Ça sent le sapin.

Cet article sera le moins bavard de l’histoire des articles, mais tout est dit : Voici les polars qui m’ont le plus remuée, émue, surprise, voire bouleversée cette année, ceux que j’ai aimés, vraiment. Les 14 indispensables à faire livrer sous le sapin.

Dans l’ordre alphabétique – car il sont difficilement classables entre eux, et puis je n’aime pas les classements, – avec couverture et incipit.

Grossir le ciel – Franck Bouysse –grossir-le-ciel

La Manufacture de livres  2014

« C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. »

 

 

 

 

chiens enragésChiens enragés – Marc Charuel – Albin Michel – 2014

« Quelque part dans la plaine de Surobi, en Afghanistan, le pick-up Toyota se gara et la porte arrière s’ouvrit. »

 

 

 

 

 

Radioactif – Vincent Crouzet – Belfond 2014radioactif

« Tailleur gris, jambes moins sages, escarpins pressés mais pas trop, chignon pas encore délié, yeux noirs sur visage tanné sous un soleil d’Afrique, encore plus brune, Rachel Rachminov suit la ligne jaune qui conduit inexorablement au premier poste de contrôle. »

 

 

 

 

 

neuf cerclesLes neuf cercles -RJ Ellory – Sonatine – 2014

« Quand la pluie arriva, elle rencontra le visage de la jeune fille. »

 

 

 

 

 

Le paradoxe du cerf volant – Philippe Georget –paradoxe cerf volant

Jigal 2011 et Jigal poche   2014

« Tout va bien, fils, ne te fais pas de mouron. »

 

 

 

 

 

balancé-dans-les-cordes 2Balancé dans les cordes – Jérémie Guez – La Tengo 2012 et J’ai lu 2013

« Bouge, allez bouge, putain. »

 

 

 

 

 

Black cocaïne – Laurent Guillaume – Denoël 2013black cocaine

« Elle est là, carcasse inerte gisant sur le pont hydraulique de ce garage clandestin de la banlieue lyonnaise ; un monstre de métal et de plastique aux flancs lourds et au moteur trafiqué. »

 

 

 

 

Le jour des morts – Nicolas Lebel – Marabout 2014jour des morts

« La pluie continuait de tomber, un peu plus fort que la veille au soir, mais le temps restait raisonnable pour la saison : c’est ce qu’avait dit la télé. »

 

 

 

 

 

visages écrases 2jpgLes visages écrasés – Marin Ledun – Seuil 2011 et Points 2012

« Vincent Fournier lève sur moi un visage cadavérique. »

 

 

 

faux soyeuseLa Faux soyeuse – Eric Maravélias

Gallimard – 2014

« Mes réveils se ressemblent tous, désormais. »

 

 

 

 

 

Les rêves de guerre – François Médéline –rêves de guerre

La Manufacture de livres – 2014

« C’était depuis Mathausen. »

 

 

 

 

territoires norekTerritoires – Olivier Norek – Michel Lafon  2014

« Au centre du viseur, un visage apparaît. »

 

 

 

Trois mille chevaux vapeur – Antonin Varenne –3000 chevaux vapeur

Albin Michel 2014

« – Rooney ! Putain de fainéant d’Irlandais !  »

 

 

 

 

seuls les vautoursSeuls les vautours – Nicolas Zeimet – Editions du Toucan 2014

« Shawna Twitchell, 5 ans, fut portée disparue le mardi 18 juin 1985 à 20h54. »

 

Bonnes fêtes en lectures !

Valérie

PS : Merci à Vincent Garcia pour son aide précieuse et décisive.

Le meilleur de nos lectures 2013

Le plus beau livre de l’année, celui qui nous a tous les trois laissés baba d’admiration c’est lui…et nous vous en avons parlé ici

confiteorLes préférés de Valérie

Il y en a 20 autres… et je ne vais pas les classer, car j’ai horreur des classements et puis, ils sont si différents qu’ils sont inclassables alors laissons l’alphabet les placer. Ils auraient tous mérité un article car il sont magnifiques, pour des raisons bien à eux. 2013 a été une année riche de beaux livres et d’enrichissantes rencontres avec leurs auteurs.

Le quatrième mur de Sorj Chalandon (Grasset) – ici et ici

Le rire du grand blessé de Cécile Coulon (Viviane Hamy) 

Dans le silence du vent de Louise Erdrich (Albin Michel) – ici

Chrysis de Jim Fergus (Le Cherche Midi)

Kinderzimmer de Valentine Goby (Actes Sud)

Le peintre d’éventail de Hubert Haddad (Zulma)

Sulak de Philippe Jaenada (Julliard) – ici

Noces de neige de Gaëlle Josse (Autrement)

22/11/63 de Stephen King (Albin Michel) – ici

Et soudain tout change de Gilles Legardinier (Fleuve noir)

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre (Albin Michel) – ici

Nina Simone de Gilles Leroy (Mercure de France)

Écoute la pluie de Michel Lesbre (Sabine Wespieser)

Transatlantic de Colum McCann (Belfond) – ici

Québec Bill Bonhomme de Howard Frank Mosher (Cambourakis)

L’hypothèse des saisons de Nathalie Nohant (Le Passage)

Le dilemme du prisonnier de Richard Powers ( le Cherche Midi)

Monde sans oiseaux de Karin Serres (Stock)

Ru de Kim Thuy (Liana Levi) – ici

L’invention de nos vies de Karine Tuil (Grasset) – ici

Arden de Frédéric Verger (Gallimard)

 

Les préférés d’Yvain

Comme l’année dernière déjà, j’ai réussi à départager les 3 premiers, les suivants seront par ordre alphabétique, parce qu’il faut pas pousser!

Donc, palme incontestée pour Confiteor, de Jaume Cabré.

En numéro 2, arrivent ex-æquo 2 homonymes, mais c’est pur hasard:

Yellow Birds, de Kevin Powers, Stock

Le temps ou nous chantions, Richard Powers, Cherche Midi – 10/18

Puis, par ordre alphabétique, donc….

Svetlana Alexievitch, La fin de l’homme rouge,  Actes Sud

Bruce Holbert, Animaux Solitaires, Gallmeister

Hugh Howey, Silo, Actes Sud

Jean-Philippe Jaworski, Même pas mort, Les Moutons Électriques

Stephen King, 22/11/63, Albin Michel

Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, Albin Michel

David Malouf, une rançon, Albin Michel

Fernando Marias, L’enfant des colonels, Cenomane – Babel

Patrick Ness, More than this, Walker Books

Albert Sanchez-Pinol, Victus, Actes Sud

Big Brother, Lionel Shriver, Harper Collins

Trevanian, Shibumi, Gallmeister

 

Les préférés de Sonia.

La palme et le seul roman adulte dans ma liste : « Confiteor » Impossible pour les autres de trouver grâce à mes yeux après cette pépite !

Les prochains arrivent juste après. Je n’avais pas encore commencé l’aventure du blog.
« A copier 100 fois », Antoine Dole, Sarbacane.
« Le monde de Charlie », Stephen Chbosky, Sarbacane.
« Un endroit pour vivre », Jean Philippe Blondel, Actes Sud Junior.

Puis, « Max », Sarah Cohen-Scali, Gallimard.
« Le coeur des louves », Stéphane Servant, Rouergue.
« Nos étoiles contraires », John Green, Nathan.
« Sweet Sixteen » Anne- Lise Heurtier, Casterman.
« Frangine », Marion Brunet, Sarbacane.
« Je suis sa fille » Benoit Minville, Sarbacane.
« Une saison avec Jane-Esther », Shaïne Cassim, Ecole des Loisirs.
« Big Easy », Ruta Sepetys, Gallimard.
« La 5ème vague », Rick Yancey, Robert Laffont.

Dans l’ordre, à peu près, autant qu’on puisse mettre dans l’ordre de préférence des livres aussi forts. Tous auraient dû avoir un article, et pour le bilan de l’année prochaine, je promets que tous mes coups de cœur auront droit à un bel article bien à eux ! Sauf pour « la 5ème vague », je n’ai pas parlé des séries en cours car c’est sûr les dystopies de « L’Épreuve », « Les fragmentés » auront leur billet quand elles seront terminées !

Nous vous souhaitons à tous une magnifique année riche de belles lectures.

Valérie, Sonia et Yvain

Mes polars 2013

Avant le bilan général de l’ensemble de la troupe de la Caverne, j’aimerais faire une place dans la lumière aux polars, thrillers et autres romans noirs que j’ai aimés cette année et dont je n’ai pas parlé. Ce n’est pas un classement mais juste ce que j’ai lu de meilleur au cours de ces douze mois, dans l’ordre de leur lecture au fil des mois.

un long moment de silence back up2  Black Coffee

 

 

 

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Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un excellent polar d’Emmanuel Grand qui sortira le 9 janvier 2014 chez Liana Levi, un magnifique premier roman que j’ai éprouvé un vrai bonheur à lire : un polar parfaitement maîtrisé, mélange iodé, vif et détonnant, de mafia ukrainienne et de légendes bretonnes, d’histoire d’amour et de pêcheurs dans la tourmente : un régal, vraiment, que je pourrais comparer au plaisir que j’ai éprouvé à lire la trilogie écossaise de Peter May. Avis aux amateurs !

termibnal belzSur ce, je vous souhaite de belles fêtes, de belles lectures et à très vite en 2014 pour le bilan collectif !

Valérie


Lionel Shriver

themeroman Magie des sauts de puce du cerveau et de l’esprit de coq à l’âne né de l’écriture d’articles pour ce blog, il m’est venu une furieuse envie, après l’avoir mentionnée dans l’article sur Les Apparences de Gillian Flynn, de vous en dire plus sur une de mes auteurs préférées, Lionel Shriver.

 

Sur la dizaine de livres qu’elle a écrit, quatre ont été traduits par les éditions Belfond. N’en ayant lu que trois, je mettrai de côté Double faute, pour m’arrêter sur les trois autres.

 

Autant le dire d’emblée, Lionel Shriver n’écrit ni pour les âmes sensibles, ni pour les jeunes esprits romantiques avides de courses éperdues dans les prairies de l’amour. Elle serait plutôt du genre à écrire des romans comme on file des coups de boule, et sa lecture laisse des traces assez violentes. Pourtant, tous les gens que je connais –amis ou clients- ayant accepté de se faire molester le cerveau par sa prose, retiennent  moins le fait de s’être fait violenter l’encéphale que le fait de tenir une auteur rare, à suivre de très près.

 

Nous présenterons ces romans dans l’ordre de leur traduction en France, en commençant par le plus formidable d’entre eux, qui fut pour moi une révélation littéraire et personnelle.

 

 

romanIl faut qu’on parle de Kevin

Traduit de l’américain par Françoise Cartano

Editions Belfond – J’ai lu – 486 pages

 

Kevin Khatchadourian a tué il y a un an sept de ses camarades de lycée, dans un  guet-apens digne de Columbine. Eva, sa mère, écrit à son mari –avec qui elle s’est séparée à la suite de la tragédie- de longues lettres qui meublent sa solitude et dans lesquelles elle retrace l’histoire de leur couple et de ce fils qu’elle va voir chaque semaine en prison.

Elle raconte ce couple qu’elle aimait tant, et son emploi pour un guide de voyages qui faisait son bonheur et lui permettait de voyager sans cesse. L’abandon de celui-ci à l’annonce d’une grossesse qu’elle ne désirait pas tant que son mari, mais pour laquelle elle acceptera des concessions. Les contraintes de la maternité à laquelle elle ne se fera jamais. L’arrivée de Kevin, cet enfant au regard vide, dont elle apprendra vite à se méfier. Les années qui passent, et le côté manipulateur et glaçant d’un rejeton qui joue le rôle du fils parfait auprès de son père aimant, en gardant pour sa mère qui l’a percé à jour mépris,  chantage et cruauté. La découverte, atroce, culpabilisante, qu’une mère peut ne pas aimer son enfant. L’arrivée d’une petite sœur, summum de douceur et de gentillesse, qui va attirer les accidents domestiques jusqu’à en perdre un œil, sous le regard narquois de son grand frère, dont Eva sait qu’il est responsable sans pouvoir le prouver… Jusqu’au Jour J, où le monde a basculé…

 

Inutile de m’étendre sur le côté coup de boule du roman si vous avez lu le compte-rendu. Je pense que la chose est claire. Je me contenterai d’une anecdote personnelle, assez révélatrice de ce qu’entraîne cette lecture…

 

Quelques semaines après la lecture de Kevin, j’étais un peu désespéré. Quand un livre vous marque autant, et que vous gardez en tête tant de scènes et de passages, vous avez envie d’en parler à quelqu’un ayant partagé la même expérience. Las, je ne connaissais personne l’ayant lu avec qui je puisse en discuter. En allant au travail un matin, dans le métro ligne 1 direction les Champs-Elysées, j’avisai une demoiselle d’environ vingt-cinq ans, qui le lisait en anglais. Ce n’est absolument pas mon genre d’aller parler à des inconnues dans le métro, mais j’oubliais tous mes scrupules dans la seconde. J’allais m’assoir à côté d’elle et m’excusai de la déranger. Son regard se posant sur moi fut sans appel et se passait fort bien de mots. Il disait clairement : « Dis donc, connard, si c’est pour me dire que je suis jolie ou me demander où je vais, je vais tellement te recevoir que tu vas changer de wagon pour oublier la honte que je vais te coller en public ». Je balbutiai (en anglais qui plus est) que je ne voulais pas la déranger, mais que j’avais remarqué quel livre elle lisait, que je l’avais lu récemment et qu’il m’avait vraiment marqué, que je ne connaissais personne dont je puisse avoir l’avis, et que j’étais obsédé par l’idée d’avoir le sentiment d’une femme, vu le sujet. Le livre traitait de la question du fait pour une femme de ne pas aimer sa progéniture, et ça me semblait être un tel tabou que je me demandais comment l’instinct maternel réagissait à sa lecture. Dès qu’elle a compris où je voulais en venir, ses barrières sont tombées d’un coup, son regard s’est illuminé, et elle s’est lancée dans un grand monologue sur l’importance de ce livre, du tabou qu’il soulevait, du fait que c’était un livre qui tournait beaucoup parmi ses amies justement à cause de ça et qu’elle comptait elle-même le faire tourner au plus grand nombre de ses connaissances possibles. Et de vouloir un avis masculin sur la question… Malheureusement, je descendais trois stations plus tard et la discussion fut arrêtée en plein milieu, à notre grand regret à tous les deux. Je ne sais pas si les gens autour de nous ont pensé que j’étais un pro de la drague pour rendre une jeune fille si loquace en quelques phrases seulement… En tout cas, ce livre a cette capacité étonnante de vous faire avoir de longues conversations passionnées sur le sujet (pas mal d’ami(e)s l’ont lu dans les semaines-mois suivant(e)s). Combien de livres peuvent prétendre à cela ?  

 

Il est à noter que le livre a été plus que magistralement adapté par Lynne Ramsay en 2011, qui a réussi le pari de transformer un roman quasi inadaptable en Objet Filmique Non Identifié rendant parfaitement ambiance et puissance de son matériau de base… Un très grand film, à voir après avoir lu le livre néanmoins…

 

 

romanLa double vie d’Irina

Traduit par Anne Rabinovitch

Editions Belfond – 486 pages

 

Premier chapitre : Irina, dessinatrice de livres pour enfants, vit depuis dix ans avec Lawrence. Le couple s’ennuie peut-être un peu, mais rien de dramatique. Chaque année, ils dinent avec Ramsey Acton, un ami de Lawrence, joueur de billard professionnel, pour l’anniversaire de celui-ci. Mais cette année là, Lawrence est en déplacement professionnel, et si Irina accepte de ne pas briser la tradition, c’est franchement à reculons qu’elle se dirige vers le restaurant pour y retrouver Ramsey. Surprise, non seulement Irina passe une excellente soirée, mais elle semble découvrir pour la première fois cet homme, qu’elle trouve soudain charmant, drôle, agréable, et terriblement sexy… A tel point que le chapitre se termine sur l’envie démesurée de se pencher et d’embrasser Ramsey à pleine bouche.

 

Dès lors, chaque chapitre aura deux versions : ce qu’il advint d’Irina quand elle embrasse Ramsey, quittant Lawrence et vivant auprès du joueur de billard, et ce qu’il advint après qu’elle refoule son envie stupide de nouvelle romance et choisisse le confort de son couple déjà bien établi. Ambiance Smoking/No smoking, d’Alain Resnais… 

 

L’excellente idée du roman, qui ne tombera dans aucun des pièges que son idée de base et sa structure peuvent poser, est de prendre pour chaque chapitre un événement similaire qui permettra de comparer au mieux les deux vies d’Irina : le repas avec la meilleure copine, le noël en famille….

 

Evitant tout manichéisme et toute solution de facilité, il n’y a bien entendu aucune version préférable à l’autre : il y a du bon et du mauvais dans les deux destins qu’Irina se forge, et c’est ce qui empêche le lecteur de trouver préférable telle ou telle version. Il est donc extrêmement difficile de savoir si on souhaite voir Irina aller avec Ramsey ou non.

 

L’autre brillante démonstration du livre, c’est la part que prend l’entourage dans les décisions que nous croyons prendre par nous même dans nos vies. Un exemple : Au(x) chapitre(s) 2, Irina déjeune avec sa meilleure copine. Dans la version « je trompe Lawrence », celle-ci va l’engueuler en lui reprochant de foutre son couple stable en l’air pour une passade irréfléchie. Dans la version « je n’ai pas embrassée Ramsey », la copine va souligner lourdement la monotonie de son couple, et du côté rasoir de Lawrence, l’incitant limite à aller voir ailleurs. Quoiqu’on fasse, notre entourage aura toujours quelque chose à redire, et le fera lourdement sentir.

 

Un excellent roman qui analyse très bien la notion de couple et qui, bien que moins tordu, est celui auquel je pensais en mentionnant Lionel Shriver dans l’article sur Les apparences, de Gillian Flynn. 

 

romanTout ça pour quoi

Traduit par Michèle Lévy-Bram

Editions Belfond – 526 pages

 

Shepp a toujours fantasmé sur « l’Outre-vie », partir avec l’argent d’une vie de travail sur une île où l’existence ne coûte rien et couler des jours heureux entre plage, cocktails et farniente… Mais la vie a pris les rênes sur le rêve et lui et Glynis, son épouse, ne sont jamais partis. Un jour, il décide que c’est le moment où jamais, et il prend des billets pour une île près de Zanzibar, espérant que l’ultimatum qu’il posera à Glynis, artiste tourmentée et cynique, saura lui convenir. C’est ce jour là, précisément, que celle-ci lui annonce qu’elle vient de développer un cancer. Adieu les rêves et l’Outre-Vie, l’argent de zanzibar devient l’argent du cancer, et la spirale infernale commence.

 

Là, vous vous dites sans doute, un livre sur le cancer, c’est de pire en pire… Eh bien non, ça serait compter sans Lionel Shriver, qui, loin de faire du misérabilisme, a expliqué dans une interview à la sortie du livre qu’elle avait voulu écrire un « Fuck you book ». On comprend vite de quoi il retourne…

 

Brillante dissection du système de santé américain, c’est toute l’absurdité d’un pays qui prône l’humain mais le fait passer après le profit qui passe sous le scalpel de l’auteur. Idée simple et horrible, chaque chapitre commence par l’état du compte en banque « Outre-Vie » de Shepp. Disons simplement qu’il perd 40000 dollars rien que pour diagnostiquer le cancer, et vous avez une idée de la dégringolade de Zanzibar avant même la moitié du livre.

 

Bien sûr, le cancer en est le noyau dur, et rien, ni des traitements, ni des effets secondaires, ne nous est épargné. Mais ce n’est pas ça qui est le plus difficile à supporter dans ce livre.

 

L’entourage, encore et toujours, est le plus dur dans ce genre de maladie. Puisque la chimio, c’est trop facile à gérer, il faut aussi compter sur les culpabilités mal-placées, la pitié malsaine,  la commisération pudibonde, l’éloignement soudain et toutes autres perles dont l’être humain est capable. A tel point que rapidement, une des seules personnes que Glynis pourra supporter est Jackson, le meilleur ami de Shepp, qui a de tout temps tenu de longs monologues assassins sur l’état du pays et la décadence de ce système oppressif et obnubilé par l’argent. Celui-ci devient ainsi la manifestation physique de la rage qui habite Glynis pendant sa maladie, ainsi que le fait qu’à partir sans cesse dans ses digressions, il ne lui renvoie jamais son cancer à la tête. Jackson est un personnage hautement attachant, et une bonne part du message de l’auteur dans son « fuck you book ».

Vous vous dîtes sans doute qu’avec une histoire comme ça, la fin est attendue et déprimante… détrompez vous, on parle de Lionel Shriver là…

 

 

Bref, article un peu long, une fois de plus, mais qui, je l’espère, donnera envie à ne serait-ce qu’une ou deux personnes d’aller se plonger dans un livre de cette grande dame… Vous ne le regretterez pas !

 

 

Pour qui :

Pour les gens qui aiment les livres psychologiquement (très) fins et jamais prévisibles

Pour ceux qui en ont marre de « oui, c’est la crise et la vie est bien assez dure ma bonne dame » qui implique de ne lire que du Guillaume Musso et du Oui-Oui.

Pour les gens qui aiment qu’un auteur les prenne pour ce qu’ils sont, à savoir des gens intelligents.

 

Bonnes lectures à tous

 

Yvain

 

Read around the clock (2)

themeQu’est-ce qui fait une bonne biographie ? L’anecdotique ne me dérange pas, mais n’étant pas très people, une biographie qui ne conte que la drogue, les exploits sexuels et les chambres d’hôtels dévastées (puisqu’on parle de rock, autant aller dans le cliché) me gave assez rapidement. Moi, ce qui m’intéresse, c’est la musique, comment elle se crée, comment et pourquoi un groupe trouve son identité. A côté de ça, une bonne bio est autant le portrait d’une personne que d’une époque, et ce n’est pas uniquement en décortiquant des chansons qu’on rend le ton d’une période. Mais, une bio qui commence par 120  pages de remise en situation historico-politique me lasse aussi, parce que ce n’est pas ce que je cherchais à la base… J’en conclus donc qu’une bonne biographie musicale serait un croisement entre tout cela, avec un juste dosage des divers éléments : un peu d’une époque, un peu plus d’anecdotes, et beaucoup de musique… Après, bien sûr, il n’y a pas de règles.

Je crois au final qu’une bonne bio est celle qui vous fait récupérer dans les 30 premières pages l’intégralité de la discographie et vous fait chantonner la musique du dit groupe ou chanteur pendant toute la durée de votre lecture. C’est toujours un de mes grands plaisirs d’attaquer un chapitre sur la genèse de tel disque et de stopper ma lecture pour aller caler le dit disque sur ma platine.

Par cette habitude m’en est même venue une autre : quand je veux depuis longtemps écouter  la discographie d’un groupe que je connais peu ou mal mais dont l’œuvre trop vaste m’empêche de savoir par quel bout la prendre, j’ai tendance à me procurer la musique en même temps qu’une bonne bio, et de découvrir les deux en même temps. Ca me permet d’être sûr d’écouter l’œuvre dans l’ordre discographique, de noter l’évolution du groupe, des paroles ou des références aux évènements l’entourant.

 

Phil Spector, le mur du son

Mick Brown – Traduit de l’anglais par Nicolas Richard

Editions Sonatine – 702 pages

ecrits sur la musiqueDeux possibilités: soit vous connaissez Phil Spector, soit vous pensez que vous ne le connaissez pas sans savoir que vous connaissez au moins une dizaine des titres qu’il a produit (et quand je dis dix, c’est pour les moins musicophiles). Imagine, de Lennon ; My sweet Lord, de Georges Harrison ; Unchained Melody et You’ve lost that loving feeling, des Righteous Brothers ; Be my baby, des Ronettes ; Da doo ron ron et Then he kissed me, des Crystals ; Spanish Harlem, de Ben E. King… Tous ces titres ne vous parlent peut-être pas, mais quatre secondes d’écoute sur Deezer vous tireront un « Aaaaaaah, ouais, d’accord… » éloquent.

Phil Spector méritait bien un livre –ou une trentaine, en l’occurrence : génie musical considérant les interprètes comme de simples instruments interchangeables au service de sa musique, psychopathe attendrissant ou pauvre type revanchard, amant passionné, parano et ultra-jaloux, meurtrier cherchant désespérément à « devenir raisonnable ».  On le suit de ses débuts de jeune loup aux dents longues apprenant à se servir d’un studio d’enregistrement vers son âge d’or avec les girls groups tel que les Crystals et les Ronettes pendant lequel il élabore son mur du son, qui transforme la moindre bluette en symphonie wagnérienne qui vous arrache le cœur. Puis le retour de bâton, l’état psychique de plus en plus borderline, la mégalo grimpante, le succès de moins en moins au rendez-vous, la réclusion dans son château et l’accident fatal qui le mènera au tribunal pour tentative de meurtre.

Phil Spector, c’est un peu le Howard Hughes de la musique pop, un personnage génial et profondément dingue, qu’on ne peut jamais totalement aimer ni détester. Quand on lit pas mal de bouquins ou de magazines sur le rock, c’est un nom qui revient constamment, c’est pour cela que j’étais content de voir qu’une biographie sortait chez Sonatine.

Une bio pour ceux qui aiment les personnages démesurés.

 

Elvis Presley 2 tomes (T.1 – Last train to Memphis – T.2 Careless Love)

Peter Guralnick – Traduit de l’anglais par Emmanuel Dazin

Editions du Castor astral

ecrits sur la musiqueJe ne connaissais que quelques titres d’Elvis Presley avant d’entamer cette monumentale biographie en 2 tomes et quelques 1300 pages sur le King of rock’n’roll. Je m’étais dit que si un type pouvait m’intéresser au sujet, c’était bien Peter Guralnick, dont j’ai déjà mentionné le Sweet Soul music.   Je n’avais rien contre Elvis, si ce n’est son image d’Epinal, et j’achetais un best-of en deux galettes histoire de me mettre dans le bain. Deux semaines plus tard, je finissais le tome 2, j’achetais plusieurs cds et vyniles, et chantait «if i can dream » et autre « american trilogy » à fond les ballons en rangeant les réserves de ma librairie.

Je pense que ce bouquin est la plus formidable biographie jamais écrite sur un chanteur. D’une recherche et d’une précision presque maniaque, il est autant la vie d’un type hors-nome à la personnalité hautement sympathique qu’un manuel de business de l’industrie musicale (avec le Colonel, redoutable manager du King), une histoire de l’évolution du rock’n’roll et des mentalités  américaines. J’en ai bouffé chaque page comme si j’étais déjà un fan passionné par son sujet, et sans jamais y trouver de longueurs. Ce qui est (entre autre) génial, c’est la façon qu’a Guralnick de remettre la légende à sa place en faisant le tri dans les rumeurs et les fantasmes, tout en décortiquant la façon dont le fantasme a pris naissance. Comment un chanteur devient-il une icône, puis un Dieu ? Comment cristallise-t-on les envies d’une époque au point d’en devenir une figure incontournable ?

Une bio pour les fans du King, et ceux qui veulent comprendre les States de ces soixante dernières années.

Hammer of the Gods – La saga Led Zeppelin

Stephen Davis – Traduit de l’anglais par Philippe Paringaux

 Editions Le mot et le reste – 440 pages

ecrits sur la musiqueEncore un groupe de la démesure comme l’époque –les années 60-70- ont su nous en offrir un paquet. L’histoire paradoxale d’un groupe qui a inventé un genre et reçu un succès public considérable, attirant des millions de personnes à leurs concerts, vendant des centaines de milliers d’albums en précommande (soit avant même que leurs albums ne sortent) et dont chaque parution a pourtant été scrupuleusement détruite par l’ensemble de la presse. Paradoxe encore : contrairement à de nombreux groupes anglais ou européens qui se cassent les dents à tenter de percer aux Etats-Unis, Led Zeppelin a connu immédiatement un immense succès en Amérique sans réussir à être prophète en son pays. Paradoxe toujours : un groupe de la démesure, complètement dingue lors de leurs tournées, trashant les hôtels comme dans un bon vieux cliché rock, mais qui s’avéraient tous de braves campagnards vivant avec leurs familles lorsqu’ils prenaient des pauses. Des types qui avaient tout pour se foutre sur la gueule pendant dix ans, entre des tournées éreintantes et des modes de vie très limites, et qui ont fait primer l’amitié et leur groupe avant toute chose.

Une biographie très bien fichue, à bouquiner avec les quatre premiers albums en boucle sur la chaîne, comme de bien entendu (Parce que les suivants, bon, ben euh… Voilà, quoi…)

 

Tom Waits, une biographie – Swordfishtrombones et chiens mouillés

Barney Hoskyns – Traduit de l’anglais par Corinne Julve

Editions Rivages Rouge – 456 pages

ecrits sur la musiqueUne biographie qui soulève des questions. Comment fait-on pour raconter la vie d’un chanteur qui a le culte du secret, qui n’autorise pas les biographies officielles, qui fait en sorte que personne ne renseigne le biographe, et qui depuis quarante ans, construit son propre mythe en mêlant habilement contes et demi-vérités, tant dans ses chansons que dans ses interviews ?

Barney Hoskyns (auteur du Waiting for the sun déjà mentionné dans ce blog) se sort plutôt bien de ce piège, principalement car il précise d’emblée les difficultés inhérentes à son travail de recherches. Il va même jusqu’à rajouter en fin de livre un certain nombre des mails reçus –de Keith richards à jim Jarmusch- expliquant pourquoi ils vont s’abstenir de le rencontrer. Le fait que l’auteur ait de nombreuses fois interviewé Tom Waits lors de ses années de journaliste rock ne le laisse pas totalement dépourvu, et un grand nombre de personnes interrogés ont accepté de répondre à ces questions, ce ne sont donc pas 400 pages de vide que renferme ce bouquin. On y découvre un personnage haut en couleurs (en même temps, qu’attendre d’autre du bonhomme ?), sympathique et barré au possible, qui prend son pied à écrire des chansons et à faire du cinéma sans jamais s’être soucié d’un quelconque plan de carrière. De diners louches en bars à cafards, Tom Waits a fait feu de tout bois et créé une foule de personnages en forme de freak show à la fois tendre et narquois. S’arrêtant longuement sur les albums et les chansons qu’il décrypte, l’auteur nous offre une biographie agréable qui pose sans cesse la question de la place dans l’artiste dans l’œuvre et vice-versa…

 

Les Beatles

Aka les FabFour, aka Le-plus-grand-groupe-du-monde, aka Les quatre garçons dans le vent

Comment faire le tri dans le million de livres écrit sur ces satanés garçons à la coupe de cheveux toute pourrie ? Proposition pour faire le tour de la question de façon intéressante : enchaîner les deux livres suivants, l’un traitant des Beatles, l’autre de l’après Beatles.

En studio avec les Beatles

Geoff Emerick et Howard Massey – Traduit de l’anglais par Philippe Paringaux

Editions Le mot et le reste –  476  pages

ecrits sur la musiqueGeoff Emerick a une bonne étoile, et elle ne lui a pas fait faux-bond. A l’âge de quinze ans, il devient assistant ingé-son aux studios d’Abbey Road. Pour son deuxième jour de taff, les Beatles arrivent pour leur toute première séance d’enregistrement. Quatre ans plus tard, il sera officiellement leur ingénieur du son et enregistrera avec eux « Revolver », « Sergent Pepper », « White album » et consorts… Bref, un derrière bordé de pastas al dente, quoi…

Avec ce livre, on ne sort quasiment pas des studios, et c’est ce qui en fait son principal intérêt. La Beatlemania, on en a au final assez vite fait le tour. Là, en revanche, on apprend comment chaque morceau a été enregistré, comment les idées de fous du groupe ont été rendu possibles, pourquoi on nous bassine depuis quarante ans avec « Sergent Pepper ». Chaque son est expliqué, chaque chanson trouve sa logique. On découvre milles anecdotes très drôles : comment Lennon a écrit le texte de « I am the walrus » en mélangeant trois débuts de chansons après avoir appris qu’une enseignante faisait travailler ses élèves sur ses textes (ambiance « qu’ils se démerdent à expliquer ça »…) ; comment le groupe a fait venir un orchestre philarmonique pour les besoins de la chanson « a day in the life », orchestre qui avait déjà du mal avec la pop music et qui s’est retrouvé franchement proche de l’attaque quand la seule consigne qu’on leur ait donné fut de « s’accorder de façon harmonieuse » pendant quarante secondes ; entre autres…

On voit également les relations inter-Beatles évoluer dans le cadre du studio : de la franche camaraderie aux chocs frontaux Lennon-McCartney, de l’envie de faire de bonnes chansons à l’incapacité de certains à rester dans un groupe tel que celui-ci, à la fois trop grand et trop étriqué, de l’apparition d’une certaine Yoko à… une certaine Yoko qui ne partira plus. Si on évoque rapidement l’après Beatles –Emerick sera l’ingé-son du Band on the run de McCartney- on ne s’attarde pas plus que ça… Mais pour ceux qui veulent vraiment tout savoir, le mieux à faire est d’enchainer sur la lecture de

Come together…

Peter Doggett – Traduit de l’anglais par Laura Derajinsky

Editions  Sonatine – 540 pages

ecrits sur la musiqueUn livre triste s’il en est, qui est autant la biographie des rapports inter-Beatles d’après les Beatles qu’une réflexion sur comment la notoriété peut tuer une bande de copains qui voulaient juste faire de la musique. On part de l’enregistrement du dernier album et la création d’une utopie typiquement Beatlesienne : Apple, ou comment utiliser ses sous pour libérer l’art des contraintes mercantiles en finançant des beaux projets avec des belles personnes. Apple sera surtout la base de chocs de plus en plus violents, personnels ou juridiques entre les différents protagonistes de cette sombre époque. John Lennon n’est plus John mais JohnandYoko. McCartney a            perdu son âme sœur et se fait de plus en plus bouffer par l’amertume, George Harrison trouve enfin le succès en solo et se rend compte à quel point sa créativité était bouffée au sein du duo d’auteurs-compositeurs des Beatles, Ringo se cherche. Après le split officiel des Beatles, seul de mauvaises raisons gardent les quatre en contact : le four total qu’est leur compagnie Apple, et qui va se mettre entre eux de façon de plus en plus systématique. De procès en procès, c’est surtout la pression des fans et des médias qui sera le plus dur : des qu’un ex-Beatles va pisser, on lui demande en quoi c’est un signe possible d’une reformation. Entre un Lennon acide et un McCartney aigri, chaque retour de cette question creuse le fossé entre les deux anciens amis… La mort de Lennon viendra régler la question… Un livre vraiment intéressant sur les conséquences du succès et sur la mort d’une époque (les années 60-70), autant que sur la fameuse rançon de la gloire.

A éviter pour les fans hardcore des Beatles, qui risquent de pleurer toutes les larmes de leur corps…  

Bonnes lectures à vous tous,

Rock on,

Yvain

 

Read around the clock (1)

themeJ’aime le rock. J’aime cette musique ouvertement bête et geignarde,  qui  fait rimer amour avec toujours et peine de cœur avec malheur ; j’aime ces chanteurs égocentrés qui pensent que leurs petits bobos ont valeur universelle ; j’aime leurs poses de rebelles sans cause ; leurs chansons à deux accords et à la rythmique puérile ; leurs questionnements existentiels risibles et leur incapacité à se rendre compte que si, si, le ridicule peut tuer…

J’aime le rock parce que tous ses aspects ridicules me parlent au plus haut degré. Catharsis moderne, cette musique me permet d’être absurdement à fleur de peau sans avoir à me prendre au sérieux. Ces idiots là le font pour moi…

Comme le personnage principal du roman –et du film- High Fidelity, de Nick Hornby, j’ai passé des centaines d’heures à faire des cassettes de mes chansons préférées (je fais la même chose en playlist aujourd’hui, mais c’est moins drôle), des tops 5 des « meilleures chansons d’ouverture d’un album » ou autre «intros qui tuent ». Si je suis si bon aux blind-tests musicaux, c’est parce que j’ai perdu des heures, des jours et des mois à disséquer le moindre morceau de trois minutes jusqu’à le connaître par cœur, paroles comprises. J’ai élaboré une « théorie de la note » avec une amie, qui consiste à ranger tout trémolo de voix, note haut perchée ou un tant soit peu chair-de-poulisante dans des catégories aux noms stupides tels que « note blasouille », « note crève-cœur », « note schyzo » ou ma petite préférée, la  « note chantée depuis le pont principal du bateau-fantôme qui passe au loin là bas ».  J’essaie de départager depuis des années les meilleures chansons de Eels ou Radiohead, sans y parvenir aucunement, mais toujours persuadé que c’est une question vitale qui mérite toute mon attention. Non, non, le ridicule ne me tuera pas… Enfin, j’espère.

 

Et bien sûr, comme je ramène aux livres tout ce que je fais, je lis quantités d’ouvrages sur l’histoire de cette musique débile.

 

Voici donc une petite présentation de quelques livres sur le sujet, à bouquiner avec une pile de disques à portée d’oreilles, naturellement…

 

 

Histoire du rock

François Jouffa et Jacques Barsamian  

Editions Tallandier – 931 pages

 

5126jRAeUvL__SL500_AA300_.jpgL’originalité de cette énième histoire du rock tient à sa structure. Les deux auteurs ont en effet scindé des centaines de biographies en quatre « générations ».

 La « génération Presley » revient des origines du blues aux pionniers du rock’n’roll, retraçant les origines du genre, qu’elles soient noires, blanches ou mêlées. On y découvre les premiers grands labels tels que les légendaires « Sun Records » (Elvis, Johnny Cash, Roy Orbison), l’émergence précoce des Teenage idols (contre-attaque des maisons de disques pour capitaliser un phénomène qui leur échappe, et qui sont un peu les ancêtres des boys-bands) et la traversée du genre vers l’Europe et l’Angleterre, avec les premiers rockers anglais, tels que Cliff Richard.

La « génération Dylan » aborde divers sous-genres qui naissent conjointement vers des publics et des attentes différentes : rock à la cool des musiciens surfeurs, folk-rock protestataire de ceux qui pensent que les temps, ils a-changent, émergence de la pop… Phil Spector invente le mur du son et enchaîne les tubes comme d’autres les nouilles sur des colliers ; la Motown brouille les frontières entre les couleurs de peau en faisant chanter à des noirs de la musique « noire » calibrée pour les blancs. Dans une Amérique où les mentalités bougent trop lentement, la musique, si elle ne change pas le monde, fout quand même un sacré boxon.

La « Génération Woodstock » enfonce le clou.  Le blues fait en retour en force, notamment en Angleterre, les mouvements alternatifs font leur apparition, les hippies sont partout, les festivals pop explosent de Monterey à l’Ile de Wight (Dans la série des questions fondamentales qui me turlupinent depuis des années, je ne sais toujours pas si j’aurais préféré être à Monterey, Wight ou Woodstock…)

Pour finir, on aborde la « Génération Beatles », avec les Fab Four et leurs nombreux émules, les Pierres qui Roulent et les mods, avant de finir sur la rock music préfigurant les années 80 de Jimi à LedZep en passant par Deep Purple et Pink Floyd…

Ce livre, qui est une vraie mine d’information et fait passer des heures sur internet à écouter des dizaines de groupes formidables qu’on ne connaissait pas, est réellement passionnant. Qu’on le lise par petites touches, quand un besoin d’infos se fait ressentir sur tel ou tel groupe, ou qu’on se l’engouffre en trois jours comme si c’était un roman, il réussit à compiler réelle « Histoire » et catalogue raisonné. Indispensable !

 

 

Rétromania

Simon Reynolds

Editions Le mot et le reste – 480 pages

41AV4WaEI4L__SL500_AA300_.jpgLe mot et le reste est, avec Allia, une de mes références en matière de livres traitant de la musique. L’un comme l’autre ont réussi à me passionner même sur des sujets qui ne m’intéressaient guère, et je fais toujours très attention à leur catalogue et leurs nouveautés. Ce livre ci est un bon exemple de la qualité éditoriale de cette maison.

Quid du rock, et même de la musique tout court, en ce début de millénaire ? Qu’avons-nous à proposer et donc à nous mettre sous la dent ? Pas grand-chose, ou si peu, en tout cas, rien de bien folichon… En décortiquant la rétromania, cette folie de notre époque de piller nostalgiquement et compulsivement un patrimoine parfois trop récent pour avoir fait ses preuves, l’auteur nous met en face du problème majeur de la culture à notre époque. Les groupes légendaires se reforment après des tournées hommage aux enregistrements de leurs disques phares (Cf Metallica et son « Black album tour il y a à peine un mois), les albums de reprises pullulent, on sample les anciens à tout va pour créer des sons qu’on pense nouveau…

Plus que ces phénomènes ponctuels mais très symptomatiques, c’est à un décryptage de nos capacités d’écoute et de découverte que l’auteur nous convie. Qu’entraîne la généralisation de Youtube, des ipods et de l’internet en général dans nos façons d’apprécier comme de consommer de la musique ? Comment en arrivons-nous à une époque où nous ressentons de la nostalgie, pour des générations qui sont pourtant sur proches de nous (cf les revivals années 80 qui donnent à penser que cette époque « bénie » (yuk !) est bien lointaine, alors que son mauvais goût transparait encore partout autour de nous).

L’auteur, qui plus est, avoue de bon gré et très souvent dans son livre tomber dans la plupart des pièges qu’il évoque. Du coup, on ne sent jamais dans son discours un côté puriste ou « vieux con », et sa démonstration n’en est que plus éloquente. Un bouquin réellement très intéressant, et qui soulève beaucoup de questions sur notre époque, et sur celle à venir…

 

ecrits sur la musique(Nota Bene : Un constat assez semblable est fait par Laurent Aknin dans son excellent essai « Mythes et idéologie du cinéma américain » (ed. Vendémiaire) pour le domaine du 7° art. Articulant sa démonstration sur quatre sous-genres (le néo-péplum, les films de super héros, le fantastique et le film catastrophe), il démontre à la fois l’impact du 11 septembre dans la façon de raconter des histoires, mais aussi l’évolution du regard que les Etats-Unis portent sur eux même. Néanmoins, ce qui prédomine, c’est la difficulté de créer de nouvelles histoires, d’où les prequels, les suites, les reboots, les remakes plan par plan et autres film-hommage. Il est amusant que ces deux livres soient sortis au moment où The Artist, film hommage aux films muets américains,  créait un délire planétaire. Est-il vraiment étonnant que les Etats-Unis l’aient à ce point consacré ?)

 

 

Le sacre du rock

Steven Jezo-Vannier

Editions  Le mot et le reste – 357 pages

 

sacre rock.jpgTant que nous sommes dans le Mot et le Reste, enchaînons sur une de leur plus récentes parutions, et non des moindres. Une autre histoire du rock, oui, encore. Mais sous le prisme à la fois original et évident de la religion. Le rock est la musique du diable, tout bon intégriste vous le dira. Mais d’où vient cette légende tenace ?

C’est donc aux rapports tendus mais constants entre musique et religion que nous convie Steven Jezo-Vannier. Du blues où les musiciens s’inventent une légende en racontant leur pacte avec le diable en échange d’un phrasé de guitare hors du commun à un Elvis Presley qui, non content de pervertir la jeunesse de son vivant, va devenir la première divinité du show business après sa mort ; de ce petit malin de John Lennon qui aura du mal à faire comprendre que sa phrase sur les Beatles plus célèbre que le Christ équivaut à une réalité quant à la baisse de popularité de l’église catholique à l’embrasement de la culture hippie pour les spiritualités orientales, de la mystique complexe de Led Zeppelin à Satan brandi comme un étendard par des groupes de hard, d’une Madonna combinant stupre et religion pour faire le buzz au succès récent des groupes de néo métal chrétien hurlant leur plaisir d’être à Dieu en vous esquintant les oreilles, tout un programme… Citant constamment les textes de chanson (avec traduction pour les non anglophones, on se rassure), ce bouquin très juste dans sa vision des choses est un vrai plaisir de lecture.

 

 

Waiting for the sun

Barney Hoskyns

Editions Allia – 506 pages

 

waiting for sun.jpgDémarche originale que celle de Barney Hoskyns. Plutôt que de se consacrer sur un genre ou un groupe, il nous invite à découvrir la musique née, des années 40 aux années 90, à Los Angeles. Qu’est-ce que la scène musicale propre à un lieu ? Comment évolue-t-elle ? Le choix de la ville n’est pas anodin, car la Cité des Anges a cristallisé pendant 50 ans le ton du pays entier –et au-delà d’ailleurs.  Du West Cool Jazz de Charlie Parker et Chet Baker aux plages pleines de Good Vibrations des Beach Boys, des années fleurs dans les cheveux des Mamas and Papas aux expériences poético-mystiques des Doors, de la scène punk à la naissance du gangsta-rap, on se rend compte que le choix de la ville n’est pas anodin. Car si LA semble être une ville hors du temps, bercé de trop de soleil et de bronzage, mélange d’utopie et de bizness, de rêves de cinéma et de faits divers sordides, elle  est, comme sa musique, le reflet de son pays et de ses évolutions. Truffé d’anecdotes, ce livre célèbre cinquante ans de démesure et de coups de génie, et on y croise aussi bien Nat King Cole que Charles Manson.

Un autre exemple de la qualité des éditions Allia, dont toute la collection Musique regorge de pépites (qui m’a même poussé à me taper plusieurs centaines de pages sur le reggae alors que je déteste cette musique…). Pour ceux qui aiment la soul et les artistes du label Stax, le livre de Peter Guralnick, Sweet Soul Music, est un must-read absolu !

 

 

Le prochain article sur le sujet (qui devait être en une seule partie avant que je ne m’emballe à pérorer tout seul dans mon coin et que la raison ne me fasse  prendre mon lectorat en pitié) sera centré sur quelques biographies. On verra comment Guralnick a écrit la meilleure bio musicale du monde qu’on soit ou non fan d’Elvis ; on prendra deux bouquins sur les Beatles pour les lire à la suite et avoir ainsi la bio ultime et parfaite sur les FabFour ; on s’interessera à ce taré génial de Phil Spector, qui poussait les artistes qu’il produisait à se rallier à ses avis musicaux en sortant un flingue et on se demandera comment on peut réussir une biographie d’un type comme Tom Waits, dont la vie est un conte et ses mensonges des morceaux de vérité.

Ben dites, si ça donne pas envie, ça…

 

Bonnes lectures à tous,

 

Rock on !

 

Yvain