IL

nouvautes0Derek Van Arman – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Johan-Frederik Hel Guedj

Editions Sonatine – 765 pages

roman, romans étrangers, polarLa plupart des tueurs en série n’ont rien à voir avec les mythes qu’ils ont engendrés. Ils ne vivent pas isolés, au milieu des bois ou au fin fond d’un asile. Ce sont vos propres voisins. Comme Bundy, Statler, Gacey, Williams, Merrin et des centaines d’autres sur cette liste, ce sont des individus que vous croisez aux réunions de parents d’élèves ou aux matchs de base-ball de Little League, ils prennent le bus avec vous, leurs enfants jouent avec les vôtres et ils récitent peut-être même le Notre Père avec vous, lors de vos réunions de famille.

 

 

 

Difficile de résumer ce livre inracontable sans trop en dire.

La famille Clayton –la mère et les deux petites filles- a été sauvagement assassinée, et le tueur a un sens particulièrement glauque de la mise-en-scène. Jack Scott, directeur du département fédéral en charge de la traque des serial-killers, croit reconnaître dans ce massacre l’œuvre d’un tueur qui serait mort depuis longtemps.

A quelques kilomètres de là, un jeune garçon déterre un cadavre dont la mort remonte à plus de 40 ans. Au cou de la victime, un pendentif datant de la guerre de Sécession. Frank Rivers, flic aux manières peu conventionnelles, décide de s’intéresser à cette enquête bien qu’elle ne soit pas la sienne.

Pendant ce temps, deux types malsains au possible font un safari-meurtre en Floride,  et Jeffery,  homme d’une soixantaine d’années totalement dépourvu d’émotions prépare son prochain coup d’éclat…

 

Bon, soyons clairs : si vous aimez les belles histoires d’amour ou les polars à la Agatha Christie qui fleurent bon la campagne anglaise et les vieux manoirs où l’on prend le thé en discutant d’un meurtre, il vous faut impérativement faire l’impasse sur IL. Là, on est dans du roman de serial-killer malsain au possible, dans la veine d’un Au-delà du mal de Shane Stevens, estampillé Âmes sensibles s’abstenir.

 

Quelques scènes un peu violentes, mais aucun sensationnalisme néanmoins. Ici, tout est dans les ambiances, et on se sent plutôt sale pendant la plus grande partie du roman. Parce qu’on côtoie de trop près les esprits de types qu’on préférerait éviter, quand on ne côtoie pas ceux qui se mettent à leur place et s’immergent dans leurs crimes pour mieux les arrêter. Bref, une balade qui demande un peu de nerfs…

 

Là où le bouquin est assez redoutable, c’est dans la façon de mêler ses intrigues et ses personnages. J’ai passé une grande partie de IL à être persuadé que l’aspect décousu du roman n’était qu’une apparence, sans voir du tout comment l’auteur allait unifier les nombreuses parties de son patchwork narratif. Au fur et à mesure que les pièces se recoupent apparait la vraie trame du roman, qui laisse assez impressionné par les talents de construction de Derek Van Arman.

 

Comme souvent dans les polars, il faut que le tueur soit bon pour que le roman le soit aussi. Or, dans le cas présent, nous en avons une tripotée, tous plus glauques les uns que les autres, avec comme sommet un  type dont la moindre apparition ramène la température de votre maisonnée sous la barre du zéro. Il y a beaucoup de théorie sur les serial-killers dans IL, et on comprend très bien par l’exemple ce qu’est un désaffecté, à savoir un type incapable de ressentir la moindre émotion et qui doit mimer toute sa vie durant les autres pour leur donner l’impression que rien ne cloche. Et c’est violent, croyez le bien…

 

Beaucoup de théorie, disais-je, et c’est là un des points forts du livre. Le personnage de Jack Scott supervise toutes les enquêtes du territoire concernant les serial-killers. Spécialiste de la question, il explique longuement ce qu’est un désaffecté, un T-Rec (tueur récréatif, ceux qui tuent par plaisir de la chasse et du meurtre) et autres joyeusetés propres à son domaine de compétences. Même quand on est habitués aux romans de serial killer, on en découvre pas mal sur la question.

 

De même, le roman entier est une plongée dans les méthodes d’investigation de la police et du fbi. Ce qui a valu quelques ennuis à l’auteur, puisqu’après la sortie du roman, le fbi l’a sommé de révéler ses sources, estimant que Derek Van Arman était un peu trop près de la vérité pour que ça ne soit qu’un travail de romancier.  Vol d’objets dans un musée, réquisition d’appartements luxueux, justice sommaire, utilisation de civils comme appâts… Pas toujours joli-joli !

 

Pour qui ?

Pour les amateurs de romans bien noirs mais biens tout courts.

Pour les fans de serial-killers qui en découvriront encore pas mal sur la psychologie et les techniques de ces petits animaux tout doux et tout duveteux…

Pour ceux qui aiment les romans où les intrigues se multiplient pour mieux se retrouver au final.

 

Bonnes lectures à toutes et tous,

 

Yvain

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *