La théorie des six

indispensable0Jacques Expert

Editions Anne Carrière ou Livre de Poche – 248 pages

 

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Enfin, j’avais pu me mettre au travail, mais il était déjà 18h30. J’avais immédiatement inauguré mon mur au-dessus de mon bureau, en épinglant la photo de Vincent (vous vous souvenez, le clochard que j’avais exécuté ni vu ni connu la veille au soir de six coups de poignard) dans le rectangle tracé au feutre noir prévu à cet effet, faisant ainsi disparaître le chiffre 6 inscrit en son centre. Les rectangles étaient reliés les uns aux autres par de petites flèches noires. Cinq cases étaient encore vierges jusqu’au numéro 1, ma cible finale.

 

 

Julien Dussart est le propre du type qui passe partout sans qu’on le remarque. Il a la trentaine, vit à Paris,  s’ennuie un peu à son travail, va dîner chez sa maman tous les mardi soirs et aime que son appartement soit tenu bien propre. Il aime aussi affuter longuement la lame de son couteau et l’utiliser pour dézinguer les gens, car Julien Dussart est un tout petit peu psychopathe.

Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est la « théorie des six » énoncée en 1929 par Frigyes Karinthy : « Tout individu sur terre peut être relié à n’importe quel autre par une chaîne de connaissances ne comptant pas plus de cinq intermédiaires ».

Julien Dussart a une cible bien précise qu’il veut assassiner. Pour ce faire, il décide de vérifier la théorie susmentionnée : tuant tout d’abord Vincent, un SDF de Marseille, il va se renseigner ensuite dans le passé de sa victime pour y trouver sa cible suivante. Si Karinthy avait raison et en reproduisant cette méthode de travail à chaque fois, la cinquième victime devrait logiquement connaître la cible pour laquelle Dussart a élaboré son plan. Y’a plus qu’à…

 

Roman court, mais efficace au possible que cette « Théorie des six ». Jacques Expert nous plonge dans le cerveau malsain de son protagoniste, psychopathe maniaque, psychorigide, glacial et narcissique. Ce n’est pas tant les scènes de meurtre que le quotidien de Dussart qui glace le sang : sa manie de compter ses pas d’un lieu à un autre, ses petits jeux puérils dans les escaliers, sa façon de citer constamment les expressions préférées de sa « maman d’amour »… Le modus operandi basée sur son obsession pour la théorie de Karinthy transforme ce tueur sans envergure en serial killer de génie, et lui donne toutes les audaces. On finit presque par être impressionné par les risques que prend Dussart pour se moquer de la police, et plus particulièrement de la commissaire divisionnaire Sophie Pont, en charge de l’enquête. C’est l’autre excellente idée de ce roman que de donner à  notre tueur un adversaire à sa mesure : Sophie Pont est une vraie salope de littérature, qui prend plaisir à rabaisser sans cesse les gens et pour qui on n’éprouve jamais une once de sympathie.  Tant et si bien qu’on prie une bonne partie du livre pour qu’elle soit la cible finale du livre, grande énigme de ce roman très bien fichu.

 

Pour qui :

Pour les amateurs de thrillers, de serial killers et autres personnages de psychopathes aux méthodes originales.

Pour ceux qui, comme moi, avait laissé passer ce très bon roman à sa sortie et ont découvert Jacques Expert avec l’excellent « Adieu » ou « Ce soir je vais tuer l’assassin de mon fils » (pas encore lu)

Pour ceux qui ont passé, passent ou passeront des heures à se poser des questions saugrenues telles que « A combien de degrés de séparation suis-je de… Barack Obama ? » (Perso, c’est quatre…)

 

Bonnes lectures à tous

 

Yvain

 

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