Le tableau du maître flamand

indispensable0Arturo Perez-Reverte – traduit de l’espagnol par Jean-Pierre Quijano

Le Livre de Poche – 347 pages

 

41WSdDdr6GL__SL500_AA300_.jpg Elle s’arrêta devant la peinture, l’observa longuement. C’était une scène domestique, peinte avec le réalisme minutieux des Quattrocentistes ; une scène d’intérieur, de celles avec lesquelles les grands maîtres flamands avaient jet les bases de la peinture moderne, grâce à l’innovation qu’avait constitué à l’époque la peinture à l’huile. Deux chevaliers dans la fleur de l’âge, de noble aspect, assis de part et d’autre d’un échiquier sur lequel se déroulait une partie, constituaient le sujet principal. Au deuxième plan, à droite, à côté d’une fenêtre en ogive qui s’ouvrait sur un paysage, une dame vêtue de noir lisait un livre qu’elle tenait posé sur ses genoux.

 

 

Julia est restauratrice de tableaux et se consacre donc à « La partie d’échecs », de Pieter Van Huys, peinture de 1471 qui s’apprête à être mise aux enchères. Chose curieuse, l’examen aux rayons X a révélé une phrase latine écrite sur la toile, avant d’être peinte : « Qui a tué le cavalier ? », qui peut aussi se traduire par « Qui a pris le cavalier ? ». En faisant des recherches, Julia découvre que le chevalier d’Arras, un des deux protagonistes de la toile, a été mystérieusement assassiné d’un carreau d’arbalète, deux ans avant que la peinture ne soit réalisée. Consciente que la résolution de l’énigme passe par la partie d’échec représentée, elle va tenter de dénouer un crime vieux de 500 ans. Sauf que le meurtre bien réel d’un historien de l’art qu’elle a consulté quelques jours plus tôt va la convaincre que l’énigme est toujours d’actualité.

 

Note à l’attention des lents d’esprit (comme moi) : quand trente personnes différentes vous disent qu’un roman est génial, il est plus que temps d’arrêter d’en différer la lecture…

D’abord, il y a les thèmes qui s’imbriquent les uns dans les autres pour créer une intrigue redoutable : la peinture et ses symboles, le monde des conservateurs et des restaurateurs de tableaux, les échecs (comme jeu, mais aussi comme psychologie : dis moi comment tu joues, je te dirais qui tu es), la logique, l’Histoire… L’intelligence de l’intrigue est bluffante, et pourtant, on n’a jamais l’impression que l’auteur  se fait plaisir tout seul dans son coin. Au contraire, il rend accessible certains raisonnements même à ceux qui, comme moi, n’y entravent rien aux échecs ou à la logique.

 

Il y a aussi les personnages, tous extrêmement bien dessinés, parfois profonds jusqu’au malaise. Julia le personnage principal, et César, le vieil homosexuel qui s’occupe d’elle depuis l’enfance, figure paternelle floue qui cache derrière sa préciosité des abysses insoupçonnés. Munoz, le joueur d’échec qui va les aider dans leur enquête, petit personnage mou et sans grâce, qui semble ne revenir à la vie que devant un échiquier, alors même qu’il refuse de gagner une partie depuis des années, se contentant de savoir par quel moyen il pourrait faire mat à son adversaire. Menchu, l’employeuse de Julia, femme frustre qui aime les jeunes hommes et feint un manque de culture dans le milieu très collé-serré des marchands d’art… Perez-Reverte sait dessiner des personnages en quelques lignes afin de créer un mystère, qu’il mettra ensuite tout le roman à dénouer.

Enfin, il y a l’écriture, précieuse sans jamais en faire trop, qui fait pour beaucoup dans le côté envoutant du livre. Certaines conversations, s’étirant sur de nombreuses pages, sont des régals d’intelligence et de plaisir…

Pour qui

Pour les joueurs d’échecs, ou de jeux quel qu’ils soient.

Pour les amateurs de peinture, éclairés ou non.

Pour les accrocs de la Logique, et ceux qui n’ont jamais entendu parler de cet animal mythologique.

Pour les lecteurs de thrillers.

Pour ceux qui aiment le mélange des genres, dans la veine d’un José Carlos Somoza.

Bonnes lectures à tous

Yvain

 

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