Je suis sa fille

Benoit Minvillenouvautes0

Editions Sarbacane – 254 pages.

je suis sa fille.jpgC’est l’histoire de Joan, qui a été élevée par son père sur fond de hard rock et de westerns. C’est l’histoire du père de Joan, un visage de plus écrasé par le Grand Capital.
C’est l’histoire de Hugo, le meilleur ami de Joan, qui décide de l’accompagner pour quand elle hurle :

 

Il faut que ça change !
Je veux que ça s’arrête !
On va tuer le Grand Patron !

Deux ados embarqués dans un road-trip ébouriffant, sur la N7 direction Nice…
Ils ne savent pas ce qui les attend. L’aventure. L’amour. Les rencontres.
Fuck la crise, vive la vie !

Le prologue donne le ton : Joan, arme au poing tient en joue « le visage terrifié du Grand Patron Français » et elle est prête à tirer, à venger son père, à se venger, elle, qui vient de faire un grand pas vers l’âge adulte.

Pourquoi et comment une ado, à priori normale, en est arrivée là ? La crise l’y a poussée et une voiture volée l’y a conduite. Aussi simple que ça. Oui, mais non, rien n’est simple.

Joan et son père vivent ensemble, pendant un long moment, très heureux, d’ailleurs. Mais, la vie se fait de plus en plus difficile : pénibilité du travail, où il faut tout donner, et même tout ce n’est pas assez, pas assez pour le Grand Capital, le Grand Patron qui en veut toujours plus. Dépression. Chômage. Et arrive l’erreur, le braquage avec un jouet suivi d’une bavure. Et la police est là, sur le seuil de la porte, en train de parler de blessure et d’hôpital… Joan, la rage au coeur et au ventre, de voir son père, silencieux sur son lit d’hôpital, a besoin de se trouver un coupable. Il est tout désigné : le Grand Méchant Patron. Voilà le pourquoi.

Pour aider Joan, son meilleur ami Hugo, lui propose d’aller le retrouver ce Patron, dans sa belle maison de vacances, à Nice. Pour y aller, facile : voler la voiture du grand frère qui n’est rien d’autre que son trésor, et direction le Sud, via la Nationale 7. Et voilà le comment.

Et c’est parti pour un road book intense !

Au mois de Juin, lors d’une présentation Sarbacane pour la rentrée, Benoit Minville nous avait présenté son bébé. Il avait parlé de lui, du comment, du pourquoi l’idée du livre. Au milieu de tout ça, il a parlé de Virgin, il pensait aux libraires, et à tous les autres, qui allaient être comme le père de Joan, au chômage, avec pas grand chose comme solde de tout compte et un avenir plus qu’incertain. Je faisais partie de ceux là. Bref. Alors, bon, ce livre, avant même de le lire j’avais envie de l’aimer parce que son auteur me plaisait.

J’ai patienté, plus de deux mois pour l’avoir entre les mains ce nouvel roman Exprim’. Donc, quand est arrivée la date de sortie, j’étais prête ! Je l’ai eu entre les mains, et là, légère déception : la couverture me semblait terne par rapport à ce que je pensais avoir entre les mains. Tout en me disant, que j’en attendais peut être trop finalement, que je devais me préparer à être déçue.

Et puis, je l’ai ouvert, commencé, dévoré…

J’ai lu la bande son : Rage against the machine, Prodigy, NTM, Charles Trenet, entre autres, et tout de suite j’ai été rassurée ! Ca allait swinguer !

Ce roman, c’est de l’action, partir pour retrouver le coupable, le Grand Coupable, celui que tout le monde peut accuser chez soi. Tout augmente, on délocalise, on perd nos emplois, pour enrichir quelques uns, on appauvrit un peu plus la classe moyenne. Simple, ou simpliste comme idée peut être. Mais quand on est une ado, c’est clair. Et puis c’est aussi ,surtout d’ailleurs, une fuite, la fuite de la réalité, la fuite de son père qu’elle ne veut pas voir mourir. Elle a désespérément besoin d’avoir un visage humain pour coupable. La Société, la Crise, tout ça avec des majuscules, c’est difficile de leur péter la gueule, de se défouler sur eux, physiquement, j’entends. Alors, toute la haine, la rancoeur de Joan se cristallise en une seule et unique personne. C’est lui le Méchant. Mais qui est vraiment le Méchant quand on a une arme dans le vide poche de sa voiture ?

Rien n’est simple, pour Joan, elle a terriblement envie de sortir toute sa rage, pour qu’elle ne lui mange pas la tête petit à petit, et ce Lassale, c’est un but, une cible à abattre. Et puis, il y a la culpabilité. Venger son père, OK, mais en tuant quelqu’un. Difficile à gérer. A digérer aussi. Surtout quand on a eu un père qui nous inculqué des valeurs. Alors Joan, elle se bat entre tout ça, avec dans sa tête des phrases de son père… Car ce père est présent à chaque page, son éducation, ses blagues, sa joie de vivre, et sa dépression aussi.

 » Papa, je pars te venger, et je veux croire, pour me donner du courage ou légitimer mon choix, que TOUS les enfants qui aiment leurs parents comme je t’aime feraient de même. C’est pour là que nous sommes là, non ? Pour que vous soyez fier de nous et que nous réussissions là où vous avez échoué, enfin… là où vous vous êtes arrêtés.[…]J’ai pas demandé à voir tes larmes séchées sur tes joues, ces crevasses dans ton être, causées par tout ça. Je n’ai pas demandé à pâtir de votre boulimie de temps, de votre appât du gain, quand moi je voulais goûter à la vie en toute simplicité. Et je n’arrive pas à conjurer les souffrances inutiles; je n’accepte plus les gros titres désespérés. Et JE change les règles pour qu’ON avance encore. Au prix fort. Un prix qu’ils ne pourront jamais mettre sur ma morale. Jamais. Grâce à toi. »

Joan , en plus d’une relation père-fille très forte, a aussi la chance d’avoir un Ami, celui qui t’aide à porter le cadavre au milieu de la nuit, Hugo.

Hugo, le beau, le fou, le drôle. Hugo qui a besoin de crier son envie de vivre, lui le miraculé. Hugo qui décide de prendre le temps, qui choisit la Nationale 7, Hugo qui nous fait rire au milieu de cette tension. Car, OUI, on rit en lisant ce roman ! La crise est là, la mort plane, mais il y a la vie, le rire l’espoir, Hugo. C’est ça la force de ce magnifique livre, on cotoie la difficulté de la vie, mais d’une page à l’autre, on découvre aussi l’amour naissant, les bêtises qu’on peut faire quand on a 18 ans…

Attention, ici pas de mievrerie, de bons sentiments, tout est plus complexe, l’amour, l’amitié, la culpabilité, la rage est là aussi présente, prenante, intense.

« Mourir maintenant, Maintenant,[…] Non ! Je veux vivre, freine, pour Papa, pour Hugo, pour voir demain ! Tout ce que j’ai à faire, à connaitre, à gouter… Je veux pas que ça s’arrête, s’il te plait non ! Freine Hugo, je veux ce demain si angoissant, tant pis, tant pis, et puis on verra… »

Il y a un autre personnage, que j’ai juste ADORE, Blanche, lisez « Je suis sa fille », et vous découvrirez son visage d’ange, ses fêlures et ses espoirs…

Donc, dans ce roman, il y a du swing, du rock, de la peur, des larmes, de la haine, de l’amour, de l’amitié, bon cocktail pour un roman ado, et quand c’est servi par un barman comme Benoit Minville, moi je dis : UN AUTRE !

Encore une fois, Merci à Tibo Bérard, pour trouver des merveilles pareilles !

Pour qui ?

Pour les grands ados, pour les adultes qui ont envie d’une lecture coup de poing.

Pour ceux qui veulent une lecture, à la fois drôle et intense.

Pour ceux qui aiment Exprim’, car ce roman est dans la ligne éditoriale de cette collection.

 Sonia

 

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