Gains

nouvautes0Richard Powers – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Claude et Jean Demanuelli

Cherche Midi (Lot 49) – 443 pages

roman, rentrée littéraire« Mai, juste avant Memorial Day, peu de temps avant la fin du millénaire. Dans le quartier de North Riverside, du bon côté de la rivière, une femme de Lacewood travaille à son jardin. Une femme qui n’a même jamais accordé une pensée à Clare.

Bien sûr, elle connaît la compagnie, comme tout le monde. Les courtiers de la Bourse de Francfort l’ont immédiatement en tête quand on fait allusion à Lacewood, de la même façon qu’ils visent et actionnent un revolver imaginaire quand ils rencontrent quelqu’un de Chicago. Les ados de Bangkok feraient n’importe quoi pour avoir quelque chose portant le logo de la compagnie. Qu’arborent d’innombrables entrepôts à São Paulo. La compagnie a bâti toute la ville et même davantage. La femme sait parfaitement d’où lui vient sa pitance et de quel côté de sa tranche de pain est étalée sa pâte à tartiner.

Elle passe en voiture devant le siège du département agronomie de Clare au moins trois fois par semaine. (…) Pour autant, elle ne connaît pas la société Clare davantage qu’elle connaît Grace ou Dow. Elle ne travaille pas pour elle ni pour quelqu’un qui en dépendrait directement. Son entourage immédiat, ses proches, non plus. (…) Une femme qui connaît la chanson, mais pas tous les airs. En cette journée de printemps, pas un habitant de Lacewood en dehors des six personnes qui l’aiment ne songe à elle un seul instant. »

 

Ce roman retrace l’histoire d’une société américaine Clare Inc, de sa fondation au début du 19e siècle à aujourd’hui, On peut dire qu’il est parti de rien, M. Clare, quelques savonnettes et un petit panier et petit à petit il a créé une multinationale : une vraie réussite à l’américaine, l’American Dream dans toute sa splendeur.

Et puis, il nous raconte en parallèle une femme, Laura Rowen Bodey, dont nous allons partager la vie pendant quelques mois, qui vit à Lacewood, ville qui accueille la succursale de Clare qui fabrique les engrais.

C’est une œuvre monumentale et une lecture remarquable à plus d’un titre.

Tout d’abord parce que je l’ai lu en même temps que deux autres livres, ce qui ne m’arrive jamais, jamais, jamais ! Je pensais être psychologiquement incapable de lire plusieurs livres simultanément : j’ai l’impression de ne pas être capable d’être immergée à 100% dans plusieurs univers en parallèle.  Mais là, je n’ai pas eu le choix… quelques déboires techniques m’ayant obligée à en interrompre plusieurs fois la lecture à cause du second caractère remarquable…

…et qui est que Gains est le premier livre que j’ai lu sur une liseuse, et il le restera toujours : j’aurai toujours une pensée particulière pour lui. Faut-il qu’il fut bon ce livre pour que je trouve la patience et l’envie d’aller au bout de ma lecture…tapotant por tourner les pages,  et pestant lorsque la batterie était à plat. Mais je n’avais avec moi en vacances que la version électronique, alors j’ai vaillamment continué à tourner ces pages électroniques, d’un clic du doigt, tout en pestant…mais (re)lisez l’article Cet été, j’ai testé la liseuse, je ne vais pas vous imposer ça dans chaque article….

Cette aventure, donc,  n’aurait pas pu aboutir si je ne vouais pas une grande admiration à Richard Powers, dont je n’ai lu que deux autres livres mais que j’ai adoré, (surtout le premier) : Le temps où nous chantions et Générosité.

Le point commun de ces deux histoires c’est donc Lacewood, la ville où habite Laura et où la société Clare a une usine de fabrication d’engrais. Mais la ville en elle-même n’a que peu d’importance, si ce n’est qu’elle est le reflet de la croissance urbaine liée à l’industrialisation.

A travers l’histoire de cette société et de la famille Clare qui la fonda et la dirigea  quasiment jusqu’à la fin, c’est toute l’histoire de l’économie, de l’industrialisation et donc de l’essor des Etats-Unis en temps que puissance économique que nous raconte Powers, l’histoire du libéralisme. Et c’est assez vertigineux, dans la mesure où l’on voit le poids de l’humain décroître au fur et à mesure de la croissance de la socété.

Parallèlement, l’histoire de Laura apporte le contrepoint et pose les questions en termes humains.

Le tour de force de Powers est d’arriver à nous passionner pour ces deux histoires simultanément, et même si son propos est en partie de placer l’homme (ou en l’occurrence la femme) dans cette société aujourd’hui mondialisée par ces multinationales, ce récit n’est pas manichéen. Il a le mérite de mettre en perspective les enjeux économiques du développement d’une entreprise et à plus grande échelle d’un pays d’une part et la vie humaine d’autre part. Et puis, Clare Inc n’est que l’aboutissement de ce que des hommes en ont fait, génération après génération. Et le résultat de cette aventure, en l’occurrence, c’est un grand roman américain. Je suis sûre que Richard Powers passera à la postérité car tel un Steinbeck il témoigne de son époque et que ses romans touchent du doigt l’universel en ce temps et en ce lieu.

 

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment les romans aux multiples personnages et qui retracent de nombreuses décennies.

Pour ceux qui aiment que se croisent et se rejoignent destins individuels et destins collectifs.

Pour ceux qui apprécient de lire une belle écriture, même lorsqu’elle est traduite (et je ne le dirai jamais assez une bonne traduction participe d’un bon livre).

Pour ceux qui aiment les très bons romans américains.

 

Quand ?

Chez votre libraire préféré le 23 août 2012

 

Belles lectures à tous !

Valérie

 

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