Les apparences

nouvautes0Gillian Flynn – Traduit de l’américain par Héloïse Esquié

Editions Sonatine – 570 pages

 

 

polar, Pour les hommes, c’est toujours le compliment définitif, non ? C’est une fille cool. Etre la fille cool, ça signifie que je suis belle, intelligente, drôle, que j’adore le football américain, le poker, les blagues salaces, et les concours de rots, que je joue aux jeux vidéos, que je bois de la bière bon marché, que j’aime les plans à trois et la sodomie, et que je me fourre dans la bouche des hot-dogs et des hamburgers comme si c’était le plus grand gang-bang culinaire du monde, tout en continuant à m’habiller en 36, parce que les filles cool, avant toute chose, sont sexy. Sexy et compréhensives.

 

 

 

Le jour du cinquième anniversaire de leur rencontre, la femme de Nick, Amy, disparaît. Tout indique que leur salon a été le lieu d’une lutte : les meubles sont renversés et des traces de sang jonchent le sol.

Que s’est-il passé ? Qui s’en est pris à Amy ?

L’enquête progresse doucement, mais rapidement les soupçons convergent vers Nick, qui tente de comprendre en s’aidant de la chasse au trésor que lui a laissé son épouse pour chacun de leurs anniversaires : au fil des indices et des différents lieux, il se plonge dans l’esprit d’Amy à la veille de sa disparition.

 

L’avis de Valérie

 

Les lieux sombres et Sur ma peau, les précédents romans de Gillian Flynn, n’étaient pas banals, mais étaient déjà très intelligents et brillamment construits. Quant à celui-ci, il est réellement inclassable. Ce n’est pas vraiment un polar ni un thriller, ce n’est pourtant pas tout à fait un roman, c’est les deux à la fois et ce qui est sûr c’est que vous regarderez votre partenaire avec un rien de suspicion tout en lisant ce livre car le cœur du livre est là : que cache-t-on derrière les apparences, derrière le masque que l’on arbore, derrière nos agissements quotidiens ? Que voulons nous montrer de nous et pourquoi est-ce si important ?

 

Les apparences, c’est aussi celles qui désigneront rapidement Nick comme le meurtrier probable de sa femme, car il ne réagit pas comme devrait le faire un innocent. 

 

La forme du roman brouille autant les cartes que l’intrigue. L’instabilité est permanente, et on ne sait jamais très bien où l’on en est, qui manipule qui. Une chose est parfaitement claire, Gillian Flynn manipule le lecteur pour mieux le plonger au cœur de son histoire, pour lui faire sentir ce qu’être manipulé, chamboulé, harcelé implique.

 

Gillian Flynn est une virtuose de ce genre d’atmosphère, où le malaise est palpable. Ses personnages nous restent en mémoire, nous collent à la peau, une fois le livre refermé : il est toujours question d’hommes ou de femmes qui doivent vivre avec les maux de leurs proches. C’était déjà le cas dans Sur ma peau (Calmann-Lévy et le Livre de Poche) et ça l’était encore dans Les lieux sombres (Sonatine et Le Livre de Poche).

 

J’espère qu’un futur proche me donnera la chance de rencontrer Gillian Flynn, car ses romans sont d’une grande intelligence et elle une sacrée auteur, dont le talent après trois romans, n’est plus à démontrer. Elle fait partie des auteurs que j’aime et dont j’attends fébrilement le prochain livre.

 

Cette première nouveauté de la rentrée est à déguster rapidement et sans modération.

 

 

L’avis d’Yvain

 

Après une quinzaine de pages, ma première pensée à été pour une autre grande de la littérature américaine contemporaine, Lionel Shriver, auteur des fabuleux Il faut qu’on parle de Kevin et Tout ça pour quoi. Même dissection du couple, même acuité du regard, même capacité à créer des personnages complexes en quelques pages, même sentiment de malaise flottant entre les lignes qui vous happe complètement. Puis j’ai avancé dans ma lecture…

 

Les apparences, c’est la quintessence du grand roman pervers et roublard dont chaque nouveau rebondissement est un régal. Tout comme Valérie, j’avais déjà été impressionné par les deux premiers romans de Gillian Flynn, mais là, j’ai été littéralement bluffé par son sens du rythme, de l’intrigue et des rebondissements qui font froid dans le dos.

 

 C’est aussi un livre extrêmement drôle, de deux façons différentes. Drôle comme l’extrait choisi au dessus le montre, un « drôle » bien senti, bien tourné, et qui vous fait pouffer devant certaines idées ou formulations. Mais c’est aussi un livre drôle en ce » qu’il vous fait constamment vous demander « Non, mais, je rêve, qu’est ce que tel ou tel personnage va faire maintenant ? C’est complètement dingue ! » qui vous laisse abasourdi par les nœuds d’intrigue dont il serait plus que criminel de dévoiler quoi que ce soit ici. (Lisez le moins de choses possibles sur le sujet, de peur qu’un critique ou bloggeur vous en disent trop, vous le détesteriez copieusement !)

 

Disons pour finir que le dénouement, dont on est en droit, une bonne partie du livre, de se demander s’il sera à la hauteur, est purement machiavélique, et tout est dit ! Filez en librairie remettre votre couple en question !

 

 

Pour qui ?

Pour les amateurs d’ambiances dérangeantes.

Pour les fans de polars psychologiques.

Pour ceux qui aiment les livres à la croisée des genres.

 

Quand ?

Chez votre libraire préféré le 16 août 2012

 

Belles lectures à tous !

 

Valérie et Yvain

 

 

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