Le sang des Nahdas

Chroniques des Terres sans lune Tome 1indispensable0

Patricia Torrente

Bayard Jeunesse – 614 pages

 

romans jeunesse, Avec un dernier regard en arrière, Narcisz partit pour la chasse. Il s’enfonça dans la forêt à longues foulées, ses javelots à la main, l’arc en bandoulière. Ses pieds choisirent d’instinct une sente tracée par les animaux et, dès qu’il s’y fut coulé, il devint aussi silencieux que le vent. Rien ne subsistait de son passage, ni mousse arrachée, ni branche cassée, aucune des traces qui marquaient d’habitude le passage des hommes. Narcisz était assez mûr, maintenant, pour comprendre que son talent de chasseur était lié à cette capacité de se déplacer dans les pas de l’animal qu’il poursuivait. Il éprouvait un grand respect pour ses proies. Il était capable de les guetter et de les étudier des journées entières pour le seul plaisir.

 

 

Depuis des temps immémoriaux, les Humains et les Gris-Roches se font la guerre, chaque peuple imputant à l’autre l’existence des Dévoremondes. Ces fantômes de poussière ravagent le pays et quiconque est touché par eux tombe dans un profond coma, devenant ainsi un Dormant. Mais Narcisz, le chasseur humain, devient ami avec Bemoth, le guerrier Gris-Roche. Réalisant que leurs deux peuples sont également touchés par les Dévoremondes, ils vont tenter d’en comprendre l’origine, en se lançant dans une quête d’autant plus dangereuse que leur alliance contre-nature les met en danger au sein même de leurs semblables. Leur recherche de la vérité les mènera à travers le pays, à la rencontre de tous les peuples qui le composent, dont les fameux Nadhas, un peuple de voyageurs censés avoir disparus il y a fort longtemps…

 

Ce magnifique roman jeunesse publié par les éditions Bayard est en deux tomes, mais afin de ne pas être tenté de trop en dire, je me contenterai de chroniquer le premier.

Curieux roman qui parvient à être furieusement original en réutilisant toutes les techniques narratives éculées du genre… Tout y est : le couple de protagonistes antagonistes-mais-complémentaires, la quête, la prophétie, les sortilèges et la magie, les gentils alliés découverts sur le chemin, les méchants très  méchants (parfois limite un peu flippants) dont il faut sans cesse se cacher, les journées de marche de lieu en lieu pour quelques bribes d’information allusives et cryptiques et, en définitive, la lutte du bien contre le mal qui ne sait pas, petit stupide, qu’il s’apprête à morfler car le bien gagne toujours…

Et pourtant, il flotte un je ne sais quoi de pas banal et d’attachant dans ce roman (à lire de 11 à 99 ans). C’est peut-être dû à l’univers extrêmement bien construit, à ces personnages attachants, à la mythologie originale du monde qu’il nous est proposé d’arpenter. L’amitié entre ces deux supposés ennemis marche parfaitement, et leur façon de veiller constamment l’un sur l’autre est émouvante, tout comme le fait de les voir mettre en commun le meilleur de leur peuple. L’histoire de leur pays, tissée de légendes, est assez bluffante, et on sent tout le plaisir qu’a eu l’auteur a longuement l’élaborer. Au début de chaque chapitre, on trouve les citations de livres d’érudits de ce monde, parlant des peuples qu’on s’apprête à rencontrer, de Mémoires de certains personnages, de chants ou de contes qui renforcent l’impression de cohérence de l’univers tout en nous en donnant des clés de compréhension.

C’est  surtout dans la création de la faune, de la flore, et de la géographie, qu’on sent le soin maniaque et le souci du détail. Loin d’être gratuit –Narcisz, fils de guérisseuse, passe son temps à cueillir et tresser des herbes et des fleurs avec lesquels il confectionne toutes sortes de sortilèges-, cette omniprésence du naturel confère à ce roman son aura poétique particulièrement forte.  

Enfin, il y a les très nombreux passages tour-de-force du roman, qui sont autant d’épisodes qui se gravent durablement dans la mémoire par leur qualité et les poussées de stress qu’ils procurent : la course forcée dans un labyrinthe démoniaque, la fuite d’un repaire d’ennemis, les rencontres avec les Dévoremondes (je vous ai dit qu’ils étaient un peu flippants, ceux là ?), la traversée d’une forêt où la nature demande son prix en sang pour le passage, la mort tragique ou/et héroïque de certains personnages….

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, foncez lire ce petit bijou de fantasy française qui prouve qu’on peut avoir attentivement lu Tolkien sans se contenter d’en faire une resucée bâclée…

 

Pour qui ?

Pour tous ceux qui veulent faire un cadeau à des enfants (fille ou garçon indifférent) de 11 ans ou plus.

Pour les adultes qui lisent de la littérature jeunesse, sachant bien qu’elle regorge de petits trésors de cet acabit.

Pour les fans de mondes imaginaires où rien n’est laissé au hasard et où tout est admirablement pensé.

Pour les adeptes d’aventure, de frissons et de belle histoire d’amitié par delà les races et les peuples.

 

Bonnes lectures à tous

 

Yvain

 

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