Black magic

indispensable0Davide Ferrario – traduit de l’italien par Sophie Bajard

Editions Rivages Noir – 464 pages

 

 

 

polarDans les rues s’écoulait un trafic chaotique désordonné de tramways bondés et d’autos pétaradantes, tout aussi encombrées. Au milieu zigzaguaient des bicyclettes, des charrettes à bras et de minuscules motos futuristes, appelées « Vespa », construites avec les démarreurs d’avions inutilisés durant la guerre.

« Mais que font tous ces gens ? » demanda Welles à Viola, assis auprès de lui dans la limousine. Viola, absorbé par de toutes autres pensées, fit néanmoins preuve de courtoisie en n’éludant pas la question.

« Les gens ? Que voulez vous donc qu’ils fassent ? Ils se débrouillent… »

 

 

1947. Orson Welles débarque à Rome pour y tenir le rôle du gitan Cagliostro dans le film « Black Magic » de Gregory Ratoff. L’accueil est tiède ; en Italie, le réalisateur de Citizen Kane est considéré par une minorité comme un génie, et par une majorité comme l’ex-mari de Rita Hayworth.

A la fin du premier jour de tournage, un des figurants avec qui Welles avait discuté dans sa loge vient mourir à ses pieds, en lui murmurant les mots « Saint François ». La police conclut à une overdose de morphine, mais Welles est persuadé qu’il s’agit d’un meurtre, et que les derniers mots énigmatiques étaient une piste pour retrouver l’assassin. Il engage donc un détective privé, Tommaso Moravia, dont le passé trouble durant la guerre va trouver de nombreux échos avec la vaste enquête qui commence. Du Vatican aux fonctionnaires de l’Italie post-Duce, du monde du cinéma aux luttes des travailleurs communistes, l’étrange défunt semble avoir eu une vie plus que remplie dont il ne sera pas facile de démêler l’écheveau… Ajoutez à cela une magnifique actrice italienne dont Welles va tomber follement amoureux, et vous avez tous les ingrédients de cet excellent thriller…

 

Excellent thriller, effectivement. Davide Ferrario nous fait découvrir l’Italie de l’après-guerre, et les nombreuses couches de la société romaine, dans cette intrigue aux multiples rebondissements. Le côté historique du roman est passionnant, sans jamais verser dans la leçon d’histoire.

C’est Moravia le privé qui est le catalyseur de cette Histoire, personnage à la fois attachant et trouble, dont le passé nous est dévoilé au fur et à mesure. Il est le parfait alter-égo pour Orson Welles, l’un ayant trop vécu alors que l’autre a eu une vie privilégiée, et qui a moins l’habitude d’être confronté au sordide de la réalité. Cette alliance complémentaire entre les deux protagonistes est une des grandes réussites du roman.

 

Et puis, bien sûr, il y a le personnage d’Orson Welles. Davide Ferrario a fait avec sa vie ce que Dan Simmons a récemment fait avec celle de Charles Dickens (dans le magique et génial Drood, chez Robert Laffont, à lire absolument !). Après s’être documenté de façon exhaustive sur le séjour italien de Welles, il a brodé une intrigue policière bien entendu complètement fictive, mais qui s’imbrique si bien avec les données biographiques existantes qu’on peine à y démêler l’inventé du réel. L’auteur a la gentillesse de nous resituer en fin d’ouvrage ce qui est avéré de ce qui est pure fiction.

 

Bref, en jouant sur les genres et en mélant habilement fiction et réalité, l’auteur gagne sur tous les tableaux. Belle reconstitution historique, polar haletant, Orson Welles bien vivant et tout en contradictions, personnages remarquables, ce livre est à mettre entre toutes les mains…

 

Pour qui :

 

Pour les fans d’Orson Welles, à qui « Saint François » ne manquera pas de rappeler un certain « Rosebud ».

Pour les amateurs de cinéma en général, qui se baladeront sur des plateaux de tournage et découvriront l’histoire des mythiques studios Cinecittà.

Pour les lecteurs de Stuart Kaminsky, dont le héros récurrent enquête pour le compte de clients tels que Judy Garland, Cary Grant ou les Marx Brothers dans le Hollywood des années 50.

Pour ceux qui aiment l’Italie.

 

Bonnes lectures à tous

 

Yvain

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *