Sweet Sixteen

Annelise Heurtiernouvautes0

Editions Casterman – 217 pages

sweet-sixteen.jpgMolly n’irait plus jamais à Horace-Mann. Dans moins de deux semaines, elle serait censée faire partie des neuf premiers étudiants noirs à pouvoir intégrer le Lycée central de Little Rock. Un lycée de Blancs.

« Triés sur le volet, ces neuf étudiants changeront l’histoire » avait souligné la Presse de l’Arkansas. Molly avait toujours rêvé d’entrer dans une écolede Blancs, ne serait ce que par curiosité. Tout y avait l’air tellement plus grand, tellement plus propre, tellement plus beau.

A la fin de l’été, tous les lycéens se préparent à la rentrée, Grace et Molly ne dérogent pas à la règle.

Pour les deux, c’est une année importante, l’année de leur Sweet Sixteen, le fête où on passe à l’âge de tous les possibles : seize ans. Seize ans ! En 2013 comme en 1957, ça veut dire musique, copines, garçons, avenir qui se dessine, qu’on se dessine… Elles vont toutes deux se retrouver dans la même classe, et pourtant, quelque chose les sépare : l’une est blanche et vit dans une famille aisée, l’autre est noire et vit dans un quartier pauvre. Auront elles l’occasion de se découvrir, se trouver et devenir amies ?

Cette histoire relève de la fiction, mais plusieurs faits relatés ici sont inspirés de faits réels. Un lycée va accueillir neuf étudiants noirs, les Neuf de Little Rock, ils sont deux mille cinq cent Blancs à vouloir les en empêcher.

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 En 1954, la Cour Suprême des Etats Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques. Dans le Sud du pays, la plupart des Blancs ne sautent pas de joie, ils crient au contraire à l’indignation. Pourquoi mettre en péril leurs jolies têtes blondes avec la présence de Noirs, vecteurs de maladies, entre autres défauts inhérents à la couleur de peau ? Ce genre de déclaration est monnaie courante en Amérique dans les années 50. C’est dans cette période troublée que le lycée central de Little Rock, Arkansas, va accueillir Molly et huit autres camarades, disséminés parmi les deux mille cinq cents élèves blancs.

 

Ils se sont portés volontaires, studieux, avec un dossier impeccable, ils ont été selectionnés pour ouvrir la voie. La voie de l’égalité. Une voie semée d’embûches : manifestations de parents d’élèves blancs, mépris des familles noires qui voient là un danger de plus, et pire l’intervention du Gouverneur pour interdire l’accès à l’établissement aux lycéens noirs. S’ensuit un imbroglio politico-judiciaire, où Molly et les autres ne sont que des dommages collatéraux.

Annelise Heurtier nous livre un roman bouleversant, où on se prend de plein fouet les insultes,les humiliations, les coups. Avec ses mots si justes, l’auteur rend palpable toutes les brimades, on les ressent, vraiment. En passant de Molly à Grace, d’un monde à l’autre, de la souffrance à la prise de conscience, cette jeune écrivain met en évidence la réalité : elles vivent l’une à côté de l’autre, et non l’une avec l’autre. Quand les deux univers se télescopent,  les étincelles nous éclaboussent de cruauté mais aussi  de tolérance.

Car oui, la haine raciale est à chaque page, mais il y a aussi de la fierté, des petits moments de bonheur, et puis aussi surtout l’optimisme qui finalement est le maître mot de ce roman.

Sweet Sixteen est le troisième roman d’Annelise Heurtier. Le carnet rouge, son précédent, était aussi un roman poignant sur la quête d’identié d’une jeune fille d’origine népalaise. En trouvant ce carnet, Marie apprendra enfin d’où elle vient, pour enfin savoir où elle va..

A travers l’histoire de deux jeunes filles, fortes, exceptionnelles, Annelise Heurtier nous offre un morceau d’Histoire, bien écrit, accessible à tous. En bref, un roman jeunesse pour tous les lecteurs de 12 à 77 ans !

Pour qui ?

Pour ceux qui ont été touché, qui ont aimé « La couleur des sentiments »,

Pour ceux qui veulent faire un bond dans l’histoire, et attérrir dans un monde qu’il ne faut jamais oublier. N’oublions les Neuf de Little Rock, pour leur courage !

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Sonia.

 

Frangine

Marion Brunetnouvautes0

Sarbacane -262 pages

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« Il faut que je vous dise…
J’aimerai annoncer que je suis le héros de cette histoires, mais ce serait faux. Je ne suis qu’un morceau du gâteau, même pas la cerise. Je suis un bout du tout, un quart de la famille. Laquelle est mon nid, mon univers depuis l’enfance, et mes racines, même coupées.

Tandis que ma frangine découvrait
le monde
le cruel
le normal
et la guerre,

ma mère et ma mère, chacune pour soi mais ensemble, vivaient de leur côté des heures délicates.
C’est à moi que revient de conter nos quatre chemins.
Comment comprendre, sinon ? »

 

 

Joachim nous raconte son histoire, l’histoire de sa soeur, de sa mère et de sa mère. Pour lui, tout va bien, des potes, une petite amie, dernière année de lycée, donc un des héros de l’année. Pour sa soeur, tout ne va pas aussi bien. Pauline entre en seconde. Peut être avez vous oublié le passage de la troisième à la seconde. Laissez moi vous rafraichir la mémoire : en dernière classe de collège, nous sommes les rois du monde, les plus vieux, les plus fous,les plus cool, un été se passe et d’un coup on devient, les plus jeunes, les plus petits, les plus nuls…Et puis qui dit rentée scolaire, dit petites fiches individuelles. Nom, prénom, nom du père, de la mère, profession… Des cases à remplir. Mais quand on a des cases différentes, tout se complique. Pour Pauline, c’est l’hésitation, elle n’a rien à écrire pour le nom du père mais elle a un nom pour son autre mère. Bref, la pire rentrée du monde pour Pauline.

Donc voilà, on y est ! Un roman sur l’homoparentalité. Des romans sur l’homosexualité pour les ados, on en trouve facilement, (de très bons d’ailleurs, par exemple, « le faire ou mourir » un roman magnifique sur le sujet…), mais des romans sur l’homoparentalité, moins déjà. Marie Brunet arrive donc à point nommé, en plein milieu du débat sur le mariage gay.

Commande, hasard de publication ? Peu importe ! J’ai aimé ce texte pour sa simplicité. Il se lit d’une traite. Pas de fioritures, juste l’histoire de cette famille. La première fois du garçon, le harcèlement de la cadette,des problèmes de boulot pour la mère, problèmes de famille pour la seconde mère. Finalement, rien d’extraordinaire. Et oui, on a ici une histoire banale pour une famille normale. C’est ça que nous livre Marie Brunet. Et c’est cette normalité, cette simplicité qui rend ce roman aussi fort ! Oui, bien sûr, les cadettes ne sont pas forcément harcelées au lycée, et si Pauline n’avait pas eu deux mamans, peut être qu’elle n’aurait jamais eu de problème. Mais bon qui a vécu une scolarité parfaite avec des camarades bons comme du bon pain ?

 

Ce n’est pas Pauline, qui nous raconte son histoire, les insultes, les mots blessants, les propositions graveleuses, le silence, l’assentiment des autres. C’est Joachim. Il voit sa soeur sombrer, peu à peu, puis tout s’accèlere. Et là, il doit agir, réagir. Mais que faire face au silence de sa petite soeur ? Lui tenir la main, et lui dire « Je suis là ». L’objectivité de celui qui n’a jamais vécu ces brimades, la subjectivité d’un ado qui voit sa soeur souffrir, sans savoir quoi faire pour y remédier. Les mots de Joachim sont ceux d’un ado, parfois crûs, mais toujours tellement justes.

 

Sarbacane, éditeur de la collection Exprim’ pour les romans ados, nous offre une fiction ancrée dans la réalité. Intolérance, incompréhension, peur de ce qu’on ne connait pas, mais aussi amitié, amour et solidarité.

 

Pour qui ?

Pour tous !

A l’heure des débats concernant le mariage pour tous, ce roman vous donnera à réfléchir, à quinze comme à cinquante ans.

Sonia, la nouvelle 🙂