Les rêves de guerre

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Les Rêves de guerre – François Médéline – La Manufacture de Livres – 20.90€ -En librairie depuis le 5 mai 2014

 » Des pauvres, il en tombe tous les jours à la carrière, au revier, dans les baraques, les wagons, dans les tunnels, sur la route, à l’appel. Des numéros, des riches aussi, les riches tombaient vite, tous pauvres. Des centaines : chaque jour, tous les jours, depuis le premier et jusqu’au dernier, jusqu’aux volutes qui s’échappaient de la cheminée pour le firmament de nos peines. Un riche pèse lourd, un pauvre pèse lourd, un Juif pèse lourd, un pédé pèse lourd, les Russes étaient grands, les Russes pesaient lourds.  » Page 15

 » Elle n’était pas là, elle n’était pas en bas, elle ne boit pas l’eau claire, elle n’est pas pieds nus, elle n’a pas de longue robe rose.

Les boules de gui flottaient, suçaient la vie, tachaient le ciel, enveloppées d’écume, elles dansaient avec le vent vers nulle part, la clameur, mes pas, les forces autour, le frottement de la croûte terrestre, l’écho qui obstruait mes tympans, clapotait, le flux sanguin dans ma poitrine, et puis l’eau, elle s’approche, elle rince la grève.

Il fallait y aller, marcher. » – Page 303

Michel Molina, inspecteur principal au SRPJ de Lyon, retourne dans la petite ville où il a grandi, au bord du lac Léman, suite au meurtre d’un homme qu’il a connu et dont le frère a déjà été assassiné vingt ans auparavant. Officiellement en vacances, il va enquêter sur ce meurtre et remonter les traces de son histoire personnelle, histoire qui le conduira à remonter plus loin encore, au camps de Mauthausen.

Émue, retournée, chavirée, écœurée aussi jusqu’à la nausée à la lecture de certaines pages. Rarement un livre ne m’aura produit autant de sensations réellement physiques.

Mettre des mots sur les sensations produites par d’autres mots, je trouve ça si difficile, et cela l’est d’autant lorsque que j’ai aimé ses mots. Souvent je ne parle pas des livres qui m’ont le plus marquée car je n’y arrive pas. Mais ce n’est pas juste, pour ceux qui ont mis, comme François Médéline dans ce livre, leur âme à nu pour dire l’indicible, l’impensable, le pire de l’homme et la difficulté de vivre avec son histoire.

J’ai lu ce livre presque en apnée, la respiration suspendue à chaque mot, attendant et redoutant tout à la fois le prochain.

Une plume acérée, tranchante, parfois poétique et souvent meurtrière donne à ce roman une musique très puissante.

Que vous dire d’autre pour que que vous couriez l’acheter chez votre libraire préféré ?

L’intrigue vous tiendra jusqu’au bout, jusqu’au dernier mot et ensuite, peut-être, comme moi, vous aurez envie de le relire, encore, pour entendre à nouveau cette symphonie.

Vous allez prendre une claque magistrale et vous allez aimer ça.

En 2013, il y a eu Jaume Cabré et son Confiteor. Pour l’instant en 2014, il y a François Médéline et ses Rêves de guerre. Il ont de nombreux points communs ses deux livres. Et leurs auteurs en ont au moins un, le talent.

Merci à François Médéline, pour ce livre. Merci à Pierre Fourniaud, éditeur courageux et intransigeant, pour ce livre et merci à Sébastien Wespieser, formidable libraire, pour m’avoir transmis son indéfectible engouement pour cet auteur et donc pour ce livre aussi.

Son premier livre  La Politique du tumulte, paru à la Manufacture de livres en 2012, sort cette semaine en poche.

politique du tumulte pointsSi vous êtes parisien, venez rencontrer François Médéline vendredi 9 mai à partir de 19h30 à la librairie le Thé des écrivains, 16 rue des minimes, 75003 Paris, là.

Belles lectures à tous.

Valérie

Les éditions Super 8 : L’obsession et Carter contre le Diable

 

Un des projets éditoriaux les plus enthousiasmants de 2014 vient de voir le jour, et c’est assez pour que je sorte de mon mutisme de ces derniers mois pour vous en toucher un article.

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Sonatine vient de donner naissance, avec l’aide de Fabrice Colin en directeur de collection, aux éditions Super 8, dont la ligne éditoriale et le crédo ne peut que faire frétiller d’aise les amateurs de mélanges des genres : « Nous prônons la confusion des genres, les fables déjantées, les aventures ludiques et la participation active du lecteur. Tout le monde a compris depuis Lost et Alan Moore, depuis Kick-Ass et Inception, que l’on pouvait bien être geek et class – que c’était la meilleure façon de plonger dans le tourbillon pop qui s’annonce. » (Fabrice Colin dixit, citation piquée sur le site d’Elbakin.net)

Voici donc les deux premiers titres de Super8, tout juste sortis des caisses des libraires :

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L’obsession

James Renner – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Caroline Nicolas

Super 8 éditions – 574 pages

« L’Homme de Primrose Lane » : voilà le nom sous lequel on le connaissait, ici, même si certains l’appelaient « l’ermite », « le reclus » ou « le cinglé » quand ils jacassaient à son propos aux fêtes de quartier. Pour l’agent Tom Sackett, cependant, il avait toujours été « l’homme aux mille moufles ».

Il y avait une raison à ce surnom : l’ermite portait toujours des moufles en laine, même en plein mois de juillet. Peu de gens avaient dû remarquer qu’il en mettait une paire différente chaque fois qu’il sortait de sa maison délabrée »

« L’homme aux mille moufles » vient d’être assassiné de la façon la moins propre possible, et la petite ville de l’Ohio où il vivait reclus est sous le choc. Encore plus lorsque la police trouve, en fouillant sa maison, un ensemble de notes prises par le défunt où sont scrupuleusement recopiés les moindres faits et gestes d’une jeune fille du quartier. On se rend bien compte que personne ne connaissait ce vieux monsieur, suffisamment louche pour obséder sur des jeunettes et mériter d’être éparpillé façon puzzle.

Une seule personne ne suit pas vraiment l’affaire : David Ness, écrivain à succès dont la femme est morte quelques temps plus tôt et qui est depuis inconsolable.  Son éditeur le force à sortir de son coma émotionnel et lui propose de s’intéresser à ce fait-divers, matière potentielle à un prochain livre. D’abord réticent, David va finir par se plonger dans l’affaire de Primrose Lane, quitte à devenir à moitié dingue face aux découvertes que l’histoire recèle.

En voilà un résumé qui survole à peine le sac de nœud qu’est ce roman, mais je ne peux vraiment rien dire de plus, tant en dévoiler trop serait vous gâcher le plaisir.

On commence « L’obsession » comme on commence un très bon thriller. Multiplicité des intrigues et des personnages, fausses pistes, réel intérêt et grosse envie de casser le(s) mystère(s) semés par l’auteur en cours de route.

Et puis, à plus de la moitié du livre, on lit la première phrase d’un nouveau chapitre, on la relit, on la re-relit, et on en arrive à la conclusion qu’on l’a bien comprise, que le roman va dans une direction qu’on n’avait pas du tout envisagé et qui promet une seconde partie complètement dingue. Mais même là, la construction parfaitement huilée du roman ne se grippe pas, s’en retrouve même consolidée, et les innombrables pièces du puzzle dont on finissait par se demander si elles n’étaient pas dans la mauvaise boîte se mettent en place jusqu’au final grandiose. On referme le bouquin en se disant que l’auteur est un grand siphonné dont on attend le prochain bouquin avec impatience.

En relisant la quatrième de couverture après coup, on se rend compte que l’éditeur mentionnait les ombres tutélaires de Stephen King et de Philip K. Dick, comparaisons auxquelles on avait moyen fait attention tant elles pullulent sans rime ni raison sur toutes les quatrièmes de France, de Navarre et du monde, et on se dit que l’éditeur ne s’est pas fichu de nous (détail rajouté à cet article afin que les gens qui seraient foncièrement allergiques aux deux auteurs suscités n’aillent pas tenter le coup pour finir par regretter leur temps et leur argent…).

En bref, un roman vraiment dingue qui se dévore de bout en bout, et qui explore l’obsession sous toutes ses formes et conséquences de belle manière. Une première sortie qui annonce parfaitement la couleur éditoriale de Super 8, et qui pousse d’ores et déjà à attendre de pied ferme les prochaines sorties !

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Carter contre le diable

Glen David Gold – Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier de Broca

Super 8 éditions – 814 pages

« Carter ne naquit pas illusionniste. Certes, il aimait se prétendre le septième fils d’une lignée de magiciens, voire l’arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de sorciers celtes. Parfois, il disait avoir suivi des années d’apprentissage auprès de mages orientaux. Mais ces déclarations destinées à la presse omettaient un détail : dès le début, la magie ne fut pas pour Charles Carter une simple distraction, mais un moyen de survie. »

San Francisco, 1923 : Carter le Grand donne son nouveau spectacle de magie, et pour les besoins du dernier numéro, propose au Président des Etats-Unis, Warren G. Harding de l’accompagner sur scène. Le spectacle est un succès, mais quand le Président est retrouvé mort deux heures plus tard, Carter sent bien qu’il va être l’ennemi public numéro 1 dans tout le pays. Il décide donc de disparaître quelques temps, le temps de mener son enquête, et ce malgré le zèle obtus de Griffin, agent des services secrets, qui a bien décidé de faire tomber l’illusionniste, d’anciens ennemis qui refont surface, d’un nouvel amour qui s’ébauche et de finances personnelles en chute libre qui imposent un prochain spectacle mémorable à concevoir. Gros programme, donc, mais quand on se bat avec le Diable tous les soirs sur scène, on ne se démonte pas si facilement.

Etats-Unis, années 20, monde des illusionnistes : il n’en fallait pas beaucoup plus pour que je me jette sur ce livre séance tenante. Lecture finie, qu’en dire ? Et bien que je n’ai pas été déçu par ce bon gros pavé somme toute assez classique (surtout si on le compare à L’obsession…) mais qui se lit tout seul.

L’enquête en elle-même est bien fichue, et réserve son lot de très bons moments, mais elle n’est pourtant pas ce qui fait les plus grands plaisirs de « Carter ».  Après un rapide prologue sur la mort de Harding et les débuts de l’enquête, on abandonne le présent pour une longue première partie sur la jeunesse de Carter, à mon sens une la plus réussie du livre. La découverte de l’illusion, les tournées cradingues de 4ème zone où il apprend son métier et la façon de « gérer » un auditoire, élaboration des premières illusions de grandes envergures…

Dans la deuxième partie, c’est le personnage de Griffin, agent secret borné qui ressort, et qu’on ne peut s’empêcher d’apprécier (alors qu’il essaie quand même de faire tomber notre héros…) ainsi que la relation entre Carter et la très mystérieuse Phoebe, jeune femme aveugle au passé trouble.

L’auteur est très fort pour faire revivre une époque et le milieu des magiciens (tous les numéros décrits ont vraiment existé et donnent envie d’être dans le public). De même, il a le chic pour faire exister des personnages, même très secondaires, et pour rajouter des scènes dont l’utilité n’est pas flagrante à l’histoire mais qui donne l’épaisseur suffisante à tel personnage ou tel trait de l’intrigue (exemple la scène de conclusion, quasi gratuite et pourtant très juste et très touchante.).

Voilà, plus que quelques semaines à attendre avant le prochain Super 8. Excellents choix pour ces deux premiers titres de la collection, qui annonce la ligne éditorial tout en prouvant que la proposition sera vaste et de qualité.

Merci à Fabrice Colin et Sonatine pour ces deux belles découvertes, point de départ d’une aventure éditoriale à laquelle je souhaite longue et heureuse vie !

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment le mélange des genres.

Pour les enthousiastes de Sonatine, qui ont appris à faire confiance à leurs choix de textes un peu barrés mais souvent très jouissifs.

Pour ceux qui aiment les constructions de romans machiavéliques qui ne laissent rien au hasard et les mises en abyme (L’obsession).

Pour les fans des années 20, de la magie, et des grands romans américains dans lesquels on plonge tête baissée dès la troisième page (Carter).

Bonnes lectures à toutes et tous,

Yvain

Gary tout seul

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nouvautes0Gary tout seul – Sophie Simon – JC Lattès –

350 pages – 18 € – En librairie depuis le 9 avril 2014

« Je traversais l’une de ses journées.

Je n’en étais qu’à la toute première étape, celle où vous avez envie de vous jeter dans l’Hudson.

Je me trouvais lâche et j’étais las de me trouver lâche.

Las de mon impuissance, de ma faiblesse face à un type comme Brad et déprimé en songeant à mon avenir de sous-fifre […]

Quand j’ai rallumé mon portable, dans la voiture, j’avais trois longs messages de Vern.

Dans le premier, il m’engueulait. Dans le deuxième, qui me fit beaucoup rire, il s’excusait de m’avoir engueulé, et dans le dernier, il me donnait rendez-vous dans un café, d’ici une demi-heure.

Je lui étais presque reconnaissant de m’avoir distrait un instant.

J’ai regardé ma montre.

J’ai mis le moteur en marche…

J’allais déjà mieux. J’avais même le sourire aux lèvres.

Mais il me vient toujours cette gaieté étrange quand je me sens au fond du trou. Une sorte d’ivresse des profondeurs. De celle qui donne toutes les audaces, même les plus traîtresses. »

Voici un roman que j’ai lu avec beaucoup de plaisir.

C’est le second roman de Sophie Simon, après American Clichés en 2011 (chez JC Lattès aussi), que j’ai très envie de lire, maintenant.

sophie simon

Elle nous raconte l’histoire de Gary, jeune homme passablement paumé. Il est pourtant doté d’une femme qu’il aime et qui l’aime mais avec laquelle il ne partage aucune complicité et d’un boulot, comptable dans une boîte de traders, qu’il déteste car il n’y est pas valorisé. Un homme pas vraiment malheureux mais pas vraiment heureux non plus, qui cache sous des dehors de bien vêtu, une blessure qui remonte à loin, et qui lui fait traîner comme des chaînes, un manque complet de confiance en lui et un besoin de reconnaissance démesuré.

Il est incapable d’aimer, incapable de se réjouir de quoi que ce soit, incapable de donner autre chose que du faux et du superficiel, pas bien le Gary et tout seul, oui.

Le décor, c’est New York où il vit. Cleveland d’où il vient et la Colombie britannique (tout à fait à l’ouest du Canada, dans les Rocheuses)où il tentera de se (re)trouver.

Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le bonheur de tourner les pages et de découvrir petit à petit les affres de Gary avec la vie.

Un regard réaliste mais optimiste, une jolie plume, des personnages bien campés, une histoire qui tient la route et un univers très personnel.

J’ai aimé cette lecture qui m’a fait du bien et redonné le goût et l’envie de tourner les pages, momentanément envolés.

Je vous la recommande aussi et retenez ce nom, Sophie Simon.

Merci Alexandra pour le conseil, tu avais raison, c’était super, je me suis régalée.

Belles lectures à tous !

Valérie

Chiens enragés

chiens enragésnouvautes0Chiens enragés – Marc Charuel – Albin Michel – 556 pages – 22 euros – En librairie depuis le 26 février 2014

Si vous souhaitez rencontrer Marc Charuel, il sera sur le stand Albin Michel  du Salon du livre de Paris dimanche 23 mars après midi.

« Tu vas leur expliquer que tu travailles à l’alphabétisation des enfants d’immigrés. Karim t’en a déjà parlé. Tu commenceras bientôt. Il te donnera tout à l’heure toutes les informations nécessaires. C’est dans une cité que tu connais. Tu n’auras qu’à y emmener ta femme et tes gosses un de ces quatre. Ils verront que tu gagnes honnêtement ta vie. Montre-leur ça et laisse-les tranquilles. Une fois que ta mission avec les frères du Pakistan aura été remplie, tu pourras les reprendre en main. Nous avons le temps. Le plus important, c’est de recevoir nos envoyés avec le message de l’émir. C’est la seule chose qui doit guider tes pas. On a la pression, en Afghanistan. Nos moudjahidin tuent beaucoup de croisés, mais eux, ils meurent par centaines. Lorsque nous aurons accompli ses dernières volontés, nous serons enfin sur la voie de la libération. Nous pourrons alors penser à l’instauration du califat. Des temps meilleurs viendront, mon frère. Grâce à toi. Ce que tu vas faire, c’est peu au regard de ce que nous obtiendrons. Nous interdirons les piscines, l’union libre, l’homosexualité, le jeu, la musique, le tabac, le maquillage, l’alcool, les films et les photos… Nous interdirons tout. Tout ! » (p.185)

Certains livres marquent durablement et certains auteurs persistent à me produire cet effet-là : rester longtemps en moi à travers des mots, des images, des sensations, des impressions. Lire n’est pas anodin, c’est aussi de ces mots et ces histoires que nous sommes faits. J’ai découvert Marc Charuel en 2011 avec son premier roman chez Albin Michel ; il avait écrit d’autres livres chez d’autres éditeurs auparavant dont certains sont épuisés, en lien avec son métier, photographe de guerre et journaliste. Il s’est beaucoup frotté au pire du pire de l’invention humaine, la guerre, et à travers ses livres, c’est encore le pire du pire qu’il nous donne à voir dans ses romans qui font partie des meilleurs thrillers que j’ai lus.

Le jour où tu dois mourir,  qui vient (enfin!) de sortir  en poche chez Pocket, nous immergeait dans la fabrication et le trafic des snuff movies en Asie et de ses consommateurs en Europe, à partir du meurtre d’une jeune fille à Arcachon. La claque, vraiment. Le genre de livre qui ne vous laisse pas indifférent, ce n’est pas un de plus, c’est un autre, différent, dérangeant et impossible à lâcher.

Au second, sorti en 2012, il a choisi l’armée française et la chape de plomb qui s’abat sur elle de l’intérieur lorsque survient une perturbation dans le fonctionnement de ses rouages, même si ces perturbations sont en l’occurrence des meurtres commis en son sein. Seconde réussite.

C’est la marque de fabrique de Marc Charuel, frapper fort sur des sujets sensibles, et nous embarquer coûte que coûte, contraint par sa plume à le suivre, et cela fonctionne à nouveau avec ce troisième roman, ces Chiens enragés, qui en l’occurrence vont probablement déranger.

Car ces chiens enragés ne sont autres que des soldats d’Allah, ces hommes au cerveau lessivé par les imams et prêts à tout et entre autre à tuer pour la grandeur du prophète. Et ces hommes, ils vivent dans le roman à Nanterre, en banlieue parisienne. L’histoire alterne fort habilement, entre 2001 et 2011, et nous raconte à travers l’histoire d’un homme, Sébastien Verdier, celles des milieux islamistes terroristes en France et en Afghanistan mais aussi celles du travail des services secrets français et américains pour infiltrer et démanteler ces réseaux.

Et le résultat est là, passionnant mais qui fait frémir. Rien ne nous est épargné des atermoiements et bassesses des uns et des autres, car on a beau chercher, il est difficile de trouver quelqu’un à sauver dans cette histoire. Les hommes sont veules et lâches, cupides, égoïstes et violents. Le seul qui force notre empathie est Sébastien Verdier, embarqué dans cette galère par appât du gain certes, mais dans le but de gâter ses enfants. Alors…

Un livre à lire absolument et, des heures de lecture compulsive plus tard, un malaise palpable et une certaine frayeur. Je vous l’ai dit, c’est la marque de cet auteur, nous  faire frémir des pires réalités qui nous entourent, nous faire gamberger.

Pourquoi ? J’ai eu envie de connaître un peu mieux cet auteur et ses motivations et lui ai posé ces questions.

CHARUEL-3-200x200Marc Charuel pouvez-vous vous présenter en quelques  phrases ?

M.C : Indépendant et assez solitaire depuis mon plus jeune âge. Davantage tourné vers les arts que vers les sciences. Amoureux des livres dès cinq ou six ans. Et une nette tendance à me raconter des histoires. Donc pour me calmer, j’ai pris, l’année de mon baccalauréat, la décision d’aller me frotter à celles des autres. Ce fut d’abord l’Irlande du Nord, puis très vite le Sud-Viêtnam et ensuite, pendant des années, toutes les guérillas qui sévissaient de l’Asie du Sud-Est au Pacifique. Et plus tard, les guerres de Croatie et de Bosnie après que je fus rentré en Europe. Enfin, il y aura eu également l’Afghanistan et l’Afrique. Si j’y retourne encore parfois, alors que j’ai soixante ans depuis ce matin, c’est pour garder la forme. Mais d’une façon générale, cette maladie de la guerre qui me collait à la peau depuis ma jeunesse m’a quitté il y a fort longtemps. Heureusement! J’ai réintégré le monde normal pour vivre une passion qui me dévore chaque jour: l’amour de mes enfants. Ça peut paraître être une banalité affligeante, mais c’est comme ça. J’assume.

Il est écrit sur la couverture de vos trois livres parus chez Albin Michel: roman. Pourtant, ce sont davantage des polars, des romans noirs que des romans. Est-ce un choix induit par vos goûts personnels en matière de lecture ou une nécessité au regard de ce que vous voulez raconter?

M.C : C’est surtout le choix de l’éditeur. À l’exception de sa collection “suspense”, il ne précise pas s’il s’agit de romans noirs, de polars ou de thrillers. Mais on ne trompe personne dans la mesure où la quatre de couverture est toujours très explicite. Quand on achète mes livres en se donnant la peine d’en lire le résumé, on sait qu’on ne va pas lire un roman à l’eau de rose…

Je sens à travers vos romans le regard du photographe, du journaliste, du témoin. En quoi pensez-vous que votre travail influe sur vos romans ?

M.C : Ma vie de photographe marque mes romans parce qu’elle m’a marqué moi-même. Au fer rouge… Ce n’est jamais anodin d’aller voir les gens mourir. Encore moins lorsqu’on réalise que beaucoup ont certainement perdu la vie à cause de vous. À cause de votre entêtement à vous trouver là où il ne fallait pas être…

Vos romans sont parfaitement construits et réellement impossibles à lâcher. Quelle est votre méthode de travail? Vous construisez chaque étape, chaque rebondissement? Vous planifiez tout avant de commencer à écrire ou vous vous lancez avec certains éléments et vous vous laissez le loisir d’inventer au fil de l’écriture? Connaissez-vous la fin avant de commencer à écrire?

M.C : Je réfléchis d’abord grossièrement au genre d’histoire que j’ai envie d’écrire: un fait divers, une manipulation politique… Ensuite, je cherche quels seront les personnages de cette histoire, puis j’en établis les fiches. Très précises. Après seulement, je bâtis le plan de roman. De manière très rigoureuse, comme un scenario cinématographique. Chapitre par chapitre. Scène par scène. Ça me prend parfois trois ou quatre mois.  Puis je me mets à écrire. Si je connais très exactement la fin de mon histoire avant même d’en avoir rédigé le début, je m’autorise quelques changements, bien sûr. Rien n’est jamais gravé dans le marbre.

Ce dernier roman, Chiens enragés, plonge au cœur des mouvements terroristes, en Afghanistan et aussi en France. Pensez-vous que cette mine de jeunes gens fanatisés par les imams puis entraînés en Afghanistan est une spécificité française ou une situation qu’on retrouve aussi dans d’autres pays européens ? Pensez-vous que cette menace d’attentats soit toujours réelle ?

M.C : Cela va sans dire. J’ajouterais même: plus qu’hier et moins que demain! Les groupes terroristes se multiplient en Europe et donc en France. Nos services de police travaillent très bien, mais ce n’est pas sûr qu’ils aient encore longtemps les moyens de faire face à cette mouvance qui se renforce chaque jour. Et déteste notre société un peu plus aussi chaque jour… Il ne faut pas l’oublier.

C’est un roman qui traite également des services secrets français et américains qui ne semblent coopérer que pour mieux tirer la couverture à eux. Est-ce romancé?

M.C : Il y a malheureusement du vrai là-dedans, bien sûr. Les services du monde libre ont appris à collaborer ensemble, mais vous avez affaire à des hommes, donc rien n’est jamais parfait.

Le seul à s’en tirer avec honneur dans ce livre est le journaliste. Les journalistes sont-ils toujours aussi honnêtes et avides de vérité…?

M.C : La bonne blague! Non évidemment. Malheureusement, j’ajouterais que beaucoup confondent militantisme et journalisme. Mais que peut-on y faire? Là aussi on a affaire à des hommes. Et puis une vérité d’un côté de la planète n’en est plus une de l’autre côté!

Avez-vous été confronté dans le cadre de votre travail de journaliste à cette raison d’état qui vous aurait empêché de publier? L’information est-elle muselée en France?

M.C : Oui. Il y a une vingtaine d’année, dans le cadre d’une enquête que j’ai menée sur Giat et un contrat de vente de nos chars de combat Leclerc. Ça a été très compliqué pour ne pas dire autre chose. J’en glisse d’ailleurs deux mots dans mon dernier livre.

J’ai lu que, jeune homme, vous vouliez être dessinateur de bandes dessinées. Cela ne vous a plus jamais tenté? Êtes-vous encore un lecteur de bandes dessinées?

M.C : Mon côté artiste… J’ai rapidement laissé tomber parce que je voulais vivre moi-même l’aventure. Pas la faire vivre à des personnages. Et cela fait des années que je n’ai plus ouvert une BD.

Quels sont vos trois auteurs préférés ?

M.C : Comment répondre à cette question? J’ai envie de vous dire: Jonathan Coe, Jean Giono et Jean Hougron (auteur de La nuit indochinoise qui lui vaudra le Grand Prix du roman de l’Académie française en 1953) mais ce sera vrai et faux à la fois. Il y a tellement d’autres auteurs qui ont écrit parfois un seul livre qui m’a vraiment passionné, que cela me gêne de ne pas les citer tous.

Et vos auteurs de polar préférés ?

Edward Bunker, James Ellroy, Philip Kerr, Patrick Graham, Ian Rankin, Maud Tabachnik, Jean-Christophe Grangé, Mo Hayder, Dennis Lehane, Jim Nisbet, Jim Harrison, Russel Banks, Donald Ray Pollock, Michael Crichton, Stewart O’Nan, Donald Westlake, John Grisham et le très grand Gérard de Villiers.

Que lisez-vous en ce moment ?

M.C : Je lis en ce moment Les hommes de Diên Biên Phù de Roger Bruge,  Diên Biên Phù vu d’en face, paroles de bô dôi, et Dépêches du Vietnam de John Steinbeck. Vous voyez, c’est très asiatique! Mais je vais ouvrir prochainement Prières pour la pluie de Dennis Lehane.

Mille mercis pour ses réponses et joyeux anniversaire Marc.

Je vous souhaite d’écrire encore d’aussi bons livres et qu’ils rencontrent de nombreux lecteurs.

Belles lectures à tous,

Valérie

PS : Veuillez excuser le bug de mise en page qui interdit à ma tranquillité d’esprit d’avoir les mêmes espaces entre chaque paragraphe…impossible à corriger….je capitule et puis l’essentiel est ailleurs, n’est-ce pas, dans le contenu par exemple…

Un ciel rouge, le matin

un ciel rouge, le matinnouvautes0« D’abord, il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d’un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur vêture d’obscurité, il s’étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s’arrête, il entend les oiseaux s’éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant. »

C’est l’ouverture de ce roman, le premier paragraphe, la naissance du jour et celle d’un grand écrivain, dont voici le premier roman.

J’aurais pu vous choisir tant de passages que j’aurais recopié le livre, j’ai truffé le livre de post-it tant la langue de Paul Lynch est belle. Ce livre fera indéniablement partie de mes préférés de 2014, car un livre de cette ampleur, de cette épaisseur et de cette beauté ne se rencontre pas tous les jours. Tant mieux, on en serait lassé, peut-être. La rareté permet d’apprécier à sa juste valeur ce Ciel rouge, le matin. Francis Geffard, éditeur génial de ce livre, dit de lui qu’il a « du coffre et de l’âme ». Indéniablement.

Mais je m’envole et ne vous dis point de quoi il retourne.

Nous sommes en 1832, dans la campagne d’Inishowen,  sur la péninsule la plus au nord de l’Irlande, dans le comté du Donegal, d’où est natif Paul Lynch. Coll Coyle, jeune métayer au service d’un puissant propriétaire anglais, apprend qu’il va être expulsé avec sa femme enceinte et sa petite fille. Ignorant la raison de sa disgrâce, il décide d’aller parler à l’héritier du domaine, mais la confrontation vire au drame et Coll n’a pas d’autre choix que de fuir, seul. Cette raison, nous ne la connaîtrons que beaucoup plus tard dans le livre, mais Coll, lui, ne la saura jamais. Il embarque à Londonderry sur un bateau avec d’autres émigrants pour l’Amérique.

Embauché dès la descente du bateau, Coll va s’user à creuser la voie du futur chemin de fer, près de Philadelphie, avec la volonté tenace sans cesse vrillée au corps de retourner en Irlande retrouver sa famille.

Comme souvent chez les irlandais, la réalité sociale est peinte sans fioritures, dans sa cruelle vérité. Qu’il parle des métayers d’Irlande ou de ses hommes transformés en bêtes de somme en Amérique pour creuser la voie du chemin de fer, Paul Lynch sait trouver les mots pour dépeindre la difficulté de leur travail et la misère qui l’accompagne.

Ce livre a la beauté d’un long poème, on en déguste chaque mot, heureux de découvrir le suivant, émerveillé de le trouver encore si savoureux. Pas un mot de trop et je voudrais saluer ici le travail de la traductrice Marina Boraso, qui a su traduire toute la beauté, la chaleur mais aussi l’âpreté de la langue de l’auteur. Elle contribue à faire de ce livre un bijou.

C’est un somptueux roman à la beauté sombre, digne des meilleurs livres de l’ouest américain. La nature et les espaces y ont une grandeur, une densité et une proximité palpables : on sent la terre qui crisse sous les chaussures, les reliefs se dessinent et les couleurs prennent vie. Les hommes y ont une profondeur et une humanité rares et justes. L’amour, l’amitié sont traduits avec une infinie pudeur et une forme de grâce. La seule touche féminine apparaît à travers la voix de Sarah, qui émaille le récit de Coll pour dire combien elle attend le retour de son homme. Il y a quelque chose d’envoûtant à lire ce roman. Les premiers mots nous captent et on se laisse porter sur les phrases.

Tout est parfaitement calibré et maîtrisé dans ce livre à l’alchimie parfaite.

Souvenez-vous du nom de ce nouveau venu : Paul Lynch. J’ai hâte de lire son second roman qu’il a déjà écrit et que Francis Geffard publiera en 2015. Son livre a reçu un très bel accueil en Irlande, en Grande Bretagne et aux États-Unis et il a décidé de se consacrer uniquement à l’écriture, pour notre plus grand bonheur à venir.

J’ai eu la chance de rencontrer cet auteur aussi lumineux que son livre est sombre.  Il a l’humour, la jovialité et ce mélange de poésie et de réalisme qui caractérisent les irlandais, et l’envie de raconter des dizaines d’histoires. Pour ce livre-ci, il s’est inspiré d’un fait divers : il y a 5 ans, 57 corps d’ouvriers du rail, originaires du même village irlandais du Donegal ont été retrouvés dans une tranchée, près de Philadelphie. Certains étaient morts du choléra, d’autres avaient été assassinés. De là est né l’histoire de Coll.

Merci aux éditions Albin Michel pour cette rencontre. Merci à Paul Lynch pour ce livre.

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J’espère avoir réussi à vous transmettre l’enthousiasme de cette belle découverte. Courez l’acheter dans votre librairie préférée !

Belles lectures à tous,

Valérie

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marina Boraso- Albin Michel

En librairie depuis le 26 février 2014

286 pages – 20 €

Tes mots sur mes lèvres

tesmotssurmeslèvresJe m’appelle Nastya.
Voilà 452 jours que je ne parle plus. À personne. Depuis que quelqu’un m’a volé ma vie et ma seule passion.
Dans mon nouveau lycée, personne ne sait qui je suis et tout le monde me fuit.
Sauf Josh Bennett.
Il est toujours seul, comme moi.
Un jour, il me parle.
Et ma vie change.
Encore une fois.

 

 

Un nouveau lycée. Une jeune fille. Un jeune homme. Une rencontre. Une grande partie des Romans ados commencent un peu comme ça, alors, au premier abord, on peut se dire un roman de plus. Mais non. Un roman comme ça on aimerait en lire souvent ! Il est empreint d’une telle justesse des sentiments que ça en devient palpable, physiquement palpable.

Nastya ne parle pas, au fur et à mesure du roman, avec quelques flashbacks, on va comprendre pourquoi. Elle arrive donc dans ce nouveau lycée avec la volonté, non pas de passer inaperçue, mais de faire suffisament peur pour que personne n’ait envie de lui parler. Et avec ses talons, sa tenue qui passerait comme normale sur un trottoir tard le soir et un maquillage outrancier, elle attise regards, mais pas de tentatives amicales. Parfait selon elle.

Josh, dans le même lycée, aime être seul. Il aime se réfugier dans la salle de menuiserie. Travailler le bois, être seul,c’est le lot de ce garçon qui a comme un « champs de force » autour de lui. Personne ne s’aventure sur son banc. Pourtant, quand il parle, on l’écoute, on le respecte. Mais les autres c’est pas son truc.

L’alternance des paragraphes dédiés à chacun des deux personnages donne une force supplémentaire à leurs pensées, leurs visions de la vie, leurs douleurs. Chacun d’eux porte une souffrance en eux. Pas un petit chagrin d’amour, non, Nastya a subi un grave traumatisme qui l’a laissé comme morte, et Josh a perdu  quasi tous les membres de sa famille en l’espace de quelques années.
Et c’est cette rencontre que nous raconte Katja MILLAY, avec émotion, mais sans sentimentalisme, avec profondeur mais sans misérabilisme, avec une certaine tristesse mais sans apitoiement.
En aucun cas, il faut s’attendre à une véritable action. On découvre les personnages pas à pas. Au gré de leur pensée, de leurs souvenirs. On les découvre quasiment en même temps qu’ils se découvrent entre eux et eux mêmes. Et on apprend à les aimer, petit à petit, avec leurs défauts. Tout est dans la délicatesse, sans aucune niaiserie. Un tour de force pour ce roman qu’on repose triste de devoir laisser ces personnages. Et pas seulement ces deux là. Il y a Drew, le meilleur ami de Josh, le bad boy qui tombe toute les filles. Lui aussi m’a touché, d’une manière complètement différente. D’ailleurs, j’aurais aimé en savoir plus sur Clay, Sarah, la famille de Nastya, voilà le seul reproche que je peux faire à ce roman. Une petite centaine de pages ne m’aurait pas semblé superflue.

Je ne préfère pas en dire trop car on en apprend petit à petit sur ces personnages et trop en dévoiler gacherait une partie du plaisir…

Bien sûr, on peut dire que c’est un énième roman sur le mal être adolescent. Mais, celui ci, comme tous ceux dont je fais un billet d’ailleurs, a ce quelque chose en plus. Ce petit plus qui touche en plein coeur. Et mon coeur à moi a fait un sacré saut à la fin de ce roman tellement je l’ai aimé.

La collection Territoires nous offre un excellent roman et ancre un peu plus sa place dans le rayon « Young Adult » (oui je parle anglais aussi…), ou Jeunes adultes, pour les francophiles !

Pour qui ?

Vous avez aimé « Le ciel est partout », « Coeurs brisés, têtes coupées », ce roman est pour vous !

Pour ceux qui aiment les beaux romans jeunesse qui prennent aux tripes…

Sonia

Goncourt des lycéens 2013

J’aime ce livre et je suis heureuse qu’il ait obtenu ce Goncourt des lycéens.

quatrieme murSi vous voulez lire ou relire tout le bien que je pensais de ce livre c’est ici.

Si vous voulez lire la réaction de Sorj Chalandon c’est là.

J’espère vous avoir donné envie de le lire. Cet auteur est un grand auteur et j’espère pouvoir le recevoir bientôt au Divan. A suivre….

Belles lectures !

Valérie

Sulak

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Philippe Jaenada – Julliardnouvautes0

490 pages – 22 euros – 22 août 2013

 

 

« Ces derniers temps, j’écris beaucoup.

Ce n’est rien d’autobiographique.

Rien qu’à cette idée, je frissonne.

Quelqu’un s’en chargera bien après ma mort. »

Bruno Sulak, 22 janvier 1985

 

Celui qui s’en est chargé, c’est Philippe Jaenada, qui las de raconter les rebondissements de sa vie trépidante dans des romans au demeurant fort réjouissants (que vous pouvez retrouver ici), a choisi de raconter la vie de Bruno Sulak, qui naquit le 6 novembre 1955 et mourut écrasé sur le béton, 29 ans plus tard. 

Dans l’intervalle, il a braqué des supermarchés et des bijouteries, avec son ami, Novica Zivkovica, alias Steve. Il a aimé plusieurs femmes, mais surtout une, Thalie. Il a été emprisonné plusieurs fois et s’est évadé a chaque fois, ou presque.

Sa signature : la non-violence, le souci de ne blesser personne. A commencer par sa famille à qui il tente d’épargner toute sa vie les retombées de ses actions, qu’il souffrira de ne pas pouvoir voir aussi souvent qu’il le souhaiterait. Il s’efforcera aussi lors de ses braquages de ne pas blesser, moralement ou physiquement, le personnel des supermarchés puis des bijouteries. Sulak est un vrai gentleman, amateur de jolies femmes qu’il comble de présents. Sulak est aussi féru de mots et laissera de nombreux écrits que sa famille a gardé et auxquels Philippe Jaenada a eu accès pour écrire ce livre.

C’est avec beaucoup de tendresse et l’humour qui le caractérisent qu’il nous livre le portrait de cet homme. Il a pu rencontrer différentes personnes qui l’ont très bien connu, l’une de ses sœurs ou l’amour de sa vie -Thalie-, et sa biographie, (car c’est bien de cela qu’il s’agit), a un réel accent de sincérité, c’est parfois à se demander s’il ne l’a pas connu, finalement. Et on ne peut que l’aimer, Sulak, après avoir lu ce livre.

Il est loyal en amitié, prêt à tout pour aider un ami. Il va ainsi tenter deux fois de faire évader un ami Jean-Louis S. Il est prêt à donner sa vie pour les gens qu’il aime, et savoir qu’un ami a perdu la sienne pour le sauver a bien failli le tuer. «L’ami, le frère, tué, abattu par des flics qui savent que nous avons choisi de ne pas tirer, de ne pas tuer. Que nous avons toujours évité la violence, que l’arrêter était possible…Sauf, sauf si l’on voulait par la même occasion m’annihiler. C’est réussi, je n’existe plus. Ma vie n’est plus qu’un cri.»

Son seul point faible en fait est d’avoir volé. Mais est-ce que cela mérite de passer sa vie derrière les barreaux ? Quand on touche à l’argent, bien sacré de notre monde merveilleux, on le paye cher. Sinon comment expliquer qu’il ait été condamné presque dix fois plus lourdement pour un cambriolage réussi où il a pu partir avec de l’argent ? Quand je vois que les parents malades qui ont fait vivre leur fille deux ans dans un coffre de voiture sont pour le moment en liberté, comme je l’ai entendu tout à l’heure à la radio, je me demande si on n’a pas quelque part en route perdu le sens des valeurs. Est-il l’ennemi public numéro 1, celui qui vole des commerces de toute façon indemnisés par leur assurances – lesquelles compagnies d’assurance lui rachetaient à un prix abordable les bijoux volés – et qui n’a jamais blessé personne ?

Bon je m’arrêterai là, mais parfois, cela met vraiment la rate au court-bouillon de se rendre compte que la seule valeur que cette société est prête à défendre et protéger, c’est l’argent, cela fait même vraiment mal au ventre.

Philippe Jaenada, merci d’avoir fait vibrer l’Arsène Lupin qui sommeille en moi, m’avoir raconté l’histoire de Bruno Sulak, cet homme sincère et loyal, avoir si bien écrit ses doutes et ses choix, d’avoir réveillé le vent de révolte qui ne demande qu’à souffler et dépoussiéré les idéaux qui ne devraient jamais la prendre, la poussière.

Alors je n’ai qu’un conseil à vous donner, lisez ce livre, vous allez sûrement le dévorer aussi, et comme à moi,  cela vous fera sûrement le plus grand bien.

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Belle lecture à tous.

Valérie

 

Rencontre au Divan avec Pierre Lemaitre

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Ce dimanche 28 septembre avait lieu au Divan une rencontre avec Pierre Lemaitre pour la sortie récente de son livre Au revoir là-haut paru le 21 août chez Albin Michel. L’occasion de parler avec lui de ce livre et du chemin parcouru jusqu’à ce roman et après.

C’était une très belle rencontre et Pierre Lemaitre est un auteur comme j’aime les recevoir, passionné, passionnant, heureux d’être là et de partager avec ses lecteurs. Mille mercis à lui pour sa chaleureuse présence en cette grise matinée d’automne, une matinée toute indiquée pour parler de tranchée en novembre 1918.

L’auteur Pierre Lemaitre est né à Paris dans une famille qui avait une grande estime et admiration pour la littérature. Sa mère a acheté, à partir du premier en 1953, tous les romans qui sortaient dans la toute nouvelle collection du livre de Poche. Cela a fait de lui un lecteur vorace. Il a été formateur pour adultes et notamment pour les bibliothécaires auxquels il enseignait la littérature. C’est d’ailleurs l’une d’elles qu’il a épousé! C’est elle qui l’a incité à présenter à nouveau Travail soigné à un éditeur, après avoir essuyé de nombreux refus. Puis ont suivi quatre romans.

  •  Travail soigné (Le Masque) en 2006
  •  Robe de mariée (Calmann-Lévy) en 2009
  •  Cadres noirs (Calmann-Lévy) en 2010
  • Alex (Albin Michel) en 2011
  • Sacrifices (Albin Michel) en 2012

Ce nouveau roman quitte le registre du polar : il raconte l’après-guerre, de 1918 à 1920, mais le livre s’ouvre dans une tranchée, le 2 novembre 1918, dix jours à peine avant la fin de la guerre. Les trois protagonistes principaux de ce roman s’y trouvent et vont tenter de survivre à la dernière attaque, celle de la côte 113. Tout d’abord, deux soldats : Albert Maillard, jeune homme hyperémotif, caissier dans une banque, issu d’une famille modeste et fils d’une mère castratrice et abusive (comme toutes les mères a ajouté Pierre Lemaitre…), et Édouard Péricourt surdoué en dessin, très intelligent et surtout très provocateur, issu lui d’une famille richissime. Enfin leur chef, le lieutenant Henri d’Aulnay Pradelle qui est un salaud fini, une crapule de la pire espèce, égoïste, cynique, prêt à tout pour arriver à ses fins et qui n’aime personne. Ils survivront tous les trois et les deux soldats tenteront de trouver le moyen de recommencer à vivre, tandis que l’officier s’enrichira, prévaricateur sans scrupule, par la revente de matériel militaire puis en décrochant des marchés pour l’inhumation des soldats tués pendant la guerre.

«  Tous les gars, en file indienne, tendus comme des arcs, peinaient à avaler leur salive. Albert était en troisième position, derrière Berry et le jeune Péricourt qui se retourna, comme pour vérifier que tout le monde était bien là. Leurs regards se croisèrent, Péricourt lui sourit, un sourire d’enfant qui s’apprête à faire une bonne blague. Albert tenta de sourire à son tour mais il n’y parvint pas. Péricourt revint à sa position. On attendait l’ordre d’attaquer, la fébrilité était presque palpable. Les soldats français, scandalisés par la conduite des Boches, étaient maintenant concentrés sur leur fureur. Au-dessus d’eux, les obus striaient le ciel dans les deux sens et secouaient la terre jusque dans les boyaux. »

lemaitre 2Voici en substance notre entretien.

Pourquoi avoir choisi le polar pour commencer à écrire ? Est-ce différent l’écriture d’un polar et celle d’un roman ?

Pierre Lemaitre: J’ai choisi le genre du polar car ayant beaucoup lu étant jeune, je me sentais un peu écrasé par toutes ses lectures et pas aussi intelligent qu’un François Mauriac… Et puis, je pensais – à tort – qu’écrire un polar était plus simple. En fait il y a de nombreux codes à respecter pour que le lecteur s’y retrouve et c’est en fait assez contraignant. En écrivant Au revoir là-haut, je me suis senti beaucoup plus libre.

J’ai retrouvé dans ce livre la proximité avec vos personnages que j’avais remarquée dans Cadres noirs, et en même temps un recul, une distance qui vous permet une analyse très fine de vos personnages.

Pierre Lemaitre: En fait, j’établis une distance avec eux pour créer une proximité avec le lecteur, pour les lui présenter. J’aime penser à lui lorsque j’écris car cela me permet d’établir une connivence, de ne pas m’éloigner.

Vous écrivez page 176 :  » L’époque était déjà lointaine où les députés déclaraient, la main sur le cœur, que le pays avait  » une dette d’honneur et de reconnaissance vis-à-vis des survivants »,et page 306 « le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à la répulsion vis-à-vis des survivants ».  Les vrais héros, c’étaient les morts ?

Pierre Lemaitre: Oui, quelque part seuls ceux qui étaient morts étaient des héros. Les survivants, ils étaient moches, abimés physiquement ou à moitié fous : on ne voulait pas les voir et puis on ne savait pas quoi en faire, on n’avait ni travail ni logement à leur offrir. Alors on les mettait comme cette gueule cassée qui vendait des billets de la loterie dans sa petite guérite, lorsque j’étais enfant, et qui me faisait horriblement peur. On n’avait aucun avenir à leur offrir.

La démobilisation semble s’être déroulée dans un chaos, une pagaille indescriptible.

Pierre Lemaitre: Oui, il n’y avait que très peu de trains, d’autocars, pour les ramener chez eux. Tous les efforts et l’argent avait été engloutis par la guerre et il ne restait rien aux survivants. On n’avait à leur offrir que 52 francs ou une pauvre vareuse qu’ils avaient portés pendant la guerre, qui avait été reteinte mais dont la teinture dégoulinait à la première pluie.

Justement avec ses vareuses, l’État français n’a-t-il pas donné l’exemple aux prévaricateurs, aux industriels pour faire feu de tout ce qui pouvait être vendu comme matériel militaire ?

Pierre Lemaitre: Si, je n’y avait pas pensé mais c’est vrai.

Le pire de ce cauchemar d’après guerre est ce que la presse a révélé en 1922 et que l’on a appelé « le scandale des exhumations militaires », non ?

Pierre Lemaitre: Il faut imaginer des millions de morts de cadavres, que l’on a tant bien que mal enterrés pendant que les obus continuaient de pleuvoir, parfois décomposés, des milliers de soldats qui ont été portés disparus car on n’a jamais retrouvé leur corps et l’État qui n’avait pas les moyens de les enterrer. Alors elle a fait appel aux industriels qui ont plus ou moins honnêtement rempli la mission de rapatrier tous ces corps, de les répertorier puis de les enterrer. Il y a forcément une marge d’erreur, et pas obligatoirement le corps du bon soldat dans sa tombe.

Ce livre a dû vous demander un gros travail de documentation ?

Pierre Lemaitre: Oui mais je ne suis pas historien. J’ai lu entre autres le très beau livre de Bruno Cabannes  » La victoire endeuillée ». Mais certains historiens trouveront certainement des erreurs dans mon livre: ce qui m’importe ce n’est pas la vérité, mais la justesse.

Enfin, quels sont vos projets d’écriture ? Souhaitez-vous revenir au polar ou continuer dans la veine de ce roman ?

Pierre Lemaitre: J’ai le projet d’écrire un certain nombre de livres -peut-être 5,6, je ne sais pas encore- qui se dérouleront entre 1920 et 2015. Ce n’est pas une saga, avec des personnages que l’on suit mais différentes pièces d’un puzzle dont un des bords quelque part touche une autre pièce, est connecté à un autre livre. Quant au polar, je n’en ai plus envie pour le moment, mais si je trouve une bonne histoire, je l’écrirai peut-être…

Voilà, j’espère n’avoir pas déformé ses propos que j’ai retranscrit de mémoire.

Je vous conseille vivement de lire ce livre, un de mes préférés de cette rentrée : un texte remarquable de pudeur pour raconter l’amitié bancale de ces deux hommes, Édouard et Albert, que la mort a frôlés et rapprochés, l’errance psychologique qui peu à peu les a gagnés devant le peu d’aide et d’intérêt que la France leur a apporté et témoigné. J’ai retrouvé dans ce roman la maîtrise de la narration qui a fait le succès de ses polars. Un roman étonnant, décapant, à l’ouverture grandiose, et profondément touchant.

 

Amicale pensée à Danielle Boespflug qui a permis cette rencontre et à toute l’équipe d’Albin Michel.

Enfin merci à Solène Perronno, Frédérique Schweitzer et Jean-Marc Volant pour leur amicale présence à cette rencontre.

Bonne lecture à tous !

Valérie

Je suis sa fille

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Editions Sarbacane – 254 pages.

je suis sa fille.jpgC’est l’histoire de Joan, qui a été élevée par son père sur fond de hard rock et de westerns. C’est l’histoire du père de Joan, un visage de plus écrasé par le Grand Capital.
C’est l’histoire de Hugo, le meilleur ami de Joan, qui décide de l’accompagner pour quand elle hurle :

 

Il faut que ça change !
Je veux que ça s’arrête !
On va tuer le Grand Patron !

Deux ados embarqués dans un road-trip ébouriffant, sur la N7 direction Nice…
Ils ne savent pas ce qui les attend. L’aventure. L’amour. Les rencontres.
Fuck la crise, vive la vie !

Le prologue donne le ton : Joan, arme au poing tient en joue « le visage terrifié du Grand Patron Français » et elle est prête à tirer, à venger son père, à se venger, elle, qui vient de faire un grand pas vers l’âge adulte.

Pourquoi et comment une ado, à priori normale, en est arrivée là ? La crise l’y a poussée et une voiture volée l’y a conduite. Aussi simple que ça. Oui, mais non, rien n’est simple.

Joan et son père vivent ensemble, pendant un long moment, très heureux, d’ailleurs. Mais, la vie se fait de plus en plus difficile : pénibilité du travail, où il faut tout donner, et même tout ce n’est pas assez, pas assez pour le Grand Capital, le Grand Patron qui en veut toujours plus. Dépression. Chômage. Et arrive l’erreur, le braquage avec un jouet suivi d’une bavure. Et la police est là, sur le seuil de la porte, en train de parler de blessure et d’hôpital… Joan, la rage au coeur et au ventre, de voir son père, silencieux sur son lit d’hôpital, a besoin de se trouver un coupable. Il est tout désigné : le Grand Méchant Patron. Voilà le pourquoi.

Pour aider Joan, son meilleur ami Hugo, lui propose d’aller le retrouver ce Patron, dans sa belle maison de vacances, à Nice. Pour y aller, facile : voler la voiture du grand frère qui n’est rien d’autre que son trésor, et direction le Sud, via la Nationale 7. Et voilà le comment.

Et c’est parti pour un road book intense !

Au mois de Juin, lors d’une présentation Sarbacane pour la rentrée, Benoit Minville nous avait présenté son bébé. Il avait parlé de lui, du comment, du pourquoi l’idée du livre. Au milieu de tout ça, il a parlé de Virgin, il pensait aux libraires, et à tous les autres, qui allaient être comme le père de Joan, au chômage, avec pas grand chose comme solde de tout compte et un avenir plus qu’incertain. Je faisais partie de ceux là. Bref. Alors, bon, ce livre, avant même de le lire j’avais envie de l’aimer parce que son auteur me plaisait.

J’ai patienté, plus de deux mois pour l’avoir entre les mains ce nouvel roman Exprim’. Donc, quand est arrivée la date de sortie, j’étais prête ! Je l’ai eu entre les mains, et là, légère déception : la couverture me semblait terne par rapport à ce que je pensais avoir entre les mains. Tout en me disant, que j’en attendais peut être trop finalement, que je devais me préparer à être déçue.

Et puis, je l’ai ouvert, commencé, dévoré…

J’ai lu la bande son : Rage against the machine, Prodigy, NTM, Charles Trenet, entre autres, et tout de suite j’ai été rassurée ! Ca allait swinguer !

Ce roman, c’est de l’action, partir pour retrouver le coupable, le Grand Coupable, celui que tout le monde peut accuser chez soi. Tout augmente, on délocalise, on perd nos emplois, pour enrichir quelques uns, on appauvrit un peu plus la classe moyenne. Simple, ou simpliste comme idée peut être. Mais quand on est une ado, c’est clair. Et puis c’est aussi ,surtout d’ailleurs, une fuite, la fuite de la réalité, la fuite de son père qu’elle ne veut pas voir mourir. Elle a désespérément besoin d’avoir un visage humain pour coupable. La Société, la Crise, tout ça avec des majuscules, c’est difficile de leur péter la gueule, de se défouler sur eux, physiquement, j’entends. Alors, toute la haine, la rancoeur de Joan se cristallise en une seule et unique personne. C’est lui le Méchant. Mais qui est vraiment le Méchant quand on a une arme dans le vide poche de sa voiture ?

Rien n’est simple, pour Joan, elle a terriblement envie de sortir toute sa rage, pour qu’elle ne lui mange pas la tête petit à petit, et ce Lassale, c’est un but, une cible à abattre. Et puis, il y a la culpabilité. Venger son père, OK, mais en tuant quelqu’un. Difficile à gérer. A digérer aussi. Surtout quand on a eu un père qui nous inculqué des valeurs. Alors Joan, elle se bat entre tout ça, avec dans sa tête des phrases de son père… Car ce père est présent à chaque page, son éducation, ses blagues, sa joie de vivre, et sa dépression aussi.

 » Papa, je pars te venger, et je veux croire, pour me donner du courage ou légitimer mon choix, que TOUS les enfants qui aiment leurs parents comme je t’aime feraient de même. C’est pour là que nous sommes là, non ? Pour que vous soyez fier de nous et que nous réussissions là où vous avez échoué, enfin… là où vous vous êtes arrêtés.[…]J’ai pas demandé à voir tes larmes séchées sur tes joues, ces crevasses dans ton être, causées par tout ça. Je n’ai pas demandé à pâtir de votre boulimie de temps, de votre appât du gain, quand moi je voulais goûter à la vie en toute simplicité. Et je n’arrive pas à conjurer les souffrances inutiles; je n’accepte plus les gros titres désespérés. Et JE change les règles pour qu’ON avance encore. Au prix fort. Un prix qu’ils ne pourront jamais mettre sur ma morale. Jamais. Grâce à toi. »

Joan , en plus d’une relation père-fille très forte, a aussi la chance d’avoir un Ami, celui qui t’aide à porter le cadavre au milieu de la nuit, Hugo.

Hugo, le beau, le fou, le drôle. Hugo qui a besoin de crier son envie de vivre, lui le miraculé. Hugo qui décide de prendre le temps, qui choisit la Nationale 7, Hugo qui nous fait rire au milieu de cette tension. Car, OUI, on rit en lisant ce roman ! La crise est là, la mort plane, mais il y a la vie, le rire l’espoir, Hugo. C’est ça la force de ce magnifique livre, on cotoie la difficulté de la vie, mais d’une page à l’autre, on découvre aussi l’amour naissant, les bêtises qu’on peut faire quand on a 18 ans…

Attention, ici pas de mievrerie, de bons sentiments, tout est plus complexe, l’amour, l’amitié, la culpabilité, la rage est là aussi présente, prenante, intense.

« Mourir maintenant, Maintenant,[…] Non ! Je veux vivre, freine, pour Papa, pour Hugo, pour voir demain ! Tout ce que j’ai à faire, à connaitre, à gouter… Je veux pas que ça s’arrête, s’il te plait non ! Freine Hugo, je veux ce demain si angoissant, tant pis, tant pis, et puis on verra… »

Il y a un autre personnage, que j’ai juste ADORE, Blanche, lisez « Je suis sa fille », et vous découvrirez son visage d’ange, ses fêlures et ses espoirs…

Donc, dans ce roman, il y a du swing, du rock, de la peur, des larmes, de la haine, de l’amour, de l’amitié, bon cocktail pour un roman ado, et quand c’est servi par un barman comme Benoit Minville, moi je dis : UN AUTRE !

Encore une fois, Merci à Tibo Bérard, pour trouver des merveilles pareilles !

Pour qui ?

Pour les grands ados, pour les adultes qui ont envie d’une lecture coup de poing.

Pour ceux qui veulent une lecture, à la fois drôle et intense.

Pour ceux qui aiment Exprim’, car ce roman est dans la ligne éditoriale de cette collection.

 Sonia