleures que les précédentes, morceaux de bravoure à la pelle… Sa saga « Chroniques du tueur de roi » est un must du genre. Et voilà-t-y pas, alors que le monde fébrile attend le dernier tome, que Sieur Patrick nous publie un micro texte de 150 pages, dans l’univers de sa saga mais qui n’est pas une suite. La déception ne dure pas longtemps, car la quatrième de couverture nous apprend que nous allons en découvrir plus sur Auri, un des plus énigmatiques personnages secondaires des « Chroniques ».

Pour resituer brièvement : Kvothe, le héros passe une bonne partie de la saga dans une université de la magie (mode Harry Potter en plus crédible). Sur les toits, il y rencontre Auri, un curieux mélange de jeune fille entre mystique éthérée et clocharde céleste qui vit dans le « Sous-Monde », les étages souterrains désertés de l’université, un monde à part, avec ses règles propres. La relation entre les deux est douce, étrange, et chacun apporte modestement ce qu’il peut à l’autre. Leurs rencontres ont lieu sur les toits, de façon erratique. « La musique du silence », donc, va s’intéresser à Auri, cette jeune fille si mystérieuse.

Dès l’avant-propos, l’auteur n’a pas l’air sûr de son coup. Il conseille au lecteur de ne pas lire son texte, et surtout s’il n’a jamais rien lu de lui. La postface enfoncera le clou, où l’auteur explique la conception du texte, et sa peur de déplaire avec une histoire « qui ne fait pas ce qu’une histoire devrait faire ». Effectivement, le texte est étrange. Pas de dialogues. Pas d’action. 160 pages de poésie dont le moment de gloire est la fabrication d’un savon… sur 8 pages… Rien de bien glamour dans la présentation.

Donc.

Auri, dès les premières lignes, pressent que « Il » (Kvothe) lui rendra visite dans sept jours. Elle veut lui faire un cadeau et décide donc d’arpenter le Sous-monde afin de trouver THE cadeau digne de Lui. Suivent 160 pages d’arpentage du Sous-Monde en quête du cadeau qui tue. Auri a ses rituels constants, et de nombreuses obsessions. Le Sous-Monde a ses règles (ou bien est-ce Auri ?) qui ne nous seront jamais réellement expliquées mais que l’on comprend au fur et à mesure. Les objets sont les seuls êtres vivants dans ce monde, mais chacun a une âme. Et chacun a sa juste place, qui permet l’harmonie de chaque pièce. Qu’un objet ne soit pas à sa juste place et c’est toute l’harmonie du monde qui s’en trouve biaisée. Auri passe tant de temps à changer des objets de place que de créature éthérée, elle passe assez rapidement au rôle de fille bourrée de tocs qui range tout compulsivement. Avec un toc de pureté qui l’oblige à se laver le visage et les mains quinze fois par jour qui plus est…

Et là, au bout d’une quarantaine de pages d’une merveilleuse étrangeté où l’on a bien compris qu’il ne se passerait rien jusqu’à la conclusion du texte, elle découvre un engrenage (de quoi ? bonne question !) extrêmement lourd, pas du tout à sa place dans la conduite pleine d’eau où elle l’a trouvé, et qui a l’air de ricaner d’un air goguenard tout le temps qu’elle se demande où le ranger. Elle continue donc sa recherche du cadeau pour Kvothe avec l’engrenage dans les bras, en attendant de trouver l’emplacement qui le conviendra.

J’ai lu « la musique du silence » d’un coup. Je n’ai donc pas eu le temps ou le loisir de faire une pause pour cause de travail ou autre en me disant « Mais c’est quoi ce texte bordel ? ». Je l’ai lu en immersion totale. C’était peut-être la bonne option, même si je n’en savais rien.

Parce qu’est arrivé le moment, au bout d’une centaine de pages, où Auri pense trouver le bon emplacement. L’endroit parfait. Et quand elle se rend compte que ce n’est pas le cas, et que l’engrenage se paye sa tronche d’y avoir cru, j’ai eu un mouvement d’humeur, de rage et d’impuissance mêlés : c’était quand même un super endroit !

C’est le moment où j’ai reposé mon livre en me demandant si je venais vraiment d’avoir eu cette réaction un poil extrême au vu de l’intérêt limité de la question. En vrai, je m’en carre un peu, de l’endroit correct pour cet engrenage. Je ne reste pas trop sur cette interrogation, parce que j’en peux plus de ne pas savoir et je retourne à ma lecture (la réponse est bien dans le livre, heureusement, sinon j’aurais été fichu d’en faire une jaunisse…).

Une fois finie, la question qui n’attendait qu’un moment de tranquillité m’est foncée droit dessus.

« Sans déc ? qu’elle a dit, la question. T’as vraiment été taquet à ce point là pour une histoire d’engrenage et de cadeau ? Tu t’es vraiment fadé 160 pages d’un truc sans intrigue et sans but dans un endroit dépeuplé vu par le prisme d’une fille dont tu ne peux même pas garantir la santé mentale ? Nan mais mec, a continué la question, t’es vraiment à ce point-là désespéré de fiction et de grandes quêtes héroïques que t’es prêt à t’accrocher aux fils conducteurs les plus ténus pour mettre ta vie en apnée ? »

Ben, faut croire, ai-je répondu d’un air moyen convaincu à la question, qui me prenait un poil au dépourvu. J’ai bien tenu les 300 pages du bouquin d’Eric Chevillard sur le type qui n’aime pas le chou-fleur et qui suit une fourmi. J’ai dévoré les 800 pages de velum, de Duncan, en ne comprenant que rarement de quoi il retournait. J’ai eu le cul coincé pendant les 300 pages de Julius Winsome parce qu’on avait tué un chien et j’ai été en apnée pendant tout le Big Brother de Lionel Shriver pour savoir si oui ou non Fletcher allait réussir à perdre du poids…

Oui, peut-être bien que je suis prêt à m’impliquer dans n’importe quelle histoire de merde comme si ma vie en dépendait pour peu que ce soit bien écrit…

C’est quand même bizarre, non ?

Je suis quand même moyen normal, au fond….

 

Parfois, je lis pour réfléchir.

Parfois, je lis pour me décérébrer.

Parfois, je lis pour me décérébrer et je réfléchis sans l’avoir vu venir.

 

La vie de lecteur est parfois pleine de surprise, parce qu’à force de s’immerger dans la vie des autres, on finit par s’interroger sur soi-même.

 

Oui, je sais, ce n’est pas neuf, mais moi, je suis lent d’esprit et j’apprends lentement.

 

J’espère juste continuer d’apprendre très longtemps.

 

Bonnes lectures,

 

Yvain

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