I love Bristol

Le but de notre voyage à Bristol, c’est lui,rencontre0

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et surtout lui, l’auteur, Jack Wolf.

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Nous partîmes donc par ce lundi blême et enneigé, pleine de fougue et d’allant. L’éternel sourire et la bonne humeur de notre chef de troupe, Camille Déforges, y était pour beaucoup, car être dès 6h30 à Roissy, fut en soi un exploit. Faire une escale à Amsterdam donnait à ce périple une indéniable dimension supplémentaire. Je suis une passionnée de l’avion et des aéroports, je l’avoue et la météo neigeuse de ce lundi m’a grandement aidée à assouvir ma soif inextinguible de voyages.

En effet ce ne furent pas deux mais trois avions que nous prîmes : Bristol via Amsterdam et Bruxelles, c’est l’horizon qui s’éloigne encore…

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Première escale à Amsterdam: mise en jambe dans un pub avec deux de mes comparses : Cécile et Sophie, qui se cache vainement…

 

DSC02050.JPGSeconde escale…

 

 

Une poignée d’heures plus tard, nous atteigîmes enfin Bristol, notre Eldorado à nous.

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Une petite ballade pour se mettre en bouche et c’est déjà l’heure de l’apéro.

 

 

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Mais trêve de souvenirs, je cesserai là mes évocations émues de ses beaux moments, tout en notant de retourner à Bristol, car c’est une belle ville.  Mon seul regret est de ne pas avoir mieux connu Jack Wolf, afin qu’il nous en dise plus sur son livre.

Avant de vous parler de ce fameux livre à l’origine de ce périple trans-européen, il me reste à remercier Camille pour ce voyage, qu’elle aura tout fait pour rendre vraiment chouette !

Ce livre, donc…

Misericordia a été écrit par Jack Wolf et traduit par Georges-Michel Sarotte. Edité par Belfond, il sort le 4 avril prochain (je suis très en avance en fait…).

liv-2836couv_m-misericordia.jpg » Il y eut à nouveau du Bruit. Un Charivari de Ribote et de Beuverie s’échappait de la Taverne et une chouette hululait quelque part au-dessus de la Route.

Nataniel ouvrit le lourd Portail de chêne et nous nous retrouvâmes plongés dans un Tourbillon de Lumières et de Chandelle, de Fumée et d’Eclats de Voix. Il se tourna vers moi et me fit un grand Sourire, les Yeux pétillants de joyeuse Ironie.

– Viens, Tristan, dit-il. Faisons une Entrée que, même s’ils doivent vire cent Ans, ces Rustres n’oublieront jamais. « 

 

Tristan Hart est le fils et héritier d’un proprétaire terrien, entre Haringdon et Highworth (je vous laisse aller voir sur G*****, ces deux riantes bourgades se trouvent à l’est de Bristol): Shirelands Hall. Son meilleur ami depuis l’enfance, Nathaniel Ravenscroft, est quant à lui le fils du titulaire de la Cure qui appartient au Domaine. Ils découvrent, expérimentent, font les 400 coups et partent ensemble à l’aventure. Ils sont inséparables, et une fascination pour Nathaniel pousse Tristan à le suivre dans toutes ses frasques et fredaines. A l’adolescence, Tristan se découvre une autre passion, l’anatomie, l’étude du corps humain, la dissection de cadavres, dans le but ultime de découvrir l’origine et les mécanismes de la Douleur. Il commence donc par autopsier de petits rongeurs. Puis part à Londres étudier la médecine auprès d’un chirurgien.

Il est toujours difficile de résumer un livre, il faut en dire suffisamment mais pas trop…

Ce livre est un mélange de thriller gothique et de conte fantastique. Nous sommes en 1741 au début du livre, dans la campagne anglaise, et les croyances en un monde parallèle et surnaturel, peuplé de sorcières, elfes et autes créatures sont choses naturelles. A ce titre, une pipistrelle, une petite fille avec des ailes d’ange (ou de chauve-souris !) a un rôle très important dans le livre, je ne peux vous en dire plus.

Autre particularité de ce roman, dans sa forme cette fois, quasiment tous les substantifs de ce roman commencent par une majuscule, ce qui rend la lecture des dix premières pages chaotiques, voire déstabilisantes. Puis le fil de l’histoire prend le dessus.

Ce livre n’est pas un conte pour enfants loin s’en faut. Je ne connais pas suffisamment les légendes celtiques, mais je pense qu’il y fait souvent allusion.

Cauchemars, visions, hallucinations peuplent la vie nocturne et diurne de Tristan Hart, le héros et l’auteur décortique les peurs, angoisses, fantasmes qu’ils enchevêtrent à la trame de son roman, et cela peut faire frémir parfois… mais une chose est sûre, son récit est envoûtant, troublant.

La scène finale de lutte avec ses pires démons est assez épique.

 

Pour qui ?

Les amateurs de frissons, êtres maléfiques (ou pas) et ambiances embrumées.

Ceux qui apprécient une pincée de fantastique.

Ceux qui aiment les tavernes, pubs et autres lieux de perditions en tous genres et britanniques. En voici d’ailleurs un fort bel exemple, à Bristol of course.

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Bonne lecture !

Valérie

 

Dans l’ombre de la lumière

Claude Pujade-Renaud – Actes Sudnouvautes0

256 pages

En guise de préambule, je tenais à signaler ceci : c’est ici que les limites des nouvelles couvertures d’Actes Sud apparaissent : oui sous ces phrases se trouve la couverture de ce livre, blanc-crème…on ne voit donc rien…de même que sur une table de librairie, on ne fait que l’apercevoir. Je n’aime pas ces nouvelles couvertures, mais cela n’engage que moi.

Et je profite que l’occasion m’est donnée, pour parler du laps de temps très court pendant lequel une couverture de ce genre reste propre, neuve. Nous avions la couverture P.O.L, voici maintenant la couverture Actes Sud, championne ex-aequo de la vie brève en librairie…Mesdames et messieurs les éditeurs, si vous me lisez…

Bref, là n’est pas le propos mais bien de parler de ce livre merveileusement beau. Comme quoi, une fois de plus, l’important est à l’intérieur.

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« Réveillée par ces mots étranges: c’est dans vos coeurs qu’il faut détruire les idoles. Comment ai-je pu sécréter une phrase aussi bizarre ? Non, elle ne peut venir de moi ! Qui m’envoie ce message ? Je réussis à me rendormir, serrant la phrase à l’intérieur de mon poing. Tel le chiffon que je triturais, petite fille, avant de chuter dans le sommeil.

Et dans la matinée, tandis que je travaille au tour, détendue, la phrase rejaillit, éjectée par le tournoiement. Cette fois, je la reconnais : mais oui, c’est de toi qu’elle me vient ! Tu l’as prononcée le mois dernier, à la basilique Restitua. Ce jour-là, je prétendais ne rien écouter mais elle s’est inscrite à mon insu, l’obstinée, la têtue. Je continue à tourner, mon vase monte, vivant, il m’obéit en souplesse, s’évase, caresse mes paumes. »

« Toi » c’est Augustinus et la narratrice c’est Elissa, sa maîtresse, qu’il a abandonnée, dans un premier temps pour se marier avec une autre femme, puis pour épouser la foi catholique et devenir le Saint Augustin que nous connaissons, l’auteur des Confessions.

Mais avant, c’était un homme comme les autres, professeur de rhétorique et éperdument amoureux de sa maîtresse Elissa avec qui il aura un fils.

Nous sommes à Carthage en 370, sous domination romaine. Elissa a vécu une quinzaine d’années avec Augustinus avant de se voir répudiée, seule, sans son fils.

Elle retourne à Carthage et reprends le fil de sa vie. Elle travaille dans un atelier de poterie, apprend la poterie, avant de prendre la succession du potier à sa mort.

 

Fiction ou réalité : Je laisse la parole à Claude Pujade-Renaud.

 » Elle a vécu une quinzaine d’années avec celui qui deviendra saint Augustin. On ne connaît pas son nom. On ne sait pas ce qu’elle est devenue après avoir été répudiée par l’homme aimé. Et qui l’aimait. Certains biographes de saint Augustin suggèrent que, peut-être, elle serait entrée dans une communauté de femmes chrétiennes. Fait sur lequel on ne détient aucune trace historique.Cette “fin édifiante” ne me plaisait pas. D’où le désir d’imaginer pour cette femme un tout autre itinéraire, dans cette ville de Carthage où l’homme aimé, devenu un évêque célèbre, vient parfois prêcher. Sur le couple. Sur la grâce et le péché. Sur l’effondrement de Rome. Elissa demeure discrètement dans l’ombre et le silence, mais aspire à la lumière, fidèle au manichéisme partagé autrefois avec Augustinus (j’ai préféré conserver le nom latin, plus chantant). Et c’est seulement après avoir achevé ce roman que j’ai compris combien certains traits de ma mère avaient nourri le personnage féminin de ce roman.Le hasard m’a fait naître en Tunisie. Sans doute ai-je eu le désir, sur le tard, d’inventer une histoire se déroulant dans cette contrée qui, à l’époque de saint Augustin, était une province romaine où s’affrontaient, tumultueusement, païens, manichéens, juifs, chrétiens. Seize siècles plus tard, les dieux et les hommes ont certes changé mais les conflits persistent, tumultueux. »

Claude Pujade-Renaud

Ce livre est magnifique et son héroïne splendide, digne des héroïnes de tragédies grecques, ou de femmes d’aujourd’hui, passionées mais qui ne s’en laissent pas conter…

Elissa reste fidèle au souvenir de son amant toute sa vie, et pourtant, elle est lucide et consciente de ses lâchetés, de ses bassesses et des ses magnificences aussi. Elle ne lui pardonne pas certains de ses actes, mais l’aime toujours autant malgré tout. Elle déteste qu’il l’ait  abandonnée pour une autre femme puis l’ait répudiée elle aussi pour renier le manichéisme et embrasser la foi catholique.

Mais elle adore son aura, ses splendides envolées de rhéteur, qui feront ensuite déplacer les foules pour écouter ses prêches, et se souvient avec émerveillement et une très forte émotion, de la sensualité et de la force de leurs étreintes.

 

Alors quid du manichéisme ? Même si j’emploie fréquemment le terme manichéen, je n’avais qu’une idée extrêmemnt floue de ce mouvement de pensée, qualifié par certains de religion, très peu pratiqué aujourd’hui, il faut dire que ses adeptes ont été largement persécutés par l’église catholique : eh oui, déjà à l’époque, en 370…

Cette religion a été fondée au IIIè siecle par le perse Mani et se veut un synchrétisme du zoroastrisme, du bouddhisme et du christianisme. Pour résumer, les manichéens pensent que la part immortelle de l’homme, appelons-le son esprit – appartient à la Lumière, au Bien, tandis que sa part mortelle, son corps, appartient aux Ténèbres, au Mal. Le but étant bien sûr de n’être plus qu’un être de lumière, de revenir à la lumière dont nous sommes issus.

 

Si je vous raconte tout cela, c’est que la lumière est omniprésente dans ce roman: Augustinus a converti Elissa au manichéisme et elle y est restée fidèle, sa vie est donc une recherche perpétuelle de lumière. C’est en fait ce qui semble la maintenir en vie, être baignée, envahie de lumière, pour ne pas sombrer dans son chagrin.

Mais elle est aussi dans l’ombre de cette lumière que représente Augustinus devenu un évêque adulé.

Je comprends que Claude Pujade-Renaud se soit inspirée inconsciemment de sa mère pour faire vivre ce beau personnage : Elissa est effectivement intemporelle, et pourrait être une femme actuelle : elle s’assume seule, sans l’aide d’un autre homme, apprend le métier de potier puis repend la direction de l’atelier. Elle représente toutes les femmes amoureuses à travers les siècles.

Mais Saint Augustin n’est pas pour autant le méchant de l’histoire, le Mal incarné, car l’auteur n’est pas manichéenne dans son propos: on suit en filigrane, avec Elissa, la vie de Saint Augustin et c’est un homme lui aussi en quête d’un certain absolu qu’elle nous raconte.

 

Il me reste à vous dire que cette histoire est servie par un style magnifique, lumineux, poétique.

Vous aurez je pense compris qu’il s’agit de mon coup de coeur de ce début d’année : une fiction si belle qu’elle touche à l’universel, comme je les aime.

 

Pour qui ?

Pour les passionnés d’Histoire, d’histoires d’amour et de langue belle.

 

Très belles lectures à tous,

 

Valérie

 

Rencontre avec Paul Cleave – Nécrologie

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Le rendez-vous avait été fixé à 9h30 au café le Zimmer, place du Chatelet à Paris. Bien entendu, la mise au point des questions de la part des deux apprentis-interviewers que nous sommes n’a jamais eu lieu, merci à un retard de train qui nous fit arriver au café en même temps que Paul Cleave et Fabienne Reichenbach, l’attachée de presse de Sonatine. C’est donc moyennement rassurés que nous nous sommes installés, nous demandant surtout si le fait d’être questionnés par deux débutants ne serait pas un peu laborieux pour l’auteur, et s’il serait assez « bon client » pour qu’un silence gêné n’envahisse pas le Zimmer avec notre table comme œil du cyclone.

Craintes vite envolées au moment des premières questions. L’interview se transforma rapidement  en discussion à bâtons rompus, et la personnalité de Paul fit pour beaucoup dans la fluidité de l’échange : ouvert, chaleureux, très drôle, il s’est prêté au jeu des questions avec beaucoup de gentillesse et de disponibilité. Il évoque pour nous ses lectures, sa façon d’écrire, ses projets, et ses théories toutes personnelles sur la place du frisbee dans le salut de l’Humanité.

 

Quels genres de livres lisez-vous ?

Le plus souvent, je lis des romans d’horreur. Et des romans policiers. Beaucoup de Stephen King, John Connoly, Michael Connely. J’aime les livres qui font peur, de même quand je regarde un film.

 

Aimeriez-vous écrire un roman d’horreur ?

Oui, j’aimerais beaucoup écrire un excellent roman d’horreur. J’y pense beaucoup depuis quatre ou cinq ans. Au départ, c’était ce que je voulais être : un auteur de romans d’horreur. Mais je ne sais pas si les gens apprécieraient. Ils sont habitués à ce que j’écrive des romans policiers, je ne sais pas si ils suivraient ou non. Mais vu que j’ai sans cesse cette idée en tête, il est possible que je me lance dans les prochaines années. Il m’est déjà arrivé d’en entamer, d’en écrire vingt pages puis de me rendre compte que ça ne me plaisait pas. Mais je pense que ce sera amusant.

 

Si vous vouliez être auteur de romans d’horreur, pourquoi avoir commencé votre carrière sur des romans policiers ?

Parce que je n’étais pas très bon ! Il y a presque vingt ans, quand j’étais adolescent, j’ai essayé d’écrire de l’horreur et ce n’est allé nulle part. Quand on écrit du polar, avec un parti-pris de réalisme, en faisant  des recherches, en se renseignant sur les motivations des tueurs en série, on peut au final obtenir un résultat plus effrayant encore qu’un roman d’horreur. Si on va au cinéma voir un film de vampire, on n’est pas inquiet quand on rentre chez soi après, alors qu’avec un film sur un tueur en série, on est plus tenté de verrouiller la porte à clef ! L’effrayant vient du réel. Quand j’ai compris ça, je me suis mis à écrire des romans policiers.

 

A quel point faites vous des recherches ?

J’en fais moins aujourd’hui. Quand j’ai commencé dans ce registre, j’ai beaucoup lu sur le FBI et les tueurs en série. En me documentant, je me suis rendu compte à quel point ces gens étaient horribles. Il est parfois très difficile de simplement lire ce que les victimes ont vécu. Le but pour faire un bon roman, c’est de réussir à ramener ces différentes sensations dans la fiction.

 

Il y a une scène dans Nécrologie, où Tate, le personnage principal, décrit une jeune femme morte, à la morgue. La scène est troublante de réalisme.

Effectivement, mais je n’ai jamais été dans une morgue. Les films et les séries télé d’aujourd’hui, comme les Experts, sont de plus en plus basés sur des recherches poussées, et donnent une bonne base de connaissance. Il y a également ce que l’on sait sans avoir à faire de recherches : dans le cas d’un cadavre, sa froideur, sa rigidité. Il y a sans doute des choses qui ne sont pas « réalistes » dans mes descriptions, mais que les lecteurs ne décèleront pas, à moins de travailler dans une morgue…

Dans mon dernier livre, une large partie de l’intrigue se déroule dans une prison, et je n’ai pourtant jamais été dans une prison. Le réalisme doit servir l’histoire mais on ne doit pas en être prisonnier. D’ailleurs, en parlant de prison, j’ai appris récemment que mes livres sont très populaires dans la prison de Christchurch. C’était un peu flippant, ça ne m’a pas fait déborder de joie !

 

Vous avez toujours voulu être auteur ?

Oui, toujours, depuis que je suis tout petit.

 

Vous ne vouliez pas être policier ?

Bon, d’accord, je voulais être astronaute quand j’étais petit. Et je voulais être Batman, aussi. D’ailleurs, je veux être Batman aujourd’hui encore! (rires) Non, vraiment, c’est une idée qui m’a toujours suivi. Quand j’ai été adolescent, on m’a demandé « Si tu pouvais faire ce que tu veux de ta vie, qu’aimerais tu vraiment faire ? » J’ai répondu « Ecrivain », et on m’a dit « Bah alors, pourquoi tu ne fonces pas ? ». « C’est vrai, ça, pourquoi je le fais pas ? » Et voilà !

 

Est-ce que ça a marché rapidement ?

Oh non, les premiers romans que j’ai terminés n’ont même jamais été présentés à des éditeurs ! Ils étaient plutôt nuls. J’ai fait ça quelques années, à écrire un ou deux livres par an, à trouver mon style et ma façon de faire. Puis ça a été des envois de romans et de nouvelles aux éditeurs, à me faire refuser de partout. Tout a commencé à changer quand j’ai essayé les thrillers. Je me suis amélioré, je me suis senti plus confiant dans mon travail.

 

Vous êtes traduits dans seize pays aujourd‘hui, en Europe, aux Etats-Unis…

Oui, ainsi qu’à Taiwan et au Brésil. Mais pas en Angleterre, en revanche. Alors que les livres fonctionnent très bien partout, on continue de me refuser partout là-bas avec le genre d’arguments qu’on donne à l’auteur d’un premier roman : « Nous ne sommes pas sûrs que c’est ce que le public recherche. Vous ne rentrez pas dans le marché actuel ». Grosso modo, ils disent aimer l’écriture, mais il faudrait que je leur écrive un livre spécial, différent de ce que j’écris d’ordinaire. C’est quelque chose auquel je me refuse : passer plus d’un an à écrire pour des éditeurs particuliers, qui pourraient me refuser au final. Je préfère écrire pour les pays qui me soutiennent moi et mes histoires depuis le début, tel que la France et l’Allemagne, qui sont sans doute les deux pays où je marche le mieux.

 

Et la Nouvelle-Zélande !

Du tout, personne ne me lit là-bas ! Devinez le nombre d’exemplaires vendus de mon dernier roman en Nouvelle-Zélande ? (Après quelques tentatives infructueuses) 768 !

 

A quoi est-ce dû, selon vous ? Est-ce la même chose pour d’autres auteurs néo-zélandais ?

Je pense que la Nouvelle-Zélande a connu trop de mauvais auteurs, trop de mauvais bouquins, et trop de mauvais films ! Dans le passé, oui, nous avons eu des grands auteurs, mais moins maintenant. Les gens se lassent, et n’essaient même plus de nous lire ! Ils lisent les auteurs anglais ou américains. Le prix des livres est cher, les gens ne vont pas mettre 25 dollars dans votre livre, s’il y a des auteurs tels que Lee Child ou Stephen King dont ils connaissent et apprécient les romans. De plus, la plupart des librairies ont un rayon « auteurs néo-zélandais » séparés, souvent pas très accessible. Ca n’aide pas. Je ne pense même pas à la Nouvelle-Zélande quand j’entame un bouquin, je sais que là-bas, on les trouve trop sombres.

 

 

Vous vivez à Christchurch, où tous vos livres se déroulent. Il y a beaucoup de descriptions de la ville dans Nécrologie où vous en parlez de façon peu flatteuse, comme d’une ville brisée qui ne pourra plus être réparée ou du genre d’endroit dont on a envie de s’enfuir. Quelle est votre relation à votre ville, et comment les habitants de Christchurch réagissent-ils à vos romans ?

Bon, déjà, y’a pas grand monde là-bas qui lit mes livres, donc je n’ai pas beaucoup de retours négatifs. Christchurch n’est pas du tout en réalité telle que je la décris dans les livres, mais c’est bien plus amusant de placer un thriller dans une ville très sombre et brisée. Plus d’atmosphère, plus de tension… Et puis j’aime bien la rendre plus sombre, ça lui donne un côté exotique. J’y vis car c’est une belle ville, on y a de l’espace et les gens sont agréables. En voiture, on est à dix minutes de tout. Je vis près de la mer, en allant de l’autre côté, je peux aller skier dans les montagnes ou faire une ballade en forêt ! Il y a beaucoup à faire, et tous mes amis sont là. Maintenant, je voyage beaucoup et depuis deux ans, je n’y suis plus que six mois par an.

 

Comment écrivez-vous ? Toujours dans les mêmes conditions ?

Tout dépend de ce qui se passe à ce moment là, dans ma vie. En temps normal, quand je suis bien lancé dans un livre et que j’avance comme je le veux, je suis à mon bureau dès neuf ou dix heures le matin et je bosse en continu jusqu’à neuf ou dix heures le soir. Onze ou douze heures par jour, tous les jours, et on peut écrire le premier jet d’un livre en quelques semaines. Je peux avoir des périodes où j’ai envie de voir mes amis et de sortir, mais quand je suis en période de boulot, je m’y mets à fond. Un peu trop parfois, mes repas se résument le plus souvent à des paquets de chips et des cannettes de soda que je prends en travaillant. J’aime ce processus où les journées défilent sans que je m’en rende compte, et où je réalise soudain que le soleil est déjà couché ! A d’autres moments, en revanche, si tout n’avance pas bien, ou si je lis un article qui m’éreinte un peu trop, il peut m’arriver de ne pas travailler pendant des jours. Les mois où je suis en voyage, c’est un peu plus compliqué. Je n’ai pas de bureau, je dois bosser sur mon ordinateur dans des cafés, je n’aime pas trop ça. Je le fais de moins en moins, car il n’y a pas de vrai plaisir.

 

Les périodes de voyage vous permettent de réfléchir à des idées pour de prochains livres, ou bien partez vous toujours vierge au moment d’en entamer un nouveau ?

Non, un livre à la fois. Là, je rentre en Nouvelle-Zélande la semaine prochaine, je vais pouvoir me poser et réfléchir au prochain roman. C’est assez grisant de m’assoir à mon bureau et de me demander de quoi il va parler, de n’en savoir encore rien et de laisser les idées venir. Sauf quand j’écris « Chapitre 1 » et que je vais jouer à la X-Box quelques heures parce que rien ne me vient !

 

Vous voyagez beaucoup, et vous rencontrez beaucoup de lecteurs issus de pays différents. Notez vous des façons différentes de lire ou dans les commentaires qu’on vous fait d’un pays sur l’autre ?

Oui. Par exemple, en France, on cherche souvent une certaine profondeur ou une poésie dans mes écrits, ce qui est super. En Allemagne, en revanche, quel que soit la personne avec qui je discute, le livre préféré est toujours le premier (Un employé modèle, ndb). On me dit sans cesse « Oui, votre nouveau livre est plutôt bien, mais c’est le premier que je préfère. » Ce qui est agréable d’un côté et frustrant de l’autre. En France, c’est plutôt l’inverse. Le nouveau est toujours le plus réussi.

 

La réaction allemande est peut-être due au personnage de Joe, dans un Employé modèle. C’est un personnage qui marque les gens, pour lequel on a des sentiments contrastés. Il est moins introspectif que les personnages de Un père Idéal et  Nécrologie, plus violent mais moins sombre.

Tout à fait, on me « reproche » souvent le côté sombre des romans suivants, mais je les aime ainsi. Par exemple, je me suis forcé à rendre Un employé modèle drôle, car si ça n’avait pas été le cas, ça aurait été vraiment glauque ! Je viens juste de rendre mon nouveau manuscrit à mon éditeur, il y a quelques semaines, et il s’agit d’une suite à Un employé modèle. Il fallait que je fasse revenir Joe si je voulais que les lecteurs ne me lynchent pas ! Pour la noirceur des livres, il y a une sorte de transition de roman en roman. Il ne faut pas oublier que les lecteurs français sont passés de mon premier livre au quatrième, et que cette transition semble moins évidente du coup. Mais oui, j’aime ce qui est sombre. Le nouveau sur Joe est bien plus sombre que le premier !

 

En même temps, c’est parfois l’aspect à priori drôle de certaines scènes dans Un employé modèle qui créait le plus fort sentiment de malaise, comme les scènes avec la mère du personnage.

Quand on fait des recherches sur les tueurs en série, on se rend compte que la plupart ont eu des mères étouffantes, castratrices ou abusives. Quand on commence le roman, on n’aime pas Joe. Mais dès qu’on rencontre sa mère, on le trouve plus sympathique. On compatit presque pour lui. Le rôle de la mère était fait pour rendre le personnage de Joe plus sympathique pour le lecteur. Elle et son poisson !

 

Le personnage principal de Nécrologie est l’inspecteur Tate. J’ai lu que plusieurs des romans qui suivaient celui-ci reprenaient ce personnage. Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à le réutiliser lui plutôt qu’un autre, à en faire un personnage récurrent ?

J’ai toujours voulu un personnage récurrent. Après Nécrologie, j’ai écrit Un père idéal. Pour le suivant, j’avais une idée en tête depuis une dizaine d’années.  J’avais déjà écrit un premier jet à l’époque mais ça n’allait pas du tout. Il m’a paru évident alors de le reprendre avec Tate comme personnage principal. Ca a changé peu ou prou toute l’action du manuscrit original pour n’en garder que les thèmes. Mais ça marchait plutôt bien. Son personnage évolue, il n’est plus aussi sombre, alors que d’autres personnages qui gravitent autour de lui évoluent dans l’autre sens.

 

Outre l’ambiance assez sombre que vous avez déjà évoquée, il y a d’autres similitudes entre Un père idéal et Nécrologie. Bien que les histoires et la façon de les traiter soient différentes, les thèmes du lien familial et de la vengeance occupent une large partie des livres.

Oui, la vengeance a toujours été un de mes ingrédients principaux préférés. Même dans les films, les personnages de vengeurs me plaisent beaucoup. C’est encore le sujet de mon dernier roman publié. C’est une thématique qui plaît beaucoup. Je me dis parfois qu’il faut que je fasse attention à ne pas trop l’utiliser, afin que les livres ne se ressemblent pas tous ! Mais c’est vrai qu’il y a une dimension biblique, «Œil pour œil », qui pousse à faire les mauvaises choses pour les bonnes raisons. La question du choix est intéressante.

 

On croise Joe dans Nécrologie, pendant une courte scène au poste de police où il est employé. Simple clin d’œil, ou projet littéraire plus large ?

Quand j’ai écrit Un employé modèle se dessinait déjà ce Christchurch parallèle.  Il me semblait intéressant que tous mes romans à venir se situent dans la même ville. Les personnages se croisent. Depuis, effectivement, je fais faire des apparitions à Joe dans tous les livres, même dans Un père idéal. D’une part, ayant toujours gardé en tête l’idée d’une suite à Un employé modèle, cela permet de rappeler au lecteur que le Boucher est toujours en vie. D’autre part, les six premiers livres se passant tous dans la même année, cela permet de garder une sorte de chronologie. Certains livres ont aussi une même tonalité car ils se déroulent pendant une même saison. J’aime beaucoup le côté private joke quand on lit un roman en retrouvant des personnages ou des situations d’un précédent livre de l’auteur. Il y a un personnage dans Un employé modèle, qu’on ne voit que quelques lignes, et qui réapparaît dans différents livres également. C’est amusant quand on me dit s’en être rendu compte ! A part Joe et Tate, les deux autres personnages importants qui reviennent systématiquement sont Christchurch et Schroder (le supérieur de Tate, ndb). Ce dernier est parti de quelques lignes, à un chapitre entier dans le livre suivant, pour prendre de plus en plus de place au fur et à mesure. Dans le dernier, il est quasiment un personnage principal.

 

Connaissez-vous déjà la fin d’un livre quand vous le commencez ?

Non, la plupart du temps, je la découvre au moment de l’écrire. Parfois, ce n’est même pas pendant le premier jet mais pendant la réécriture, en reprenant tout depuis le début, que je  comprends vraiment  les motivations du tueur.

 

Quelle est la part du premier jet et celle de la réécriture ?

Je fais le premier jet très rapidement pour poser les bases de l’histoire. Les descriptions de personnages, de la ville, les ambiances ne viennent qu’à la réécriture.

 

Pour finir,  nous vous laissons carte blanche pour la dernière question. La Caverne vous appartient pour les prochaines lignes : coup de cœur, coup de gueule, message aux lecteurs… Faites-vous plaisir !

Ok ! Si ça ne vous dérange pas, je voudrais partager ma théorie sur la vie. Je crois vraiment que les gens munis de frisbees pourraient guérir le monde. Quand il y a un frisbee quelque part, les gens créent des liens naturellement. Il y a quatre ans, j’étais en Egypte sur une plage, et j’avais mon frisbee sur moi –j’ai lancé mon frisbee dans 22 pays pour l’instant…-, un tchèque et un polonais que je ne connaissais pas et qui ne se connaissaient pas non plus sont venus le lancer avec moi pendant vingt minutes, et nous étions très copains juste après. C’est ce qui manque dans les sommets politiques où on trouve des présidents et des premiers ministres de tous les états. Si plutôt que de s’assoir à des tables, on leur donnait un frisbee, les conversations deviendraient nettement plus simples. Le frisbee sauvera le monde !

 

 

 

*****

 

Nécrologie

Paul Cleave – Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par Fabrice Pointeau

Editions Sonatine – 415 pages

Necrologie-de-Paul-Cleave-Sonatine-__reference.jpg« Hé, mec, vous voulez peut-être jeter un coup d’œil à ça », me lance l’un des hommes. Mais je suis trop occupé à regarder autre chose. « Hé ? Vous m’entendez ? » La voix est désormais plus proche. « On a quelque chose à vous montrer. »

Je lève les yeux en direction de l’opérateur qui marche vers moi. Le gardien commence également à s’approcher. Les deux hommes regardent dans l’eau sans dire un mot. La bulle noire n’est en fait pas une bulle, mais le dos d’une veste. Elle flotte dans l’eau, et un objet gros comme un ballon de foot y est relié. Un ballon de foot avec des cheveux. Et avant que je puisse répondre, une autre forme remonte à la surface dans un tourbillon de bulles, puis encore un autre, à mesure que le lac relâche son emprise sur le passé.
L’inspecteur Tate doit déterrer un corps pour une vérification d’ADN. Mais un glissement de terrain dans le cimetière fait ressortir trois cadavres du lac. Ce sera le début d’une enquête qui va de plus en plus obséder Tate, au grand dam de sa hiérarchie. Du gardien du cimetière, personnage plus que louche, au curé du coin qui ne l’est pas moins, les cadavres du lac vont révéler peu à peu une histoire de vengeance qui trouve ses racines dans un lointain passé…

 

Le premier chapitre donne tout de suite le ton : le cimetière, la pluie torrentielle, les pieds dans la boue, les odeurs, les cadavres qui remontent à la surface, le malaise persistant qui ne lâchera pas le lecteur avant la conclusion du livre, bref, l’impression qu’on sera trempé et sale même pendant une potentielle description de lever de soleil sur fond de ciel bleu. L’ambiance omniprésente -et qui n’est pas sans rappeler le film Seven- fait pour beaucoup dans la réussite du roman.

 

On retrouve avec plaisir le Christchurch de Paul Cleave, ou du moins son double maléfique (voir l’interview). A l’instar du Maine de Stephen King, dont il est un grand fan, Paul Cleave triture l’âme de sa ville natale jusqu’à la changer en lieu de perdition oppressant où nul espoir ne semble permis. « Tout ici a l’air vieux et laid pour l’essentiel. » (p.107). Ce personnage récurrent dans l’œuvre de l’auteur continue de se forger une personnalité et de donner cette couleur particulière aux romans.

 

Les thématiques de l’auteur sont de nouveau explorées, mais sous un jour différents : l’omniprésence du passé, le poids familial, la vengeance. On retrouve dans un sens tout ce qui faisait le fond d’Un père idéal, mais avec une trame qui prend ces sujets à rebrousse-poil pour nous en faire explorer de nouvelles facettes, et poser de nouvelles questions, évitant ainsi l’impression de redite.

 

Enfin, il y a le personnage principal, Théodore Tate, appelé à devenir un personnage récurrent des prochains romans de Paul Cleave (trois ont déjà été écrits). Ce personnage extrêmement attachant, qui a beaucoup d’accointances avec le Harry Hole de Jo Nesbo, est un vrai personnage de flic comme on les aime : brisé, luttant avec ses démons, casse-couille toujours à faire chier sa hiérarchie, parfois irréfléchi, toujours à foncer tête baissée dans les pires situations, obsessionnel sur ses enquêtes en cours jusqu’aux limites de la folie… Il nous tarde de retrouver ce personnage, dont l’auteur nous promet une nette évolution aux cours des prochains romans.

 

Quant à l’enquête en elle-même… Ben, on ne dévoilera rien, parce que ça serait pêché de trop vous en dire, si ce n’est qu’elle est très bien menée et que sa conclusion est tout ce qu’il y a de plus réussie ! Bref, vous savez ce qu’il vous reste à faire !!!

 

Pour qui ?

Pour les amateurs de polars aux ambiances sombres qui collent à la peau.

Pour les fans de Paul Cleave, qui retrouveront dans Nécrologie ce qui a pu leur plaire dans ses deux premiers romans traduits.

Pour ceux qui aiment les personnages à la Harry Hole, flics pétris de contradictions et constamment limites mais pour qui on ne peut qu’éprouver de la sympathie.

 

 

La Caverne des Idées tient à remercier plus que chaleureusement l’équipe de Sonatine pour nous avoir permis de passer ce moment privilégié avec l’auteur ! (Oui, parce que faire la queue à une signature pour se faire dédicacer un livre, c’est déjà chouette, mais avoir l’opportunité de prendre son temps autour d’un café pour discuter, c’est autrement plus sympathique !). Merci mille fois !

 

 

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Cette lecture rentre dans le cadre du

Challenge Le Tour du Monde en 8 ans

Pays : Nouvelle-Zélande

 

Bonnes lectures à toutes et tous,

 

Valérie et Yvain

Pour bien commencer l’année

nouvautes0Vous avez lu tous les livres de septembre 2012, ou comme moi vous en avez mis quelques centaines de côté pour une autre vie. Vous avez digéré champagne et chocolats.

Il me reste à vous souhaiter une très belle année 2013 à venir, des livres et de l’amour, et de l’argent pour ne pas se faire de mouron plus que nécessaire.

Alors, c’est le moment de parler de ce qui nous arrive ces jours-ci en librairie: les nouveautés de la rentrée de janvier. Eh oui, l’édition et la librairie, les seules professions qui vivent deux rentrées au lieu d’une, pour deux fois plus de plaisir.

Voici une première sélection, quatre romans très différents, deux français, un haïtien et un sarde, qui pour des raisons très différentes, ont retenu mon attention et m’ont titillée.

Voici donc dans l’ordre alphabétique des auteurs et de leur sortie:

Aux frontières de la soif – Kettly Mars

Mercure de France – 166 pages – Chez votre libraire préféré depuis le 3 janvier 2013

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 « Janvier traversé de soleils incertains seyait bien à son humeur floue et à ses artculations en coton. »

 

Fito Belmar est un survivant traumatisé du séisme. Nous sommes en janvier 2011, sa maison n’a pas été touchée, lui non plus. Il se sent coupable de vivre encore et a perdu tous ses repères. Sa pulsion de vie et ses désirs sexuels n’ont plus qu’un objet, dont il ne peut plus se passer mais qu’il abhorre: les jeunes filles à peine pubères, qu’il part retouver la nuit sous les bâches bleues des tentes d’un camp de réfugiés. Puis surgit dans sa vie une jeune japonaise rencontrée sur internet.

Sans complaisance, Kettly Mars décrit la chute de cet homme, puis sa reconstruction. Tout son talent est de faire de ce sujet si noir un si beau livre. L’extrême détresse et aussi la troublante humanité de cet homme touche, émeut, bouleverse, dégoûte aussi parfois. Une première rencontre fort réussie avec cette auteur.

J’en profite pour vous rappeler la parution il y a quelques mois de cet excellent recueil auquel Kettly Mars avait contribué.

Haïti Noir – Editions Asphalte – 212 pages

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N’hésitez pas à venir la rencontrer, Kettly Mars sera le 17 janvier au Divan, la librairie où je travaille.

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La guerre des saints – Michela Murgia

Traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Editions du Seuil – 115 pages – Chez votre libraire préféré depuis le 3 janvier 2013

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« Nous avons joué dans la même rue. C’est ainsi qu’on devient vraiment frères et soeurs à Crabas, étant donné que naître de la même mère n’a jamais apparenté quiconque, pas même les chats. »

 

Ainsi débute l’histoire du jeune Maurizio qui passe ses vacances chez ses grands-parents dans un petit village de Sardaigne. Envieux des liens qui lient les enfants du village, il n’a de cesse de se faire accepter comme un des leurs.

Un court roman d’initiation, qui sent bon le soleil, la rocaille et les genoux écorchés. Il est savoureux mais cependant un peu court à mon goût. J’en profite pour signaler la sortie de son précédent roman en poche chez Points, que j’avais beaucoup aimé et que voilà.

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Sombre dimanche – Alice Zeniter

Albin Michel – 284 pages – Chez votre libraire préféré depuis le 3 janvier 2013

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« Imre se sentait à contre-courant. Politiquement, il n’avait rien fait de signifiant, il n’avait rien compris, rien cru et quand on lui parlait de 89 il ne se rappelait que la tristesse et les poissons gris du marché. Il se rappelait le 9 décembre et le crachin, le jour de la mort d’Ildiko. »

 

 

Imre vit avec sa famille dans une petite maison coincée dans un triangle de rails, près de la gare de Budapest. Il est aussi coincé dans sa famille, coincé dans son corps: la vie d’Imre est grise comme les poissons du marché. La chute du mur et l’après 89 changeront-ils la donne, maintenant que « ce n’est plus toujours la faute de Staline ».

Alors là, je dis bravo et encore bravo. Bravo à l’auteur pour l’alchimie qui s’opère dès la première page et nous pousse à tourner les pages et à palpiter au rythme des émotions d’Imre. Une galerie de personnages secondaires picaresques en diable complètent le tableau de ce roman de la Hongrie, plein de charme.

L’apiculture selon Samuel Beckett – Martin Page

Editions de l’ Olivier – 87 pages –  Chez votre libraire préféré le 10 janvier 2013

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 « Pour remercier les abeilles, Beckett leur a offert des orchidées. Des livreurs en ont apporté une douzaine de bouquets. Les abeilles s’y sont précipitées en bourdonnant. Je garderai en mémoire cette image de Beckett en combinaison blanche et masque d’apiculteur, entouré d’abeilles dans le jour déclinant. L’air était rempli du parfum des fleurs et du miel. »

Un jeune homme embauché par Samuel Beckett pour trier des archives tient le journal de ces quelques mois passés près de lui. Il dresse le portrait d’un beckett truculent et passionné, drôle.

Ce livre a eu deux avantages hormis le plaisir que j’ai pris à le lire : me faire découvrir Martin Page et son talent de narrateur et me donner envie de (re)lire Samuel Beckett. Cette chronique sera courte à l’image de ce texte -87 pages-, court mais si plaisant. Pour me faire pardonner, je vous offre une page du manuscrit (re)travaillé par Martin Page.

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Belles lectures à toutes et tous !

Valérie

 

le deuxième homme

Hervé Commèrenouvautes0

Fleuve noir-250 pages

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« Pas facile, finalement, de ne garder que le soleil, de dire que l’histoire a parfois été belle. Je suis allé trop loin, descendu trop bas, j’ai sombré pour toujours, et tenter de raconter sans parler du malheur est une chose impossible. Raconter cette soirée, par exemple, comme je viens de le faire, m’arrache des frissons, je me mords les doigts, puis la langue, je veux dire qu’une fois au lit, nous avons fait l’amour, que j’ai pris Norah comme rarement, avec force, que j’ai voulu lui faire écarquiller les yeux, qu’elle a gardés scellés malgré tous mes efforts, je veux dire qu’en pleine jouissance, elle et moi, je n’avais qu’une image en tête, tragique, sordide. Je me retiens. Je veux me dire que c’était beau. Ne pas tenter d’oublier, c’est impossible et trop tard, inutile. Mais ne pas dire tout le côté sombre. Pas encore. Pas maintenant. Ne pas dire, par exemple, qu’en baisant comme ça, elle et moi, je pensais à ses longs cheveux bruns disparus, à la jolie mèche dans son écrin, sur la table du salon. Ne pas dire que l’idée m’est venue là. Ne pas dire que je me suis servi, dès le lendemain, de ses jolis cheveux-souvenirs pour tendre à Norah l’horrible piège grâce auquel elle a fini à genoux.

Ne pas raconter tout ça maintenant.

Le beau.

D’abord le beau. »

Difficile de choisir un extrait : Pourquoi celui-là, et pas l’un des nombreux autres choix possibles ? Parce qu’il me semble révéler toute l’ambiguïté de ce roman. Roman tout d’abord et non thriller : roman d’amour noir, très noir. Mais si beau. Deux êtres amoureux fous mais seuls, seuls en eux-mêmes, avec leurs peurs et leurs appréhensions, leurs histoires si éloignées et irréconciliables.

Le beau et le noir, le sombre et le lumineux sont les deux faces de ce roman, qui m’a vraiment fascinée, captivée, envoûtée, perturbée.

Je n’ai pas pu écrire cet article à chaud, car hormis mon penchant très naturel à une certaine nonchalance (sic), j’avais besoin de prendre un peu de recul face au malaise qui m’habite depuis que je l’ai lu.

C’est l’histoire d’un homme, « fils d’un fantôme et d’une bouteille de gin », dont l’estime personnelle avoisine le néant, qui rencontre une femme très belle. Cette femme, est attirée par lui et leur histoire débute. Mais, sous un apparent bonheur parfait, cette histoire d’amour tourne progressivement très mal quand l’homme se rend compte que ce n’est pas lui qu’elle aime.

Ce livre est envoûtant, dérangeant, mais si beau, comme une musique infiniment triste, mais infiniment belle. Il y a un rythme parfait dans ce livre, rythme des mots, des phrases, des sentiments et des emportements.

Il n’y a pas de gentils ni de méchants, il y a deux détresses qui s’entrechoquent, qui auraient pu vivre tranquillement ; ce que nous sommes peut-être en train de vivre, au fait. C’est ce qui effraie le plus, en fait, dans ce roman, le vrai sujet, le cœur de cette bombe : Qui aime-t-on et pourquoi, lorsque l’on aime quelqu’un ? Ce livre pourrait raconter la vie de l’un de nous. Et c’est le cas, puisque le point de départ de ce livre est l’histoire qu’un homme a raconté à Hervé Commère : il a épousé sa femme, car elle était le sosie physique d’une femme dont il avait été très amoureux lorsqu’il était plus jeune…Bizarre, vous avez dit bizarre….

C’est un très, très, très gros coup de cœur, une claque magistrale, et un livre qui me restera, je pense, très longtemps en mémoire.

Hervé Commère a écrit deux autres thrillers, J’attraperai ta mort (qui vient d’être édité en pocket) et Les ronds dans l’eau (Fleuve noir 2011, que je vous conseille aussi. Hervé Commère a un univers très personnel et une vraie originalité dans les thèmes qu’il aborde.

J’ajouterai pour finir qu’il est charmant, amusant , passionnant  et que sa chérie l’est tout autant.  On s’en fout ? Oui mais non. Pas moi. Parce que rencontrer les auteurs c’est apporter une dimension supplémentaire à leurs livres. Cette soirée de dédicaces au Comptoir des mots  au cours de laquelle j’ai (enfin) rencontré Hervé Commère, était une chouette soirée et une belle rencontre. Et ça, je ne m’en fous pas, parce que les rencontres humaines, c’est ce qui rend la vie belle et que décidément, même le soir, l’endroit le plus merveilleux sur terre, c’est décidément une librairie.

Pour qui ?

Pour les amateurs de romans noirs.

Pour ceux qui aiment être secoués mais apprécient qu’il n’y ait pas une goutte de sang.

Pour les amateurs d’histoire d’amour.

Pour ceux qui aiment que les livres se passent à Rennes. (Un conseil : trouvez-vous une raison supplémentaire, cela risque de ne pas être suffisant)

Belles lectures !

Valérie

 

Un néo-zélandais à Paris

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Mardi 6 novembre, nous avons eu le plaisir d’interviewer Paul Cleave lors d’un passage éclair à Paris.

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Nous avons parlé de son prochain livre, Nécrologie, qui paraît en janvier chez Sonatine. Mais aussi, de ses goûts littéraires, de la Nouvelle Zélande, de bien d’autres choses…et du frisbee.

Alors patience…en janvier, à la sortie de son livre, vous découvrirez Paul Cleave, un homme charmant (si loin en apparence des monstres qui prennent vie sous sa plume), intéressant et drôle.

Mais c’est promis, pour vous faire patienter, nous vous posterons bientôt d’autres photos…

Alors à bientôt !

Valérie et Yvain

 

Toi

Zoran Drvenkar – Traduit de l’allemand par Corinna Gepnenouvautes0

Editions Sonatine – 567 pages

 

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Nous avons beau aspirer à la lumière, nous avons besoin de l’ombre. Le désir qui nous fait rechercher l’harmonie nous pousse aussi, dans un obscur recoin de notre coeur, vers le chaos. Un chaos tout relatif, nous ne sommes pas des barbares. Pourtant, c’est bien ce que nous devenons dès que notre monde déraille. Le chaos est toujours à l’affût.

 

 

 

Tu es à Berlin, aujourd »hui. Tu t’apprêtes à rencontrer une galerie de personnages que tu n’es pas prêt d’oublier. A commencer par le groupe de cinq jeunes filles amies à la vie à la mort que tu suivras principalement 600 pages durant: Taja, Nessi, Stinke, Schnappi et Rute.

Tu aimerais bien te passer de rencontrer Ragnar, dealer avec lequel on ne déconne pas et que les filles vont malencontrueusement rendre très très colère. Tu aimerais bien, les filles aussi. Dommage, c’est rapé. Idem pour son fils, le brute Darian, tout en muscles et en colère, qui n’attend que d’ impressionner son pôpa. Courser les filles avec son paternel et un gros flingue à travers l’Allemagne et jusqu’en Suède semble une bonne idée pour passer du temps qualitatif en famille, qu’en penses tu?

Tu vas surtout rencontrer le Voyageur. Et là, tu ne rigoles plus… Parce que si tu aimes les personnages de psychopathes, tu t’apprêtes à le classer dans ton top 3.

Tu te doutes bien que tous ces joyeux drilles vont finir par se croiser à un moment donné.

Tu commences à être interessé(e).

Tu aimerais bien en savoir plus.

Tu peux toujours te brosser…

 

Tu es peut-être interessé(e), mais vu le nombre de romans dont on te dit en cette période de rentrée littéraire/pré-noël qu’il faut ab-so-lu-ment que tu lises, tu trouves cela un peu court. Il va falloir faire un effort et te faire vraiment saliver.

 

Tu aimes les thrillers qui sont non seulement flippants mais en plus très bien écrits? Tu as lu Sorry, premier opus de Zoran Drvenkar, où de temps à autre, certains chapitres étaient écrits à la seconde personne du singulier, ce qui mettait un chouïa mal à l’aise mais était diablement efficace? Oui? Alors te convaincre devrait être facile. Non? Alors dis toi que comme cet article pourrait déjà te le laisser lourdement penser, l’intégralité de ce nouveau roman est écrit en « Tu », ce qui met franchement mal à l’aise et est plus que diablement efficace…

 

Il faudrait te parler des intrigues qui se mélangent admirablement, des personnages tous excessivement bien écrits, de la structure où chaque chapitre porte le nom d’un des personnages et s’adresse directement à lui pour commenter ses actes, mais il faut si peu te déflorer l’histoire que tu ne me feras pas céder: nous en reparlerons quand tu l’auras lu.

 

Quand tu auras refermé la dernière page de Toi, et que tu te seras fait couper le souffle et les jambes par ce dernier chapitre plus que grandiose, nous pourrons parler du Voyageur. Il y aura sans doute beaucoup à dire, car le Voyageur n’est pas n’importe qui. Quand tu auras fait sa connaissance, dès le tout premier chapitre du livre en fait, tu sentiras vaguement une grande vague de froid plomber ton âme et tu monteras le chauffage dans ton appartement déjà surchauffé.

 

Nous discuterons également de Zoran, l’auteur de ce roman. De son style, de son intelligence, de sa connaissance de son lectorat. Car la grande intelligence de ce roman est de s’adresser à des gens comme moi et comme toi, qui nous bouffons des Experts et des polars depuis des années, et qui avons appris à reconnaître un serial killer comme tout bon profiler du fbi. Toi et moi, nous connaissons tout des techniques de narration d’une enquête criminelle, nous attendons forcément les faux coupables, les chausse-trappes et les fausses pistes, et nous avons appris à les reconnaître à trois kilomètres à la ronde. Zoran te connaît, et sait comment tu lis, à l’affut de l’incohérence et de la fausse-piste foireuse. Alors il t’a concocté un petit roman où tu es constamment surpris et où tu ne peux décemment pas te vanter à la fin que tu avais tout compris à l’avance.

 

Il te tend des personnages sur des plateaux d’argent, où tout ce que tu crois connaître ou comprendre d’eux te renvoient à ton inexpérience flagrante en la matière. D’où ton léger sentiment de stress de plus en plus fort à la lecture du livre.

 

C’est pour cette raison que le Voyageur risque de te coller quelques gentils cauchemards, mais chut, je te laisse le soin de partir tranquille à sa rencontre…

 

Pour qui?

Pour Toi!

 

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 Cette lecture rentre dans le cadre du

Challenge Le Tour du monde en 8 ans

Pays: La Croatie

 

Bonnes lectures à tous et toutes,

 

Moi.

 

Mon Festival America

autour0festivalamerica.jpgIl commence des mois avant, Mon Festival America : les premiers échos m’en arrivent, mois après mois, semaine après semaine, puis le site petit à petit s’étoffe de noms qui me font rêver et voyager et enfin, quand la ville de Vincennes fleurit de dizaines d’affiches comme celle-ci, qui me titillent chaque fois que je les vois. Alors j’ai le cœur qui bat un peu plus vite et je me dis que j’ai la chance d’habiter dans la ville voisine de mon Festival préféré. Je vous passe mes multiples et innombrables visites sur le site afin de concocter le programme qui me permettra de voir le plus d’auteurs et d’être le moins frustrée possible : cela demande de multiples refontes. Bref, je travaille presque autant que les programmateurs pour concocter mon Festival idéal (dans le temps dont je dispose). Et finalement, l’excitation monte jusqu’au jour J car je sais que je vais découvrir de nouveaux auteurs, et que me resteront en mémoire en lisant leurs livres, un sourire, un regard, une réflexion, une atmosphère.

america« J’écris du point de vue de celui qui est conquis, pas du conquistador ». Toni Morrisson

Je ne peux commencer cet article que par elle, cette immense femme si belle, si généreuse et d’une vivacité, d’un humour et d’une intelligence pétillante. Elle m’a donné l’envie de lire les livres que je n’ai pas encore lu d’elle, très vite, à commencer par le dernier. Elle m’a touchée, impressionnée, émerveillée et même si je n’avais vu et écouté qu’elle, je n’aurais pas raté mon Festival. Elle est incroyable cette femme, majestueuse. Ne vous en privez pas.

Mais j’ai eu la chance de pouvoir en écouter beaucoup d’autres.

Je ne vais pas tous les citer (qu’ils me pardonnent) mais je retiendrai le sourire, le rire et les alligators de Karen Russel, l’humour d’Adam Ross et d’Hector Tobar,

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la poésie, la beauté de la langue, le monde de Naomi Fontaine dont j’ai lu pendant ce week end le très beau Kuessipan,

 

 

 

la musique de la langue québécoise (…) qui m’emmène très loin,

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le tee shirt de Samuel Archibald, témoin de l’humour québécois,

 

 

 

l’érudition de Louis Hamelin, l’intelligence et la perspicacité de Louise Erdrich et Russell Banks, les incroyables parents de Danzy Senna (et sa beauté).

Assister à ce Festival c’est condenser en deux jours des dizaines de soirées de rencontres en librairie, mais pas seulement, c’est voir les sensibilités se frotter et produire parfois de magiques étincelles.

America, c’est aussi rencontrer et parler à des libraires et éditeurs amis. C’est manger des sandwichs et boire des cafés au soleil.

Maintenant il me reste une furieuse envie d’écouter sur Youtube les rencontres auxquelles je n’ai pas assisté, et bien sûr de lire beaucoup de livres…et en priorité ces cinq-là

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Cinq femmes dont les univers, les personnages, les histoires, la personnalité, la sensibilité m’ont fascinée.

Mention spéciale à Pascal Thuot, Nathalie Lacroix et Fabrice Colin à qui je décerne la palme des questions les plus intéressantes (que ceux que je n’ai pas vu me pardonnent). Au fait Pascal, tu as lu combien de livres pour préparer ce Festival ?

Chapeau bas à tous et notamment à Francis et Pascal pour la programmation, à Amandine et ses acolytes pour l’organisation et à tous les autres que je ne connais pas et qui oeuvrent ensemble à faire de ce Festival mon préféré.

Bravo à tous les interprètes dont j’admire le travail.

Merci aux deux Belles qui m’ont accompagnée, Anna et Isa.

Allez, je retourne en Floride avec la famille Bigtree qui a pas mal de soucis avec son parc d’alligators à Swamplandia.

Et puis, deux ans ça passe vite, finalement….bientôt, tout recommencera et les premiers échos m’en arriveront, mois après mois, semaine après semaine…et verra le jour un autre Festival America, un autre voyage.

D’ici là, belles lectures à tous !

Valérie

 

Premiers émois de rentrée

nouvautes0Afin de soigner ma frustration de ne pas pouvoir chroniquer tous les livres que j’ai lus, voici mes premiers coups de cœur de cette rentrée, ceux qui selon moi, méritent qu’on leur tourne les pages, certains ayant déjà fait l’objet de publications. Il y en a pour tous les goûts !

 

Les romans français

 

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Rêveurs – Alain Blottière – Gallimard

Deux adolescents en perdition, l’un en France et l’autre en Egypte, que tout oppose mais que l’essentiel rapproche. Une très belle histoire superbement écrite par Alain Blottière.

 

 

 

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Viviane Elisabeth Fauville – Julia Deck – Les éditions de minuit

Une remarquable réussite et une maîtrise de l’écriture et de la narration étonnante pour un premier roman.

 

 

 

 

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Que nos vies aient l’air d’un film parfait – Carole Fives –  Le Passage

Une sensibilité et une justesse de ton parfaites pour raconter le divorce du point de vue des parents et surtout des enfants. Une écriture claire et sans bavures. Un très beau premier roman.

 

 

 

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La déesse des petites victoires – Yannick Grannec –  Anne Carrière

Passionnante biographie romancée du mathématicien Kurt Gödel, contemporain et proche d’Einstein et évocation de toute une époque. Un premier roman très réussi.

 

 

 

 

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Avant la chute – Fabrice Humbert – le Passage

Le roman qui apportera, j’en suis sûre, la consécration à son auteur : Des personnages extrêmement attachants (notamment les deux sœurs colombiennes) pour évoquer notre monde malade.

 

 

 

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Le meilleur des jours – Yassaman Montazami – Sabine Wespieser

Un premier roman fort et maîtrisé pour évoquer avec humour et émotion l’exil et l’amour filial.

 

Les romans étrangers

 

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La fabrique des illusions– Jonathan Dee – Plon (Feux croisés)

Illusions de rapports sincères, dans la famille comme dans le milieu de l’art et de la pub. Après Privilèges,  Jonathan Dee dissèque à nouveau la société américaine : Sous des airs de ne pas y toucher, c’est glacial et cinglant, sans concessions.

 

 

 

 

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Le jeu des ombres – Louise Erdrich  – Albin Michel (Terres d’Amérique)

Je me précipite toujours sur les romans de Louise Erdrich et une fois de plus, ce dernier roman a tenu toutes ses promesses. Une femme découvre que son mari lit son journal : dès lors elle le manipulera à travers celui-ci. Magnifique.

 

 

 

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Arrive un vagabond – Robert Goolrick – Anne Carrière

Une histoire d’amour fou dans l’Amérique rurale des années 50, et encore, après Féroces, l’enfance prise dans les filets du secret. Ce livre est une merveille d’écriture, de construction, de sensibilité et cinématographique en diable.

 

 

 

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 L’embellie – Audur Ava Olafsdottir – Zulma

Il aurait aussi pu s’appeler la parenthèse, celle d’une femme qui se retrouve avec le fils d’une amie hospitalisée, pour entreprendre un périple salutaire, à l’un comme à l’autre. S’il ne possède pas la poésie de Rosa Candida, on retrouve cependant la magie de vies en suspens, en attente de réponses essentielles.

 

 

 

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Gains – Richard Powers  –  Cherche midi (Lot 49)

A travers les destins croisés d’une femme et d’une multinationale, Richard Powers raconte le libéralisme et cela ne fait pas toujours rêver : un grand livre par un auteur indispensable.

 

 

 

Les romans noirs et les polars 

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Les apparences – Gillian Flynn – Sonatine

Un homme, une femme et deux visions très différentes de la vie vécue conjointement. Gillian Flynn nous ballade pour déjouer les apparences. Cette femme est diabolique et lucide !

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Le braconnier du lac perdu – Peter May – Rouergue noir

J’ai entrepris de lire les deux précédents avant celui-ci afin de lire la trilogie dans l’ordre : je vous le conseille aussi car l’intrigue de chaque livre éclaire un peu plus la vie de cet ex-flic revenu sur son île de Lewis (au nord de l’Ecosse). Très chouette découverte.

 

 

 

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Chamamé – Leonardo Oyola – Asphalte

Violent, âpre, coloré, barré, ce road mavie argentin nous embarque à 200 à l’heure dans le sillage de deux personnages hallucinés et tragi-comiques. Amitié, trahison, règlement de compte et jolies filles: ambiance western assurée, bande son incluse.

 

 

 

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Le monde à l’endroit – Ron Rash – Seuil (Cadre vert)

Dans la nature magnifique des Appalaches, une histoire de passage à l’âge adulte, d’épreuve et de rédemption. Ron rash écrit son univers, noir, unique mais dans une nature si belle.

 

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Le dernier lapon – Olivier Truc –  Métailié

Un vrai talent révélé, une enquête bien menée, des personnages singuliers et attachants et une civilisation découverte à l’occasion de cette aventure lapone : autant de raisons de le lire.

 

 

 

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Pike – Benjamin Whitmer  – Gallmeister

C’est très noir et sans concession. C’est aussi dans les Appalaches, et on y découvre le pire du pire d’une humanité pauvre et qui souffre. Un premier roman qui décoiffe.

 

 

 

En cours de lecture et fort prometteur….

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Qu’avons-nous fait de nos rêves ? – Jennifer Egan – Stock (La Cosmopolite)

Prochaines lectures…

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La seconde vie de Preminger – Stanley Elkin – Cambourakis

 

 

 

 

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Collusion – Stuart Neville (Rivages)

 

 

 

 

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La vallée des masques –Tarun Tejpal (Albin Michel)

 

 

 

 

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Simon Weber – Jean Mattern ( Sabine Wespieser)

 

 

 

 

Très belles lectures à tous !

Valérie

 

Le meilleur des jours

nouvautes0Yassaman Montazami – Sabine Wespieser  – 144 pages

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Karl Marx et mon père avaient un point commun : Ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie.

 

 

 

 

C’est la rentrée et c’est un coup de cœur !

Il était une fois un émigré iranien, Behrouz, qui fut toute sa vie entretenu par sa mère, auteur riche et célèbre de livres de cuisine à Téhéran. Lui vivait à Paris avec sa femme afin d’écrire sa thèse « la détermination de l’histoire par la superstructure dans l’œuvre de Karl Marx ». Alors que sa femme est enceinte, il l’envoie à Téhéran et part à Londres poursuivre ses recherches.  Il reviendra ensuite à Paris où il vivra avec femme et enfants, tentant toujours de terminer sa thèse…

Une grande émotion se dégage de ce premier roman, récit-hommage d’une fille à son père : hommage à ses idées, à sa droiture, au respect  et à l’amour qu’il a pour elle : il ne veut pas qu’elle l’appelle papa pour ne pas la rabaisser, pour ne pas instaurer de hiérarchie entre eux.

Doté d’un grand sens de l’humour, d’une nature très joviale et d’un sens poussé de l’hospitalité, il fera de la vie de sa fille une valse endiablée.

Ce court roman, extrêmement maîtrisé, nous rappelle l’histoire de l’Iran : la chute de la royauté avec le Chah puis la Révolution islamique et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny. Et de ce fait la diaspora faite de réfugiés politiques : dans le cas le Behrouz, communiste, il doit fuir les deux régimes sous peine d’emprisonnement.

Très belle déclaration d’amour d’une fille à son père, ce roman est souvent poignant mais jamais larmoyant. L’auteur flirte avec l’humour et a hérité de son père la distance nécessaire face aux évènements, qui permet de leur survivre.

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment les histoires de famille.

Pour ceux qui apprécient que l’émotion affleure à chaque phrase.

Pour ceux qui veulent aller voir du côté de l’Iran.

Quand ?

Chez votre libraire préféré depuis le 23 août 2012

Belles lectures à tous !

Valérie