La vérité sur l’Affaire Harry Quebert

nouvautes0Joël Dicker

Editions De Fallois/L’Age d’homme – 670 pages

 

 

roman, polarUn bon livre, Marcus, ne se mesure pas à ses derniers mots uniquement, mais à l’effet collectif de tous les mots qui les ont précédés. Environ une demi-seconde après avoir terminé votre livre, après en avoir lu le dernier mot, le lecteur doit se sentir envahi d’un sentiment puissant; pendant un instant il ne doit plus penser qu’à tout ce qu’il vient de lire, regarder la couverture et sourire avec une pointe de tristesse, parce que tous les personnages vont lui manquer. Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé.

 

 

 

2008, quelques mois avant l’élection d’Obama. Marcus Goldman est bien embêté. Après avoir connu un succès-éclair pour la publication de son premier roman, il est victime du syndrome de la page blanche. Il va donc passer quelques semaines à Aurora, petite bourgade dans le Maine, chez son ancien professeur, mentor et ami Harry Quebert, écrivain adulé depuis la sortie de son deuxième roman, Les origines du mal, quelques 30 ans plus tôt.

Peu après son retour à New-York, un drame va ramener Marcus à Aurora : on a découvert le corps de Nola Kellergan, une jeune fille de quinze ans, enterré dans le jardin d’Harry. Celle-ci avait disparu en août 1975.

Marcus va donc faire un travail d’enquêteur, interrogeant tout Aurora jusqu’à trouver le fin mot de l’histoire, afin d’innocenter son ami et d’écrire un chef-d’œuvre sur l’affaire. Oui, mais…

 

Joël Dicker, tout comme Vincent Message, qui avait publié Les Veilleurs il y a trois ans, fait partie de ces gens qui ont tout, mais alors tout pour énerver : il a 27 ans, il est beau garçon, il a visiblement un gros bagage biographique pour son jeune âge, et il vient de publier un roman casse-gueule qui non seulement évite tous les pièges des genres qu’il s’impose, mais qui est en plus une franche réussite de A à Z. Bref, le mec qu’on adorerait détester si on avait pas plutôt envie d’aller prendre un café avec lui pour parler bouquins…

 

Comme Vincent Message encore, Joël Dicker choisit de passer par le roman de genre pour créer un objet littéraire bien plus vaste que les limites avec lesquels il s’amuse. En centrant son roman sur une enquête policière, il respecte à la lettre toutes les figures imposées : suspense, entretiens sans fin et à répétition avec d’anciens témoins, fausses pistes en cascade, révélations constantes, rebondissements finaux… La définition même du page-turner.

 

Mais en confiant la narration à un écrivain, enquêtant lui-même sur un autre écrivain, qui, en l’occurrence, est celui qui lui a tout appris de l’écriture, ce roman peut-être vu comme la genèse d’une création littéraire, de la page blanche aux premiers mots, de la structure prenant forme aux errances de la narration, des contradictions de l’intrigue (qui suivent celles de l’enquête) au battage médiatique entourant son écriture, plusieurs mois avant sa sortie. Le fait que tout soit centré sur le personnage de Harry Quebert, et de son roman Les origines du mal, dont la genèse concerne directement la disparition de la jeune fille, renforce un peu plus cette spirale entre vie et création, dans un tourbillon de va-et-vient constants entre le passé et le présent, enquête actuelle et faits de l’époque, écriture du roman de Harry en 1975 et de celui de Marcus en 2008. Le tout sans jamais donner le tournis, qui plus est…

 

 Enfin, il faut noter que Joël Dicker est suisse, et bien qu’ayant passé beaucoup de temps aux Etats-Unis, il faut toujours beaucoup d’ambition –ou de folie- pour se coller à l’exercice quasi-mythique du « gros roman à l’américaine ». Là encore, l’objectif est parfaitement atteint. Déjà car on retrouve cette fluidité de la langue et de l’accroche qui vous fait plonger tête baissée dans l’histoire dès les trois premières pages, mais aussi et surtout car l’auteur ne s’est pas contenté d’écrire un roman « à l’américaine ». Il a écrit un roman SUR les Etats-Unis. Allons même plus loin, un roman sur les les-Etats-Unis. Qu’il s’agisse de ses descriptions du gratin éditorial new-yorkais où personne n’a vraiment d’amis en étant constamment entouré, qu’il s’agisse d’une petite bourgade comme Aurora où tout le monde connaît tout le monde mais pas forcément les secrets de chacun, ou qu’il s’agisse du pays comme entité, qui se passionne pour des faits divers sordides en attendant de se passionner pour autre chose dès que le vent aura tourné, on a constamment l’impression que Dicker a parfaitement maîtrisé l’esprit –les esprits- complémentaires et contradictoires du pays où il plante son intrigue.

 

 Bon, je m’arrête là, mais il y aurait encore beaucoup à dire, parce que, oui, au cas où vous aviez un doute, j’ai beaucoup aimé ce livre…

 

Pour qui ?

Pour les amateurs d’intrigues policières rondement menées.

Pour les fans de gros pavés qui se dévorent et qui vous font rater votre station de métro (ce qui ne m’est pas arrivé uniquement parce que j’étais assis près de la porte et que j’ai réussi à réagir cinq secondes avant qu’il ne soit trop tard…)

Pour les fondus de littérature américaine qui retrouveront avec bonheur la fluidité et l’aisance de narration.

Pour ceux qui se posent des questions sur la grande énigme de la création littéraire, ou aux apprentis écrivains de tout poil qui trouveront de nombreux conseils au fil du roman…

Pour ceux qui n’auront de cesse de savoir qui a tué Nola Kellergan, comme certains se sont tirés les cheveux à se demander qui avait bien pu tuer cette maudite Laura palmer…

 

 

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Cette lecture entre dans le cadre du challenge « Le tour du monde en 8 ans ».

Pays : La Suisse

 

 

 

Bonnes lectures à tous et toutes,

 

Yvain

 

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