Feed

Mira Grant – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Benoït Domisnouvautes0

Editions Bragelonne – 450 pages

 

 

mondes imaginaires, romans étrangers, romanTout le monde a quelqu’un sur le Mur.

Même si vous croyez n’être que peu concerné par les évènements violents qui ont changé le cours du monde au cours de l’été 2014, vous avez quelqu’un sur le Mur. Peut-être un cousin, un vieil ami de la famille, ou simplement quelqu’un que vous n’avez vu qu’une fois, à la télévision : peu importe, ils sont des vôtres. Ils vous appartiennent. Ils sont morts pour que vous puissiez rester tranquillement à l’abri chez vous, entre vos quatre petits murs, et regarder les mots d’une journaliste blasée de vingt-deux ans défiler sur l’écran de votre ordinateur. Prenez la peine d’y réfléchir un moment. Ils sont morts pour vous.

Maintenant réfléchissez à la vie que vous menez et dites moi : est-ce que ça en valait la peine ?

Extrait d’Ames sensibles s’abstenir, blog de Georgia Mason, le 16 mai 2039

 

2034. Depuis vingt ans que la combinaison hasardeuse de deux virus censés combattre le cancer et le rhume ont fait disparaître une partie de l’humanité, les morts ont la fâcheuse tendance à revenir à la vie. Poussés par une combinaison chimique qui a besoin de fluides humains pour ne pas « re-mourir », les trépassés se transforment en zombies comme dans un bon vieux film de Romero, changeant ainsi à peu près tout dans le quotidien des survivants. Rester chez soi est devenu la norme, il faut faire vingt-huit tests sanguins dès qu’on met le nez dehors…

Le journalisme traditionnel est tombé en quasi désuétude depuis les événements et leur très mauvaise couverture médiatique d’alors. Aujourd’hui, on ne fait plus confiance qu’aux blogueurs, plus ou moins professionnels, pour connaître la vérité.

Georgia et Shaun Mason sont de ceux là. La première est rédac, journaliste objective accroc à la notion de vérité de l’information, une puriste dans son genre. Shaun est un Irwin, à savoir un casse-cou de terrain, toujours enclin à aller dans les nids de contamination pour taquiner des zombies à la crosse de hockey et en tirer des reportages à forte dose d’adrénaline. Leur site « Après la fin du monde » est également tenu par Buffy, une barde, qui écrit de longs poèmes et des feuilletons à l’eau de rose matinée de zombies en cinquante épisodes.

Le roman commence quand « Après la fin du monde » apprend qu’ils ont été sélectionnés pour couvrir la campagne des primaires du sénateur Ryman, un politique atypique qui tente de tracer sa route vers la présidence. Commence alors un tour du pays, qui va s’avérer de plus en plus dangereux au fur et à mesure que des actes de malveillance s’accumulent…

 

Dans l’ensemble, je ne suis pas grand fan de zombies, cette catégorie de monstres qui depuis l’essoufflement des vampires, a décidé de tenir le haut du crachoir en matière de SF ces dernières années. Je n’ai rien contre à proprement parler –Shaun of the dead fait partie de mes films références- mais je trouve assez limité qu’un paquet de chair plus ou moins décomposée, avance d’un air pataud vers un héros en marmonnant « Brrrrrain » sur le ton de l’accroc aux sucreries qui voit passer le camion de glaces. 

 

Et là, pourtant, j’ai été assez bluffé par ce roman, pour différentes raisons.

 

Déjà, l’explication chimique et scientifique du retour à la vie des trépassés est claire et « crédible » (pour peu que des morts revenant à la vie aient quoi que ce soit de crédible, nous sommes bien d’accord).  

 

Ensuite, le fait que l’auteur ait choisi de nous raconter une histoire se déroulant vingt ans après les évènements majeurs qui ont changé la face du monde permet de faire un réel constat de l’état du dit-monde, des mentalités et des quotidiens, et ce jusque dans les plus petits détails. Cela m’a nettement plus intéressé que si l’histoire s’était déroulée pendant les évènements, ce qui est le parti-pris d’à peu près toutes les histoires de zombies.  De même, le choix de l’intrigue autour d’une campagne présidentielle en pays infecté permet de faire un tour du pays, des lois en discussion, des nouvelles règles en politique…

 

Ensuite, tout le roman tourne autour de la question du journalisme, de la sacro-sainte notion de Vérité, de la façon de rendre compte d’informations… C’est une des parties les plus intéressantes du livre, qui dit des choses extrêmement justes sur le pouvoir des médias et de leur réception. Le personnage de Georgia, qui synthétise toutes ces interrogations, est à la fois très bien dessiné et tout en nuances (oui, je viens de dire « tout en nuances » dans une critique de livres sur les zombies, il faut le faire….).

 

Mais clairement, ce qui m’a le plus plu dans ce roman, c’est le duo frère-sœur/chat-chien/Georgia-Shaun. La sympathie qu’on éprouve pour leur duo est immédiate. Les voir se chagner constamment est un running gag dont on ne se lasse pas, et qui ne cache pas du tout la force des liens qui les unit. C’est un couple à la fois terriblement efficace de drôlerie et  extrêmement touchant, qui veille constamment l’un sur l’autre tout en s’envoyant des piques à tire-larigot.

 

Enfin, puisque ce genre de livre ne saurait se passer d’action, on ne peut que noter la qualité des rebondissements, des scènes en apnée sous l’effet du stress, et de l’intrigue principale (qui essaie de saboter la campagne du sénateur en déclenchant des nids de contamination un peu partout ?), digne de certains très bons thrillers. 

 

Excellente nouvelle qui plus est : Feed n’est qu’un premier tome, en espérant que Bragelonne s’attaque à la publication des suites bientôt !

 

Pour qui ?

Pour les fans de zombies.

Pour ceux qui ne s’intéressent pas trop aux morts-vivants : s’il n’y a qu’un seul livre à lire dans le genre, vous en lisez la chronique…

Pour ceux qui aiment le mélange action/humour/Sf bien tourné.

Pour les journalistes et les bloggeurs en herbe, et pour les accrocs à l’information.

 

 

Bonnes lectures à tous et toutes,

 

Yvain

 

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