Hobboes

Philippe Cavalier

381 pages – Ed. Anne Carrière

 

 

couv1_274« Tous avancèrent ainsi dans la nuit jusqu’au bord des falaises. Là, au sommet des parois de granit dominant l’océan, le vent soufflait sans retenue. Aucun arbre, aucun mur ne l’arrêtait. L’endroit était un plateau rocheux terminé par un à-pic de cent yards au-dessus de la mer furieuse. C’était l’heure de la marée haute. Les vagues du Pacifique Nord battaient la côte comme des béliers monstrueux lancés à pleine volée contre une immense forteresse. Tina Calhoun donna la main à sa mère et à son frère. Elle leur sourit de tout le métal de son appareil orthodontique et puis, ensemble, ils parcoururent les quelques pas les séparant du vide. Leurs silhouettes basculèrent dans la nuit. On ne les entendit pas crier, on n’entendit pas leurs corps plonger dans les eaux froides, le vent couvrait tous les bruits. Steven Donahue, le brocanteur, suivit la famille Calhoun. L’un après l’autre, tous les habitants du village se jetèrent dans le gouffre à leur tour (…) »

 

 

Une crise épique a ravagé les Etats-Unis et le pays n’est plus ce qu’il était. Le vernis de normalité est de plus en plus fin, et le nombre de vagabonds jetés sur les routes est de plus en plus grand. Des quartiers de Los Angeles se transforment en favelas, Central Park devient un bidonville. De partout résonnent les promesses de nouveau monde, de destruction, de prophéties ; la révolution et la mystique s’embrouillent et s’emmêlent. Des armées d’un nouveau genre se rassemblent dans les rangs des plus pauvres, et chacun attend que ça commence.

Raphaël Banes, lui, est bien loin de tout cela. Professeur à l’université, il fait partie des privilégiés qui constatent les changements mais dont la routine n’est pas affectée. Pourtant, en l’espace de quelques jours, il va perdre son emploi, se voir offrir un nouveau poste payé rubis sur l’ongle dans une société pour le moins opaque et se retrouver sur les routes pour une première mission toute aussi obscure : retrouver un de ses anciens élèves mystérieusement disparu. La descente aux enfers commence sans même qu’il le réalise.

Pendant ce temps, des scènes de plus en plus surprenantes se déroulent un peu partout : les agressions entre hobboes sont de plus en plus fréquentes ; un village entier se suicide à l’exception de quatre rescapés qui se découvrent de bien étranges pouvoirs destructeurs et décident de les utiliser à mauvais escient, pendant qu’un flic de la police montée canadienne mis à pied s’embarque aveuglément dans une belle tartine de m…

 

Attention, coup de cœur de compét’ !

 

Pour chroniquer ce roman, il faudrait commencer par le prologue, celui-là même qui, en sept pages, revisite le mythe du joueur de flûte de Hamelin pour vous glacer l’encéphale et vous forcer, tels les 500 habitants de ce village canadien qui se jettent du haut d’une falaise, à plonger tête la première dans ce roman hors normes. On a beaucoup glosé sur l’importance de la première phrase, mais que dire du prologue, de plus en plus travaillé chez les auteurs de polars par exemple, qui a la lourde responsabilité de devoir vous couper les pattes et  vous faire hurler « Banco ! » avant même la dixième page ? Le prologue d’Hobboes devrait avoir valeur de maître-étalon pour tout cours d’écriture qui se respecte. En sept pages, vous savez que vous tenez un livre exceptionnel qui va vous causer du retard de sommeil, un délai conséquent de votre vie sociale, et probablement un ulcère vu la dose de stress que vous a déjà inoculé le roman avant même que vous n’ayez rencontré le personnage principal…

Si un mot résume bien le livre, ce serait foisonnant. Outre quelques 500 personnes qui s’offrent un mortel bain de minuit, on y croise un homme qui ne dort pas pendant douze ans, des cadavres qui disparaissent, un homme qui contrôle des chiens par la pensée, de très potentiels cavaliers de l’apocalypse, un livre sans titre ni auteur qu’on se passe sous le manteau et qui change la vie de ceux qui le lisent, des gens qui tentent de sauver le savoir universel de la plus antique manière et une foultitude de personnages dont on n’arrive pas à savoir s’il faut les classer dans des catégories type gentils et méchants.

Et tout ça seulement dans les cent premières pages…

Ce roman, vous l’aurez déjà compris, se joue des genres et des codes avec bonheur. Fantastique, critique sociale, roadtrip, roman d’aventures old school, tout y est et plus encore !  Mais loin d’un roman gadget ou foutraque, c’est la maîtrise et la cohérence de l’univers qui sidère et émerveille à la fois. Si certains passages et ambiances font lointainement écho au Fléau de Stephen King, et si certains chapitres se lisent quasiment sans respirer (le chapitre 11 est juste incroyable de tension continue…), c’est avant tout à une prodigieuse déconstruction des Etats-Unis et de nos sociétés modernes à laquelle nous invite Philippe Cavalier. L’époque du livre est imprécise mais pourrait être la nôtre. J’aimerais m’épancher plus avant sur cet aspect du roman qui est bluffant d’intelligence, mais malheureusement, il me forcerait à vous dévoiler beaucoup trop de l’intrigue et ça serait péché. Je me retiens donc.

 

La structure du livre est piégeuse. Un chapitre sur deux est consacré au long voyage de Banes sur les traces de son ancien étudiant, et le suivant concerne les divers autres protagonistes. Structure piégeuse, car régulièrement utilisée. Quand un auteur fait le pari de partir sur plusieurs lignes narratives distinctes et alternées, il y a toujours le risque qu’une des parties soit moins intéressante, et nous fasse lever les yeux au ciel dès qu’il faut y retourner. Là, comme dans les bons romans, on hurle à la fin d’un chapitre d’être laissé en plan sur le devenir d’un personnage, avant de tourner la page et de hurler de contentement à l’idée de reprendre là où on avait laissé l’autre partie vingt pages plus tôt. D’où une lecture avec moult onomatopées, grognements et autres cris de frustration qui vous fait passer pour un dingue illuminé par votre moitié…

 

Voilà. Question à la lecture de cet ouvrage : Mais comment, enfin, ai-je pu passer à côté d’un tel auteur si longtemps ? J’en aurais honte si je n’étais pas aussi content de me dire qu’il me reste sept romans à dévorer, dont la tétralogie Le siècle des chimères,  dont on m’a dit qu’il était un des chef-d ’œuvres les moins connus de notre temps.

 

Ca tombe bien, j’ai le premier tome devant moi.

A bientôt donc, je ne serai pas disponible du week-end…

Bonnes lectures à toutes et tous,

Yvain

Les enfants de chœur de l’Amérique

Les enfants de chœur de l’Amérique

Héloïse Guay de Bellissen

Ed. Anne Carrière – 240 pages

 

enfants_de_choeur« Parfois, certains de mes mômes ne suivent pas les règles du jeu. Ils pillent, ils tuent, ils cognent fort. Je ne suis pas complètement innocente dans cette affaire, la rage ça se transmet. Comme toute bonne mère qui se respecte, j’ai des failles. Je suis la terre qui a vomi ses propres ancêtres.  J’ai regardé mon peuple se faire massacrer sans broncher. J’ai laissé les Peaux-Rouges crever parce que je voulais du sang neuf. Les indiens me fatiguaient, ils parlaient aux arbres, se donnaient des noms passablement  sanguinaires et ridicules, ils traînaient partout cette foutue poésie. »

 

 

Ce roman a plusieurs voix suit plusieurs de ces « mômes » que l’Amérique, elle-même narratrice dans le livre évoque en ces lignes, ceux qui cognent fort par rage, ou par un trop plein d’amour effrayant et incontrôlable. Il y a Mark David Chapman, qui enfant, voulait être un garagiste « crade et édenté », mais restera à jamais dans les annales pour avoir assassiné John Lennon. Il y a John Hinckley, amoureux obsessionnel de Jodie Foster dont il va voir Taxi Driver en boucle au cinéma, qui videra un chargeur sur Ronald Reagan en son honneur. Et puis, il y a Holden Caufield, le héros en pleine crise d’adolescence de l’Attrape-cœurs, de J.D. Salinger, qui a un poil les boules de devoir revivre sempiternellement sa même histoire dès qu’un lecteur à travers le monde décide de (re)lire ce livre. Ce livre, qui, justement, a été une pierre blanche dans la vie de Mark et de John.

Ces trois amputés se racontent, ainsi que leur mère, l’Amérique, une femme à la fois froide et aimante, cynique et triste.

 

J’écris ces lignes en juin 2015, juste après la lecture du nouveau roman d’Héloïse Guay de Bellissen. J’ai déjà lu deux-trois livres de cette future rentrée littéraire, et il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions ou des palmarès. Néanmoins, je peux déjà certifier ce qui suit : voilà une des bonnes grosses claques dans la gueule que l’on peut escompter du cru 2015 de la sacro-sainte course éditoriale post-15 août.

 

Déjà, ce titre. Pas forcément convaincu en commençant le livre, comme si, au vu du sujet, il résumait le roman à une mauvaise blague. Sauf que non, et loin de là. J’y suis revenu tout au long des 240 pages, en variant à l’infini les sous-titres potentiels et les variantes qui auraient pu donner leur nom au livre.

« Le cœur des enfants de l’Amérique », Le chœur des enfants de l’Amérique », « Les enfants du cœur de l’Amérique », « Les Attrape-Coeurs des enfants de l’Amérique »… Tous marchent, et tous se complètent.

 

En fait, Héloïse Guay de Bellissen réussit l’exploit de faire un livre intime et poignant mais dont le cadre se barre sans cesse sur les côtés avec une démesure et une ambition folles, comme pris de sa propre vie, à l’image du personnage de l’Attrape-Coeur.

Spleen Speed Caravane Fancy Keziah Jones

A l’instar de son premier texte, « Le roman de Boddah » qui nous parlait de la démesure du couple Kurt Cobain-Courtney Love avec douceur et lucidité, mais  sans jamais prendre parti (merci à l’auteur qui a été l’une des rares à parler de Courtney sans en faire une salope ou un ange…), « Les enfants de chœur de l’Amérique » donne la parole à deux « monstres », sans jamais en faire ni des victimes, ni des ordures.

 

Le roman, au fur et à mesure, cumule les embardées, et dessine en creux un portrait extrêmement juste des Etats-Unis. Le chef indien Tecumseh et Emmett Till, entre autres, hantent les pages comme les injustices raciales hantent le pays, de même que Charles Manson et Samuel Colt. La question de la violence, qui semble inhérente au pays, est un des grands sujets du livre, rythmée par les chapitres du personnage Amérique, (à mon sens la meilleure partie du livre).

 

Egalement omniprésent, mais sans jamais théoriser, le rapport plus que ténu entre Fiction et Réalité. Il y a le monde onirique dans lequel Chapman et Hinckley s’emprisonnent depuis leur plus jeune âge ; le personnage d’Holden, bien entendu, qui aimerait vivre alors qu’il n’est que Fiction pure ; la façon des deux meurtriers de se retrouver dans le personnage de Caufield et de voir leur vie changer lorsqu’ils découvrent le livre de Salinger tout en l’incorporant à leur monde fantasmatique ; l’obsession de Hinckley pour Taxi Driver et la distinction extrêmement ténue qu’il fait entre Jodie Foster et le personnage d’iris qu’elle incarne à l’écran. « Les enfants de chœur » est un grand livre sur les fantasmes, quels qu’ils soient et où qu’ils mènent, et la démonstration est aussi flippante que réussie.

 

Certaines digressions narratives et stylistiques sont bluffantes au possible. Après avoir cassé la gueule d’un de ses camarades de classe, Hinckley est ramené chez lui par sa mère. Il la voit s’isoler en elle-même, comme si elle cherchait refuge dans un souvenir. Il nous précise qu’il sait de quoi il s’agit, et de nous expliquer le jour où il a sauvé un canard, « Daffy », qui avait une aile brisée, faisant la joie et la fierté de ses parents. Beau souvenir d’une mère qui tente de gommer l’acte de violence de son fils en repensant à un de ses faits de bonté. Sauf que pas du tout, car le paragraphe suivant nous fait partir dans la dite rêverie maternelle. Elle repense à comment sa propre mère l’a blousée en lui faisant croire que son amour de jeunesse était mort à la guerre pour qu’elle épouse le jeune Hinckley, meilleur parti selon elle. Là où le fils est persuadé d’être le centre d’attention de sa mère, celle-ci fantasme sur une vie parallèle où son fils n’existerait même pas, échappatoire temporaire à la réalité plutôt que d’affronter celle-ci. (Je vous laisse la surprise du dernier paragraphe, celui de la version de Daffy le canard, qui m’a fait régurgiter une partie de mon café dans une terrasse blindée de monde à cause d’éclats de rire bien gras, me faisant passer pour un con en public…)

 

L’écriture est sèche, nerveuse, et capable de trouvailles prodigieuses. Héloïse GdB a un sens de la formule parfois confondant. Elle rend palpable à quel point l’écriture « parlée » est un travail précis, une affaire de rythmique et de souffle.

 

Bref, un roman court (240 pages, moyen format) mais extrêmement vaste, qui frappe fort, qui questionne et qui, surtout, confirme qu’il va falloir suivre son auteur de plus en plus près dans le futur…

 

 

Yvain

Les Autodafeurs

 

20140707-183934-67174355Les Autodafeurs, mon frère est un gardien.

 

 

 

 

 

 

 

Les-autodafeurs-02Les Autodafeurs 2, ma soeur est une artiste de guerre.

 

 

 

 

 

 

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Les Autodafeurs 3, nous sommes tous des propagateurs.

Marine Carteron

Le Rouergue

 

Je m’appelle Auguste Mars, j’ai 14 ans et je suis un dangereux délinquant. Enfin, ça, c’est ce qu’ont l’air de penser la police, le juge pour mineur et la quasi-totalité de la ville. Évidemment, je suis totalement innocent des charges de « violences aggravées, vol, effraction et incendie criminel » qui pèsent contre moi mais pour le prouver, il faudrait que je révèle au monde l’existence de la Confrérie et du complot mené par les Autodafeurs et j’ai juré sur ma vie de garder le secret. Du coup, soir je trahis ma parole et dévoile un secret vieux de vingt-cinq siècles (pas cool), soit je me tais et je passe pour un dangereux délinquant (pas cool non plus).
Mais bon, pour que vous compreniez mieux comment j’en suis arrivé là, il faut que je reprenne depuis le début, c’est-à-dire là où tout a commencé. 

P.-S. : Ce que mon frère a oublié de vous dire c’est qu’il n’en serait jamais arrivé là s’il m’avait écoutée ; donc, en plus d’être un gardien, c’est aussi un idiot. Césarine Mars

J’ai lu des trilogies, des dyptiques, des tétralogies, et les suites ne sont pas toujours au rendez vous des premiers tomes. Alors maintenant, si je parle d’une série de livres, c’est que je l’ai lu et aimé jusqu’au bout, ça signifie que les tomes deux, trois et quatre sont aussi bons, voire meilleurs. On ne va pas s’embarrasser de premiers tomes géniaux et des suivants décevants. Donc aujourd’hui, je parle d’une trilogie finie et géniale Les Autodafeurs. Vous en avez peut être entendu parler car le premier tome a été encensé par les libraires, ils avaient voté pour ce livre pour le Prix Libr’à nous. Il n’y a pas de hasard !

Quand mon représentant m’avait présenté ce livre, il n’avait pas été avare de compliment, et comme je lui faisais complètement confiance, avant même de le lire, j’y ai cru. Et après la lecture de « Mon frère est un gardien », je voulais vraiment le pousser, le défendre parce qu’il est drôlement bien. Mais bien sûr, j’avais peur pour la suite et puis « Ma sœur est une artiste de guerre », la couverture m’a fait flipper, le livre m’a fait tripper ! Et « Nous sommes tous des propagateurs » est arrivé et là mes attentes ont été comblées !

 

Ni Marie, ni Martine n’ont écrit cette trilogie, c’est bien Marine Carteron qui nous a offert cette série et que je veux remercier, en tant que lectrice et en tant que libraire. Oui, quand on a aimé un premier tome, on le conseille, on est content de le vendre et on est beaucoup moins heureux quand le deuxième tome n’arrive pas, que nos clients nous le réclament à cor et à cri et nous on se retrouve tout penaud. Il y a toujours un moment où je me dis, c’est bon, la prochaine fois je conseille une série finie. C’est difficile aussi de dire à tes clients que le premier tome génial que tu as conseillé avec ferveur n’aura pas de suite faute de succès. Là je cible quelques éditeurs, hein, loin d’être la majorité heureusement.

C’est donc pour ça que je tiens à remercier chaleureusement MARINE CARTERON et son éditeur pour la rapidité des sorties des trois tomes ! Un an, et la trilogie est là sur ma table. En tant que libraire, je trouve ça génial et tellement plus facile. En tant que lectrice, je trouve ça génial, parce ce fut un bonheur de lecture. Et maintenant je vous dis pourquoi.

 

Sur la quatrième de couverture, on comprend assez vite qu’il va y avoir deux narrateurs, un frère et une sœur, Gus et Césarine Mars.  Gus est un ado normal, intéressé surtout par son look de beau gosse, les filles. Césarine, comme son frère le dit est une artiste. Une artiste à sa façon, elle est autiste, a une façon bien à elle de communiquer. Donc Gus nous raconte comment après la mort de son père, sa famille et lui ont quitté Paris pour la campagne. Nous avons également droit au journal de Césarine. Elle, au moins, ne s’embarrasse pas de fioriture, elle nous raconte l’essentiel et on se rend compte que  la petite Césarine a de nombreux atouts dans sa manche. Heureusement parce que son frère est un idiot. Enfin presque.

A leurs manières, ils vont découvrir le secret familial, leur rôle dans une lutte sans pitié contre les Autodafeurs.

Vous savez tous ce qu’est un autodafé, les autodafeurs cherchent donc le meilleur moyen de détruire les livres, la culture, la connaissance. En tant que libraire, le sujet m’a plu, car je ne vends pas des livres, par hasard, c’est un choix. Les livres ont toujours été des amis, que ce soit pour apprendre ou me détendre, c’est grâce à eux que je suis moi, que je me suis construite. Et j’ai envie de faire découvrir des auteurs, des romans. En tant que citoyenne, à l’heure actuelle, ça me semble nécessaire de mettre ce genre de livre dans les mains des ados. Alors là, vous allez peut être vous dire que ça a l’air un peu ennuyeux, mais pour le coup c’est une grosse erreur. On est loin de s’ennuyer, parce c’est écrit avec intelligence, parce que c’est drôle et profond à la fois, parce que les personnages sont vrais et que même quand tu veux sauver l’humanité, tu peux agir comme un idiot, et te prendre des râteaux. Mais de beaux râteaux quand même.

 

Au fil des tomes, les personnages se font plus intéressants, ils évoluent au fil des intrigues et rebondissements, et ils sont nombreux ces rebondissements. On ne s’ennuie pas une seconde, cette trilogie se dévore littéralement ! Et franchement, c’est impossible de s’attendre à cette fin !

Action + Humour à la façon Marine Carteron = du bonheur en mots !

Mais il n’y a pas que ça, et pourtant c’est déjà beaucoup ! Avec Les autodafeurs et une héroïne atteinte du syndrome d’Asperger, Marine Carteron nous fait découvrir le handicap. Quand Césarine va rencontrer Sara, atteinte de trisomie, une nouvelle fois, nous sommes confrontés au handicap. Face à l’intelligence implacable de Césarine, la gentillesse débordante de Sara, difficile de rester de marbre. Des personnages forts comme elles, on en veut encore. Elles font réfléchir. Et dans le bon sens. D’ailleurs, il ne faut pas hésiter à aller à sa rencontre sur Facebook, elle est très accessible sur le net !

En tout cas, j’ai hâte de lire son prochain roman, et quand vous aurez fini « Les Autodafeurs », vous aussi vous en aurez envie, je vous le garantis.

Donc :

  1. C’est drôle, intelligent et haletant à la fois.
  2. Les personnages sont attachants. Tous.
  3. Il faut aller chez son libraire préféré et acheter ces trois livres.

Pour qui ?

Pour tous les ados (même les plus grands hein !) qui veulent une super lecture !

Sonia

Broadway Limited, un dîner avec Cary Grant

Broadway-Limited-tome-1-Un-dîner-avec-Cary-Grant-de-Malika-Ferdjoukh-chez-LEcole-des-loisirsBroadway Limited, un dîner avec Cary Grant

Malika Ferdjoukh

Ecole des Loisirs- 582 pages

 

 

 

 

 

Normalement, Jocelyn n’aurait pas dû obtenir une chambre à la Pension Giboulée. Mrs Merle, la propriétaire, est formelle : cette respectable pension new-yorkaise n’accepte aucun garçon, même avec un joli nom français comme Jocelyn Brouillard. Pourtant, grâce à son talent de pianiste, grâce, aussi, à un petit mensonge et à un ingrédient miraculeux qu’il transporte sans le savoir dans sa malle, Jocelyn obtient l’autorisation de loger au sous-sol. Nous sommes en 1948, cela fait quelques heures à peine qu’il est à New York, il a le sentiment d’avoir débarqué dans une maison de fous. Et il doit garder la tête froide, car ici il n’y a que des filles. Elles sont danseuses, apprenties comédiennes, toutes manquent d’argent et passent leur temps à courir les auditions. Chic a mangé tellement de soupe Campbell’s à la tomate pour une publicité que la couleur rouge suffit à lui donner la nausée. Dido, malgré son jeune âge, a des problèmes avec le FBI. Manhattan est en proie à l’inquiétude depuis qu’elle a cinq ans. Toutes ces jeunes filles ont un secret, que même leurs meilleures amies ignorent. Surtout Hadley, la plus mystérieuse de toutes, qui ne danse plus alors qu’elle a autrefois dansé avec Fred Astaire, et vend chaque soir des allumettes au Social Platinium. Hadley, pour qui tout a basculé, par une nuit de neige dans un train. Un train nommé Broadway Limited. Le livre le plus étourdissant de Malika Ferdjoukh.

Au milieu de ma lecture, bien décidée à écrire ce petit quelque chose sur ce bijou, je me suis aperçue que jamais je n’avais écrit d’article sur un roman de l’Ecole des Loisirs. Des coups de coeur chez cette maison que j’affectionne tout particulièrement, j’en ai un sacré paquet ! Claire Castillon, Marie Desplechin, Jenny Valentine, Shaine Cassim et bien sûr Malika Ferdjoukh. Ma propension à la procrastination mise à part, je ne vois aucune explication. Mais ce titre va rendre justice à ceux pour lesquels je n’ai pas eu le courage d’écrire… Alors Alléluia ! et Bravo Malika Ferdjoukh ! Auteure devenue classique à l’Ecole des Loisirs, elle compte parmi ses romans des succès comme les « Quatre Soeurs », un vrai délice, et maintenant adapté en BD, « Sombres citrouilles » et tant d’autres.

« Broadway Limited, un dîner avec Cary Grant » est donc le premier tome de ce dyptique. Nous sommes en 1948 à New York. L’aube des années 50 et ma ville préférée ! Un combo qui ne pouvait que me réjouir surtout sous la plume exceptionnelle de Malika Ferdjoukh.
Jocelyn, jeune frenchy tout juste débarqué de son Paris natal a eu une bourse pour étudier à l’autre bout du monde. Une chambre lui a été réservé à la Pension Giboulée, 78 Rue Ouest, mais à son arrivée, rien ne va se passer comme prévu. Il a l’impression  de se trouver au milieu d’un asile de fous. Au milieu de ces pensionnaires, toutes plus farfelues les unes que les autres, du moins en a t on l’impression, Jocelyn se sent perdu. Comme nous d’ailleurs ! On ne sait plus qui est qui, on s’en souvient, on perd quels boulots elles font, et puis comme Jocelyn on se sent bien au milieu de ces danseuses, comédiennes, chanteuses, modèles.
Finalement, on sait parfaitement qui est qui et on tombe sous le charme !
Malika Ferdjoukh célèbre l’âge d’or de Broadway, avec ce roman. Alors on va croiser Clarke Gable, Sarah Vaughan. Mais pour faire le Show, bien sûr il y a les stars, et il y a aussi tous ceux qui veulent voir leurs noms qui scintillent tout en haut des affiches. Manhattan, Chic, Hadley, Page, Etchika, Ursula courent les castings, cherchent le rôle qui les mènera au sommet de la gloire.
Tantôt, vous serez proche de l’une, tantôt d’une autre. Malgré les 600 pages du roman, vous ne serez pas rassasié, vous en voudrez encore et encore.

Fin des années 40, des artistes en herbe et aux commandes Malika Ferdjoukh, fan et grande connaisseuse des comédies musicales, ce roman est une ode à la musique. Oh oui, avec ce roman, ça va swinguer ! Le titre de chaque chapitre est le titre d’une chanson. Elles vous mettent délicieusement dans l’ambiance et si vous ne les connaissez pas, peu importe ! Ce sera peut être l’occasion de découvrir des titres souvent cultes. Avec le talent de Malika Ferdjoukh, on est loin de se sentir noyé sous les réfèrences pourtant nombreuses. Elles agrémentent la lecture, elles la rendent plus savoureuse. L’auteure nous offre ces références,on sent que c’est une époque qu’elle aime et elle nous fait cadeau de tout ça. Et quel cadeau ! Quel plaisir de voir Grace Kelly faire des essais, et le jeune Woody Allen sécher les cours pour entrer en douce dans les studios ! Et si vous connaissez « All about Eve », vous retrouverez même des personnages de ce film culte.
Oui, c’est un livre avec une vraie ambiance, une ambiance festive : on chante, on danse, on aime, il y a du glamour, des divas, des dialogues savoureux, drôles. Et pourtant, derrière le rideau de la scène, il y a autre chose, c’est aussi un magnifique roman qui dépeint cette période trouble où les esprits sont encore marqués par la seconde guerre, où la guerre froide fait rage, et où la ségrégation est bien présente. On rit, c’est vrai, et pourtant sous le rire, il y a l’argent qui manque, la célébrité qui tarde à venir, les secrets impossible à partager, la quête d’identité, tout cela et tellement plus encore.
« Le livre le plus étourdissant de Malika Ferdjoukh », voilà ce qu’on peut lire sur la quatrième de couverture, c’est tellement vrai ! Etourdissant ! Des intrigues qui tiennent en haleine, des destins qui se croisent, des rebondissements de folie, des personnages qu’on aime, avec qui on rit, pour qui, de temps en temps on pleure.
Voilà un livre de genres, inclassable car baigné de différentes atmosphères aussi riches qu’envoûtantes qui ne laissera personne insensible, je vous le garantis.

Dernier petit mot : Malika Ferdjoukh dit n’avoir passé que cinq jours dans la Grosse Pomme, et pourtant, tout au long de ma lecture, je me revoyais déambuler dans les rues de New York. Bien sûr le New York de 1948 n’est plus le même actuellement, et pourtant j’ai voyagé sur Broadway comme lors de mon séjour. Vous ressentirez New York avec ce roman, vous respirerez New York ! Si vous connaissez, ce sera un voyage sans avoir besoin de sortir vos photos, si vous ne connaissez pas, vous vivrez New York. J’y suis allée en été, et en refermant le livre, mon envie d’y aller en hiver a décuplé !

J’ai hâte de retrouver Jo, Manhattan, Hadley, et les autres, tous ces personnages secondaires dont je ne vous ai pas parlé mais qui méritent toute votre attention et que je vous laisse découvrir…

Courrez chez votre libraire, et si vous passez par le Gibert Joseph de Saint Michel, le samedi 18 avril, vous pourrez vous le faire dédicacer ! Et si vous ne pouvez pas ce samedi, ne vous inquiétez pas, elle sera aussi au Gibert Joseph de Barbès le 25 avril ! Il n’y a pas à hésiter ! Je vous parie un dîner avec Cary Grant que vous ne serez pas déçu par ce sachet de bonbons acidulés, à la fois doux et piquants…

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment les comédies musicales, qui ont envie de faire un petit tour sur Broadway, dans les années 40.

Pour ceux qui ont lu et aimé Malika Ferdjoukh ! Vous retrouverez son style avec un vrai plaisir !

100 000 canards par un doux soir d’orage

Capture-canard100 000 canards par un doux soir d’orage

Thomas Carreras

Sarbacane 2015 – 300 pages

 

 

 

 

 

Quand Ginger, 18 ans, débarque à Merrywaters – le bled le plus paumé d’Angleterre- pour assister à un festival de musique, elle est loin de se douter que les canards seront aussi nombreux dans le coin. Ni qu’ils commenceront à l’espionner…

La suite ? Ah non c’est tout, on ne vous dit rien !

Bon, moi je vais en dire quelques trucs quand même, parce que j’ai très envie de vous donner envie….

Anatidaephobie (n.f) peur panique à l’idée d’être observé par des canards.

Le pitch est simple : un trou perdu au Royaume Uni, Merrywaters, organise un festival de musique où Stevie Wonder, les Rolling Stone, les Village People et tant d’autres seront là. Impossible de rater ça pour Ginger Hunter, jeune baroudeuse venue de Paradise City, Nevada. Deux semaines avant le Nightfest, elle réussit à se dégoter un job au seul pub du coin. Et dans ce coin (coin, elle est facile celle là alors j’hésite pas !), Ginger se rend vite compte que cette campagne est une campagne où le canard est roi. Des canards, il y en a partout. Et surtout, Ginger commence à se sentir un peu espionnée par tous ces anatidés. Et si les canards n’étaient pas aussi inoffensifs que cela ? Et oui, si vous connaissiez pas le mot anatidaephobie, vous allez  vite comprendre voire même le ressentir, car cette définition n’était pas là pour faire croire que je connais des mots, parce que non je ne connaissais pas !, elle figure bien sur la quatrième de couverture. L’anatidaephobie est une maladie inventée par Gary Larson, auteur de bandes dessinées, il va falloir que je me penche sur son oeuvre, tiens….Un de plus !

Et c’est là qu’on part dans un délire de fou ! Mélangez un peu des Oiseaux d’Alfred  Hitchcock, un peu du Livre sans nom du Grand Anonyme et on se prend un cocktail explosif en pleine poire ! Ca part dans tous les sens, c’est complètement cramé et donc tellement jouissif !

Vous en connaissez beaucoup des romans où Mike Jagger et Stevie Wonder, tranquillement défoncés se demandent si c’est un bad trip ou alors si les canards peuvent vraiment bouffer de l’humain. Moi, j’en avais pas encore lu, heureusement, Thomas Carreras est passé par là.

Je n’avais pas lu 50 cents, premier roman sorti chez Exprim ( Encore me direz vous, mais, il n’y a pas de hasard, les nouveaux bons auteurs français sont souvent chez eux…) et je vais y remedier rapidement ! Ma PAL ne descendra jamais et ça, en fait ça me rend bien heureuse !

Oui, l’auteur est jeune, et on sent bon nombre de bonnes références cinématographiques, je vous laisse les retrouver 😉 et aussi de littérature dite de genre (même si j’aime pas ce terme mais on ne va pas entrer dans un débat là maintenant, alors me lancez pas sur le sujet !). Et OUI, c’est terriblement bien écrit, bien construit, on se laisse entrainer dans cette histoire de dingue en se marrant ( si vous lisez dans les transports, attendez vous à rire bêtement parfois…), en frissonant d’horreur aussi, de temps en temps.

Donc en lisant ce roman, j’ai pensé que je devais avoir pas mal de références en commun avec Thomas Carreras, et beaucoup de bonnes choses, ciné, littérature. Bon, avoir les mêmes références ne veut pas dire coup de coeur bien évidemment, il en faut plus. Une bonne histoire, un style, et ce petit plus qui te donne envie d’écrire un billet sur le blog. Avec 100 000 canards par un doux soir d’orage, on a tout ça.

C’est fou (c’est l’adjectif récurrent vous l’avez bien compris je suppose !), c’est drôle, décapant, complètement jouissif !

Comme je ne vis pas au milieu des canards, mais en région parisienne où on est plutôt entourés par les pigeons, après la lecture de ce roman, je ne les ai plus regardés de la même façon…Eux aussi auraient toutes les raisons de nous attaquer sauvagement, donc, je pense qu’on devrait les surveiller sérieusement. D’ailleurs c’est ce que je fais depuis. Et parfois, ils ont vraiment l’oeil belliqueux. Vraiment, hein. J’exagère à peine.

Je dois vous prévenir, préparez vous à avoir envie d’écouter Paradise City, Guns N’ Roses et Black Betty, Ram Jam. Impossible de me les sortir de la tête ! Et ne me dites pas que vous ne connaissez pas, ou pire que vous aimez pas, je serai trop déçue, hein !

 

Bref, on en redemande. Le talent n’attend décidément pas le nombre des années….

Et je tiens à vous rassurer sur mon objectivité : non, personne chez Sarbacane ne m’a soudoyée, ils ont juste des auteurs de talent, j’y suis pour rien, moi. Et clairement,  des livres comme ça j’en veux encore et toujours !

Pour qui ?

Pour ceux qui veulent se marrer en lisant un bon livre.

Pour ceux qui aiment les romans cinématographiques. Messieurs les cinéastes à quand une adaptation ? Ca le mérite !

Les Géants

 

 geantsLes Géants

Benoît Minville

Sarbacane 2014- 288 pages.

Ça se passe sur la côte Basque. 
Les Géants, ce sont eux :
Deux familles, un clan qui se serre les coudes depuis toujours. Les parents, ouvriers et pêcheurs, gardent la tête haute. Leurs fils ont le surf pour vocation. Peu ou pas d’horizon.
Et soudain, la vague arrive :
César, le grand-père, revient. Il a passé 20 ans en prison ; tout ce temps, on a fait croire qu’il était mort… et il a des comptes à régler.
De lours secrets à déterrer.

 

J’avais beaucoup aimé son premier roman paru également chez Sarbacane dans la collection X’prim. Si vous avez oublié Je suis sa fille, relisez le billet ou mieux le roman ! Donc Benoît Minville revient ici avec un nouveau roman, avec une bande son tout aussi rock’n’roll. Et même si dans cette bande son on trouve Papa Roach, je n’ai pas refermé aussitôt le livre…( private joke to V. !)
Je vous le dis tout de suite pour Les Géants, les mots « coup de coeur » ne reflètent pas vraiment la réalité. Ce roman ce fut une claque. Je pèse mes mots : une méga claque.

Nous sommes au Pays Basque, à l’approche de l’été, ce moment où les touristes déferlent pensant qu’ils sont chez eux. Les Géants, ce sont eux, eux qui vivent là toute l’année. Deux familles, un clan, ouvriers, pêcheurs, deux couples, quatre enfants, amis dans le bonheur autant que dans l’adversité, pas dans les mauvaises passes seulement : ce ne sont pas des amitiés de façade, ce sont des amitiés d’une vie. Des amis comme on en rencontre peu. Mais il n’y a pas que la galère et la crise, il y a aussi le surf, les filles, la vie sur la côte, la mer celle qui peut tant te donner, et tout te reprendre en un clin d’oeil.   Au milieu de tout cela : des secrets, des petits et un grand. Le grand, c’est un de ceux qui, une fois pété à la gueule, le retour en arrière est impossible.

Le secret, c’est César Sabiani, le grand père marseillais qu’on croyait mort il y a bien longtemps. Le retour de ses vingt ans de prison renvoie au patriarche Auguste la honte, sa honte d’être le fils de son père. Ce retour est synonyme de danger, plus encore que pouvait le redouter, Auguste, le père de Marius et Alma.

Marius, lui aussi, a un secret, son rêve : partir découvrir le monde sur son bateau. Mais c’est difficile d’annoncer à ceux qu’on aime le plus au monde sa volonté de les quitter. Son meilleur ami, Esteban, a lui aussi un secret, un secret d’amour.

Voilà l’intrigue est là. Une histoire presque banale. Ce sont sans doute les histoires les plus simples qui font les plus grands personnages. Et les Géants font partie de ceux là, tous sont attachants, tellement attachants d’ailleurs que je ne voulais pas les laisser partir, je voulais les garder encore avec moi le plus longtemps possible. Alors, je l’ai savouré ce roman, doucement, lentement, pour que les Géants grandissent encore un peu plus en moi. Tant pis pour ma PAL énorme, j’avais besoin de ce temps. Besoin de digérer ces émotions, cette intensité. Ce n’est pas un roman qui se dévore, non, il se déguste par petites touches tant il est fort. Benoît Minville a tellement de talent qu’une scène de petit déjeuner familial vous fait monter les larmes aux yeux, dans les silences, les gestes. On ressent tout, fort, si fort. C’est épidermique, vous allez avoir les poils, tout au long de la lecture, je préfère vous prévenir ! Donc, effectivement, la trame est bien , vraiment bien d’ailleurs, mais ce sont des personnages extraordinaires qui la font vivre si fortement.

Je vous assure : une fois rencontrés, Marius, Alma, Estéban, Bartolo, Auguste, Enora, Henriko et Samia, vous ne pourrez pas les oublier, et en plus, vous voudrez vous en souvenir. Vraiment.

Alors non, je survends pas ce livre : je l’ai vraiment trouvé exceptionnel. Je ne pense pas pouvoir retranscrire l’émoi, le bonheur, tout ce que m’a procuré ce roman.

Je crois que je n’ai pas besoin d’en dire plus, à part, s’il vous plaît : Ne passez pas à côté de ce BIJOU.

C’est pour ce genre de roman de cette trempe que je me lève le matin car c’est un bonheur de le conseiller car je suis certaine qu’il frappera en plein coeur. Ouais, mon boulot, c’est ça : donner du bonheur à mes clients avec des pépites comme celles là. Cool, non ?

Pour qui ?

Les habitués de la collection chez Sarbacane s’y retrouveront bien sûr. Ceux qui ont aimé son premier roman vont adorer celui là.

En fait, ce roman est fait pour TOUS

 

Dernier jour sur Terre/ Son of a gun

 

Article deux-en-un aujourd’hui, sur deux textes de la rentrée littéraire qui partagent une thématique commune, bien que traités sur des tons extrêmement différents. Chacun part d’un fait-divers sanglant, et en arrive à la même interrogation : Pourquoi les Américains du Nord sont-ils si foutrement attachés à leurs flingues, tout en ayant conscience du nombre de drames qui pourraient être supprimés sans eux ?

 

Dernier jour sur Terre

David Vann – traduit de l’américain par Laura Derajinsky

Gallmeister Totem – 252 pages

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« Après le suicide de mon père, j’ai hérité de toutes ses armes à feu. J’avais treize ans. Tard le soir, je tendais le bras derrière les manteaux de ma mère dans le placard de l’entrée pour tâter le canon de la carabine paternelle, une Magnum 300. Elle était lourde et froide, elle sentait la graisse à fusil. Je la portais dans le couloir, à travers la cuisine et le garde-manger jusque dans le garage, où j’allumais la lumière pour l’observer, une carabine à ours avec une lunette de visée, achetée en Alaska pour chasser les grizzlys. Le monde s’était vidé, mais l’arme conservait une présence, une puissance indéniables. »

 

Tout part d’un fait divers horrible mais somme toute banale, aux Etats-Unis comme ailleurs. En février 2008, Steve Kazmierczak tue cinq personnes et en blesse dix-huit dans l’université où il étudie. David Vann, l’auteur de Sukkwan Island, s’intéresse à son histoire à cause du suicide final de Steve, thématique qui parcourt toute son œuvre (et sa vie…). Enquêtant donc sur un suicide tragique à la manière d’un Truman Capote, il va à la rencontre des proches du jeune meurtrier, et se retrouve plongé dans l’étude d’une personnalité qui, d’un côté, le dépasse complètement, mais avec qui il ne peut s’empêcher de se trouver des points communs : l’obsession des armes parmi lesquelles tous deux ont grandi, et la violence intérieure. L’auteur compare ainsi son enfance avec celle de son sujet, tentant de comprendre ce qui a pu pousser l’un vers la mort et l’autre vers l’écriture, bouée de sauvetage d’une adolescence pas forcément bien partie.

 

David Vann nous invite avec ce « Dernier jour sur terre » à une réflexion sur les origines du mal tapi en chacun de nous. Entre « De sang froid » et « Bowling for columbine », il tente de faire sens dans la destinée d’un monstre américain, nourri aux armes et à la culture pop. Le ton est clinique, proche du documentaire, mais l’auteur n’hésite pas à donner son avis sur son sujet et son parcours. Souvent, on le sent largué par la vie de Steve, ou par la réaction de ceux qui l’ont connu. On voit le « work in progress » de l’auteur évoluer, parfois à son plus grand étonnement.

 

Le doublé portrait de Steve/confession personnelle de l’auteur est en cela très réussie. David Vann s’implique beaucoup trop dans son enquête, et ne peut s’empêcher de tirer des parallèles entre le jeune meurtrier et lui-même. La chasse, les armes, la mort toujours trop présente : les points communs dans l’enfance sont nombreux et poussent l’auteur à se confier, comme s’il interrogeait sa propre violence à l’aune de celle de Steve. C’est peut-être dans ce texte que David Vann se dévoile le plus, et nous donne le plus de clés de compréhension pour son œuvre, parfois abrupte.

 

 

Son of a gun

Justin St Germain – Traduit de l’américain par Santiago Artozqui

Presses de la cité – 319 pages

son of a gun

« J’ai pensé qu’il fallait écrire quelque chose à propos de cette journée-là, pour que mon futur moi n’oublie jamais comment c’était d’avoir vingt ans, d’être orphelin de mère et peut-être en danger de mort, d’être abruti par le choc et de détester sa propre incapacité à ressentir quoi que ce soit. Cependant, je ne savais pas quoi dire. J’avais peur de ne pas rendre justice à ce que j’éprouvais, de choisir les mauvais mots. A l’époque, j’étais en première année de lettres -initiation à la littérature américaine- et je venais de rédiger une dissertation sur La Bête dans la jungle, de Henry James. Alors, j’ai fait ce que tout étudiant en lettres aurait fait : j’ai cité quelqu’un d’autre.

« Ma mère est morte. La Bête a surgi. » »

 

En septembre 2001, Debbie, la mère de l’auteur, est assassinée par son cinquième mari dans leur mobil-home. Dix ans plus tard, Justin St Germain revient sur ce tournant de sa vie, et nous brosse tout à la fois le portrait de cette femme malheureuse mais aimante, des divers pères de substitution qui ont parsemé son enfance, de tout ce que l’enquête à mise à jour. C’est également les souvenirs de jeunesse à Tombstone, Arizona, ville du mythique « règlement de comptes à Ok Corral », et des questions que le fait-divers intime implique sur une plus large portée : que penser de la facilité à porter des armes et à tuer son prochain dans un endroit qui a bâti sa légende sur une fusillade ? Comment haïr le meurtrier de sa mère quand on dort avec une carabine sous son lit ? Et comment se construire quand l’enfance s’est terminée aussi abruptement ?

 

Mai 2014, présentation de la rentrée littéraire Belfond/Presses de la cité. Un grand gaillard qui parle doucement et qui a l’air un peu surpris de cette foule de libraires venus l’écouter alors que son livre est à trois mois de paraître : voilà Justin St Germain, auteur de Son of a gun. Après dix minutes de questions-réponses avec l’éditrice, applaudissements nourris devant la sincérité et la gentillesse des réponses. Environ les trois-quarts de l’assistance avaient décidé de lire son livre, et l’ont commencé dans la foulée.

 

Pour un premier texte, Son of a gun est un coup de maître. D’autant plus si l’on considère les risques du sujet : témoignage personnel, anatomie d’un fait-divers, portrait de la mère victime, réflexion sur les armes… Bref, un mélange casse-gueule de sujets à manier avec la plus grande délicatesse pour que le cocktail ne vous pète pas en pleine tronche !

 

Pari réussi haut la main néanmoins par ce très jeune auteur. Le portrait de Debbie est juste et vibrant, l’enquête policière est sans artifices ni pathos. L’histoire de Tombstone est intéressante, et semble cristalliser en un seul lieu tous les conflits intérieurs du pays. Quant aux ressentis de l’auteur, et à son chemin personnel pour tenter de sortir sa vie d’un fait-divers brutal, il est d’une grande justesse de ton, où affleure parfois une mélancolie rageuse qui cherche désespérément à faire sens.

 

Le mariage des genres a ainsi l’air d’être une évidence, et son auteur a tout d’une future grande plume, à l’instar d’un Kevin Powers, dont j’avais déjà évoqué le magnifique « Yellow Birds » dans ces pages, là encore roman à l’écriture cathartique d’un souffle rare.

 

L’avis de Valérie

Pourquoi un homme en vient-il à assassiner sa femme puis à se suicider ? Enfant, Justin Saint Germain a trouvé sa mère, morte, dans la caravane où ils vivaient, tuée par son 5e mari. Il est devenu le fils de la femme assassinée et cette filiation, en plus de la douleur, l’a hanté longtemps. Il le raconte dans ce livre, qui est bien plus que cela. C’est un livre très fort, un témoignage authentique, brut et sans fioritures, sur cette Amérique des armes mais aussi de la pauvreté, sur ces vies de misère parsemées de drames familiaux, de violences conjugales ou simplement de fâcheuses rencontres.

Le récit de sa visite à un Salon des armes fait froid dans le dos : vente de tout l’arsenal d’armes imaginable, CD de chants nazis, drapeaux de croix gammées et portraits de quelques représentants de cette Amérique républicaine et conservatrice qui est loin de faire rêver.

C’est aussi le poignant récit d’une rédemption, d’un retour à la vie possible, sans cette morte, pour ne plus être le fils de la femme assassinée et ainsi  retrouver sa mère.

Un livre saisissant.

 

Pour qui ?

Pour les amateurs de fait-divers, mais qui, loin de « Détective magazine », cherchent à comprendre et réfléchir plus qu’à se baigner dans la bidoche.

Pour ceux qui sont toujours fascinés par les contradictions américaines, et pour qui la dualité amour/haine des armes en est une des plus flagrantes expressions.

 

Bonnes lecture à toutes et tous,

 

Yvain

Hérétiques

Hérétiques

Leonardo Padura – Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas

Métailié – 606 pages

 

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« Quelques minutes après avoir reçu l’ordre de rester dans l’atelier, Elias Ambrosius eut le privilège de pouvoir observer comment le Maître, après une minutieuse contemplation, prenait un pinceau fin et, sans presque cesser de regarder dans un des miroirs, commençait à travailler à ce que seraient les yeux. « Si tu es capable de te peindre et de mettre dans tes yeux l’expression que tu désires, tu es un peintre, dit-il enfin, sans cesser de manier son pinceau, sans quitter le tableau du regard. Le reste, c’est du théâtre… des taches de couleur l’une à côté de l’autre… Mais la peinture, c’est beaucoup plus, mon garçon… Ou du moins, elle doit l’être… La plus révélatrice de toutes les histoires humaines, c’est celle que décrit le visage d’un homme… » »

 

Cuba, La Havane, en 2007. Mario Conde est un ancien flic reconverti dans la vente de livres d’occasion. Sur les conseils d’une connaissance commune, il reçoit un jour la visite d’Elias Kaminsky, qui souhaite l’engager à prix d’or pour l’aider à enquêter sur son histoire familiale.

1939, Joseph et Daniel Kaminsky (le grand oncle et le père d’Elias) attendent sur le quai l’arrivée du Saint-Louis, bateau où plus de 700 juifs ont embarqué d’Europe pour fuir le nazisme. A son bord, trois membres de la famille Kaminsky, qui emmènent avec eux ce qu’ils pensent être leur sésame d’entrée pour leur arrivée à Cuba : un original de Rembrandt. Hélas, le bateau sera renvoyé sans que personne ne puisse en descendre.

Daniel a vécu sa vie à Cuba, s’y est marié, a eu Elias. Ce n’est qu’en 2007 que ce dernier découvre qu’une vente aux enchères londonienne met en vente le Rembrandt familial, et que l’anonyme vendeur serait de La Havane. Il faut donc en conclure que le tableau était bien descendu du Saint-Louis, contrairement à la famille Kaminsky.

Mario, qui ne voulait pas du tout entendre ce récit, va alors se retrouver piégé par la curiosité, et aider Elias à revenir sur les lieux du passé de son père.

 

Le roman se développe en trois parties bien distinctes. La première et principale intrigue, je viens de vous la résumer, l’histoire d’une famille juive de la Havane, et la quête du chemin parcouru par le tableau.

 

Le centre du roman se passe en 1648, à Amsterdam, et raconte la genèse de ce tableau, à travers l’histoire d’un jeune homme entré comme élève dans l’atelier du plus grand peintre de son époque, Rembrandt. Cette partie, extrêmement détaillée et minutieuse dans sa reconstruction historique interroge autant une époque riche en bouleversements historiques et sociaux que l’acte créatif. Le narrateur de cette période est un jeune juif, Elias Ambrosius, dont la seule volonté est de devenir peintre, mais sa religion, qui interdit toute reproduction humaine, condamne son art. On y voit un Rembrandt, usé et bourru, dont la réputation d’entêté lui coute de plus en plus de commandes, qui continue pourtant de peindre fiévreusement. La naissance du tableau qui parcourt « Hérétiques »  sera le point d’orgue du roman, où l’on découvrira en quoi cet objet de conflit au XX° siècle avait déjà une lourde histoire dès sa création.

Pour finir, la dernière partie retrouve Mario Conde un an après sa rencontre avec Elias kaminsky. Une enquête au sein des tribus urbaines de la Havane permettra indirectement de lever les derniers mystères nés en 1939…

 

« Hérétiques » fait partie de ces romans dans lesquels on est happé dès les premières pages. L’écriture est ample, à la fois majestueuse et simple d’accès. On sait dès le début qu’on est parti pour une épopée qui brassera les époques et les lieux, avec ce petit contentement intérieur du lecteur qui sait qu’il en pour 600 pages de bonheur.

De nombreux thèmes parcourent ce livre (l’art, l’appartenance à un groupe qu’il soit social, religieux ou professionnel) mais la récurrence principale du roman sont bien les Hérétiques du titre. Mot à prendre dans son sens premier, tel que Padura le définit en préambule, à savoir ceux qui pensent différemment et empruntent des chemins de traverse. Un jeune homme à la havane dans le tumulte de l’après-guerre, un peintre en 1648, des jeunes gothiques en 2007, et même Mario Conde, qui est passé de la police à la vente de livres d’occasion… Tous sont la preuve qu’on peut tenter de vivre en empruntant des chemins non balisés, parfois en y laissant des plumes, mais en y renforçant son intégrité et son appartenance au monde.

 

Il y a un an, nous chroniquions « Confiteor », petit bijou fou, baroque, mais néanmoins complexe dans son écriture et sa structure. Confiteor et Hérétiques ont de nombreux thèmes en commun, et si vous n’osiez pas attaquer Confiteor de peur de l’indigestion, je vous recommande de découvrir Leonardo Padura, plus facile à lire, plus linéaire dans sa construction, mais tout aussi talentueux que Jaume Cabre.

 

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment les grands romans qui brassent époques et lieux de façon intelligente.

Pour les amateurs de peinture, que la deuxième partie du roman devraient passionner au plus haut point.

Pour ceux qui aiment les outcasts, tant on en a une belle brochette dans ces 600 pages là.

 

Bonne(s) lecture(s) à toutes et tous,

 

Yvain

Voyageur malgré lui

Voyageur malgré lui – Minh Tran Huy – Flammarion – 231 pages
voyageur-malgre-lui« Ouvrier gazier français, Albert dadas (1860-1907) est né à Bordeaux, mais a passé la majeure partie de sa vie loin de chez lui. (…) Souffrant de dromomanie ou « folie du fugueur », il entrait dans des états de transe semi-somnambulique qui lui faisaient tout quitter pour voyager avec frénésie, généralement à pied. Il se retrouvait régulièrement dépouillé de tout et emprisonné dans des cités lointaines, sans jamais pouvoir expliquer comment il était arrivé là. Il a été le premier cas officiel de « tourisme pathologique », maladie qui a fleuri en épidémie dans toute la France à la fin du XIX° siècle, puis qui s’est propagée en Italie et en Allemagne, avant de s’éteindre après une vingtaine d’années. »

C’est lors de vacances à New-York que Line entend parler pour la première fois d’Albert Dadas. Se passionnant d’emblée pour ce personnage hors-norme, elle se plonge dans un mémoire du médecin d’Albert, datant de 1887, Les Aliénés Voyageurs. Au cours de sa lecture, lui reviennent alors des figures intimes ou inconnues qui ont également été des « voyageurs malgré eux » : Thinh, l’oncle bizarre, que l’exil a enfermé dans un silence mélancolique ; Samia Yusuf Omar, jeune athlète olympique somalienne qui mourut dans le naufrage d’un bateau clandestin en direction de l’Italie ; et la figure omniprésente du père de Line, dont le silence s’effritera très doucement et qui lui racontera le Vietnam d’avant l’exil.

L’avis d’Yvain

De Minh Tran Huy, j’avais lu La double vie d’Anna Song, qui m’avait beaucoup touché. Forcément, quand on cumule roman sur la musique et (magnifique) histoire d’amour, la midinette musicophile en moi se réveille et se pâme à tout bout de champ (chant…). J’étais donc tout pressé et anxieux de lire le nouveau roman de l’auteur.
Roman, effectivement, puisque cadre narratif il y a, bien que ténu (le voyage du personnage principal aux Etats-Unis). Mais même s’il n’y avait pas eu cette fine trame, je sais que j’aurais dévoré le livre sans même m’en rendre compte. Bien sûr, le dit cadre permet d’aborder le thème important de la relation au père et l’histoire de celui-ci, dont pour le coup, je n’aurais pas voulu me passer, mais je me serai tout aussi bien contenté des pensées d’un personnage principal sans contexte aucun, tant l’important n’est pas là.

Déjà, il y a Albert Dadas, et on comprend que l’auteur (et le personnage principal) se soit passionnée pour ce type hors-norme, dont la folie (terme à prendre avec des pincettes) est fascinante. Qu’est-ce qui peut pousser un homme jugé bon fils, bon ami, bon collègue, à rentrer ainsi en transe à la moindre mention d’un ailleurs lointain, pour se réveiller quelques jours ou semaines plus tard, dans le dit lieu et sans souvenir aucun du chemin parcouru ? Nous explorons avec le médecin d’Albert cette pathologie unique, celle d’un voyageur involontaire qui cherche à faire sens de ses impensables aventures.
Les allers-retours entre la France d’Albert et le Vietnam de la famille de Line sont alors presque des évidences, tout comme les destins de ces gens jetés sur les routes contre leur gré. Un oncle, un père, une coureuse olympique, autant de visages et de vies différentes pour un même combat impossible, avec lequel il faut savoir composer si on a su –ou pu- survivre.
L’exil est un thème sur-abordé dans les romans, mais le livre de Minh Tran Huy m’a donné une impression de nouveauté dans le traitement comme dans le propos. Albert Dadas nous convie à une idée de l’exil auquel nous ne sommes pas habitués, tant le caractère de sa pathologie mélange l’inattendu et l’invraisemblable. De là, les raisons de l’exil, au Vietnam comme au Rwanda, semblent moins instantanément acquis, et on les réfléchit différemment.
Minh Tran Huy parvient au petit miracle d’aborder des sujets parfois graves ou touchants sans jamais distiller la moindre touche de pathos. D’une pudeur exemplaire, l’écriture limpide de ce livre est d’une justesse confondante quels que soient les sujets abordés ou les portraits esquissés. On sourit parfois, on s’interroge souvent, on a le cœur serré régulièrement, mais on remercie toujours l’auteur de nous offrir ces pages, quoi qu’elles recèlent. Bref, un énorme coup de cœur que je ne peux que conseiller à tout le monde.

NB : Je recommande à quiconque ne la connaitrait pas d’aller sur le champ écouter « Aller sans retour » de Juliette, chanson sur l’exil auquel « Voyageur malgré lui » m’a fait souvent penser. Peut-être à cause de la mélancolie sans pathos qui se dégage des deux œuvre
s.

L’avis de Valérie

Retrouver Min Tran Huy est un vrai bonheur : J’avais beaucoup aimé La double vie d’Anna Song, roman original et sensible sur l’amour et (de) la musique.

Ici elle s’intéresse à un sujet très différent, car il s’agit de redonner vie à la mémoire de son père, qui l’a perdu en fin de vie, évoquer ses souvenirs du Vietnam qu’il a quitté pour venir faire ses études à Paris et qu’il n’a jamais retrouvé et ses souvenirs de lui : mémoires en abîme et récit à deux voix.

Magnifique hommage aussi à son père et à l’amour qu’elle lui porte, à tout ce qu’il lui a apporté.

Roman du déracinement et de l’éternel quête de l’ailleurs, elle met en parallèle et en lumière ses « fous voyageurs », qui ne peuvent s’empêcher de partir, encore et toujours, dans un besoin irrépressible, avec ses déracinés qui ont quitté leur pays et ne se sentent plus chez eux nulle part.

D’une plume sobre et limpide, Min Tran Huy nous emmène dans ce très beau roman sur les pas de ces éternels voyageurs malgré eux, en quête perpétuelle de leur identité.

L’avis de Sonia

Comme mes deux comparses, j’avais adoré La double vie d’Anna Song, alors bien évidemment, j’ai été ravie de retrouver Minh Tran Huy. J’ai commencé Voyageur malgré lui avec une pointe d’appréhension, la peur d’être déçue après avoir été aussi enthousiaste pour le précédent. Elle a disparu rapidement. J’ai voyagé avec Line immédiatement, je me suis sentie aussi intéressée qu’elle par Albert Dadas. Comment ne pas l’être ? Ce besoin de partir, au point de quitter tout ce qui a un sens, est le moteur de sa vie, mais aussi la cause de son malheur. Ensuite, comme Line, je me suis revue voir la course de Samia, faire l’éloge de son courage et comme tant d’autres l’oublier aussitôt les Jeux terminés. Ce fut bizarre d’ailleurs de m’en souvenir, car ceux qui me connaissent savent à quel point regarder les JO ne fait pas partie de mes hobbies.

Puis, Line nous raconte sa famille, le choix de partir, de ne pas revenir, choix jamais motivé par l’envie mais par la nécessité. Avec simplicité, sans jamais au grand jamais manquer d’intensité, on vit le déracinement, la difficulté de s’intégrer, le désir de rentrer, et pour finir ne plus savoir où rentrer pour se sentir chez soi.

Le parallèle du voyage de Line, par envie, avec celles d’Albert, Samia, de ses oncles, son père, renforce encore la notion de nécessité dans ces voyages ci pour vivre, mieux vivre, survivre. Line nous offre une magnifique déclaration d’amour à son père, à ses silences, comblés par l’histoire qu’il lui raconte finalement au moment même où les mots lui manquent.

Ce roman trouvera forcément un écho en vous, alors ne le ratez pas. Attention, vous aurez envie d’aller au Vietnam après ça !

Pour qui ?
Pour tous ceux qui aiment le voyage, volontaire ou non.
Pour les amoureux du Vietnam.
Pour ceux qui aiment qu’un texte les fasse vibrer et les pousse à réfléchir.

Yvain, Valérie et Sonia.

Imagine le reste

imagine le resteImagine le reste – Hervé Commère – Fleuve Éditions – En librairie le 12 juin 2014

 » La route était belle et il plissait les yeux. Une vie peut-elle être plus dans le vrai qu’une autre, plus près d’une vérité ? Il n’en savait rien. Nous sommes en route et nous attendons quelque chose, un peu d’amour ou un sourire, et l’illusion suffit parfois. L’unique chose à faire était de continuer, de chercher, d’avancer, de ressentir et de vivre, on ne saura jamais à côté de quoi on passe, il se disait tout ça et les virages s’enchaînaient parfois sans qu’il s’en rende vraiment compte, le sourire de Carole Sauvage l’accompagnait le lon de la falaise, le soleil lui faisait de l’œil. Il suffit parfois d’un regard pour faire ou défaire une vie, il s’est dit ça et un hôtel s’est dressé face à lui dans un virage, il a baillé en l’apercevant et a soudain rêvé d’un lit, il s’est garé. »

Les frontières entre polar, roman noir et roman sont parfois très minces. Déjà dans le précédent, Le Deuxième homme, on était plus proche d’un roman noir ou d’un roman. Et c’est encore le cas ici avec son dernier. On n’est plus dans le polar, aucune enquête, ni  policier en vue.

Il y a Karl et Fred, deux loulous de banlieue, petits caïds sans grande envergure, amis de toujours, qui impressionnent par leurs muscles et leurs tatouages, amoureux d’une même femme qui a un jour pris le large. Il y a ce sac de billets qu’ils volent un jour à celui pour qui ils convoient des substances pas très légales.

Et puis il y a Nino, chanteur de karaoké devenu star nationale, qui disparaît un jour après un disque au succès immédiat et une tournée à guichets fermés.

Enfin il y a une multitude de personnages autour de ces trois-là, des musiciens, une acrobate, un producteur, une serveuse.

Impossible de vous en dire plus sans révéler les nœuds qui se croisent et se défont entre tous ceux-là. Imaginez le reste ou lisez-le. Laissez-vous porter par cette histoire, c’est si bon. J’aime l’univers d’Hervé commère, il est fait de demi-teintes et de doutes. J’aime ses personnages cabossés par la vie et j’aime l’empathie qu’il met à les suivre.

Que connait-on de la vie des gens que l’on croise, si ce n’est quelques faits, ce qu’ils nous montrent ou ce que l’on croit connaitre d’eux. Quelles blessures, quelles fêlures, quelles victoires sur la vie, quelles joies gagnées ou conquises se cachent derrière chacun, que l’on croisent et croient connaître ou comprendre ? Les vies se croisent et parfois les trajectoires s’alignent, suivent un même chemin et la compréhension s’installe.

La vie est faite de choix, plus ou moins subis, plus ou moins décidés mais ce sont les nôtres.

J’ai aimé me balader au fil de ces vies que nous conte Hervé Commère, comme un long voyage au bout de soi-même, en compagnie de beaucoup d’autres. C’est ça un bon roman, non ?

Voir l’évolution d’un auteur est passionnant, découvrir les chemins qu’il emprunte, le suivre au fil des livres. J’ai découvert Hervé Commère en 2009 avec J’attraperai ta mort, sorti aux éditions Bernard Pascuito, et en Pocket en 2012 puis avec Des ronds dans l’eau (Fleuve noir 2011 et Pocket 2014) et enfin avec Le deuxième homme qui m’avait bien scotchée et dont j’avais dit tout le bien que j’en pensais, ici.

Alors maintenant il me reste à attendre le prochain et à me demander où il m’emmènera.

A bientôt Hervé et merci.

Belles lectures à tous !

Valérie