le deuxième homme

Hervé Commèrenouvautes0

Fleuve noir-250 pages

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« Pas facile, finalement, de ne garder que le soleil, de dire que l’histoire a parfois été belle. Je suis allé trop loin, descendu trop bas, j’ai sombré pour toujours, et tenter de raconter sans parler du malheur est une chose impossible. Raconter cette soirée, par exemple, comme je viens de le faire, m’arrache des frissons, je me mords les doigts, puis la langue, je veux dire qu’une fois au lit, nous avons fait l’amour, que j’ai pris Norah comme rarement, avec force, que j’ai voulu lui faire écarquiller les yeux, qu’elle a gardés scellés malgré tous mes efforts, je veux dire qu’en pleine jouissance, elle et moi, je n’avais qu’une image en tête, tragique, sordide. Je me retiens. Je veux me dire que c’était beau. Ne pas tenter d’oublier, c’est impossible et trop tard, inutile. Mais ne pas dire tout le côté sombre. Pas encore. Pas maintenant. Ne pas dire, par exemple, qu’en baisant comme ça, elle et moi, je pensais à ses longs cheveux bruns disparus, à la jolie mèche dans son écrin, sur la table du salon. Ne pas dire que l’idée m’est venue là. Ne pas dire que je me suis servi, dès le lendemain, de ses jolis cheveux-souvenirs pour tendre à Norah l’horrible piège grâce auquel elle a fini à genoux.

Ne pas raconter tout ça maintenant.

Le beau.

D’abord le beau. »

Difficile de choisir un extrait : Pourquoi celui-là, et pas l’un des nombreux autres choix possibles ? Parce qu’il me semble révéler toute l’ambiguïté de ce roman. Roman tout d’abord et non thriller : roman d’amour noir, très noir. Mais si beau. Deux êtres amoureux fous mais seuls, seuls en eux-mêmes, avec leurs peurs et leurs appréhensions, leurs histoires si éloignées et irréconciliables.

Le beau et le noir, le sombre et le lumineux sont les deux faces de ce roman, qui m’a vraiment fascinée, captivée, envoûtée, perturbée.

Je n’ai pas pu écrire cet article à chaud, car hormis mon penchant très naturel à une certaine nonchalance (sic), j’avais besoin de prendre un peu de recul face au malaise qui m’habite depuis que je l’ai lu.

C’est l’histoire d’un homme, « fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin », dont l’estime personnelle avoisine le néant, qui rencontre une femme très belle. Cette femme, est attirée par lui et leur histoire débute. Mais, sous un apparent bonheur parfait, cette histoire d’amour tourne progressivement très mal quand l’homme se rend compte que ce n’est pas lui qu’elle aime.

Ce livre est envoûtant, dérangeant, mais si beau, comme une musique infiniment triste, mais infiniment belle. Il y a un rythme parfait dans ce livre, rythme des mots, des phrases, des sentiments et des emportements.

Il n’y a pas de gentils ni de méchants, il y a deux détresses qui s’entrechoquent, qui auraient pu vivre tranquillement ; ce que nous sommes peut-être en train de vivre, au fait. C’est ce qui effraie le plus, en fait, dans ce roman, le vrai sujet, le cœur de cette bombe : Qui aime-t-on et pourquoi, lorsque l’on aime quelqu’un ? Ce livre pourrait raconter la vie de l’un de nous. Et c’est le cas, puisque le point de départ de ce livre est l’histoire qu’un homme a raconté à Hervé Commère : il a épousé sa femme, car elle était le sosie physique d’une femme dont il avait été très amoureux lorsqu’il était plus jeune…Bizarre, vous avez dit bizarre….

C’est un très, très, très gros coup de cœur, une claque magistrale, et un livre qui me restera, je pense, très longtemps en mémoire.

Hervé Commère a écrit deux autres thrillers, J’attraperai ta mort (qui vient d’être édité en pocket) et Les ronds dans l’eau (Fleuve noir 2011, que je vous conseille aussi. Hervé Commère a un univers très personnel et une vraie originalité dans les thèmes qu’il aborde.

J’ajouterai pour finir qu’il est charmant, amusant , passionnant  et que sa chérie l’est tout autant.  On s’en fout ? Oui mais non. Pas moi. Parce que rencontrer les auteurs c’est apporter une dimension supplémentaire à leurs livres. Cette soirée de dédicaces au Comptoir des mots  au cours de laquelle j’ai (enfin) rencontré Hervé Commère, était une chouette soirée et une belle rencontre. Et ça, je ne m’en fous pas, parce que les rencontres humaines, c’est ce qui rend la vie belle et que décidément, même le soir, l’endroit le plus merveilleux sur terre, c’est décidément une librairie.

Pour qui ?

Pour les amateurs de romans noirs.

Pour ceux qui aiment être secoués mais apprécient qu’il n’y ait pas une goutte de sang.

Pour les amateurs d’histoire d’amour.

Pour ceux qui aiment que les livres se passent à Rennes. (Un conseil : trouvez-vous une raison supplémentaire, cela risque de ne pas être suffisant)

Belles lectures !

Valérie

 

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